Quelles sont les forces non gouvernementales à se battre en Syrie?

Quelles sont les forces non gouvernementales à se battre en Syrie?

Les combattants rebelles en Syrie

Plusieurs forces antigouvernementales interviennent militairement dans le conflit qui fait rage en Syrie. RT présente en images les dernières informations sur l’identité des groupes de combattants qui agissent dans le pays.

Fatah al-Islam

Fatah al-Islam
IdéologieIslamisme sunnite
Salafisme
Takfirisme
ObjectifsD’abord “libérer” Jérusalem, puis établir un état islamique dans la région
StatutActif
Fondation
Date de formationNovembre 2006
Fondé parChaker al-Absi
Pays d’origineDrapeau de la Palestine Palestine
Actions
Mode opératoireLutte armée, guérilla, attentat-suicide, prise d’otages
Zone d’opérationDrapeau de la Syrie Syrie, Drapeau du Liban Liban
Organisation
Chefs principauxChaker al-Absi
Membres200
FinancementArabie saoudite
SanctuaireCamps de réfugié palestiniens de Nahr el-Bared et de Nahr al-Bared, Drapeau du Liban Liban
Groupe reliéÉtat islamique, Front islamique, Front al-Nosra
Répression
Considéré comme terroriste parÉtats-Unis
Guerre civile syrienne, Guerre du Liban

Fatah al-Islam (arabe : فتح الإسلام, Fataḥ Al-Islām, Conquête de l’Islam) est un mouvement islamiste salafiste armé basé au Liban, essentiellement dans le camp de réfugiés palestiniens de Nahr el-Bared, et en Syrie, apparu en novembre 2006. C’est un groupe qui fit scission du Fatah-Intifada lui-même scission Fatah de Yasser Arafat en 1983. Son leader, Chaker al-Absi, est présumé mort ou capturé en Syrie.

Des membres du mouvement salafiste palestinien Jound al-Cham auraient intégré le Fatah al-Islam.

L’organisation est placée sur la liste officielle des organisations terroristes des États-Unis1.

Historique

Le Fatah Al-Islam affirmait que son objectif était la libération de Jérusalem et que cela ne pouvait se faire que par l’islam. Le Bloc du 14 mars accuse Fatah al-Islam d’être une marionnette du régime syrien, ce que nie Damas qui avait déjà emprisonné son leader. À ce jour, il est prouvé que le mouvement comprend des Palestiniens, des Libanais, des Saoudiens, des Syriens, des Tchétchène, des Yéménites, des Pakistanais, des Irakiens et au moins un Algérien et un Bangladais. Ce mouvement aurait été financé par des fonds saoudiens et en partie par des fonds américains dans le but de lutter contre le Hezbollah chiite.

Sur la base des aveux de quatre de ses membres arrêtés par les forces de l’ordre libanaises, ce mouvement est accusé d’être l’auteur d’un attentat commis le 13 février 2007, à Aïn Alaq-Bikfaya dans la montagne au nord-est de Beyrouth, contre deux minibus de transport public. Ils sont aussi soupçonnés de fomenter d’autres attentats.

Selon des réfugiés palestiniens du camp de de Nahr el-Bared près de Tripoli, les islamistes sont arrivés à la fin de l’été 2006 en se disant soutenir le Fatah-Intifada. Ce camp aurait été choisi car il est en région sunnite et n’était dominé par aucune des factions palestiniennes, qui chacune ne contrôlait que quelques quartiers. Par le passé, ce camp fut contrôlé par le FPLP, mais ce mouvement s’est retrouvé affaibli par la disparition de ses chefs. Au bout de quelques mois, quand ils sont devenus assez nombreux, ils se sont revendiqués du Fatah al-Islam. Toujours selon les Palestiniens, ils avaient beaucoup d’argent et d’armes et étaient, avant les combats de mai-juin 2007, environ 700. Le groupe est international mais la majorité d’entre eux seraient des Libanais sunnites de Fneidek et Sir al-Dinniyé dans la région du Akkar, à une cinquantaine de kilomètres au nord-est de Tripoli.

L’opposition libanaise et de nombreux Palestiniens accusent le gouvernement libanais et le Courant du Futur de Saad Hariri d’avoir favorisé le développement de ce groupe pour contrer les ambitions du Hezbollah et de l’avoir financé avec des fonds saoudiens, les Hariri étant très liés avec la famille des Saoud. Le journaliste-analyste américain Seymour Hersh en a publié un rapport complet au printemps 20072. Le gouvernement libanais aurait déclenché les combats pour mettre en porte à faux la Syrie et l’accuser quelques jours avant que le Conseil de sécurité des Nations unies se réunisse afin d’obtenir davantage de soutien des pays et médias occidentaux. Ni cette thèse de la manipulation du gouvernement pro-occidental libanais, ni celle de l’implication syrienne ne sont prouvées, mais les médias audiovisuels ne retransmettent que la deuxième théorie, alors que les médias papiers sont beaucoup plus prudents.

À propos de ces accusations, un homme politique syrien a déclaré « s’il y avait un tremblement de terre au Liban, le gouvernement accuserait la Syrie ». Le Hezbollah appelle l’armée libanaise à intervenir contre le Fatah al-Islam tout en évitant de porter atteinte aux civils, et demande au Fatah et au Hamas de servir de négociateur pour que les militants djihadistes déposent les armes et soient traduits en justice. Le parti considère les civils palestiniens comme une ligne rouge et craint que le conflit avec les terroristes du Fatah al-Islam soit utilisé pour installer les réfugiés palestiniens au Liban de manière permanente.

