Médias. Comparer Trump à Hitler, c’est reparti à la Radio suisse romande


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RSR 25.2.2017 « 6 heures – 9 heures », interview d’Anne-Laure GANNAC, philosophe.

Cenator: Incroyable mais vrai : après le même exploit de notre Esther la rouge  à Infrarouge sur la TSR, nos Einsteins présentes sur le service public obligatoire (merci Billag) recommencent : il serait légitime de faire un parallèle entre Hitler et Trump.

Tout, tout oppose ces deux personnages.

Tout, tout oppose la situation de l’Allemagne en 1933 à celle des USA en 2017.

Rien n’est semblable entre la situation du monde en 1933 et celle du monde en 2017.

Partant de ce constat banal et évident, nos Einsteins susmentionnées vont s’efforcer de trouver des ressemblances infinitésimales, sans réelle signification, pour nous servir un discours entendu où les termes de ‘nazisme’, ‘populisme’, ‘raciste’, ‘bouffon’, ‘grossier’, ‘discours haineux’, ‘anti-libertaire’, ‘contre-vérités’ sont agités pour obtenir l’adhésion de l’auditeur.

Ces deux sombres idiotes, et leurs clones qui encombrent le monde médiatique, vont probablement encore tenter de faire monter cette mayonnaise… mais les chiennes aboient et la caravane passe… et le Dow Jones s’envole, les USA que nous aimons ressuscitent, les journaleux sont remis en place et ils n’osent plus publier autant de fake news qu’avant… et le politiquement correct recule (… mais ne crions pas victoire trop tôt !).

Merci Monsieur le Président Donald Trump, bravo et nous attendons la suite.

Antoine DROUX interviewe Anne-Laure GANNAC

https://www.rts.ch/play/radio/six-heures-neuf-heures-le-samedi/audio/six-heures-neuf-heures-le-samedi?id=8384154

(1:28:40)

Antoine DROUX :   Montée des populismes et des extrêmes, discours de haine menés par des chefs d’Etat et sur fond de bouleversements socio-économiques : il y a comme un air de déjà-vu dans notre paysage contemporain. C’est juste, Anne-Laure ?

Anne-Laure GANNAC  : Un petit peu, oui, c’est vrai, en tout cas on a quand même de nombreux commentateurs professionnels ou improvisés sur les réseaux sociaux qui régulièrement nous démontrent combien l’histoire se  répète dramatiquement, donc je vous propose qu’on se penche d’un peu plus près sur cette idée ou plutôt sur cette sensation.

(L’entretien est interrompu par le journal de 7h30. Reprise à 1:49:00)

Antoine DROUX: On se demande si nous ne sommes pas en train de revivre les pires heures du début du siècle passé, celles qui ont abouti à la 2e guerre mondiale, sur fond de crise économique et migratoire, de discours haineux, de contre-vérités, servis à  tout bout de champ par des populistes anti-libertaires, difficile de nen pas se dire que l’histoire se répète. Est-ce que c’est si simple, Anne-Laure Gannac ?

Anne-Laure GANNAC  : Vous connaissez sans doute la célèbre phrase « L’histoire se répète toujours deux fois », ça, c’est Hegel qui l’aurait dit, et Marx a ajouté, « la première fois comme une tragédie, la seconde comme une farce », et, en effet, c’est très tentant quand même de voir en Donald Trump le héros de cette farce, avec ses airs de bouffon et ses grossièretés dont on aimerait penser, c’est vrai, qu’elles sont juste là pour faire rire le public. Trump sera donc le versant comique de quoi ?  D’un Hitler ! Allons-y,  osons le mot ! Beaucoup ne se gênent pas en tout cas.

Pascal BERNHEIM : Le point Godwin, là !

Anne-Laure GANNAC: Ecoutez ! Il n’est pas de moi. Le pape François y a fait allusion très tôt, à l’investiture de Trump, il y a quelque jours, le maire de Madrid a fait ouvertement le parallèle suite aux décrets contre l’immigration,  et puis plus récemment, Bernie Sanders a désigné l’administration de Trump comme étant digne des plus grandes dictatures passées. Alors, est-ce que c’est vrai, est-ce que c’est faux, est-ce qu’on est en plein point Godwin, est-ce que c’est intelligent, est-ce que c’est idiot ?

En tout cas, disons, cette idée que l’histoire se répéterait, c’est déjà quand même le reflet d’un mouvement terriblement humain de la pensée, qui parcourt des siècles de philosophie, c’est cette volonté de chercher du sens, absolument, à ce qui est en train de se produire.

Pourquoi et vers où va tout ça ?

Antoine DROUX: Sauf que j’imagine que comme toute question philosophique, celle du sens de l’histoire ne peut pas seulement se résoudre à une affirmation aussi ferme et définitive que «l’histoire se répète», point final ?

