ARTICLE | 13/08/2015 | Par Alexia Vidot

Irakien Sarcelles

20 septembre 2014 : 150 réfugiés chrétiens irakiens arrivent à l’aéroport Roissy Charles-de-Gaulle.

©C.SIMON-CIRIC

Près de cent cinquante chrétiens irakiens ont trouvé refuge à Sarcelles depuis la prise de Qaraqosh par Daech, le 6 août 2014. Nous en avons rencontré certains.

Avant, Toma était professeur de français et d’araméen à Mossoul puis Qaraqosh, villes de l’antique plaine de Ninive au nord de l’Irak. Il fait désormais office de traducteur « officiel » de dizaines de chrétiens irakiens qui, depuis un an, se réfugient à Sarcelles, dans le Val-d’Oise. « Je les aide avec joie dans leurs démarches. Ce sont mes frères. Ma famille. Mon sang », sourit le quinquagénaire aux traits ronds désignant d’un geste généreux les quatre membres de la famille Aziz. On les rencontre dans le salon coquet d’un petit appartement de la cité. « Avec ma femme, trois de mes enfants et mon frère, nous sommes arrivés le 21 août. Les Aziz sont là depuis le 14 mars. Leur cousine, qui les a accueillis chez elle, est installée ici depuis cinq ans », résume le traducteur. Les yeux alors levés vers un poster de la Vierge Marie au cœur transpercé, il soupire :« Nous devons nous soutenir car, pour tous, l’exil est douloureux. »

Souvenirs

Une année est passée. Mais dans leur regard se lit toujours le drame de cette nuit du 6 au 7 août 2014, quand les djihadistes de Daech poussent leur avancée meurtrière jusqu’à Qaraqosh. La famille Aziz avait déjà fui le berceau des chrétiens le 10 juin, alors que les combattants islamistes avaient pris le contrôle de Mossoul. Puis ils étaient revenus. Mais ce 6 août, ils décident de reprendre le chemin du Kurdistan irakien. Pour de bon. « Se convertir à l’islam, payer une taxe ou mourir. Les intégristes ne nous ont pas laissé le choix avec cette fatwa », se souvient Nisrine Aziz, 40 ans. Assise à ses côtés, sa mère, Asma, insiste, le visage en feu : « C’est un drame, mais on a été obligé de partir. Nous étions devenus des étrangers dans notre propre pays. On a donc tout quitté – maison, situation, biens, souvenirs, famille et proches… – pour ne pas mourir ou, pire, perdre notre foi ».

Enfoncée dans son fauteuil, la belle-sœur d’Asma, Laya, 60 ans, évoque d’une voix étranglée la fuite jusqu’à Erbil. Les files de voitures, la confusion, la peur à chaque coin de rue. Et son père, malade, envoyé d’urgence à l’hôpital.« Faute de médicaments, il est mort avant qu’on se mette à l’abri », lâche-t-elle sobrement. Cet abri est un village chrétien à 30 km au sud d’Acra où affluent des centaines de condamnés à l’exil. De là, les Aziz envoient un mail au consulat de France à Erbil pour obtenir un visa d’urgence. Ils l’obtiennent quelques mois plus tard et atterrissent en France les mains presque vides. Comme seules ressources : un petit pécule récolté grâce à la vente de leur voiture.

Toma et sa femme, eux, n’ont pas eu à attendre longtemps dans les précaires conditions d’un camp de réfugiés. Ils ont fait partie des premiers Irakiens à bénéficier de l’allégement de la procédure d’obtention du visa d’urgence décidée par le gouvernement français en août. « On vivait dans la peur, guettant l’avancée des extrémistes. On a prié Jésus de nous sauver de ces fous et Il nous a ouvert une grande porte. Il nous a délivrés en nous aidant à gagner la France le 21 août », explique la femme de Toma. Aujourd’hui, elle craint pour sa fille restée avec son mari à Ankawa, alors que « la situation n’en finit pas de se détériorer ».

