Les USA sont en train de perdre la guerre de l’information, avoue-t-on dans un rapport publié en avril dernier par l’institution en charge des médias publics, car le monde a besoin de pluralisme.

Dans une analyse, publiée par L’Express, les journalistes français se demandent: « Comment en l’espace d’une décennie, Moscou a-t-il réussi à s’imposer dans le paysage médiatique international? »

Les cadres du « Broadcasting Board of Governors », l’institution en charge des médias publics américains tels que Voice of America ou Radio Liberty déplorent: « nos concurrents qui véhiculent un message anti-américain sont en train de gagner la guerre de l’information qu’ils ont eux-mêmes lancée… La stratégie des médias américains doit être revue ».

En une dizaine d’années seulement, la Russie a su détrôner l’hégémonie des médias occidentaux grâce notamment à la chaine Russia Today (RT) qui émet aujourd’hui en huit langues et au site Sputnik, ayant pris le relais de la Voix de la Russie en 2014.

L’Express explique que le premier pas vers la victoire était un sondage sur la perception de la Russie par les Américains commandé parVladimirPoutine en 2003. Ce sondage avait mis en valeur le problème de l’image de la Russie dans les yeux des Occidentaux. Pour retourner l’état des choses, le président russe a commencé par créer une chaîne d’information internationale en langue anglaise.Béatrice Romée, journaliste de reinformation.tv, constate que le rapport ne se demande pas pourquoi les médias russes ont un tel succès jusque dans les pays occidentaux. Cela aurait pu lui permettre de constater que le seul message donné par l’AFP et repris par l’ensemble des médias ne convainc plus.

Si RT se veut le porte-voix des intérêts russes, elle le fait avec une subtilité qui échappait totalement aux bulletins officiels diffusés naguère par Radio-Moscou, au temps de l’Union soviétique et de la guerre froide, souligne l’Express. La chaîne rompt avec les médias traditionnels qu’elle qualifie de « mainstream » et se propose d’offrir un point de vue alternatif sur l’actualité: « en prenant le contrepied des médias traditionnels, elle assoit sa légitimité », explique Anne Nivat. Rien de tel, en effet, pour attirer les déçus des médias traditionnels, parmi lesquels figurent de nombreux conspirationnistes. Les vidéos: « 5 choses que les médias dominants ne vous disent pas sur l’Ukraine » ou encore « 5 livres censurés qui racontent une histoire que l’Establishment veut cacher » sont parmi les plus populaires sur Youtube.

Sputnik prend le relais

Malgré les polémiques, la Russie ne compte pas s’arrêter en si bon chemin, souligne L’Express. En novembre dernier, a été lancé Sputnik, site internet qui couvre l’actualité internationale en 29 langues.

« Sputnik dévoile ce dont les autres ne parlent pas », tel est le slogan du site. Il reprend la dialectique de RT évitant aussi le mainstream afin de fournir un vison alternative.

Le nom du site fait allusion au premier satellite artificiel de la Terre mis sur orbite par l’URSS en 1957. A l’époque, le lancement de ce premier satellite avait été qualifié de « Pearl Harbor technologique » par la presse américaine.

Les gens ordinaires veulent entendre une opinion alternative…

Une telle popularité des médias russes à l’étranger s’explique par le fait que la majorité des Européens et des Américains souhaitent écouter des points de vue alternatifs sur les événements internationaux, selon un sondage mené par l’agence britannique ICM Research dans le cadre du projet « Sputnik.Opinions ».

A la question « Dans quelle mesure souhaitez-vous avoir accès à des points de vue alternatifs concernant les événements internationaux, par exemple à ceux exprimés par les médias russes », environ 60% des Européens et des Américains ont indiqué souhaiter que les médias leur présentent des opinions différentes.

L’étude a été réalisée du 20 mars au 9 avril 2015 sur un échantillon représentatif de 5.001 personnes résidant au Royaume-Uni, en France, en Allemagne, en Grèce et aux Etats-Unis.

Selon les résultats du sondage, les Grecs sont les plus disposés à écouter des opinions alternatives dans les médias (81%). Dans le même temps, aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, cet indice atteint 57%. Pour l’Allemagne, l’indice s’élève à 55%, et pour la France, à 49%.

…Ce que les autorités occidentales détestent

Pourtant, cette vision alternative, les autorités occidentales n’en veulent pas. Cela commence par une véritable chasse à l’homme des journalistes russes en Ukraine qui publie des listes noires des médias russes et des instructions pour démasquer les journalistes à la frontière mais aussi par le gel des comptes deRossiyaSegodnya en Belgique et en France en juin et l’inventaire avant saisie éventuelle du bâtimentl’abritant en France le 30 juillet. Sans oublier que le 7 juillet les autorités polonaises ont décidé de retirer sa licence de diffusion à une station locale, Radio Hobby, qui diffuse des émissions de la radioSputnik sur la bandeFM.Le gouvernement allemand, désireux de prendre une revanche dans la guerre de l’information, va diffuser Deutsche Welle en anglais 24h/24, comme « centre névralgique » de son attaque contre « la propagande russe », a commenté la chancelière allemande, Angela Merkel, lors du lancement du nouveau service. Le budget annuel a été augmenté de plus de 2%, à 294 millions d’euros, afin de créer le service anglophone.

Pour étouffer le pluralisme,l’UE est allée jusqu’à charger les Pays-Bas et la Pologne de créer une agence d’informationrussophone pour expliquer auxrussophones ce qui se passe « véritablement » en Russie, a annoncé le ministre néerlandais des Affaires étrangères,BertKoenders, dans une interview mise en ligne sur le site del’UE.Peut-être que l’Occident est juste persuadé que la Russie est tellement grande qu’elle se voit mieux à distance?

Le succès des médias russes n’est pas non plus passé inaperçu pour le secrétaire d’Etat américain John Kerry qui s’est indigné, « Russia Today diffuse en anglais,, devrions-nous avoir un équivalent qui diffuse en russe? » avait alors demandé Kerry devant les parlementaires, oubliant apparemment que Voice of America (La Voix de l’Amérique) est diffusée en Russie depuis 1947.

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