ARTICLE | 05/06/2015 | Par Bertille Perrin

Vincent Lambert

Les avocats et conseillers des parents de Vincent Lambert à leur sortie de la Cour européenne des droits de l’homme, le 5 juin 2015.

©P. HERTZOG-AFP

Alors que la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) vient de valider, le 5 juin, la décision de l’arrêt de l’alimentation de Vincent Lambert, le Professeur Xavier Ducrocq, conseil médical de la famille de Vincent Lambert et président du comité d’éthique du CHRU de Nancy exprime sa colère.

Comment réagissez-vous à cette annonce ?

Plus qu’une déception, c’est une grande colère qui m’habite. Je suis scandalisé, en tant que médecin, que la Cour affirme que des parents ne sont pas recevables pour défendre leur fils, s’il n’est pas capable de le faire lui-même. C’est une première chose très grave. Deuxièmement, la Cour certifie qu’il n’y a pas eu violation de la Convention européenne. L’article 2 qui protège la vie serait donc respecté dans cette décision ?

Le message est clair : pour ceux qui en doutaient, la loi Leonetti, en l’état actuel, permet donc déjà l’euthanasie. C’est d’ailleurs le mot qu’ont employé Me Pettiti, l’avocat de la femme de Vincent Lambert, ainsi que Véronique Fournier, le médecin qui la conseille depuis le début : tous deux ont parlé, chacun dans leur tribune de la Cour, de « l’euthanasie de Vincent. »

Notez également que la Cour n’est pas unanime dans cette décision : je trouve que pour une « peine de mort », l’unanimité aurait été requise ! C’est comme cela dans la plupart des pays civilisés qui appliquent encore la peine de mort, il faut l’unanimité des jurés. Ici, ce n’est pas le cas.

Le message est clair : pour ceux qui en doutaient, la loi Leonetti, en l’état actuel, permet déjà l’euthanasie.

Quelles vont être les suites de cette décision ?

Logiquement, ce serait au docteur Kariger, qui avait pris cette décision au départ, de l’appliquer. Mais comme il est parti du CHU, une procédure collégiale devrait être remise en route. Forte de la réponse qui vient d’être donnée par la Cour, elle aura toutes les chances d’aboutir vers l’arrêt de l’alimentation de Vincent, cela peut aller très vite.

Une décision pourtant injustifiable médicalement ?

Les experts ne sont pas d’accord sur son état neurologique : est-il en état pauci-relationnel, en état de conscience minimale, en état végétatif ? D’autre part, Vincent ne manifeste en effet aucun signe particulier de souffrance. Pour moi, cette histoire n’aurait jamais dû avoir lieu, puisqu’elle démarre sur une erreur médicale, qui a consisté à dire que Vincent manifestait des signes d’une volonté de mourir. Or, les experts ont affirmé qu’il était impossible d’interpréter le comportement de Vincent comme une volonté de mourir. Cette prémisse fausse a mené à la conclusion que l’on connaît aujourd’hui. Et je tiens à redire que Vincent ne sera pas débranché puisqu’il n’est pas branché. La seule machine qui sera débranchée c’est celle de son alimentation.

Il ne faut pas non plus oublier qu’il ne reçoit plus depuis 2012 tous les soins qu’il aurait dû recevoir – puisque la loi française le protège en ce sens – au prétexte que c’était de l’acharnement. On savait bien que ces soins n’allaient pas lui permettre de renverser son état pour revenir à une vie normale, mais cela n’empêche pas de soigner ! Je suis offusqué comme médecin que l’on puisse laisser sans soin pendant trois ans des gens comme Vincent. Les parents concernés et les équipes qui s’occupent de ces personnes ne le comprennent pas non plus. Et on ne les entend jamais : je rappelle que les députés Leonetti et Claeys n’ont pas voulu auditionner les familles de traumatisés crâniens dans le cadre de leur mission parlementaire sur le sujet, mais qu’ils ont en revanche reçus sept représentants dechambres maçonniques… à ce seul titre !

Il est évident que cette décision va faire jurisprudence, et pas seulement en France. Je ne vois plus où sont protégés les vulnérables, les plus faibles, les intouchables.

Quelles vont être justement les conséquences pour les autres patients dans le même état que Vincent ?

Je suis très inquiet pour toutes les personnes qui sont comme lui, pour leurs familles, et pour les équipes de soignants qui soutiennent, soignent, assument. Le message qui leur est délivré là est dramatique. Les plus sévèrement handicapés ne sont plus protégés, jusqu’au niveau de la Cour européenne. Quelqu’un peut décider pour eux qu’ils peuvent disparaître. Il est évident que cette décision va faire jurisprudence, et pas seulement en France. Je ne vois plus où sont protégés les vulnérables, les plus faibles, les intouchables.

Je crains que les prochaines cibles soient, par exemple, les personnes atteintes d’un autisme sévère, et qui sont non communicantes : on ne sait pas ce qu’elles pensent, ni où est leur conscience. On va aussi à présent se demander jusqu’à quand réanimer quelqu’un au bord de la route ? Je crains qu’on ne baisse les bras plus vite que dans le passé. Les familles vont-elles le comprendre ? Je pense enfin qu’à présent, les médecins vont se poser de sérieuses questions sur le sens de leur mission.

FAMILLECHRETIENNE.FR

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