Des combats ont eu lieu lors de l’été 2007 entre l’Armée Libanaise et les membres de cette organisation. Au 7 août 2007, plus de 200 personnes avaient été tuées, dont 134 soldats libanais et Abou Houreira, chef adjoint du Fatah al-Islam. Ce bilan ne tient pas compte des islamistes tués et dont les corps sont restés dans le camp.

Pendant la nuit du 2 septembre 2007, un nombre important des islamistes toujours dans le camp essayèrent de fuir, parmi eux se trouvant Chaker al-Absi le leader de Fatah al-Islam. Peu après, l’armée libanaise annonça la fin des combats, l’éradication du mouvement et la mort de Chaker al-Absi, après que son corps eut été identifié dans un hôpital de la ville de Tripoli.

Le 27 septembre 2008, un attentat suicide à Damas en Syrie tue 17 personnes, les autorités de ce pays accusent formellement le Fatah al-Islam d’être responsable de cet acte3

Pendant la guerre civile syrienne débutée en 2011, le Fatah Al-Islam a soutenu l’insurrection notamment lors de la prise de Qousseir en 2012 (Bataille d’al-Qusayr)

Front al-Nosra

Le Front al-Nosra, également dénommé Jabhat al-Nosra (en arabe : جبهة النصرة لأهل الشام, Jabhat an-Nuṣrah li-Ahl ash-Shām, « Front pour la victoire des Gens du Sham »), est un groupe armé salafiste djihadiste affilié à Al-Qaïda7, apparu dans le contexte de la guerre civile syrienne8. Principalement présent dans le nord-ouest de la Syrie9, le groupe est également actif au Liban10. À partir de novembre 2013, il prend également le nom de al-Qaïda fi Bilad ash-Sham « al-Qaïda au pays du Sham »11 et devient l’un des plus importants groupes rebelles de la guerre civile12. Après avoir été provisoirement allié avec l’organisation État islamique d’Irak, au point que celle-ci annonce la fusion des deux groupes13, l’organisation se rallie en 2013 à Al-Qaïda. Le groupe, actuellement dirigé par Abou Mohammad Al-Joulani14, est placé en mai 2014 sur la liste de l’ONU des organisations proches d’Al-Qaïda13, liste instituée dans le cadre de la résolution 1267, datant de 1999 et visant à lutter contre le terrorisme15.

Historique

Montée en puissance (2012)

Les sources divergent sur la date de formation du groupe lors de la guerre civile syrienne : en avril 2011, après la libération par Bachar el-Assad de la quasi-totalité des djihadistes syriens16 dans le cadre d’une prétendue amnistie générale8 ; ou bien en janvier 201217,18, après que l’État islamique d’Irak a envoyé un groupe en Syrie à la mi-20112. Pour Wassim Nasr, journaliste à France 24, ce sont « juste quelques chefs [qui] sont sortis des prisons syriennes, rejoints par des vétérans syriens d’Irak, en Syrie ou venus d’Irak, qui se battaient sous la bannière de l’État islamique d’Irak », c’est-à-dire al-Qaïda en Irak. Ce sont ces derniers qui formeraient le noyau dur du Front al-Nosra, auquel d’autres se rallient encore aujourd’hui ; le chef d’al-Nosra, Abou Mohammad Al-Joulani, dont le visage demeure inconnu, aurait notamment fait ses armes en Irak8. Pour Jean-Pierre Filiu, le Front al-Nosra « n’est que le prolongement en territoire syrien de l’État islamique en Irak et au Levant »19.

Au cours de l’année 2012, al-Nosra change de nature en enregistrant « l’arrivée de plusieurs centaines de combattants étrangers, notamment en provenance du terrain irakien, profitant de la porosité de la frontière pour mener le djihad en Syrie »16. Selon Thomas Pierret, maître de conférences en islam contemporain à l’université d’Edimbourg, « le groupuscule n’a fait que se renforcer à l’été et à l’automne 2012 grâce à la conjonction de plusieurs facteurs : la création de zones libérées à l’est et au nord ; la brutalisation du conflit avec les attaques aériennes ; et le sentiment de stagnation de l’opposition »3. Il est désigné par les États-Unis comme une organisation terroriste à la fin de l’année20.

Révélation des relations avec al-Qaïda et mise au ban internationale (2013-2014)

En mars 2013, le Los Angeles Times révèle que selon le Département d’État, il est impossible de distinguer le Front al-Nosra d’al-Qaïda en Irak21. Selon Le Monde, « plusieurs témoignages recueillis dans le nord de la Syrie laissent penser que Jabhat Al-Nosra est un groupe très majoritairement syrien — autour de 80 % — sans lien organique avec al-Qaïda, mais proche sur le plan idéologique »12. Mathieu Guidère, professeur d’islamologie à l’Université Toulouse II-Le Mirail, contredit cette observation en déclarant en avril 2013 que les djihadistes étrangers y sont « désormais majoritaires aux deux tiers par rapport aux Syriens ». Il ajoute que ces étrangers « ont modifié la mission initiale du Front al-Nosra, qui était de faire tomber le régime alaouite de Bachar el-Assad, accusé de tuer des musulmans sunnites. L’idéologie djihadiste des premiers combattants syriens est peu à peu devenue martyriste. L’agenda, tout d’abord national syrien, est devenu régional »16.

Le 9 avril 2013, Abou Bakr al-Baghdadi, chef de l’État islamique d’Irak (EII), révèle le parrainage du Front al-Nosra par son organisation, caché jusqu’ici pour des raisons stratégiques et de sécurité selon lui, et le choix de Abou Mohammad Al-Joulani pour le diriger22. Le Front al-Nosra et l’EII sont alors fédérés sous l’appellation « État islamique en Irak et au Levant » (EIIL)14. Mais Al-Joulani ne répond pas favorablement à l’appel d’al-Baghdadi, bien qu’il reconnaisse avoir combattu sous ses ordres en Irak, puis avoir bénéficié de son aide en Syrie. Finalement le chef d’Al-Nosra prête serment d’allégeance non par à l’EIIL mais à Ayman al-Zawahiri, émir d’Al-Qaïda16,4,23. En février 2012, l’EII avait déjà été soupçonné d’avoir organisé des attentats à Alep, alors que le chef d’al-Qaïda Ayman Al-Zaouahiri avait soutenu la rébellion en Syrie24.

