Le pape accusé d’avoir protégé des prêtres pédophiles en Italie et en Argentine

Une liste des violeurs présumés avait été établie et une lettre avait même été remise en mains propres au pape François par l’une des victimes.

Le pape François -qui prône la tolérance zéro en matière de pédophilie- était-il au courant que des prêtres d’un institut pour enfants sourd-muets en Argentine étaient déjà accusés d’agressions sexuelles sur mineurs lorsqu’ils officiaient dans le même institut en Italie? C’est évident, selon les avocats des enfants qui disent avoir été victimes d’agressions sexuelles et de viols dans l’institut catholique Provolo de Mendoza.
Dans une enquête dédiée à cette affaire, le journal Le Monde rappelle qu’une liste de quinze prêtres impliqués dans de tels scandales et officiant à l’institut Provolo de Vérone, en Italie, avait été fournie en 2014. Les auteurs présumés de ces actes de pédophilie ainsi que leurs complices avaient donc bien été identifiés.
A l’époque, plusieurs victimes de l’institut Provolo accusaient déjà l’Eglise d’entretenir le silence dans une vidéo, d’où l’affirmation de Sergio Silnas, l’un des avocats, qui se dit « convaincu que le pape François ne pouvait ignorer ce qui se passait dans les établissements Provolo ».
Des démarches pour mettre les prêtres hors d’état de nuire
Nicola Corradi, 82 ans, est l’un des prêtres accusés. Il a été arrêté en novembre 2016 et est assigné à résidence depuis en raison de son âge. « Impossible que le pape n’ait pas eu d’informations concernant Nicola Corradi, ou qu’il n’ait pas demandé ses antécédents, » estime Carlos Lombardi, un autre avocat. Et pour cause, plusieurs démarches ont été entreprises pour mettre les personnes soupçonnées de pédophilie à l’institut de Vérone hors d’état de nuire.
En octobre 2014, une lettre recommandée est envoyée à l’évêque de Vérone, Mgr Giuseppe Zenti. Une copie est également délivrée au pontife argentin et à la Congrégation pour la doctrine de la foi -où se trouve une commission chargée d’enquêter sur les cas de pédophilie. L’une des victimes affirme même avoir remis cette même lettre, en mains propres, au pape François en octobre 2015. Enfin, en janvier dernier, l’association de victimes Abuso a remis au procureur de Vérone des documents qui prouveraient que la hiérarchie catholique est au courant depuis 2009.
« Les victimes idéales »
La première dénonciation date de 2008, lorsque la mère d’un élève de l’institut trouve un dessin pornographique dans le cartable de son fils de 12 ans. Son fils semble avoir été victime d’agressions sexuelles. Elle porte plainte, mais la procureure la classe sans suite.
Silence radio sur l’institut jusqu’en novembre 2016, lorsqu’une fête est organisée dans l’établissement pour la Journée internationale des droits de l’enfant. Une ancienne élève de 22 ans, aidée d’un interprète, ouvre alors les vannes: elle dit avoir été victime de viols répétés depuis l’âge de cinq ans. Son témoignage est pris au sérieux et une enquête est ouverte. Grâce à l’aide de la jeune femme, les enquêteurs découvrent un grenier où les enfants étaient violés, parfois enchaînés, ainsi que du matériel pornographique.
Les auditions permettent d’en savoir un peu plus sur les pratiques et sur le nombre de victimes -plusieurs dizaines de filles et de garçons de 5 à 12 ans. Les enfants révèlent un véritable enfer : viols par sodomie, fellation, flagellation, tortures. « C’étaient des victimes idéales, explique Sergio Salinas au Monde. Des enfants en bas âge, particulièrement vulnérables, venant de milieux défavorisés » qui étaient aussi souvent pensionnaires à l’institut. Parmi eux, « au moins trois fillettes sont tombées enceintes sans que l’on sache ce que sont devenus les bébés, » ajoute l’avocat.

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