Chaque année, je vous raconte des choses claires et nettes sur ce qu’il faut faire et penser. Je l’exprime avec un certain niveau d’assurance, d’une part parce que j’ai quelques convictions ancrées, ensuite parce que je ne vois pas l’intérêt de multiplier les « peut-être bien que oui, peut-être bien que non » dans la presse. En ce moment, je ne vois rien. Rien à court terme.

Entre 2009 et 2015, il suffisait de se baisser pour trouver des technologiques américaines pas chères, libellées dans une monnaie pas chère, d’autant qu’à cette époque, on ne pouvait guère investir sérieusement dans les banques européennes ou dans les matières premières.

Sans aller jusqu’au Nasdaq, un bon tracker SP500 suffisait, éventuellement dopé par des biotechs, du high yield et des choses liées au rebond immobilier. Désormais, les bonnes affaires sont plus rares aux Etats-Unis : le dollar peut encore se renforcer mais les actions sont chères, et le pays est dirigé par un type à qui je n’achèterais pas une voiture d’occasion, qui gère les relations internationales sur Tweeter et qui va pouvoir nommer quatre membres du board de la FED dans la vingtaine de mois qui viennent (rien que d’y penser, ça fait froid dans le dos).

Le magazine Barron’s, qui est très suivi sur les marchés, a fait sa Une il y a quelques jours sur les prévisions pour 2017 de huit experts renommés des plus grands établissements financiers. Il est intéressant de constater qu’en dépit de huit années consécutives de hausse du S&P500 (un cas rarissime), aucun expert n’anticipe une baisse pour 2017. Bizarre : ces experts sont certes payés (et bien payés !) pour faire acheter des actions aux clients, appelons un chat un chat ; mais tout de même, après un cycle haussier aussi long, on pourrait s’attendre à quelques dissidences…

000_hkg10201625De façon plus générale, tout est congelé. Les prévisions économiques et financières sont toutes étrangement ressemblantes pour 2017, les min et les max se confondent presque, personne ne voit une récession nulle part mais personne ne voit d’accélération non plus, tout le monde imagine une année stable ou de transition, ennuyeuse à souhait, alors qu’on sait bien que des surprises arriveront.

Il faut dire que l’économie et les marchés n’ont pas trop bronchés devant les évènements des six derniers mois : Brexit, Italie, hésitations japonaises, Trump,… et pourtant, la caracole insouciante des marchés continue. Dans ce contexte, le pessimisme s’avère être une option coûteuse. Mais dans le même temps, je ne vois pas pourquoi, par exemple, ce qui était très déraisonnable le 8 novembre devient fort judicieux et vecteur de croissance à partir du 9 novembre : lire les analystes de certaines banques (qui étaient archi-hostiles à toute détente budgétaire) devenir du jour au lendemain enthousiastes devant un « plan » de centaines de milliards de dollars, voilà un plaisir de fin gourmet ; mais il y a comme un malaise.

En zone euro, même impression de stase cryogénique, de malaise et de complaisance. L’euro court à la catastrophe et nous avec, mais au ralenti, tellement au ralenti que s’exciter (comme j’ai pu le faire à maintes reprises) est contre-productif. Un régime monétaire fixiste finit toujours mal, mais il peut se maintenir longtemps. En 2017, tout dépendra une nouvelle fois du bon vouloir de la BCE. Si cette dernière délivre son QE jusqu’à la fin 2017 comme elle l’a dit, ça doit pouvoir tenir. Si elle fait mine, à partir du milieu de l’année, que ce programme d’achats ne sera pas reconduit, et que les taux pourraient, qui sait, monter dès 2018, alors tous aux abris.

Que faire ?

Pas grand-chose à court terme, puisque tout est assez cher et assez flou. Il vaut mieux miser sur des axes de moyen-long termes. Les réformes en Argentine. Le Mexique courageux. La Chine qui se transforme. Dans ces trois pays et dans quelques autres, on trouve des opportunités, mais il est vrai qu’elles ne sont pas faciles à saisir pour l’épargnant individuel français. Plus accessibles, en particulier via les unités de compte de votre assurance-vie, de la dette émergente, du private equity, quelques produits structurés simples, tout un tas de petites choses imparfaites mais qui vous décorrélerons un peu de la BCE et de la FED, à la marge. Il y a quelques semaines, j’ai basculé mes actions japonaises pour des actions chinoises, il est trop tôt pour dire si c’est le coup du siècle mais je ne suis pas trop gourmand.

Voilà, ce n’est pas très brillant je vous le concède, vous auriez préféré lire des pronostics sur les élections françaises, ou des prévisions convaincantes sur la prochaine récession. J’ai plutôt l’impression que cette dernière est pour 2018 si la FED et la Maison Blanche se mettent à guerroyer, mais il est encore trop tôt pour jouer cette carte et sortir du marché. Quant à savoir qui sera le représentant en France de Mario Draghi à partir du mois de mai 2017, franchement…

Mathieu Mucherie

Mathieu Mucherie est économiste de marché à Paris, et s’exprime ici à titre personnel.

source: http://www.atlantico.fr/decryptage/2017-annee-opportunites-chine-mexique-argentine-mais-certainement-pas-europe-mucherie-mathieu-2923459.html#RKbeRBBpv5SUppSy.99

Article lu sur : http://revuedepresse.over-blog.com/2017/01/2017-l-annee-des-opportunites-en-chine-au-mexique-en-argentine.mais-certainement-pas-en-europe.html

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