Moscou, apôtre des chrétiens d’Orient


Luis Lema

De passage au Palais des Nations, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, s’est posé en défenseur des chrétiens d’Orient . (Mark Henley/Panos Pictures)

A Genève, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, se pose en défenseur des valeurs chrétiennes face à l’Etat islamique. Ases yeux, la «guerre des civilisations» passe aussi par l’Ukraine

C’est muni d’un bâton de pèlerin que le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, est arrivé à Genève. En marge de l’ouverture de la session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, lundi, le Conseil connaît une activité diplomatique proprement ahurissante: le dossier nucléaire iranien, la guerre en Ukraine, la lutte contre le terrorisme, l’avenir de Cuba… Tous ces dossiers étaient au menu de la visite du Russe, un habitué de Genève. Mais à ces questions brûlantes, il en a ajouté une autre, qui a occupé l’essentiel de son séjour: la défense des chrétiens d’Orient.

«Nous sommes devant ce qui apparaît comme un réel génocide», en venait à dire Lavrov, au Palais des Nations de l’ONU, flanqué notamment de ses alter ego libanais Gebran Bassil, et arménien Edouard Nalbandian. Aux yeux du responsable russe, le monde est plongé dans une situation qui a tout à voir avec une «guerre des civilisations». En Irak, en Syrie, en Libye, les populations chrétiennes sont en première ligne de ce combat, suggère Lavrov, en faisant référence aux persécutions, aux massacres, aux déplacements forcés et aux autres «crimes atroces» dont elles sont les victimes face à l’organisation de l’Etat islamique, sous les yeux impassibles des Occidentaux.

Cette guerre de civilisations, dans laquelle le pouvoir de Moscou s’est assuré le soutien décidé de l’Eglise orthodoxe russe, a une origine claire, à en croire Sergueï Lavrov. Et elle est exclusivement politique: lors des Printemps arabes, soulignait-il, «la Russie a tout fait pour que le pouvoir ne soit pas remis aux mains des extrémistes». Elle n’a pas été écoutée. Le chef de la diplomatie russe en veut pour preuve, «la tragique situation qui règne actuellement en Syrie». Cette situation n’a rien à voir avec la brutalité démontrée par le régime syrien, dès les premières heures des soulèvements populaires, il y a bientôt quatre ans. Au contraire, le régime de Bachar el-Assad, un allié de la Russie, «était un modèle unique de coexistence pacifique», assure Lavrov.

Le message de la Russie lors de cette session du Conseil des droits de l’homme revient ainsi à lancer un appel à la communauté internationale afin que, au-delà des actions militaires entreprises par la coalition internationale contre l’Etat islamique en Irak et en Syrie, elle «se mobilise pour défendre les valeurs religieuses».

Mais le cadre de cette mobilisation espérée ne se limite pas à l’Orient. «En Ukraine aussi, depuis qu’a eu lieu un coup d’Etat anticonstitutionnel, des églises sont détruites, des prêtres orthodoxes sont tués, des gens sont discriminés à cause de leur religion», analyse un Sergueï Lavrov qui, peu avant, lors de son discours devant le Conseil, avait assimilé explicitement le pouvoir ukrainien aux ­crimes commis par le régime nazi.

Poursuivant sur sa lancée, le ministre russe voit d’ailleurs à l’œuvre d’autres ramifications de cette guerre, au sein même de l’Europe occidentale. «Il n’est plus politiquement correct d’affirmer les valeurs traditionnelles européennes, tandis que les cimetières sont vandalisés, et que les églises sont saccagées», assure-t-il. L’Europe, en un mot, «s’éloigne de ses idéaux moraux». Elle «trahit les idéaux des libérateurs du continent» lors de la Deuxième Guerre mondiale.

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