Avec cet évènement, le Front al-Nosra s’est « syrianisé » d’après l’universitaire Thomas Pierret : « il est devenu plus pragmatique avec la population, moins idéologique »17. Parallèlement à cette allégeance, il renforce Jaysh al-Islam qui finira par intégrer le Front islamique, avec pour objectif d’éviter les conséquences de l’inscription sur la liste noire américaine25.

En mai 2013, le chef du Front al-Nosra Abou Mohammad Al-Joulani est blessé au pied lors d’un bombardement de l’armée syrienne au sud de la province de Damas26. L’information, lancée par l’OSDH, est cependant démentie par le Front al-Nosra27.

Le 30 mai 2013, les autorités turques annoncent l’arrestation de 12 terroristes d’al-Nosra en possession de gaz sarin qui prévoyaient de planifier des attentats sur le sol turc28.

Le lendemain, le Conseil de sécurité de l’ONU ajoute al-Nosra à la liste des organisations qu’il considère comme terroristes, ce qui entraîne un gel de ses avoirs et un embargo sur ses armes. La France et le Royaume-Uni ont poussé à mettre al-Nosra sur cette liste, après avoir bloqué une demande en ce sens du gouvernement syrien29.

En juin 2013, le chef d’Al-Qaïda Ayman al-Zaouahiri invalide « l’État islamique en Irak et au Levant », proclamé en avril par le chef de l’EIIL, Abou Bakr al-Baghdadi, et affirme que « le Front Al-Nosra au Levant est une branche indépendante d’Al-Qaida »18. Il demande à l’EIIL de renoncer à ses prétentions sur la Syrie30. Mais à son tour, al-Baghdadi rejette les déclarations d’al-Zawahiri4.

D’après Ignace Leverrier, blogueur pour Le Monde, al-Joulani serait particulièrement attaché à un agenda syrien et à une méthode différente de l’EIIL. La fondation Quilliam, elle, parle de sources qui affirmeraient que « Jabhat al-Nosra reçoit toujours des ordres stratégiques et idéologiques de l’État islamique d’Irak, et que leur développement est toujours développé par Al Qaida en Irak à ce jour ». Enfin, pour Wassim Nasr, « al-Nosra ne prend pas ses ordres en Irak. Les deux entités, Jabhat al-Nosra et ISIS (Islamic State of Irak and Syria) évoluent parallèlement. Pour simplifier, comment un groupe, qui contrôle des villes et qui est en tête de la révolution syrienne avec des chefs syriens, peut prendre des ordres d’un groupe marginalisé en Irak avec à sa tête un irakien qui ne contrôle pas de territoire … même si le rôle de ce dernier était décisif dans la montée en puissance d’al-Nosra ». Ce sont ces éléments qui expliqueraient l’allégeance au chef d’al-Qaïda Ayman al-Zaouahiri et non pas à Baghdadi8.

En novembre 2013, Ayman al-Zaouahiri annonce finalement que le Front Al-Nosra est bien la seule branche d’Al-Qaïda en Syrie7. Cette reconnaissance aboutira au déclenchement du conflit entre groupes islamistes en Syrie : l’EIIL va refuser de voir ses troupes engagés en Syrie rejoindre les rangs d’Al-Nosra et du Front Islamique31.

En juin 2014, le Front al-Nosra est ajouté à la liste des groupes terroristes affiliés à al-Qaïda par la Turquie32.

Conflit avec l’État islamique, déclin dans le Nord-Est et essor dans le Nord-Ouest

Articles détaillés : Deuxième bataille de Racca, Bataille de Markada et Offensive de Deir ez-Zor.

En janvier 2014, le Front al-Nosra rompt complètement avec l’État islamique en Irak et au Levant et participe aux côtés des autres groupes rebelles à l’offensive contre le groupe originaire d’Irak. Le 6 janvier, il attaque Racca, mais la tentative est un échec33. En avril 2014, l’EIIL lance une offensive avec plus de 3 000 hommes sur le gouvernorat de Deir ez-Zor tenu par le Front al-Nosra, le Front islamique et l’Armée syrienne libre. Les combats font des centaines de morts mais l’EIIL avance. Le 14 juillet, le Front al-Nosra doit abandonner la ville de Deir ez-Zor et le gouvernorat de Deir ez-Zor passe presque totalement aux mains de l’État islamique34,35,36.

Articles détaillés : Bataille de Yabroud et Bataille de Rankous.

En mars et avril 2014, les djihadistes d’al-Qaïda subissent également des revers dans le Qalamoun près du Liban. Battus par les Hezbollah et le régime syrien à Yabroud et Rankous, ils perdent une de leurs bases arrières qui leur permettait de se ravitailler au Liban37,38.

Le 29 juin 2014, al-Nosra rejette la proclamation de la restauration du califat par l’État islamique39. En réaction, le 11 juillet, Abou Mohammad Al-Jolani annonce son intention de créer un « un émirat au Levant », précisant qu’il aurait des frontières avec « le régime, les ultras (l’EI), les corrompus (les rebelles) et le PKK (les kurdes) »40.

