ARTICLE | 21/08/2015 | Par Emmanuelle Morisset

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Mgr William Shomali, évêque auxiliaire de Jérusalem

©G.TIBBON-AFP

Après dix ans de bataille juridique, les travaux de l’armée israélienne pour la construction du mur de séparation ont finalement repris dans la vallée de Crémisan, connue pour ses oliviers et ses vignes, à la frontière entre la Cisjordanie et Israël. Pour Mgr William Shomali, évêque auxiliaire de Jérusalem, cette décision pousse un peu plus les chrétiens locaux à l’émigration.

En avril dernier, la Cour suprême israélienne a demandé à l’armée de changer ses plans, avant de finalement donner son feu vert à la poursuite des travaux. Pourquoi ce revirement ?

Il semblerait que l’armée israélienne ait pris la situation en main et elle veut continuer la construction du mur, comme si la décision du tribunal était un simple conseil non contraignant. Pour l’armée, le principe de sécurité annule tout le reste.

Israël a commencé à arracher les oliviers. Qu’est-ce que cela implique pour les habitants de Crémisan ?

Quelque soixante familles perdent une ressource principale pour leur vie. Cela signifie aussi que le mur va être reconstruit à la place des arbres. Sa construction devient une affaire de temps… Alea jacta est, « le sort en est jeté » comme l’a dit Jules César. Aucune force juridique locale ne pourra arrêter l’armée. Perdant leur lien avec la terre, ces familles demanderont d’émigrer vers un pays qui leur offrira plus de respect et de sécurité. Ce sera alors un déracinement culturel et l’appauvrissement du pays, le privant d’une partie de sa composante chrétienne.

Que va-t-il se passer ensuite ?

L’armée va réaliser ses plans. Trois cents hectares vont être perdus pour les habitants cisjordaniens de Beit Jala. La première année, on permettra probablement aux familles d’aller cultiver leurs arbres qui restent derrière le mur, mais ensuite ce sera de plus en plus difficile d’y accéder. Avec le temps, ce seront des terrains annexés à Jérusalem et deviendront, de fait, israéliens.

Dans quel état d’esprit se trouvent les habitants ? Et que leur reste-t-il à faire ?

C’est un sentiment de rage et de frustration. Le curé de Beit Jala a organisé beaucoup de messes à cet endroit et continue de prier sur place avec les habitants. La prière est toujours valide. Nous devons continuer à prier, malgré cela, pour la paix et la justice en Terre sainte afin que le Seigneur convertisse le cœur de chacun.

Le mur israélien divisera une vallée palestinienne chrétienne

Au fil des ans, Crémisan est devenu le symbole des difficultés des chrétiens palestiniens, petite minorité à l’avenir incertain en Terre sainte. Dans cette vallée riche en oliviers et en vignobles se trouvent aussi des couvents salésiens et une école tenue par les religieuses.

• Dès 2006, lorsque les tracés de la « barrière de sécurité » sont proposés par l’armée israélienne, la Société Saint-Yves, une association locale de défense des droits de l’homme, porte devant la justice cette portion du projet. Se sont ensuivies des années de bataille juridique.

• En 2013, la justice israélienne a validé la construction du mur. Un recours a alors été déposé.

• En avril 2015, la Cour suprême a finalement demandé à l’armée de proposer un nouveau tracé, afin de « causer moins de tort aux populations locales ».

• Finalement, début juillet, la municipalité de Beit Jala, dont dépend Crémisan, avait été notifiée de la reprise des travaux, sans autre explication.

• Un peu plus d’un mois plus tard, les bulldozers entrent en action pour déraciner les premiers oliviers.

C’est un mur pouvant atteindre par endroits jusqu’à huit mètres de haut qui viendra couper en deux la vallée, séparant les propriétaires de leurs terres et défigurant leur lieu de vie. Et divisant encore un peu plus Bethléem et ses environs.

FAMILLECHRETIENNE.ORG

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