Rémunérés par le denier public et récompensés par les happy few qu’ils servent, les aventuriers de la palabre LREM ne sont pas les amis de la France ni des Français. Cela paraît inutile de le dire, tellement c’est évident, tellement leurs défauts ressortent sous les flashes d’une presse pourtant à la botte – le delirium égotiste de Macron, la morgue raide de Philippe, l’hubris débordante et fétide de nos ministricules – mais tant que ces gens-là ne feront pas 0% dans les sondages, tant qu’on ne leur aura pas demandé de partir et vite, ça signifiera que les Français – par désintérêt, par confusion, par idiotie ou même par entêtement ce qui est le pire – n’auront pas pris conscience du danger qu’il y a à laisser cette équipe de marionnettes de papier mâché de l’ENA continuer de diriger une nation qui mérite d’être prise en main par des esprits trempés et par des mains providentielles qui l’empêcheront de finir engloutie dans les marécages d’impuissance dans lesquels les instances financières internationales – et les intérêts personnels qu’elles dissimulent – ont poussé la Grèce et sa population.

Il est indispensable, me semble-t-il, de rappeler que nos ministres en marche vers l’annihilation – ce sera la leur ou bien celle du pays – ne sont que des hâbleurs rigides porteurs du catéchisme de l’extrême-centre, des huissiers appointés préposés au sac d’un pays qui devra bientôt vendre son propre nom avant de mourir par suffocation, à un casse élaboré et programmé, destiné à faire passer – à la pelle – les richesses de la nation vers les mains griffues des Crassus d’aujourd’hui passés maîtres dans l’art d’accumuler les fruits de l’effort de tous et de réduire à la portion congrue leur contribution à la collectivité grâce à la connivence des agents zélés qu’ils ont installés sur les perchoirs de la grande cage étatique – le jeu de mot est volontaire. En témoigne la révocation récente de l’exit-tax, votée sous le peu soupçonnable de marxisme Nicolas Sarkozy – entre Karl et Carla, il a fait son choix et les deux s’excluent – et qui va donner des ailes supplémentaires à ceux qui volaient déjà haut parmi les alizés destination offshore.

Dans une conférence donnée à Lyon et intitulée « Faire un à plusieurs : l’amitié comme disposition éthique et politique. Réflexions à partir d’Aristote », la professeure de philosophie Anne Merker nous apprend que les Grecs anciens avaient, contrairement à nous, placé l’amitié (philia) au centre du politique, théoriquement et pratiquement. Elle rapporte que l’amitié était « perçue dans la doxa autorisée de l’Antiquité comme l’une des grandes tâches, voire la grande tâche politique du législateur » et que « l’amitié a [] été au cœur de la démocratie originelle ». Rien à voir avec l’amitié vouée par Macron aux grands accapareurs français et étrangers, tous adorateurs de l’argent nomade, qui n’est dans ce cas qu’une « privatisation du politique (souligné par l’auteure) et se donne comme lien de classe [politique], d’une classe qui normalement ne devrait pas en constituer une, la notion de classe politique étant d’une certaine manière une contradiction dans les termes ».

C’est bien de cela que doivent prendre conscience ceux qui ne comprennent rien ou ne veulent pas comprendre, ceux qui ne voient pas que les aveugles que l’Argent a mis aux commandes pour honorer ses propres commandes, nous mènent à la catastrophe économique et seraient même capables de nous mener à la guerre.

Une guerre qui les arrangerait bien, puisque la guerre est la seule chose qui permette à celui qui a privatisé le pouvoir, à celui qui a consommé la rupture entre une classe politique vivant grassement et au soleil sur le chariot de foin et la nation qui pousse ce dernier dans un effort redoublé, de faire taire les mécontents en inventant une fausse cause, une singerie hypocrite destinée à imposer le silence – par la violence, naturellement, qu’elle soit verbale ou physique – au nom de la patrie, de ses héros et de ses morts habilement exploités et qui garantit aux songe-creux en costards, ennemis de la nation, une impunité et la continuation des affaires pour ceux qui les ont encostardés.

Je ne sais pas combien de temps le président élu va continuer de se mettre en scène et de jouer les aigles – avec ses ailes de moineau collées à la colle électorale –, mais j’ai hâte de le voir, à force de voler trop près d’un soleil d’orgueil, s’abîmer non seulement dans les sondages mais aussi dans les flots impitoyables de l’océan politique qui n’est fait ni pour lui ni pour ses emmarchés, mais qui doit être, et c’est urgent, investi par des capitaines voués au bien commun, par des manœuvriers de haut vol capables d’endosser les responsabilités exigées par la conduite d’une nation et décidés à affronter une piraterie financière aux appétits sans fin.

Bruno Adrie

Illustration : Pierre Bruegel l’Ancien, détail de La Chute d’Icare, 73 x 111,5 cm, huile sur toile, Bruxelles, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique.
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