En septembre, le Front al-Nosra est visé par les les frappes de la coalition internationale en Syrie qui cependant s’attaque prioritairement à l’EI. Le groupe Khorassan est notamment touché41. Selon l’OSDH, au moins 70 djihadistes d’al-Qaïda sont tués par la coalition de septembre à novembre et le groupe n’est que rarement visé par la suite42,43.

Article détaillé : Bataille de Wadi al-Deïf.

Chassé de l’Est de la Syrie par l’EI, le Front al-Nosra monte cependant en puissance dans le Nord-Ouest. En novembre, la guerre éclate entre les djihadistes d’al-Qaïda et les rebelles du Front révolutionnaire syrien et du Mouvement Hazm, soutenus par les Américains. Les combats à Deir Sinbel et à Khan al-Sobol tournent à l’avantage du Front al-Nosra qui s’empare de ces deux villes, ainsi que de la région de Jabal al-Zawiya, et chasse les rebelles modérés de la zone44,45,46,47,48. Le mouvement djihadiste tourne ensuite ses forces contre le régime syrien et le 15 décembre il prend d’assaut les bases militaires de Wadi al-Deïf et d’Hamidiyé, près de la ville de Ma’arrat al-Numan, au terme d’une bataille sanglante qui fait 200 à 300 morts en 24 heures. Après cette série de victoires, le Front al-Nosra devient la force dominante dans le gouvernorat d’Idleb49,50,51,52.

Le 6 mars 2015 la presse annonce que Abou Hamam al-Souri, ancien chef militaire du Front al-Nosra, aurait été tué le 3 ou le 5 mars par une frappe de l’aviation syrienne à Salkine, dans la province d’Idlib53,54,55.

Le 24 mars 2015, le Front al-Nosra, Ahrar al-Sham et d’autres groupes rebelles se rassemblent dans une alliance appelée l’Armée de la conquête, forte d’environ 30 000 hommes, soutenue par l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie, et active principalement dans le gouvernorat d’Idleb56,57.

En mai 2015, Romain Caillet, consultant spécialiste du mouvement djihadiste et du conflit syrien, observe que « Jabhat en-Nosra se déploie davantage sur la Ghouta occidentale, pour lutter contre les forces du Hezbollah »58. D’après le chercheur Fabrice Balanche, 20 à 25 % de la population syrienne vit alors sur les territoires tenus par le Front al-Nosra et ses alliés59.

Le 27 mai 2015, Abou Mohammad Al-Joulani, le chef du Front al-Nosra, accorde une interview à Al Jazeera. Il affirme que le seul objectif de son groupe est la chute du régime de Bachar el-Assad, il dément l’existence du groupe Khorassan et affirme qu’Ayman al-Zaouahiri a donné des ordres pour ne pas lancer d’attaque contre l’Occident depuis la Syrie. Il confirme d’ailleurs son allégeance à ce dernier, voulant ainsi mettre fin aux rumeurs sur une éventuelle rupture entre le Front al-Nosra et Al-Qaïda central. Selon les analystes, le Front al-Nosra cherche alors à donner à l’Occident une image plus présentable et se faire passer comme une force politique légitime en Syrie, notamment en se distinguant de l’extrémisme de l’État islamique vis-à-vis des minorités religieuses chrétiennes et alaouites60,61,62.

Le 4 juin 2015, la chaîne Al Jazeera diffuse un entretien dans lequel le chef du groupe Abou Mohamed Al-Joulani déclare qu’il ne voit pas de solution rapide au conflit qui l’oppose à l’organisation Etat islamique en Syrie : « Il n’y a pas de solution entre eux et nous, aujourd’hui ou dans un avenir prévisible. Nous espérons qu’ils se repentiront devant Allah et qu’ils reviendront à la raison. Sinon, il n’y aura rien d’autre que des combats entre nous »63. La chaîne ne précise cependant pas quand cette interview a été enregistrée.

Le 2 juillet 2015, le Front al-Nosra forme avec 13 autres groupes djihadistes — dont Ahrar al-Sham et le Front Ansar Dine — une nouvelle coalition baptisée Ansar al-Charia, active dans le gouvernorat d’Alep64,65,66,67.

En septembre 2015, « l’Armée de la conquête », composée du Front al-Nosra et du groupe islamiste Ahrar al-Sham, est touchée par des frappes russes dans les provinces d’Idlib et de Hama, d’après l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) et les médias syriens. Au nord de la ville de Homs, al-Nosra est aussi touché par ces frappes selon l’OSDH68.

Le 23 septembre 2015, le Front al-Nosra est renforcé par les derniers combattants de Jaish al-Muhajireen wal-Ansar qui rejoignent le groupe69.

Attentats

Le Front al-Nosra revendique depuis novembre 2011, plus de 1000 attaques, dont plus de 200 attentats-suicides dans les principales villes de Syrie70,71. Parmi eux :

  • 23 décembre 2011 à Damas72
  • 10 mai 2012, Damas, 55 morts et 372 blessés73,13.
  • 3 octobre 2012 à Alep74.
  • 7 octobre 2012, un policier mort à Damas, dans un attentat à la voiture piégée75.
  • 12 décembre 2012 à Damas contre le ministère de l’Intérieur, faisant neuf morts76,77.
  • 28 janvier 2013, dans la ville de Salamyeh, dans le gouvernorat de Hama, faisant des dizaines de victimes78.
  • jeudi 21 février 2013, près de 60 tués dans un attentat-suicide à la voiture piégée près du siège du parti Baas à Damas79,80.
  • vendredi 2 aout 2014, près de 14 soldats tués, 22 introuvables, 86 blessés. Assisté par des éléments de l’EIIL, le Front Al-Nosra lance une attaque sur les positions de l’armée libanaises. Plus de 400 jihadistes s’opposent durant deux semaines aux forces libanaises dans le nord ouest du Liban, précisément à Ersal. Profitant de la grande confusion due à l’explosion du nombre de réfugiés dans la ville, le Front était parvenu à installer une base opérationnelle au sein même du territoire libanais81.