«  On prie matin et soir »

Les histoires sont douloureuses. Livrées avec peine. Mais dans le salon (temporaire) de la famille Aziz, la gravité côtoie la légèreté. Des rires fusent entre deux gorgées de café – on voudrait tout saisir, mais Toma, seul, maîtrise le français. Dans un large sourire, le fidèle traducteur ramasse en quelques mots le secret de cette joie incompréhensible : « On prie le matin et le soir. Le rosaire chaque jour. Le Sacré-Cœur, on l’aime. On est toujours proche de Dieu. On parle avec Lui. Il sait ce qu’on a fait pour Lui. Il nous le rend au centuple. » La communauté chaldéenne de la paroisse Saint-Thomas-l’Apôtr leur est d’une grande aide. « Notre joie, c’est le Christ. On a tout quitté pour Lui. Et ici, en France, on vit en paix, en sécurité. On respire enfin », ajoute sa femme comme pour justifier son visage aux traits certes tirés, mais plus encore joyeux. De cette épreuve de l’exil qui la rend de jour en jour « plus fidèle à Jésus », Asma tire quant à elle une leçon de foi qu’elle veut transmettre aux chrétiens d’Occident : « On ne peut pas vivre loin de Dieu et de l’Église. Fuir notre pays par amour de Jésus, c’est notre croix. Portons-la avec joie. »

Retourner en Irak ? « Jamais ! »

Retourner en Irak ? « Jamais ! » Le cri, unanime, vient du cœur. « C’est l’enfer pour les chrétiens », résume Nisrine. Elle et son frère Nabil attendent la rentrée de septembre pour apprendre le français et ainsi, ils l’espèrent, trouver du travail. « Reprendre une vie normale », glisse Nabil, un jeune homme discret de 24 ans, mécanicien de formation. Car leur vie, désormais, est en France. « À présent, ils vivent comme moi dans la diaspora », affirme la cousine de Nisrine tout juste rentrée des États-Unis où sa fille est installée. « Cette situation me désole car l’Irak sans chrétiens, je ne peux pas l’imaginer », avoue pourtant Asma qui se dit contre l’immigration collective des chrétiens d’Irak. Mais leur vie est rendue si « difficile » qu’elle peine à leur envisager un avenir. « J’aurais peur de rentrer dans le pays que j’aime, car on n’a plus confiance en personne. On a été trahi par nos voisins », déplore-t-elle. « Les musulmans nous considèrent comme des mécréants, alors comment voulez-vous survivre ? », s’époumone Laya. Toma n’a donc plus qu’une prière qui, selon lui, devrait être celle de toute l’Église : « Il faut aider les chrétiens qui sont restés là-bas. Libérer la plaine de Ninive pour qu’ils puissent vivre en paix et continuer de témoigner du Christ dans la région où Il s’est incarné ».

Alexia Vidot

FAMILLECHRETIENNE.ORG

Publicités

Une pensée sur “Chrétiens irakiens à Sarcelles : « On a tout quitté pour le Christ »”

  1. Bonjour, si le Christ est leur joie, « la vierge Marie » ne doit aucunement s’intercaler entre leur sauveur et les sauvés… Christ SEUL est le chemin!!! la vérité!!! et la vie!!! combien de temps faudra t’il le répéter????? Ne vous faite aucune image taillée d’une quelconque personne qui soit sur la terre et dans les cieux!!!!(lévitique 26.1- Exode 20- Deutéronome 5.8.) Ces chrétiens doivent être enseignés par les écritures, et non pas par des raisonnements d’hommes rebelles!!! le peuple de Dieu au temps de Moïse à désobéi quand ils étaient dans le désert, faute de patience de ne voir revenir Moïse, ils se sont de nouveau corrompu en fabriquant des idoles!!! mais pourquoi donc, ces temps là se répètent-ils de nouveau!?!?!? faut-il y voir des loups déguisés en brebis, ou bien de mauvais bergers???… La suite et fin de cette histoire est déjà écrite… Bien à vous.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.