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L’Allemagne se trouve à un tournant

Par MK Bhadrakumar

De grosses surprises ont découlé des élections au Bundestag allemand dimanche. La chancelière Angela Merkel dirigera encore le prochain gouvernement de coalition – sa quatrième victoire successive – mais sous tous les autres aspects, les résultats signifient que la politique de l’Allemagne après la Seconde Guerre Mondiale est à un tournant.

Tout d’abord, les deux partis principaux qui ont dominé la politique allemande ne représentent plus que 53% de l’électorat. Le niveau de fragmentation est étonnant pour un pays qui est synonyme de la «voie du milieu». Deuxièmement, la CDU de Merkel (démocrates-chrétiens) a perdu son soutien et son partenaire de coalition SPD (sociaux-démocrates) a subi une défaite humiliante. Troisièmement, l’AfD nationaliste de droite – estampillé comme des «néonazis» – a remporté 13% des voix et a obtenu 94 sièges sur les 709 membres du Bundestag, une première dans l’histoire politique de l’Allemagne d’après la Seconde Guerre Mondiale.

Ensuite, il y a les intrigues parallèles. Le SPD a promis de s’asseoir dans l’opposition, ce qui signifie que Merkel pourrait former le prochain gouvernement avec la CSU de droite (socialistes chrétiens) et le Parti Vert de gauche comme partenaires de la coalition, ce qui constitue une alliance improvisée de circonstances. La politique économique du gouvernement dirigée par la CDU sera probablement soumise à des tractions entre les deux partenaires de la coalition CSU et Parti des Verts, qui sont en désaccord idéologique.

Fait intéressant, la principale base de soutien de l’AfD est l’ancien parti Communiste de l’Allemagne de l’Est et, par conséquent, une division «Est-Ouest» est en train d’apparaître après l’unification allemande il y a un quart de siècle.

Encore une fois, la CDU a perdu le soutien populaire pour de mauvaises raisons. Sous le gouvernement dirigé par la CDU, l’économie allemande allait remarquablement bien. Ce qui a lourdement coûté à Merkel a été sa politique concernant les réfugiés, qui a été perçue comme un apaisement des musulmans en ouvrant la porte à un afflux d’Islam en Allemagne. Merkel a finalement pris une ligne plus dure sur les expulsions, mais c’était trop peu, trop tard. Les questions d’asile, d’intégration et de déportation et la perception de l’islamisation de l’Allemagne ont menacé la totalité de la campagne électorale de Merkel.

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L’AfD, le parti ultra-nationaliste, a organisé sa campagne sur une plate-forme provocante: «L’Islam n’appartient pas à l’Allemagne». Le programme du parti appelle à l’interdiction des minarets et considère l’Islam comme incompatible avec la culture allemande.

Le leader de l’AfD, Alexander Gauland, a ouvertement appelé les Allemands à revendiquer leur histoire: «Nous avons le droit d’être fiers des réalisations des soldats allemands dans deux guerres mondiales». Le ministre sortant des affaires étrangères et chef du SPD Sigmar Gabriel a mis en garde les électeurs avant le scrutin contre le fait d’avoir « de vrais nazis dans le Reichstag allemand pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale ». Le Conseil central des Juifs d’Allemagne a déclaré que ses pires craintes étaient devenues réalité lors des élections de dimanche.

La politique allemande sera presque certainement affectée. Merkel subira la pression pour intensifier la déportation des réfugiés. L’AfD a goûté le sang et testé l’humeur nationale, il va certainement intensifier la campagne ultra-nationaliste. Le discours allemand va certainement devenir beaucoup plus homophobe, beaucoup plus anti-migrant, beaucoup plus islamophobe. Cela créera des ombres dans les relations entre l’Allemagne et la Turquie.

Encore une fois, l’approche de Merkel vis-à-vis de la Russie sera vigoureusement surveillée. L’AfD – comme la plupart des ultra-nationalistes en Europe, est, ironiquement, «pro-Russie». Si la stratégie russe avait été de discréditer les démocraties occidentales et d’y semer la pagaille, Moscou devrait éprouver une certaine satisfaction tranquille à cause de ce qui se déroule en Allemagne.

En tout cas, une Merkel affaiblie n’est pas une mauvaise chose pour Moscou. (Le président Vladimir Poutine et Merkel ont eu une relation personnelle pas facile). Merkel sera maintenant plus sensible aux pressions de l’industrie allemande, où la Russie a des lobbyistes influents, pour la normalisation des relations commerciales avec Moscou.

Le plus grand impact de l’élection allemande sera ressenti sur les processus d’intégration européenne. Merkel a été placée dans une situation inconfortable alors qu’elle était le porte-drapeau de l’intégration européenne. L’influence de l’Allemagne dans l’UE va s’affaiblir dans la période à venir. Et, sans un axe fort avec l’Allemagne, la France seule ne peut pas diriger l’intégration européenne. En somme, en plus du Brexit, l’UE se trouve privée de gouvernail sans le leadership de l’Allemagne sous la gouvernance ferme de Merkel.

Source : http://blogs.rediff.com/mkbhadrakumar/2017/09/25/germany-at-a-turning-point/

Traduction : Avic – Réseau International

 

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