Il se distingue de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) par le fait d’opérer partout en Syrie, sans avoir de territoire circonscrit à part ceux qu’il contrôle17. Il joue notamment un rôle déterminant dans la prise de la base aérienne de Taftanaz qui résulta en la victoire des rebelles le 11 janvier 2013. Il est également impliqué dans la bataille d’Alep aux côtés de l’ASL.

Bien qu’allié à l’ASL dans le but de faire tomber Al-Assad, les membres de l’ASL ont condamné à de nombreuses reprises les attentats-suicides perpétrés par Al-Nosra et certains indiquent que l’éventualité d’un après-Assad serait marqué par une guerre entre l’ASL et les islamistes djihadistes82.

Le 14 février 2013, le Front Al-Nosra s’empare de la ville de Chadadé dans l’est de la Syrie83.

Le 9 mars 2013, le Front Al-Nosra annonce la création d’un conseil local dans l’est de la Syrie chargé de gérer les affaires de la population et de combler le vide sécuritaire84.

Idéologie

Le Front al-Nosra prône une société reposant sur les lois de la charia. Le seul régime qu’elle prône en Syrie est le califat, et qualifie la démocratie de « religion des impies »85.

Financement et ressources

Le Front al-Nosra bénéficie de financements beaucoup plus importants que ceux de ses rivaux au sein de l’opposition armée, ce qui explique sa montée en puissance86. Il serait financé par de riches mécènes du Golfe87 et des ONG basées notamment au Koweït et aux Émirats arabes unis88. Cependant, d’après l’universitaire Thomas Pierret en septembre 2013, « il semble que [les] fonds [privés venus du Golfe] sont en fait eux aussi plutôt absorbés par des groupes salafistes “respectables”. On dit aussi qu’Al Nosra exploite des puits de pétrole. Ce qui est vrai mais c’est récent. Donc d’où venaient leurs moyens importants avant ? On ne sait pas exactement »89.

L’universitaire Fabrice Balanche indique en janvier 2015 que le « financement qatari et saoudien » du Front al-Nosra et de l’État islamique (EI) est « probable », tout en précisant qu’« il n’y aura jamais de preuve papier » : « le Qatar a financé le Front Al-Nosra (ou Nosra) jusqu’à la scission intervenue en avril 2013 » avec l’EI, après laquelle « le Qatar a choisi de soutenir l’EI contrairement à l’Arabie saoudite qui continue de financer Nosra. Néanmoins, […] le Qatar peut être également amené à financer un groupe de combattants se revendiquant de Nosra pour un intérêt particulier. De même, il existe différents clans en Arabie saoudite, qui est loin d’être un royaume monolithique. Ces familles soutiennent aussi bien Nosra que l’EI »90.

De son côté, Selahattin Demirtas, coprésident du Parti pour la paix et la démocratie (une formation kurde), accuse la Turquie de renforcer le Front al-Nosra « en envoyant des armes » en Syrie : « Sans ce soutien et celui de l’Arabie saoudite, les terroristes ne pourraient pas se maintenir »91. Alors que la Syrie porte plainte contre la Turquie en l’accusant de fournir des armes à des groupes perpétrant des « attaques terroristes contre le peuple syrien » et d’entraîner des djihadistes sur son territoire, et que la presse turque suggère à son tour qu’Ankara a fourni directement des armes aux factions djihadistes dont le Front al-Nosra sur la base de rapports des Nations unies et d’enquêtes, le gouvernement turc dément en janvier 2014. Il est également accusé de fermer les yeux sur les transferts d’armes et de combattants à la frontière92.

En novembre 2013, le Front al-Nosra s’empare du champ pétrolier Al-Omar, le plus grand du pays93.

En septembre 2015, la presse révèle le transfert d’équipement et de munitions de rebelles formés par les États-Unis au Front al-Nosra. Les rebelles auraient transmis « 25% de leur équipement » au groupe armé salafiste94.

Critique du ralliement à Al-Qaïda

Abou Bassir al-Tartousi, chef idéologique des salafistes du Front islamique syrien (FIS), dont la principale composante est Ahrar al Cham, a estimé qu’annoncer son rattachement à Al-Qaïda était une provocation qui lésait la rébellion : « Nous défendons les principes de l’islam, à savoir l’État islamique, le combat au nom de Dieu et de son prophète Mahomet, la charia (loi islamique) mais il faut éviter toutes référence à certains noms qui suscitent une vive réaction du monde contre le peuple de Syrie »95.

Le Front islamique de libération de la Syrie (FILS), la plus importante coalition islamiste, qui comporte en autre dans ses rangs des Frères musulmans, des indépendants et des salafistes regroupés une vingtaine de bataillons sous l’ombrelle de l’Armée syrienne libre, a quant à lui fait savoir que : « En Syrie, nous avons lancé le jihad (guerre sainte) contre le régime (…), pas pour prêter allégeance à X ou Y ni pour qu’on impose à nos frères et notre peuple des choses malgré eux ». Le communiqué du FILS s’en prend même, sans le nommer, au chef d’Al-Qaïda, en déclarant que « faire allégeance à quelqu’un qui ne comprend pas notre réalité ne sert ni notre peuple ni notre nation »95.

Le prédicateur religieux Youssef al-Qaradâwî, proche des Frères musulmans, a de son côté appelé le Front al-Nosra à se dissocier d’al-Qaïda en Irak et à se ranger auprès de l’Armée syrienne libre96.

