Attentat déjoué avant la présidentielle : ce que l’on sait des suspects et de l’enquête

Attentat déjoué avant la présidentielle : ce que l'on sait des suspects et de l'enquête© BORIS HORVAT Source: AFP
Des membres du RAID à Marseille le 18 avril

Deux hommes âgés de 23 et 29 ans sont suspectés d’avoir planifié un attentat contre des meetings de campagne de certains candidats à la présidentielle. Une perquisition à leur domicile a permis de découvrir de nombreuses armes.

Le 18 avril, la Direction générale de la sûreté intérieure (DGSI) a arrêté deux hommes à Marseille après avoir ouvert une enquête en flagrance à Paris pour des faits à caractère terroriste. Ils sont soupçonnés d’avoir projeté un attentat dans le cadre de la campagne présidentielle. Le procureur de la République de Paris, François Molins, a tenu une conférence de presse le jour même afin de faire le point sur les informations dont les autorités disposent à ce stade de l’enquête.

Clément Baur et Mahiédine Merabet : qui sont les deux terroristes présumés ?

Selon les informations communiquées à la presse par François Molins, les deux suspects interpellés «se préparaient à mener une action violente de manière imminente», mais rien n’indiquerait qu’ils ont effectué un voyage en Irak ou en Syrie. Agés de 23 et de 29 ans, ils étaient tous deux activement recherchés depuis plusieurs jours dans le cadre d’une enquête pour «association de malfaiteurs terroriste criminelle» et «infraction à la législation sur les armes en relation avec une entreprise violente».

Le plus jeune des deux hommes, Clément Baur, est né dans le Val-d’Oise en 1993. D’après France 3, sa tante aurait signalé sa disparition sur Facebook en 2015, dans un message où elle affirmait : «Il a 22 ans, 1,84m, résidant habituellement à Liège (Belgique) a disparu le 4/5 janvier 2015 après un dernier appel depuis la gare Saint-Charles à Marseille.»

Le journal L’Express affirme par ailleurs qu’à partir de cette date, Clément Baur aurait multiplié les voyages vers le sud de la France, où il aurait «fréquenté les milieux tchétchènes». Il se serait également converti à l’islam à cette période. C’est en 2016, au cours d’une détention à la maison d’arrêt de Séquedin (Nord), dont on ignore encore les motifs, qu’il aurait fait la connaissance du second suspect interpellé le 18 avril, Mahiédine Merabet.

Mahiédine Merabet, âgé de 29 ans, est originaire de Croix, près de Roubaix. Il se serait radicalisé en prison. Condamné à trois ans d’emprisonnement à l’hiver 2013 pour trafic de stupéfiants, il avait été incarcéré à Séquedin, selon La Voix du Nord. Cette même source cite néanmoins un représentant local du syndicat UFAP-UNSA Justice de la prison, qui assure : «Chez nous, il n’avait pas été recensé, à ma connaissance, comme en cours de radicalisation.» Par la suite, il avait été transféré au centre pénitentiaire de Longuenesse (Pas-de-Calais).

Une enquête conduite depuis 2016

En octobre 2016, un renseignement indiquait que les deux suspects tentaient de se procurer des armes grâce notamment aux contacts tchétchènes de Clément Baur dans le sud de la France. Le 7 décembre, le domicile roubaisien de Mahiédine Merabet avait fait l’objet d’une perquisition administrative : celui-ci ne s’y trouvait pas. Clément Baur et Mahiédine Merabet auraient en effet emménagé ensemble dans un appartement loué dans le IIIe arrondissement de Marseille, en centre de la ville, non loin de la gare Saint-Charles.

C’est à cette adresse que la DGSI a procédé à leur arrestation ce 18 avril entre 10 et 11 heures. Les enquêteurs y ont notamment retrouvé un fusil mitrailleur Uzi gravé d’une inscription «Loi du talion» en arabe, deux armes de poing, un pistolet automatique, des munitions, un silencieux, de l’acide sulfurique, des couteaux de chasse ainsi que trois kilos d’explosif TATP. La police a aussi découvert un drapeau de l’Etat islamique (EI) et un masque du type «Anonymous» au domicile de Mahiédine Merabet.

Le procureur de la République de Paris a également annoncé que l’un des deux suspects avait cherché à transmettre une vidéo au groupe terroriste Daesh. Les enquêteurs auraient également retrouvé dans l’appartement une photo mettant en scène l’un des deux hommes avec un exemplaire du journal Le Monde du 16 mars à la main, à la Une duquel figurait François Fillon. Néanmoins, selon Le Parisien, il s’agirait d’une édition de La Provence datée du 12 avril et publiée au lendemain d’un meeting du candidat Les Républicains à Marseille.

Quelles étaient les cibles visées ?

Selon les premières informations rapidement diffusées le matin du 18 avril, les deux individus avaient pour objectif de s’en prendre à l’un des onze candidats à la présidentielle. Plusieurs éléments laissent penser que François Fillon était plus particulièrement visé. Outre la photographie retrouvée à leur domicile marseillais, il semble que l’équipe de sécurité de l’ancien Premier ministre avait été directement informée de «risques avérés» planant sur sa campagne dès le 14 avril.

D’autres candidats avaient également reçu les signalements de Clément Baur et Mahiédine Merabet dès la mi-avril. « Leurs photos ont été communiquées à mon service de sécurité dès jeudi [13 avril]», a fait savoir Marine Le Pen, dont un meeting était justement annoncé pour le soir du 18 dans la cité phocéenne. L’équipe de campagne d’En Marche ! a, elle aussi, confirmé que les photographies des deux suspects lui avaient été envoyées le 13 avril.

Concernant une éventuelle menace le jours du vote, le ministre de l’Intérieur, Mathias Fekl, a tenu à assurer que tout serait mis en œuvre pour assurer le bon déroulement de l’élection et préserver la sécurité dans les bureaux de vote les dimanche 23 avril et 7 mai. «Les services du ministère de l’Intérieur sont totalement et plus que jamais mobilisés partout en France pour assurer la sécurité des Français, pour assurer le bon déroulé de la campagne présidentielle, pour assurer la sécurité des meetings et des rassemblements, pour assurer la sécurité des candidats et de leurs quartiers généraux de campagne», a-t-il affirmé.

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