Trisomie : le scandale commercial du nouveau test de dépistage

Trisomie : le scandale commercial du nouveau test de dépistage

ARTICLE | 01/02/2016 | Numéro 1986 | Par Antoine Pasquier

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Ce test révolutionne le diagnostic anténatal mais l’intention du dépistage est commerciale avant d’être médicale.

©VOISIN-PHANIE

EXCLUSIF MAG – Jean-Marie Le Méné dénonce la commercialisation par la société américaine Sequenom du dépistage non invasif de la trisomie 21. Pour le président de la Fondation Jérôme-Lejeune, ce test, qui arrive en France, amplifiera l’élimination des enfants trisomiques dans le sein maternel.

Quels sont le principe et la nouveauté du dépistage non invasif de la trisomie 21 (DPNI) ?

Les fabricants de ce nouveau test sont partis d’une découverte tout à fait intéressante, et qui n’est pas vraiment récente : dans le sang de la mère enceinte circulent des traces du génome de l’enfant qu’elle porte. Grâce à un prélèvement sanguin, il est désormais possible de déceler très facilement dans l’analyse de ce génome, et ce dès la 10e semaine, un certain nombre d’informations utiles à la mère, mais aussi à l’enfant.

Ce test révolutionne le diagnostic anténatal puisque, jusqu’à présent, pour obtenir l’information sur le génome de l’enfant, il fallait prélever le liquide amniotique, à travers une opération appelée amniocentèse. Celle-ci a toute sa pertinence technique et scientifique, mais elle reste une technique très invasive. Ce n’est pas rien d’enfiler une aiguille de 20 cm dans le ventre d’une femme enceinte !

L’amniocentèse conduit dans 1 à 2 % des cas à des fausses couches. Et dans ces fausses couches, on s’aperçoit la plupart du temps que les victimes sont des enfants qui ne sont pas atteints d’une pathologie. Le test non invasif découvert par la société américaine Sequenom est, lui, sans risque pour l’enfant. Cet argument a été le ressort marketing du fabricant américain pour vendre et exporter son test.

Dans votre livre, vous accusez la société Sequenom d’avoir conçu ce test pour se faire de l’argent sur le dos des personnes trisomiques. À partir de quels éléments ?

En fabriquant ce test, Sequenom n’avait aucune intention médicale. Sa démarche est purement commerciale, et c’est en cela qu’elle est critiquable. En 2008, son p.-d. g. a basé sa stratégie sur deux piliers : ce « mal nécessaire » – selon ses propres termes – que représente le dépistage de la trisomie 21, et l’importante opportunité de marché qu’ouvre ce même dépistage. Sequenom a donc fait le choix délibéré d’utiliser le dépistage des personnes trisomiques pour tester son produit et pour capitaliser au maximum sur sa rentabilité.

Comment ne pas voir ici un dévoiement de l’intention médicale quand une industrie pharmaceutique fabrique un test de dépistage et le qualifie de « mal nécessaire » ? Dès le départ, dans la tête du dirigeant de Sequenom, le test associait le dépistage à l’élimination des personnes trisomiques. C’est sur cette élimination qu’il fonde la rentabilité de son produit. C’est pour cette raison que je parle dans mon livre de « ruée vers l’or des Mongols ».

Dès le départ, dans la tête du dirigeant de Sequenom, le test associait le dépistage à l’élimination des personnes trisomiques. C’est sur cette élimination qu’il fonde la rentabilité de son produit.

 

Mais si ce test permet d’éviter l’amniocentèse et les fausses couches ?

L’argument d’éviter les fausses couches est très pervers.

C’est pour cette raison d’ailleurs qu’il est utilisé sur le plan marketing. En résumé, il consiste à dire : pour éviter que l’enfant que vous portez, et qui est en bonne santé, soit victime d’une fausse couche à cause de l’amniocentèse, un nouveau test vous garantit qu’il ne sera pas victime du système précédent, imparfait et invasif.

Bienvenue aux enfants sains, donc ! Car, en contrepartie, 100 % des enfants trisomiques seront, eux, dépistés. On connaît l’issue qui leur est réservée…

Il sera très difficile de répondre à cet argument, sauf à porter un jugement critique sur l’ensemble du dépistage, ce que je fais. Je pense que cette politique de dépistage généralisé de la trisomie 21 est mauvaise, même si l’acte du dépistage en soi n’est pas peccamineux. On a beau dire : « Les femmes ont le choix », la trace de cette liberté n’est pas inscrite dans les chiffres. On ne peut pas dire que 96 % d’enfants trisomiques avortés soient un indicateur particulier de choix. Quand une urne est remplie à 96 % de bulletins semblables, on annule l’élection.

famillechretienne.fr

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