Otages étrangers

En octobre 2012, un journaliste américain, Theo Padnos est enlevé par le Front al-Nosra. Torturé pendant sa détention, il parvient à s’évader et se place sous la protection des rebelles de l’Armée syrienne libre, mais ces derniers le livrent aux djihadistes. Il est finalement libéré le 24 août 201497.

Le 10 mars 2014, al-Nosra libère 13 religieuses chrétiennes capturées à Maaloula, en échange de 50 prisonnières détenues dans les prisons du régime. Les religieuses ont indiqué qu’elles avaient été traitées correctement durant leur captivité98.

Le 28 août 2014, le Front al-Nosra capture 45 casques bleus fidjiens de la UNDOF dans le plateau du Golan. En échange de la libération des prisonniers, le Front al-Nosra exige d’être retiré de la liste des organisations terroristes. Deux jours plus tard, les djihadistes attaquent une base des casques bleus. Les troupes philippines, fortes de 75 hommes, ouvrent le feu puis sont exfiltrées grâce à l’intervention d’un contingent irlandais. Les Fidjiens sont libérés le 11 septembre99,100,101,101,102.

Le 31 juillet 2014, deux humanitaires italiennes, Greta Ramelli et Vanessa Marzullo, agées de 20 et 21 ans, sont enlevés près d’Alep. En décembre, elle apparaissent dans une vidéo mise en ligne par des djihadistes se réclamant du Front al-Nosra, le groupe cependant ne revendique pas officiellement l’enlèvement. Le deux jeunes femmes sont finalement libérées le 15 janvier 2015103,104. Une chaîne de télévision arabe évoque le versement d’une rançon de 12 millions d’euros, ce que le gouvernement italien dément105.

Opinion de la population syrienne

En juillet 2015, un sondage commandé par la BBC est mené en Syrie par l’institut international ORB. Il porte sur un échantillon de 1 365 personnes, dont 674 en zone contrôlée par le gouvernement syrien, 430 en zone contrôlée par les rebelles, 170 en zone contrôlée par l’État islamique et 90 en zone contrôlée par les Kurdes. Les résultats sont cependant à prendre avec précaution, les sondés ayant pu orienter leurs réponses par craintes de représailles. À la question : « Que pensez-vous de l’influence de cet acteur (le Front al-Nosra) sur la guerre en Syrie? » les réponses sont106,107 :

  • En zone contrôlée par le gouvernement syrien : 7 % « Complètement positive », 6 % « Plutôt positive », 25 % « Plutôt négative », 60 % « Complètement négative », 2 % « Ne sais pas » ;
  • En zone contrôlée par les rebelles : 26 % « Complètement positive », 32 % « Plutôt positive », 17 % « Plutôt négative », 23 % « Complètement négative », 2 % « Ne sais pas » ;
  • En zone contrôlée par l’État islamique : 26 % « Complètement positive », 33 % « Plutôt positive », 21 % « Plutôt négative », 18 % « Complètement négative », 2 % « Ne sais pas » ;
  • En zone contrôlée par les Kurdes : 19 % « Complètement positive », 32 % « Plutôt positive », 16 % « Plutôt négative », 32 % « Complètement négative », 1 % « Ne sais pas » ;
  • Ensemble de la Syrie : 16 % « Complètement positive », 19 % « Plutôt positive », 22 % « Plutôt négative », 41 % « Complètement négative », 2 % « Ne sais pas ».

Drapeaux

État islamique (organisation)

Page d'aide sur les redirections Cet article concerne l’organisation terroriste. Pour le régime politique, voir État islamique.
État islamique
الدولة الإسلامية
Image illustrative de l'article État islamique (organisation)
Devise : La ilaha illa Allah
(« Il n’y a de dieu que Dieu »)1

IdéologieSalafisme djihadiste, takfirisme, panislamisme, anti-chiisme, antioccidentalisme
ObjectifsÉtablissement d’un califat dans le monde musulman
Instauration de la charia
StatutActif
Fondation
Date de formation13 octobre 2006
Fondé parConseil consultatif des Moudjahidines en Irak
Pays d’origineIrak
Actions
Mode opératoireLutte armée, guérilla, terrorisme dont attentat-suicide, prise d’otages
Zone d’opérationDrapeau de l'Irak Irak
Drapeau de la Syrie Syrie
Drapeau de la Libye Libye2,3
Drapeau de l'Égypte Égypte
Drapeau de la Turquie Turquie
Drapeau du Liban Liban4
Drapeau du Nigeria Nigeria
Drapeau de la Russie Russie5
Drapeau de l'Algérie Algérie6,7
Drapeau du Yémen Yémen8
Drapeau de l'Arabie saoudite Arabie saoudite8
Drapeau de la Palestine Bande de Gaza9 10
Drapeau de la Tunisie Tunisie11
Drapeau de l'Afghanistan Afghanistan
Drapeau du Pakistan Pakistan
Drapeau de la Somalie Somalie
Drapeau du Bangladesh Bangladesh
Drapeau de la France France
Période d’activitéDepuis 2006
Organisation
Chefs principaux• Abou Omar al-Baghdadi (« émir » tué en 2010)
• Abou Bakr al-Baghdadi (« calife » depuis le 29 juin 2014)
MembresEn Irak en Syrie :
~ 5 000 (en 2011)
11 000 à 13 00012,13 (en 2013)
20 000 à 100 00014,15,16, (en 2014)
30 000 à 125 00017,18,19(en 2015)
FinancementContrebande de pétrole et de gaz naturel, impôts, production de phosphate, vente de ciment, exploitation agricole, pillage de banques, pillages de sites archéologiques, rançons, trafic d’être humains, vente d’esclaves, donations privées20,21,22
SanctuaireMossoul et Racca
Groupe reliéBoko Haram
État islamique en Libye
Wilayat Sinaï
Jund al-Khilafah
Répression
Considéré comme terroriste parONU23 ;Voir la section correspondante pour les pays à titre individuel
Guerre d’Irak
Guerre civile syrienne
Seconde guerre civile irakienne
Deuxième guerre civile libyenne
Insurrection djihadiste au Nigeria
Guerre d’Afghanistan
Insurrection du Sinaï
Guerre civile yéménite

L’État islamique (en arabe الدولة الإسلامية, ad-dawla al-islāmiyya), abrégé en EI, est une organisation militaire, politique et terroriste, d’idéologie salafiste djihadiste, qui a proclamé le 29 juin 2014 l’instauration d’un califat sur les territoires qu’elle contrôle. Son essor est notamment lié aux déstabilisations géopolitiques causées par les guerres en Irak puis en Syrie.

