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Trump: le retour du Gendarme économique ou la fin de la Globalisation paisible

Chacun occupe la place que l’autre lui laisse occuper. Il est difficile de trouver un pays aujourd’hui qui ne critique pas les Etats-Unis pour leur conduite des affaires internationales. Et pour cause, une telle violence dans la manière tranche avec le mantras de la molle tolérance qui s’est emparée de nos sociétés désemparées et de nos dirigeants endigués et réfugiés dans leur carcan idéologique. Si ses prédécesseurs faisaient des USA les Gendarmes politiques du monde, Trump revient à la vision initiale de l’Amérique, à ses fondements, l’économie avant tout. Dans un monde global, où chacun a oublié que le combat politique n’était pas anéanti pour autant, c’est une approche particulièrement efficace, qui utilise la faiblesse de l’autre. Le problème n’est pas que Trump défende, avec de réels succès, les intérêts américains, le problème est que les autres dirigeants aient des difficultés à imposer leurs intérêts, qu’ils en aient même parfois peur.

Renforcement des sanctions contre la Russie, rupture de l’accord avec l’Iran et reprise des sanctions,  rétablissement et augmentation des taxes, toutes ces mesures protectrices sont un moyen de protéger l’économie américaine, de lui donner les moyens de repartir, de tenter de reprendre le marché européen, d’évincer les concurrents sur le marché mondial. C’est donc une démarche anti-globale. Une démarche qui restaure les armes étatiques, avec ses frontières et ses taxes ciblées. Une méthode pour laquelle la fin justifie les moyens. Le prix du pétrole augmente, rendant la production américaine plus intéressante; il faut sanctionner le pétrole et le gaz russe pour obliger l’Europe à se tourner vers les Etats-Unis, tout en bloquant les sources venues du Moyen Orient, mais laisser les amis saoudiens tranquilles. Les taxes permettent de rendre la production nationale plus attractive. Il protège l’acier, l’aluminium et maintenant la production automobile est en ligne de mire. Le tout avec une réforme fiscale spectaculaire. Les résultats économiques sont là. Et même la presse doit le reconnaître, comme cet article du Figaro:

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 On m’objectera que Trump est provocateur, imprévisible, irascible. Qu’il ne peut pas s’empêcher de tweeter tout (et surtout n’importe quoi). Mais si l’on regarde les faits, et uniquement les faits, un constat s’impose: on ne peut pas trouver dans l’histoire récente des Etats-Unis un président ayant mené à bien autant de réformes en un laps de temps si court. Même Reagan a mis trois ans à réformer la fiscalité américaine! Trump, lui, l’a fait en quelques mois.

Et l’effet des sanctions est direct:

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En effet, la politique économique de Trump est une réussite, une première aux Etats-Unis:

Un an après l’entrée en fonction de Donald Trump, l’économie américaine se porte bien. « Elle se porte même très bien. La croissance dépasse les 3%. Le taux de chômage avoisine les 4% seulement, du jamais vu depuis 18 ans. Plus de 2 millions d’emplois ont été créés l’an dernier. Une économie en pleine forme qui donne confiance aux investisseurs. La bourse de New York a battu un nouveau record cette semaine », rapporte Élisabeth Guédel.

Logiquement, l’on voit des répercussions politiques, sa côte de popularité est plus élevée que celle d’Obama à la même époque, alors que celui-ci bénéficiait d’une presse beaucoup plus que favorable:

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 Bref, Trump défend et impose violemment les intérêts américains. D’un autre côté, il est Président de ce pays. Et l’Europe autant que la Russie se réveillent avec la gueule de bois, dans un cauchemar en réalisant que la globalisation n’évacue pas le conflit des intérêts politiques. Qu’il n’y a pas que des partenaires, il y a des enjeux divergents, des intérêts contradictoires. Que personne n’a mis un terme aux centres décisionnels, aux centres de pouvoir. La globalisation signifie simplement la domination d’un centre sur le réseau, la supériorité des intérêts de ce centre sur les autres et l’acceptation des membres du réseau de se plier à cette domination en contrepartie d’une relative tranquillité.

Chacun occupe l’espace que l’autre lui laisse occuper.

