Elections fédérales d’octobre 2015 : Les véritables enjeux de la campagne

Elections fédérales d’octobre 2015 : Les véritables enjeux de la campagne

 

Dominique Baettig

Médecin, Ancien Conseiller national

La campagne électorale peine à se lancer et à aborder les thèmes qui préoccupent la population, l’immigration massive en particulier. Fidèle à ses principes, C. Blocher mobilise ses troupes et incite les candidats UDC à la vigilance face à un excès de confiance. Il a raison car son parti est soumis à des contradictions internes et à un « grand écart » entre les milieux de l’Economie et les aspirations populaires et protectionnistes de sa base. Pour gagner des parts de marché, l’UDC doit amadouer les milieux de l’Economie (PME, paysans, employés de banque, assureurs et aussi les entreprises transnationales) mais doit compter sur l’électorat ouvrier et populaire pour gagner, peser, progresser. Cela l’oblige à tenir un double discours : flatter la démocratie directe, le bon sens populaire conservateur, la souveraineté économique tout en réalisant finalement une politique libérale qui va dans un tout autre sens. Ses adversaires le savent bien et font un chantage émotionnel  intensif suite à l’acceptation, à la retirette, de l’initiative du  9 février qui prétend, de façon très soft pourtant, contingenter les migrants. L’UDC gagne devant le peuple « votant » mais perd devant le Système qui bloque tous ses thèmes fétiches et décrédibilise la politique parlementaire de l’UDC qui apparaît de plus en plus comme un PLR « canal historique » qui se contente des deux conseillers fédéraux de ce parti, dont le très européiste Burkhalter. La force électorale est donc faible et ne fait pas le poids contre l’alliance du Système, L’Economie transnationale, le monde de la financiarisation de l’Economie et les « maîtres du Discours » moralistes et pleurnichards inquisiteurs des media. L’immigration ne se freinera pas avec des lettres ouvertes à la Conseillère fédérale qui active le processus d’acceptation (dans le sens du oui bien sûr) des requérants d’asile économiques ou des initiatives pour imposer à la source les frontaliers, ce dont tout le monde économico-politique se moque comme d’une guigne. Le monde économique s’accommode très bien de la migration « industrielle » car il en tire profit et s’y adapte : croissance à court terme, construction immobilière, élevage « hors sol » lucratif de requérants aux frais de la Confédération (c’est aussi nous les payeurs !), concurrence déloyale mettant en péril les retraites, chantage à la dénatalité. Tout est fait pour empêcher la mécanisation de fonctions qui pourraient l’être et changer le rapport au travail en repoussant l’âge de la retraite, précarisant les rentes, cassant le modèle de formation, aggravant la dépendance des consommateurs à l’agriculture industrielle et à la mondialisation de l’économie.

Le véritable problème, c’est la libre circulation des personnes, des capitaux, des services. Se centrer exclusivement sur l’Islam est un leurre, même si l’islamisme est une calamité. La gauche joue ici un rôle bien étrange, prétextant de la nécessité de renoncer aux traditions, cultures et structures souveraines pour ne pas discriminer les musulmans, les étrangers, le Grand Autre. Pur prétexte car ce ne sont pas des demandes légitimes formulées par les migrants mais bien transférées par la gauche moraliste, droit de l’hommiste, alliée de manière synergique aux besoins des milieux de l’économie mondialisée. Qui instrumentalise les migrants pour sa cause de destruction des limites et des valeurs conservatrices. Qui veut empêcher le contrôle des frontières, qui veut la peau du protectionnisme économique et culturel, qui veut une concurrence totale et féroce pour baisser les coûts de la main d’œuvre, qui veut la fin de la démocratie directe de proximité…Certainement les migrants dont les motivations économiques sont « hollywoodisée » pour empêcher toute résistance au nomadisme imposé par le mythe de « la barque pleine qui ne l’est pas ».

Il faut sortir de la pseudo opposition droite/gauche pour travailler dorénavant en termes de  valeurs conservatrices contre libéralisme, démocratie de proximité contre management de l’Economie et  contre la dictature moraliste de la gauche des minorités artificiellement crées.

Nombreux sont ceux qui attendent avec impatience le jour où il n’y aura plus d’élus UDC représentant les milieux populaires, petits paysans, ouvriers, employés, mais plus que des  intellectuels et des lobbyistes de l’Economie. Vivement le jour du «  Je fais ce que je dis et ce que je promets » alors qu’aujourd’hui les élus UDC se distancient très vite des thèmes politiques sensibles pour adhérer à la logique libérale et sociétale de leurs adversaires. Il y a un immense travail de prise de conscience et d’éveil à accomplir pour résister à une véritable stratégie libérale du chaos.

Dominique Baettig, médecin, ancien Conseiller national, et  militant souverainiste.

Source: lesobservateurs.ch

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