51 % des Allemands sont désormais inquiets devant la vague des « réfugiés », contre 38 % il y a un mois.

Par Christian Vanneste Homme politique Ancien député UMP,
Président du Rassemblement pour la France

Beaucoup d’Allemands commencent à dénoncer la politique de Mme Merkel en faveur des migrants. Les sondages basculent : elle a perdu 9 points d’opinions favorables en un mois.
51 % des Allemands sont désormais inquiets devant la vague des « réfugiés », contre 38 % il y a un mois. La fronde a gagné le parti majoritaire, dont l’aile bavaroise, la CSU, plus conservatrice et plus exposée par son implantation géographique.
Au gouvernement, Thomas de Maizière, le ministre de l’Intérieur a même critiqué l’attitude des « réfugiés ». La chancelière pourrait bien se retrouver dans une position inconfortable, tiraillée entre la majorité conservatrice de sa coalition de plus en plus réticente et la minorité sociale-démocrate qui voudrait, au contraire, amplifier l’accueil des migrants.

Mme Merkel n’est pas un grand responsable politique.

Elle a seulement acquis cette image en raison du poids économique de l’Allemagne et de son redémarrage après l’unification. Elle ne pouvait paraître exemplaire à bon compte que comparée aux vaniteux incompétents qui gouvernent chez nous. Les Allemands, de plus en plus libérés de leur passé, croyaient avoir trouvé une « Bismarck », rigoureuse sur les questions économiques et monétaires, mais humaine et pacifique sur la scène internationale. La statue vilipendée par les Grecs n’a pas résisté. Elle s’est écroulée.

Depuis, c’est une fuite en avant dans la faute politique.

L’annonce que l’Allemagne accueillerait 800.000 réfugiés cette année et recevrait généreusement tous les demandeurs d’asile syriens a ouvert les vannes. Les migrants ont afflué. La chancelière est dépassée, sent sa majorité lui échapper, s’aperçoit un peu tard que nombre de migrants ne sont pas syriens et sont des demandeurs d’emploi plus que d’asile.

Aussi s’est-elle lancée dans des contre-feux peu cohérents ni convaincants. L’Allemagne devrait privilégier les réfugiés par rapport aux migrants économiques. Mais dans le même temps, Mme Merkel va proposer un accord à la Turquie. Celui-ci faciliterait l’octroi de visas pour les Turcs et leur libre circulation dans l’Union, offrirait une aide financière à Ankara, que le Premier ministre turc évalue au-delà des 3 milliards d’euros promis, pour compenser l’accueil de 2,2 millions de Syriens et 300.000 Irakiens. Surtout, il rouvrirait le processus d’entrée de la Turquie dans l’Union avec l’idée qu’elle est la meilleure gardienne des frontières européennes.
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On peut difficilement se plonger davantage dans le contresens. Quand on voit le rôle joué par le pouvoir « islamo-conservateur » d’Erdoğan, on a lieu de s’inquiéter de la naïveté de l’Allemagne, suicidaire pour l’Europe. C’est la Turquie qui a favorisé la déstabilisation du régime syrien et qui aide encore les rebelles. Elle prétend bombarder les terroristes de l’État islamique, mais s’en prend surtout aux combattants kurdes. Ses frontières avec la Syrie, l’Iran et les pays du Caucase sont dangereuses et l’Europe n’a aucun intérêt à s’étendre jusqu’à elles. La Turquie « accueille » les réfugiés d’une guerre dont elle est en partie responsable et qu’elle entretient. Par quelle culpabilité pathologique les Européens devraient-ils se croire obligés de recevoir ceux qui fuient et redevables envers les Turcs de les héberger ?

Le premier service que l’Europe devrait rendre aux Syriens et aux Irakiens serait de faire la guerre une bonne fois pour rétablir la paix dans ces pays. Ce sont les Russes qui ont courageusement opéré ce choix.

On pourra enfin chercher, dans les désarrois de Mme Merkel, une intention plus pratique : celle de répondre aux préoccupations du patronat allemand inquiet, à juste titre, des 140.000 ingénieurs, techniciens et programmateurs qui manquent au pays, des 40.000 places d’apprentis non pourvues et des quatre millions de travailleurs qui feront défaut en 2040. Le chômage est loin d’avoir disparu en Europe. La solidarité, de même que l’espoir d’une intégration sans heurts, devraient privilégier les Européens. On pouvait même croire que c’était le but d’une Europe que l’Allemagne va définitivement achever.

Christian Vanneste.

Boulevard Voltaire

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