Par Felicity Arbuthnot

Blair-anti-semitism

« Je crois que la plupart des gens qui ont eu affaire avec moi me considèrent comme un bon gars, ce qui est un fait. » (Tony Blair, 21 octobre 2011, BBC1.)

À la lumière des nouvelles révélations sur la portée de la collusion hypocrite de Tony Blair dans le bombardement et l’invasion en toute illégalité de l’Irak, on pourrait dire, en parlant métaphoriquement, que les « bunker busters » et les missiles de croisière ont fini par se retourner contre lui.

Dans ce qui a été qualifié « d’excuses », il s’est même rendu à CNN pour « s’expliquer » au cours d’une interview avec son ami Fareed Zakaria. Il s’agissait moins « d’excuses » que d’un exercice de limitation des dégâts par des propos ambigus, en réaction aux révélations de mépris de la loi qui s’accumulent. Mais il n’a que faire de l’opinion publique. Le problème selon Tony, c’est que « (…) les renseignements que nous avions reçus étaient erronés », auxquels s’ajoutent des « erreurs dans la planification » et une incapacité à comprendre « ce qui pourrait arriver après la chute du régime ». Ces affirmations sont entièrement fausses. Nous savons aussi maintenant qu’il a comploté avec George W Bush pour une invasion de l’Irak quoiqu’il arrive en avril 2002, un an avant l’offensive.

Il a aussi lancé ceci : il est difficile de s’excuser pour avoir délogé Saddam. Désolé M. Blair, mais tout l’exercice était illégal, illégitime et criminel. Puis Saddam n’a pas été délogé. Il a été lynché et ses fils et son petit-fils de 15 ans ont été abattus à l’extérieur du cadre judiciaire par une pluie de balles étasuniennes, tout cela dans un pays dont la souveraineté et l’intégrité territoriale étaient garanties par l’ONU.

Peu importe les opinions à propos de l’ancien gouvernement irakien, les crimes commis par les USA et le Royaume-Uni pendant leur guerre d’agression et par la suite rendent les pires excès dont on a accusé le régime de Saddam Hussein bien pâles en comparaison.

Blair a écarté du revers de la main la simple mention de procès pour crimes de guerre et a indiqué clairement qu’il aurait le dessus sur la Syrie et l’Irak s’il en avait la chance. Pour cet avocat de formation, la légalité est clairement inconséquente.

Voilà maintenant que l’ancien directeur des poursuites criminelles du Royaume-Uni (2003-2008), Sir Ken Macdonald, met son poids dans la balance. Le fait qu’il a occupé ce poste pendant cinq ans du régime Blair (Blair a démissionné en 2007) rend sa sortie particulièrement intéressante. Ironie du sort, le cabinet d’avocats auquel il est associé, Matrix Macdonald, il l’a établi avec l’épouse de Blair, Cherie, qui continue de pratiquer le droit au sein de ce cabinet.

Sir Ken n’y va pas de main morte : (1)

Le degré de tromperie lié à notre décision de participer à la guerre en Irak devient de plus en plus évident. Cette politique étrangère était une honte aux proportions épiques (…). Se référant à l’interview donnée à CNN, il a rejeté les propos de Blair en disant que (…) faire le beau à la télévision le dimanche matin ne répare en rien les dommages.

Il en rajoute : Il est dorénavant très difficile de ne pas conclure que Tony Blair a usé d’un subterfuge troublant avec son partenaire, George Bush, et qu’il a continué de tromper les Britanniques pour les persuader de s’engager dans une guerre meurtrière à laquelle ils avaient exprimé très clairement leur opposition, dont le fondement est de plus en plus difficile à croire au point que même lui le trouve peu crédible.

Macdonald a été incisif en parlant de la flagornerie pour parvenir au pouvoir de Blair et de son incapacité à résister au prestige qu’on lui conférait à Washington.

À cet égard, il était faible et, comme nous le constatons, il l’est encore. Ouille!

 

Depuis ces jours sombres, nous l’avons souvent entendu répéter le même mantra égocentrique : « la main sur le cœur, j’affirme n’avoir fait que ce que je croyais juste ». Mais il s’agit d’une défense narcissique et la foi en soi n’excuse pas le mauvais jugement et encore moins la mort. Sir Ken ne dirigeait pas les services des poursuites pénales pour rien.

L’attaque virulente de Macdonald coïncide avec une autre révélation-choc du Daily Mail de dimanche dernier, (2) selon laquelle à la veille de la guerre, le Downing Street de Blair était en proie à la panique lorsque le procureur général Lord Goldsmith a indiqué que le conflit peut être remis en cause en vertu du droit international.

C’était le pandémonium. Blair était horrifié et le nombre limité de ministres et de responsables qui avaient une copie de l’avis écrit se sont fait dire de « la brûler, de la détruire », selon le Daily Mail.

Cet appel hystérique à l’autodafé concernait un avis juridique de treize pages rédigé par Lord Goldsmith le 7 mars 2003, soit seulement vingt jours avant l’attaque de l’Irak. Le pandémonium était lié au fait qu’au moment même où (…) la date à laquelle la guerre devait commencer était déjà fixée, Goldsmith disait qu’elle pouvait être remise en cause en vertu du droit international.