Tout est une question d’équilibre. Vous acceptez de renoncer en échange d’une contrepartie. Tant que cela vous convient, tant que vous acceptez la soumission, le système fonctionne. Il y a toujours des gagnants et des perdants, l’illusion ne peut durer qu’un moment, ces équilibres sont précaires. Le système évolue, les intérêts aussi et l’équilibre se rompt, car la staticité n’existe pas, il faut aller plus loin pour garantir ces intérêts. C’est ce qui est en train de se passer avec la globalisation. Le système se révèle sans le voile de l’illusion. La globalisation a permis de garantir la domination américaine, les économies mondiales sont à ce point imbriquées qu’une décision aux Etats-Unis a plus d’impact qu’une décision nationale.

La sortie des Etats-Unis de l’accord sur l’Iran, par exemple, va coûter cher aux entreprises européennes, qui déjà se retirent du marché par peur des sanctions, selon les dires d’Angela Merkel. Ce que confirme le ministre français de l’Economie, Bruno Le Maire:

« En deux ans, la France avait multiplié par trois son excédent commercial avec l’Iran », a-t-il précisé lors d’un entretien à France Culture. Or, si les entreprises étrangères ne se retirent pas de l’Iran elles pourraient être frappées par les mesures punitives leur barrant l’accès aux marchés états-uniens, a noté le ministre.

Cela va « poser des difficultés à toutes les entreprises européennes qui ont des difficultés considérables économiques. Mais plus important encore que le problème économique, c’est le problème de principe, d’avoir des sanctions extraterritoriales », a-t-il dit.

En réponse, l’UE se souvient que lors de la crise de Cuba en 1996, elle avait préparé un texte lui permettant d’éviter les sanctions extraterritoriales, texte qu’elle veut réanimer. Juridiquement, certes, le texte existe. Mais la question n’est pas que juridique, elle est surtout politique. L’UE pourra-t-elle réellement s’opposer aux Etats-Unis? Les pays membres trouveront-ils un accord en la matière?

La Russie qui s’est jetée dans les bras de la mondialisation à la chute de l’Union Soviétique commence à en ressentir le poids. Si elle a compris qu’il n’y avait pas d’amis, ces « partenaires » dictent leur volonté. Le directeur de la Banque d’investissement VTB, Kostine, mis sous sanction américaine, arrête de financer les entreprises de Deripaski, autre oligarque qui est encore « plus » sous sanction que lui. Il déclare sans vergogne – à son maître:

« Evidemment nous ne lui donnons plus aucun argent, nous n’avons plus aucune opération financière avec lui et maintenant nous attendons la réponse du département américain des finances et du régulateur sur les actif étrangers OFAC »

Pour leur part, les entreprises dont Deripaski fait parti se défont de sa présence gênante. Ainsi, il baisse sa participation dans le conglomérat d’aluminium (oui, justement l’aluminium que Trump veut protéger aux Etats-Unis) UC Rusal et quitte le Conseil d’administration sur demande du régulateur américain. Ce Département des finances qui dicte également ses conditions à l’entreprise russe emblématique qu’est GAZ: pour sortir des sanctions, cet individu doit partir.

Les entreprises russes se sont pliées, les sanctions sont toujours là. Et pourquoi les enlever? Ça marche. Or, un Etat ne peut pas être souverain si son économie n’est pas foncièrement nationale. Cela se voit aujourd’hui avec toutes les difficultés qu’a la Douma russe à faire passer son texte sur les contre-sanctions. Elle voulait prévoir une responsabilité pénale pour ceux qui facilitent en Russie l’implantation des sanctions étrangères. Le business est monté au créneau, se bat bec et ongles, pour faire enlever cette disposition du projet de loi. Avec le recul de la réaction de Kostine, qui implante les sanctions américaines en refusant que sa banque ne finance les entreprises russes sanctionnées par les Etats-Unis en espérant ainsi se sortir personnellement de la liste des sanctions, l’on comprend qui fait pour eux la loi. La vraie, la seule qui compte. L’on voit où se trouve pour le grand business russe le centre politique de ce monde globalisé.

Le problème n’est pas que Trump défende les intérêts américains dans un combat sans autres règles que de gagner. Le problème est que les dirigeants, nos dirigeants, en soient presque surpris. Qu’ils aient oublié que leur pays a aussi des intérêts, qu’il faut défendre. Ou bien qu’ils découvrent que « leur » business prend ses ordres ailleurs, regarde ailleurs quelles règles sont posées. Le voile hypocrite – et confortable – d’une globalisation paisible est tombé.

Karine Bechet-Golovko

source:http://russiepolitics.blogspot.fr/2018/05/trump-le-retour-du-gendarme-economique.html

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