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L’OCDE, la mondialisation et la dégradation des sociétés développées

L’OCDE, la mondialisation et la dégradation des sociétés développées

L’OCDE a sorti un rapport qui, finalement, souligne ce que chacun ressent déjà : la mondialisation non seulement n’a pas amélioré la vie dans les sociétés développées, mais elle a des effets pervers inévitables et destructeurs : disparition de la classe moyenne, “ubérisation” du travail, baisse des salaires, etc. La recommandation est simple : les Etats doivent non pas lutter contre la mondialisation, (les dogmes ça ne se discutent pas), mais pleinement convertir leurs sociétés nationales à cette paupérisation, voire précarité, chronique. Ce que justement Macron nous prépare. Pour cela, ils sont libres de trouver les slogans qui conviendront : la liberté absolue, la mobilité absolue. L’important est “l’absolu” virtuel pour cacher la dégradation réelle.
Un intéressant rapport de l’OCDE est sorti sur les perspectives de l’emploi après ce qu’il est convenu d’appeler la révolution numérique. Sa présentation est disponible ici en français. Ainsi, avec la robotisation une partie des emplois doit disparaître d’ici 2020 et une autre partie va être profondément transformée :
La France se situe ici dans la moyenne. Et en ce qui concerne les transformations de métiers :
Et en ce qui concerne la précarisation du travail :
Les formes du travail ont toujours évolué au rythme des découvertes, des transformations sociales et géopolitiques. Notre époque, en ce sens, ne fait pas exception et il n’y a aucune raison d’ailleurs pour cela. L’histoire ne s’est pas arrêtée. Les idéologies ne sont pas mortes. Aujourd’hui aussi, l’on nous montre le côté inévitable de cette voie, comme si elle était objective, inévitable et non le résultat d’un choix, qui implique l’existence d’alternatives. Au-delà du fantasme technologique qui laisse songeur, le danger est bien plus profond pour les sociétés développées. Il est existentiel.
Dans une excellente présentation de ce rapport faite par le journal La Tribune, l’accent est mis sur le véritable problème de la mondialisation toujours grandissante grâce au renforcement de l’intégration de l’économie mondiale ( je cite : “la part des exportations dans le PIB est passée de 23% en 1975 à 43% en 2017“) : la disparition de la classe moyenne, la précarité grandissante, le dumping salarial réalisé de facto par les masses de travailleurs immigrés. Cette dégradation qualitative est par ailleurs soulignée par l’OCDE :

 “si le nombre d’emplois n’est pas nécessairement voué à diminuer, leur qualité pourrait se détériorer et les disparités entre travailleurs s’aggraver”

Et pour cacher ce phénomène difficilement compatible avec le culte de la mondialisation, l’on nous vend le mythe du travail dans le numérique, qui a créé des emplois.
Mais de quels emplois s’agit-il ?

La montée en puissance des plateformes numériques a également fragilisé des travailleurs comme les livreurs à vélo par exemple. Il dénonce la position “de certains indépendants qui sont dans une zone grise […] l’un des enjeux est de limiter le recours abusif aux formes atypiques d’emplois comme les emplois indépendants qui ne devraient pas être des emplois indépendants car les gens ont un seul donneur d’ordre. Ce sont des faux emplois indépendants. Les indépendants n’ont parfois qu’un seul client qui est en fait le seul donneur d’ordre. Ces travailleurs se retrouvent en difficulté pour négocier le prix de leur prestation fixé par leur client. Ils ne négocient pas véritablement leurs horaires de travail sinon ils peuvent être éjectés des plateformes. Ils se retrouvent comme des salariés sans ouverture de droits à l’assurance chômage, à la formation.”

Prendre pour argent comptant les chiffres bruts devant rassurer sur l’absence de chute quantitative de création d’emplois, c’est considérer les hommes interchangeables, pouvant et devant exercer n’importe quel métier, c’est justement nier la véritable individualité, qui est pourtant lancée comme un slogan à tous les coins de rues.
Or, les emplois créés sont précaires, sans véritable protection sociale, sans salaires, ne donnant généralement pas droit à une retraite, et ces “auto-entrepreneurs” n’ont très souvent qu’un client auquel ils sont pieds et poings liés. Cette nouvelle forme de travail est un asservissement total, un recul important sur les garanties sociales durement acquises, et cela au nom d’une pseudo-liberté, qui ressemble plus à de l’abandon social.
Comme le souligne cet article de La Tribune :
 Dans un récent opuscule intitulé, La polarisation de l’emploi en France, ce qui s’est aggravé depuis la crise de 2008,les chercheurs Ariell Reshef et Farid Toubal expliquaient ceci:
“Ces évolutions (technologies et mondialisation) se sont traduites par une modification en profondeur de la structure de l’emploi en France, caractérisée par une augmentation de la proportion des emplois à bas ou haut salaire au détriment des emplois à salaire intermédiaire. Conséquence logique de ce phénomène, les emplois de la classe moyenne se sont raréfiés ou ont même, pour certains, disparu, contribuant fortement au sentiment d’un déclassement irréversible. Si elle entraîne de vives tensions économiques en accroissant les inégalités salariales, la polarisation de l’emploi se traduit aussi par une polarisation sociale et politique.”
La mondialisation est en train de tuer la classe moyenne, celle qui fait le ciment de toute société développée, car elle exige une minorité ultra-formée et une masse sous formée et sous-payée, interchangeable. Ces transformations n’ont rien de techniques, elles sont idéologiques. Et lorsque l’OCDE parle de mieux former les masses, ce n’est pas une refonte du système scolaire pour chercher à former des individus pensants qui est envisagée, c’est la production de masse manipulables, infantiles, aptes à utiliser les technologies. Et surtout pas à réfléchir en toute indépendance. Les slogans doivent suffisamment compenser le besoin de pensée.
Dans une société qui repose entièrement sur le culte de la consommation, du pouvoir d’achat, pour que les citoyens aient le sentiment de leur existence, c’est une impasse. Et un échec.
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