Le 9 novembre, la conférence générale de l’Unesco a repoussé, à une très faible majorité, la demande d’adhésion du Kosovo.
Par Maurice Pergnier
Professeur d’université, écrivain
Le 9 novembre, la conférence générale de l’Unesco a repoussé, à une très faible majorité, la demande d’adhésion du Kosovo. On ne peut que s’en réjouir.
L’admission comme membre de l’Unesco de cette province de la Serbie, érigée en un simulacre d’État à l’issue d’un processus de sécession violente contrevenant aux règles du droit international (et qui n’est, en conséquence, reconnu que par une partie des pays membres de l’ONU) ouvrirait en effet la porte à un véritable désastre culturel et civilisationnel.

Le Kosovo abrite l’un des trésors du patrimoine mondial ; tout esprit non prévenu pourrait donc penser que l’adhésion à l’Unesco est de nature à assurer une meilleure sauvegarde de ce trésor.

En l’occurrence, c’est le contraire qui serait avéré : admettre le Kosovo comme membre de l’Unesco équivaudrait à remettre au loup la clé de la bergerie.

La raison en est que ce patrimoine est serbe et chrétien.

Il est constitué d’un nombre considérable d’églises et chapelles médiévales (on en a répertorié 1300 au total) dont certaines d’une qualité architecturale exceptionnelle, ornées de fresques d’une valeur inestimable.

Or, la population albanaise (de tradition musulmane), historiquement minoritaire mais devenue prépondérante à la faveur des développements politiques de la seconde moitié du 20è siècle, n’a eu de cesse de détruire ce patrimoine.

Pillages, vandalisme, incendies, attentats violents contre les monuments, ont accompagné (et accompagnent toujours) les persécutions contre les personnes, et particulièrement contre les communautés religieuses ayant la charge de leur conservation, afin de les pousser à l’exil.

Plusieurs dizaines de ces chefs-d’œuvre ont été irrémédiablement détruits ; les autres ne doivent d’avoir été préservés qu’à l’interposition des bonnes volontés civiles et militaires internationales. Ce n’est un secret pour personne que le parti politique qui gouverne actuellement le Kosovo a été le principal incitateur à cette volonté d’élimination radicale de la population serbe et du trésor culturel que l’histoire lui a légué.

L’admission du Kosovo comme membre de l’Unesco pourrait être une chance si cela consistait en ce que l’Unesco prenne directement en main la protection de ce trésor. Malheureusement, selon les statuts de l’Unesco, l’adhésion implique, à l’inverse, la remise de la responsabilité du patrimoine entre les mains du pays adhérent.

En l’occurrence, cela consisterait à remettre la sauvegarde de ce trésor patrimonial entre les mains d’un gouvernement ethniciste qui n’a jamais fait montre que de son désir de le faire disparaître.

C’est un peu comme si on confiait à l’État Islamique la sauvegarde des ruines de Palmyre…

Notre presse frivole présente l’échec de cette demande d’adhésion comme une victoire de la Serbie et de Poutine.

Elle serait plus avisée d’y voir une victoire de la civilisation sur la barbarie.

Victoire de courte durée sans doute, car il est peu douteux que les promoteurs de l’initiative (parmi lesquels on compte en première ligne – il n’est peut-être pas anodin de le remarquer – l’Albanie et la Turquie) reviendront à la charge en ayant affiné leur lobbying.

Comment la France (mère des arts, des lettres et des lois) a-t-elle voté dans ce choix crucial ? Peut-être vaut-il mieux se voiler la face que de chercher à le savoir.

Maurice Pergnier
source: boulevard voltaire.org
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