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Ports en Afrique, Bluecar, Telecom Italia… Ces dossiers qui coûtent cher à Bolloré

Ports en Afrique, Bluecar, Telecom Italia… Ces dossiers qui coûtent cher à Bolloré

Ses affaires africaines valent aujourd’hui à l’industriel breton une mise en examen pour corruption. En Europe, son bras de fer autour de Telecom Italia et ses voitures électriques, à la peine, lui causent aussi du souci.

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe. Vincent Bolloré, douzième fortune française, a été placé en garde à vue le 24 avril dans les locaux de la police judiciaire à Nanterre. Au bout de trente-six heures, il a été mis en examen pour complicité d’abus de confiance, de faux et d’usage de faux, et surtout corruption d’agents publics étrangers. Une infraction passible de dix ans de prison ! Les juges l’accusent d’avoir utilisé sa filiale de communication Havas pour favoriser l’élection de deux dirigeants africains en 2010 et obtenir, en échange, des concessions portuaires. Son bras droit Gilles Alix et le monsieur Afrique d’Havas, Jean-Philippe Dorent, ont aussi été mis en examen.

Deux ans après une perquisition au siège et la saisie de pièces comptables, l’affaire s’est brusquement accélérée, comme l’avait révélé Challenges dès le 12 avril. Une semaine plus tard, Vincent Bolloré démissionnait, à la surprise générale, de la présidence du conseil de surveillance du géant des médias Vivendi au profit de son fils Yannick, déjà PDG de Havas. La veille, c’est son autre fils Cyrille, en charge de la branche logistique, qui accordait sa première interview aux Echos. L’industriel, âgé de 66 ans, avait déjà annoncé son retrait progressif des affaires d’ici à 2022, date du bicentenaire du groupe familial. Nul doute que la menace judiciaire a joué sur ce calendrier. A un moment délicat. Non seulement Bolloré subit des déconvenues en Afrique. Mais il doit aussi faire face à l’offensive d’un fonds activiste dans le dossier Telecom Italia et aux difficultés de sa filiale de batteries électriques.

Des méthodes prospères
C’est l’Afrique, traditionnelle vache à lait du groupe, qui lui cause aujourd’hui le plus de soucis. Parti en pionnier, l’industriel s’y est taillé la part du lion, régnant sans partage sur les ports du continent. Bolloré Africa Logistics, qui pèse 2,4 milliards d’euros de revenus, assure l’essentiel du bénéfice opérationnel de la branche logistique, qui s’élève à 705 millions. Or, ce sont ses activités qui sont dans le collimateur des juges : en Guinée, où Alpha Condé, conseillé par Havas, a remporté les élections, puis éjecté manu militari le gestionnaire du port de Conakry, pour attribuer le marché à Bolloré; et au Togo, où Havas a également travaillé pour le président Faure Gnassingbé, qui a confié, avant et après sa réélection, des concessions sur le port de Lomé au Français.

Jusqu’à présent, les méthodes de Bolloré lui avaient permis de prospérer. Jouant de sa proximité avec les autocrates africains, il avait souvent été accusé de franchir la ligne jaune. Cette fois, les enquêteurs estiment en avoir la preuve. Ils accusent l’industriel d’avoir fourni à prix cassés des prestations de communication aux deux dirigeants pour leur campagne. Une partie, assurée par Havas, a même fait l’objet de factures payées directement par Bolloré Africa Logistics. Le groupe dément pourtant toute irrégularité. «Comment imaginer que des dépenses de communication de quelques centaines de milliers d’euros comptabilisées en toute transparence (…) aient déterminé des investissements de centaines de millions d’euros pour des opérations portuaires où l’exigence technique est considérable (…) ?, proteste Vincent Bolloré dans le Journal du Dimanche où il se pose en victime. Je me demande vraiment : faut-il abandonner l’Afrique?»

Echec dans le rail au Bénin
La question, posée certes au lendemain de la garde à vue d’un patron qui se considérait comme intouchable, traduit aussi ses doutes. Son quasi-monopole sur les ports est désormais menacé par la concurrence asiatique, comme le montre l’offensive du Singapourien Olam au Gabon. Pire, une autre décision de justice, au Bénin, a mis fin à ses rêves de grandeur dans le rail. Le groupe a dû stopper les travaux entamés pour créer une voie ferrée de 3.000 kilomètres reliant le pays à la Côte d’Ivoire. Puis il a été évincé au profit des Chinois. Difficile de mesurer l’étendue des dépenses englouties dans ce chantier pharaonique estimé initialement à 3 milliards. Seul le tronçon construit au Niger, aujourd’hui à l’abandon, a été chiffré à 140 millions. Cet échec a toutefois été accueilli avec un relatif soulagement par les analystes financiers, effrayés par le projet, alors que les autres lignes exploitées par Bolloré, sont déficitaires.

Des actifs et des plus-values qui apaisent la Bourse :
Le jour de la garde à vue de Vincent Bolloré, le titre Bolloré a perdu près de 10% de sa valeur, avec une capitalisation se rapprochant de 12 milliards d’euros. Depuis, l’action n’a pas repris de hauteur, alors que le cours avait bien progressé en un an. Les difficultés en Afrique, en Italie et dans les batteries sont-elles de nature à inquiéter les investisseurs ? Pas vraiment, car les analystes s’intéressent moins à l’activité récurrente du groupe (18,3 milliards de chiffres d’affaires, 1,1 milliard de résultat opérationnel) qu’à ses actifs, que Vincent Bolloré a toujours su magnifiquement valoriser. Ainsi la plus-value réalisée sur la cession des parts de Vivendi dans Ubisoft (1,2 milliard d’euros) est-elle plus élevée que la perte potentielle constatée aujourd’hui sur les titres Telecom Italia (0,9 milliard). Et Bolloré dispose avec Vivendi Universal Group, la filiale musicale de Vivendi (dont Bolloré possède 30%), d’une pépite anti-crise : elle pourrait valoir à elle seule plus de 30 milliards de dollars !

V. B.

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