Nous ne savons pas qui a donné l’ordre de brûler et de détruire l’avis juridique, mais le Daily Mail affirme que ses renseignements proviennent d’une ancienne figure de proue du gouvernement Blair. Il a fallu ensuite travailler Lord Goldsmith. Dix jours plus tard, Sa Seigneurie a publié un avis précisant que la guerre n’était pas illégale. Elle a débuté trois jours plus tard, ce qui a amené l’éminent professeur de droit Philippe Sands à faire son commentaire mémorable : Nous sommes allés en guerre en nous fondant sur un bout de papier de format A4.

Un porte-parole de Tony Blair a qualifié les affirmations ou les ordres de détruire l’avis juridique de balivernes, en ajoutant qu’il serait (…) plutôt absurde de croire que quiconque détruirait pareil document. Mais après les mensonges, les esquives et les tergiversations que l’on connaît maintenant à propos de l’Irak pendant que Blair était au pouvoir, toute personne réaliste ne peut qu’exprimer des doutes.

Les USA ont évidemment volé, détruit ou expurgé le gros des quelque 12 000 pages du rapport sur les armes quasi inexistantes de l’Irak déposé à l’ONU le 7 décembre 2002. Blair semble n’avoir fait que suivre la voix ou les actions de son maître.

En se remettant dans le contexte des mensonges et des énormités qui ont été proférés des deux côtés de l’Atlantique à l’époque, il convient de revenir à une allocution prononcée par George W. Bush devant des étudiants en décembre de la même année, à la veille d’un sommet de l’OTAN, où il comparait le problème avec le président irakien à l’invasion de la Tchécoslovaquie par les nazis en 1938, qui a mené à la Seconde Guerre mondiale.

Nous sommes confrontés (…) à des périls que nous n’avons jamais vu auparavant. Ils sont tout aussi dangereux que les périls qu’ont vécus nos pères et nos mères, nos grands-pères et nos grands-mères.

Le 1er novembre de l’année en cours, lors d’une interview à BBC1, Blair s’est fait demander : Si vous aviez su qu’il n’y avait pas d’armes de destruction massive, seriez-vous allé de l’avant quand même?

Il a répondu : J’aurais toujours été d’avis qu’il fallait le (Saddam Hussein) déloger.

En ajoutant ceci : Je veux dire évidemment qu’il aurait fallu évoquer et déployer d’autres arguments concernant la nature de la menace.

Tout porte donc à croire qu’il aurait concocté un tissu de mensonges différent pour justifier l’assassinat d’un chef d’État d’un pays souverain.

Il avait peut-être oublié de lire la dernière ligne de l’avis juridique du procureur général Goldsmith daté du 12 février 2003 : (…) un changement de régime ne peut être l’objectif d’une action militaire. (3)

Est-ce que Charles Anthony Lynton Blair, QC va finir par comparaître menottes aux poings devant le tribunal à La Haye? Ian Williams, analyste principal du projet Foreign Policy in Focus, à New York, a sa petite idée :

(…) c’est devenu suffisamment sérieux pour qu’il s’en inquiète. Puis je crois que Tony Blair est en train de rejoindre rapidement Henry Kissinger, le dictateur chilien Augusto Pinochet et d’autres personnes autour du monde.

Il doit maintenant consulter des avocats internationaux et des agents de voyage avant d’aller où que ce soit, car une preuve prima facie (pourrait être établie) auprès des tribunaux britanniques ou étrangers selon le principe de la compétence universelle ou auprès de la Cour pénale internationale, car il est dorénavant clair qu’il a mené une guerre illégale d’agression contraire à la Charte des Nations unies, et qu’il est responsable de toutes ces morts.

La justice, aussi déficiente qu’elle puisse paraître devant l’énormité du crime, pourrait finalement répondre aux doléances du peuple irakien, à mesure que la jurisprudence internationale serre lentement son étau sur Tony Blair.

Felicity Arbuthnot

 

Article original en anglais : Tony Blair Heading for Handcuffs and a War Crimes indictment? Further Revelations – Bombshells”. “Burning” the Evidence, publié le 8 novembre 2015.

Traduit par Daniel pour Mondialisation.ca

 

Notes

  1. http://stopwar.org.uk/index.php/news/how-tony-blair-lied-misled-and-cajoled-the-british-people-into-a-war-they-didn-t-want
  2. http://www.dailymail.co.uk/news/article-3298498/Burn-destroy-Pressure-builds-Blair-Chilcot-report-s-revealed-ministers-told-destroy-key-evidence-eve-conflict-showed-Iraq-War-ILLEGAL.html
  3. http://www.independent.co.uk/news/uk/home-news/how-goldsmith-changed-advice-on-legality-of-war-2015252.html
  4. http://presstv.ir/Detail/2015/10/26/435016/UK-Iraq-War-Tony-Blair-UN-Williams

 

 

 


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