Sa création remonte à 2006, lorsqu’Al-Qaïda en Irak forme avec cinq autres groupes djihadistes le Conseil consultatif des moudjahidines en Irak. Le 13 octobre 2006, le Conseil consultatif proclame l’État islamique d’Irak (en abrégé EII ; en arabe دولة العراق الإسلامية, dawlat al-ʿirāq al-islāmiyya), lequel se considère à partir de cette date comme le véritable État.

En 2012, l’EII commence à s’étendre en Syrie et le 9 avril 2013, il devient l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) (en arabe الدولة الاسلامية في العراق والشام, ad-dawla al-islāmiyya fi-l-ʿirāq wa-š-šām, littéralement « État islamique en Irak et dans le Cham »), en anglais ISIS (Islamic State of Iraq and Sham), parfois désigné par l’acronyme arabe Daech (en arabe داعش, Dāʿiš [ˈdaːʕiʃ ], en anglais Daesh) utilisé par ses opposants.

Le 29 juin 2014, l’EIIL annonce le rétablissement du califat sous le nom État islamique dans les territoires sous son contrôle et Abou Bakr al-Baghdadi se proclame calife, successeur de Mahomet, sous le nom d’Ibrahim. Il entre alors en conflit avec Al-Qaïda et son influence s’étend à l’ensemble du monde musulman avec l’allégeance de plusieurs groupes djihadistes, les plus importants étant Boko Haram dans le Nord-Est du Nigeria, Ansar Bait al-Maqdis dans le Sinaï égyptien et le Majilis Choura Chabab al-Islam en Libye.

L’État islamique est classé comme organisation terroriste par de nombreux États et est accusé par les Nations unies, la Ligue arabe, les États-Unis et l’Union européenne d’être responsable de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, de nettoyage ethnique et de génocide. Il pratique également la destruction systématique des vestiges du passé multi-millénaire dans le périmètre fluctuant des régions qu’il contrôle par les armes. Depuis août 2014, une coalition internationale de vingt-deux pays intervient militairement contre cette organisation, qui mène également des opérations meurtrières à l’extérieur des territoires sous son contrôle.

Origine et création

Articles détaillés : Al-Tawhid, Al-Qaïda en Irak, Conseil consultatif des Moudjahidines en Irak et Djihad.

Selon le quotidien britannique The Guardian, citant une source anonyme, c’est derrière les murs de la prison américaine de Camp Bucca située dans la ville de Garma, perdue dans le désert irakien, que les futurs caïds de l’organisation ont ébauché leur réseau à partir de 2004, en inscrivant les coordonnées de leurs codétenus sur l’élastique de leurs boxers aux fins de reprise de contact à leur sortie de prison en 200924,25,26. Richard Barret, spécialiste du contre-terrorisme, analyse que l’enfermement favorisant la radicalisation, de hauts gradés baasistes de l’armée de Saddam Hussein se sont retrouvés aux côtés de terroristes chevronnés d’Al Qaïda et les deux groupes, s’ils ont des méthodes différentes, ont vu une communauté d’intérêt et se sont échangé leurs compétences27.

L’État islamique d’Irak est créé le 13 octobre 200628,29 par le Conseil consultatif des Moudjahidines en Irak (une alliance de groupes armés djihadistes dont fait partie Al-Qaïda en Irak) et cinq autres groupes djihadistes irakiens30, avec une trentaine de tribus sunnites représentant environ 70 % de la population de la province d’al-Anbar (ouest de l’Irak)31.

Progressivement, la branche irakienne d’Al-Qaïda est absorbée dans l’État islamique ; son chef, Abou Hamza al-Mouhajer, prête d’ailleurs serment d’allégeance à Abou Omar al-Baghdadi, émir de l’État islamique d’Irak. En 2007, Ayman al-Zaouahiri annonce qu’« Al-Qaïda en Irak n’existe plus ». Les combattants de ce mouvement ont rejoint pour la plupart l’État islamique d’Irak32,33.

Le 9 avril 2013, l’EII devient l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) ou État islamique en Irak et al-Sham (EIIS)34,note 1 (arabe : الدولة الاسلامية في العراق والشام, « ad-dawla al-islāmiyya fi-l-ʿirāq wa-š-šām »)35, parfois désigné par l’acronyme anglais ISIS36,37 ou par l’acronyme arabe Daech / Daesh (داعش), principalement par les opposants à l’EI38,39,40,41.

Le 29 juin 2014, l’EIIL annonce le rétablissement du califat dans les territoires sous son contrôle et Abou Bakr al-Baghdadi se proclame calife, successeur de Mahomet, sous le nom d’Ibrahim. L’organisation prend, dans ses communiqués, le nom d’État islamique42.

Idéologie

L’EI est un mouvement salafiste djihadiste, particulièrement hostile aux chiites. Son objectif est le rétablissement du califat des Abbassides, c’est-à-dire un État musulman s’étendant de l’Afrique du Nord à l’Asie centrale43. Pour Alain Marsaud, ancien chef central de la lutte antiterroriste, « Daesh est en train de créer un sunniteland 44».