Anne-Laure GANNAC : Enfin, rien ne vous empêche mais vous avez quelques contradicteurs, c’est sûr. La plus solide me semble peut-être celle d’Héraclite.

Vous savez, on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. Alors, ça n’empêche pas que le lit de la rivière puisse rester le même, qu’on puisse porter le même maillot de bain,  mais l’eau est toujours changeante. Concrètement, pour ne citer qu’un point, aujourd’hui, nous nous baignons dans un monde technologique et ultra-relié, qui a généré des contre-pouvoirs d’une efficacité spectaculaire, voyez la vitesse à laquelle les fausses vérités lancées par Trump sont dénoncées en ligne dans les médias, donc ce monde-là n’est évidemment pas celui des années 30, où il fallait compter sur des téléphones en bakélite pour transmettre des informations. Alors, cela ne signifie évidemment pas que notre monde est exempt de tout risque de nouvelles guerres mondiales ni de dictatures, mais ce ne sera pas sur un modèle de répétition du même. Ce serait trop facile d’une certaine façon,. Ce sont des formes plutôt nouvelles et d’autant plus imperceptibles, donc dangereuses, qu’elles devront s’efforcer d’échapper à cette vigilance globalisée qui est celle des individus hyperinformés, hyperconnectés, que nous sommes. Donc, si l’histoire ne se répète pas, eh bien,  nous sommes obligés d’autant plus à être attentifs aux événements.

Antoine DROUX: En même temps, on dit aussi que le passé éclaire le présent, il y a cette fameuse phrase qu’on attribue à Churchill, je crois : « Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre.»

Anne-Laure GANNAC  : Oui,  mais ça veut dire quoi ? Ça ne veut pas dire que l’histoire se répète, cette phrase-là, ça veut dire peut-être deux choses. C’est un appel au devoir de mémoire qui est évidemment indispensable, ne serait-ce que parce que nous sommes en dette par rapport à tous ceux qui nous ont précédés. C’est Paul Ricœur, le philosophe, qui dit qu’il y a une forme de justice à rendre à nos prédécesseurs, grâce auxquels nous sommes là. Et puis, cette phrase est peut-être moins révélatrice de la répétition de l’histoire elle-même que de la continuité des mécanismes humains. L’homme fonctionne à peu près toujours suivant les mêmes principes. C’est pour ça que la philosophie, la psychologie et la psychanalyse sont toujours  pertinentes et c’est pour ça aussi qu’on peut trouver des traits communs entre des hommes de pouvoir très narcissiques ou paranoïaques.

Antoine DROUX: Est-ce que c’est uniquement de là que nous viendrait cette impression que l’histoire se répète, en fait ?

(1.52.50)

Anne-Laure GANNAC : Disons, on juge ce qui est avec les outils qu’on a. Or, on n’a guère que le passé à portée de main pour comprendre le présent.

Et puis quand on ressent sa vie, disons, comme instable, désorientée, il faut lui trouver des repères et s’ils ne sont pas dans  le présent, et si la communauté sociale, politique n’en fournit pas dans l’avenir, on les cherche aussi dans le passé. Au risque du relativisme : tout se vaut, passé, présent, futur, ça c’est aussi un trait typique d’une vaste ignorance quand même… en tout cas, d’un raisonnement bien précipité, qui omet de considérer l’essentiel, c’est-à-dire : les détails.

Antoine DROUX : En même temps, ce qui est paradoxal, Anne-Laure, c’est que cette impression de  répétition de l’histoire n’est pas seulement le signe d’une inquiétude mais en même temps, elle alimente la peur.

Anne-Laure GANNAC : Mais oui, parce que dire que l’histoire se répète, c’est terrifiant ! C’est sisyphéen, c’est une vision tragique de l’humanité, en écho à cette tendance qu’on a facilement de voir ce qu’il y a de plus sombre toujours. Mais pas seulement, ça repose aussi sur une vision très mécaniste, qui rassure, parce que ça renvoie à du connu. Au fond, c’est considérer que le monde serait comme une grosse machine, une horloge, disait Descartes, qui parfois s’enrayerait. Alors, c’est très simpliste mais au moins  ça paraît rationnel, et puis, ça permet de se dire qu’avec un peu de chance, un bon horloger va nous réparer tout ça. Donc, ça laisse place aussi à nos chères superstitions. Et puis, surtout, c’est très anti-libertaire, mais c’est peut-être plus tranquillisant, disons, que de  penser que tout cela serait le fruit de l’aléatoire, ou pire encore, de notre responsabilité à tous.

(1.54.25)

Pascal BERNHEIM : C’est un complot, finalement ? Non, mais on va mettre Hegel et Marx d’accord : l’histoire ne se répète pas mais elle bégaie grave.

Anne-Laure GANNAC : Elle bégaie. Elle radote un peu…

(1.54.40)

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