Cette idéologie s’inscrit dans une mutation des États arabes, d’un modèle laïc vers des modèles confessionnels et communautaristes : le régime laïc de Saddam Hussein s’est appuyé sur l’idéologie salafiste dans les dernières années de son pouvoir. Cette idéologie s’est radicalisée au cours des décisions politiques des gouvernements suivants45,46,47.

Les djihadistes de l’État islamique sont également considérés comme des « takfiri » ou des « kharidjites » par leurs adversaires musulmans, dont les chiites48,49, termes que les membres de l’État islamique rejettent.

Stratégie

La stratégie de l’État islamique n’est pas uniquement le résultat de concours de circonstances, ni de pulsions destructrices de ses combattants, elle découle d’une réflexion sur le long terme, inscrite dans l’histoire des mouvements djihadistes. Et c’est en appuyant sur ce point que, progressivement, l’EI chercherait à se construire une autorité, et démontrer qu’il fonctionne en 2015, non pas comme un groupe, une jamâ’a, mais bien comme un État50,51,52,53.

Favoriser le chaos : « l’administration de la sauvagerie »

L’EI suit une stratégie élaborée par des idéologues islamistes depuis le début des années 2000 et diffusée sur des sites d’internet. Un opuscule rédigé entre 2002 et 2004 par un certain Abu Bakr al-Naji et intitulé « L’administration de la sauvagerie : l’étape la plus critique à franchir par la Oumma », a un succès particulièrement important parmi les mouvements djihadistes. L’auteur détaille la stratégie grâce à laquelle les groupes djihadistes seront selon lui en mesure de s’imposer territorialement face aux régimes arabes et musulmans, d’une part, face aux Américains et aux Occidentaux, d’autre part50,53. Selon Wladimir Glasman54, ancien diplomate et auteur d’études sur les mouvements islamiques :

« L’ouvrage soutient qu’en provoquant un déchaînement de violence dans les pays musulmans, les djihadistes contribueront à l’épuisement des structures étatiques et à l’instauration d’une situation de chaos ou de sauvagerie. Les populations perdront confiance en leurs gouvernants, qui, dépassés, ne sauront répondre à la violence que par une violence supérieure. Les djihadistes devront se saisir de la situation de chaos qu’ils auront provoquée et obtenir le soutien populaire en s’imposant comme la seule alternative. En rétablissant la sécurité, en remettant en route les services sociaux, en distribuant nourriture et médicaments, et en prenant en charge l’administration des territoires, ils géreront ce chaos, conformément à un schéma de construction étatique hobbesien. À mesure que les « territoires du chaos » s’étendront, les régions administrées par les djihadistes se multiplieront, formant le noyau de leur futur califat. Convaincues ou non, les populations accepteront cette gouvernance islamique50 »

Le plan d’Abu Bakr al-Naji obéit à trois étapes ; la première, harceler l’ennemi continuellement, notamment par le biais d’attentats, pour l’affaiblir moralement et matériellement. La deuxième, « l’administration de la sauvagerie », est la plus importante, elle doit avoir lieu après la chute d’un ou de plusieurs États, et de la période de chaos qui suit. Selon Nabil Mouline, chargé de recherche au CNRS :

« Pour reconstituer l’unité originelle de la communauté islamique […] les leaders jihadistes devront recourir essentiellement à trois ingrédients : la violence extrême, la bonne gestion des territoires soumis et la propagande. Terroriser les ennemis et les populations soumises serait l’un des meilleurs moyens pour conquérir des territoires et les conserver. Il serait donc licite d’employer les techniques les plus terrifiantes (massacre, enlèvement, décapitation, crucifixion, flagellation, amputation, bûcher, lapidation, etc.) pour la cause.

Une fois la plateforme sanctuarisée, il faudrait bien l’administrer en assurant la sécurité, la nourriture, la santé, la justice et l’enseignement. Autrement dit, créer une structure étatique qui aurait pour principale mission de faire appliquer la charia dans tous les domaines.

Afin de légitimer la politique de la terreur et donner à voir la bonne gouvernance du chaos, la propagande serait l’outil privilégié. Tout doit être fait pour frapper les esprits et catalyser l’imaginaire du plus grand nombre. La maîtrise des outils de communication les plus modernes par les membres de l’organisation Etat islamique laisse penser que ce conseil, comme le premier d’ailleurs, a été pris très au sérieux53 ! »

La troisième et la dernière étape est la proclamation du califat53.

Internationaliser le conflit

L’autre axe stratégique, selon Pierre-Jean Luizard, est une internationalisation du conflit. Pour ne pas se contenter des poches du territoire communautaire et confessionnel arabe sunnite initialement contrôlé en Irak, l’EI choisit d’une part d’occuper les zones frontalières avec la Syrie, l’Arabie Saoudite, et la Jordanie, et d’autre part de provoquer l’Occident à travers la politique du pire et les atteintes aux droits des minorités (religieuses, femmes, homosexuels) pour l’impliquer dans le conflit. Ces actes s’accompagnent d’attentats islamistes réalisés dans des pays en paix. Les actes s’accompagnent aussi d’une propagande insistant sur l’histoire coloniale, pour présenter les musulmans comme les éternelles victimes de l’Occident, permettant de dépasser les bases territoriales locales, et de présenter comme un universalisme séduisant l’opposition entre musulmans et mécréants. Finalement, l’un des objectifs est atteint, avec la formation « d’une coalition militaire dirigée par les Américains, et ce, avant même que cette coalition ait pu définir le moindre objectif politique pour la région »55.

lire la suite sur la source  Wikipédia

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