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L’article dont nous faisons état à la fin de notre propre article, a été  publié par l’agence russe Spoutnik. Il  expose l’analyse d’un journaliste israélien considérant l’intervention russe au Moyen orient et singulièrement en Egypte comme un espoir de paix et une  réponse à la politique américaine et à ses erreurs. Comme souvent pour l’agence russe, le mérite du dit article étant de porter l’opinion du gouvernement russe et ce qu’il a à dire aux protagonistes : en l’occurrence, nous avons un ennemi commun, le terrorisme fabriqué par les Etats-Unis et leurs alliés sunnites.

Avigdor Eskin,le journaliste israélien, est sans doute ce qui se fait de pire en matière d’extrême-droite israélienne, à faire passer Avigdor Liberman dont il est proche pour une colombe.  Ce provocateur est  né soviétique et il manifeste une laïcité antireligieuse qui tranche dans l’extrême-droite, caractéristiques auxquelles il ajoute une admiration sans borne pour Poutine. Une caricature qui permet d’ailleurs à la gauche social démocrate israélienne d’établir une équation entre son fascisme et celui supposé de Poutine. Serions-nous devant une des déplorables errances de l’agence russe qui sort systématiquement de derrière les fagots toute l’extrême-droite mondiale pour soutenir la politique russe ? Probablement et à ce titre on ne saurait confondre ces agences  avec la politique d’un Lavrov.  Mais il faut aussi voir que cette intervention israélienne peut nous aider à mieux comprendre la complexité de l’évolution historique.

La donne mondiale a de nouveaux acteurs avec la Russie, la Chine mais aussi les BRICS, voire ce qu’on appelle le Tiers monde. Il y a l’accouchement d’un monde nouveau avec des contradictions qui atteignent un paroxysme.

le combat contre le terrorisme est considéré comme un facteur d’unité par la Russie mais aussi la Chine (qui l’accompagne d’une doctrine sur la paix dans les échanges avec intérêt réciproque) . Le refus du terrorisme (il faudrait plutôt parler du fascisme sous couvert d’Islamisme) que les Etats-Unis ont développé au Moyen orient, en Afghanistan et dans toute l’Asie centrale inquiète la plupart des pays et pas seulement les dirigeants. Au-delà du  terrorisme, il y a la dénonciation de la manière dont les Etats-Unis ont  choisi partout la déstabilisation des pays dont les gouvernement prétendent lui résister. Il y a la volonté des Etat-Unis d’empêcher un monde multipolaire reconnaissant la souveraineté des nations comme base de la paix internationale. Cette instabilité doublé d’un véritable chantage et d’un mépris des coutumes locales a engendré partout  un antiaméricanisme. Le rejet d’ un impérialisme devenu empire de plus en plus contraignant et de moins en moins apte à faire accepter sa contrainte autrement que par le chaos et des alliances instables.

Comme réponse aux printemps arabes, les Etats-Unis avec leurs alliés saoudiens ont soutenu partout les fondamentalismes et les bandes armées qui se réclamaient de cette idéologie, ils ont attaqué les Etats, les ont détruit comme en Irak ou en Libye, transformant ces pays en zone de non droit en étendant à l’Afrique et à l’Asie le désordre et la criminalité que l’occident feint de combattre. La Russie et la Chine à partir de l’opération libyenne sont partout intervenus pour tenter d’imposer au contraire des solutions diplomatiques et pour soutenir la lutte contre les fondamentalismes et les bandes armées. Cette politique de négociation se substituant à l’intervention armée type G.W.Bush poursuivie par son successeur, malgré les espoirs donnés par le discours du Caire, a provoqué une montée de l’antiaméricanisme dans le monde arabo-musulman et un renforcement des réponses autoritaires dont l’Egypte est un exemple mais la Tchétchénie également. La doxa occidentale insiste sur le caractère autoritaire mais néglige la dimension nationaliste, quasi nassérienne dans le cas de l’Égypte.

Beaucoup de commentateurs sont d’accord sur cette analyse, mais ce qu’introduit de nouveau cet article est le bougé d’Israël. Israël est une plateforme militaire des Etats-Unis au Moyen orient. La haine que ce pays a développé dans le monde arabo-musulman et plus généralement chez tous les anti-impérialistes au plan international à cause de la question palestinienne en fait le  bouc émissaire commode permettant de blanchir les USA. Les princes arabes des pétrodollars ont longtemps pu utiliser cet abcès de fixation et poursuivre leurs alliances impérialistes. La référence au diable sioniste masquant en général la manière dont l’extrême-droite partout a prétendu reprendre le drapeau de l’anti-impérialisme pour le racialiser, activer l’antisémitisme. Nul ne peut mieux incarner le diable sioniste que Avigdor Eskin si ce n’est Netanyahou ou Liberman.

Mais la question ukrainienne combinée avec le rapprochement supposé des Etats-Unis avec l’Iran a montré une certaine prise de distance entre Israël et les Etats-Unis. Israël ne peut pas se détacher actuellement des Etats-Unis mais incontestablement ce pays tente d’élargir ses alliances face à la perte d’hégémonie de son allié de toujours. La Russie et la Chine lui offrent une porte de sortie si Israël accepte de calmer le jeu au Moyen orient.

Ceux qui sont les plus aptes à s’en saisir sont l’extrême-droite nationaliste israélienne et l’extrême-gauche pro-palestinienne. Leur impossible alliance témoigne d’ailleurs des limites de la stratégie russe en ce qui concerne un mouvement de masse qui appuierait le choix diplomatique. Partout l’endiguement de l’hégémonie américaine se fait en accumulant les contradictions parce que partout cet endiguement pose la question de l’issue de cet assaut contre l’impérialisme des Etats-Unis..

La concurrence monopoliste se combine avec les appétits féroces de puissances secondaires, les oligarques ukrainiens et leurs mercenaires nazis sont une illustration forte de la période, celle de la montée en puissance de capitalistes déchirés par des luttes concurrentielles pour se développer dans la chute de l’empire américain autant que sous son bouclier. Les fascismes nationalistes qui auront pu contribuer à cette mise en pièce n’étant alors pour les peuples que la poursuite des guerres et du renforcement de l’exploitation sous des prétextes nationalistes et racistes.

L’alternative réside dans la capacité d’instaurer le socialisme, de lutter contre l’exploitation capitaliste. Socialisme ou barbarie, tel est l’enjeu du stade impérialiste. Le rôle des communistes est d’éclairer ces enjeux et de tenter de dégager si faire ce peut leur propre politique qui est de chercher la paix, la souveraineté des peuples mais en étant bien conscient que ces perspectives n’ont de sens que si elles sont le moyen d’améliorer le sort des exploités. Ce qui est aux antipodes du nationalisme chauvin et raciste.

Il est probable que dans les combats actuels pour l’endiguement de la politique des Etats-Unis, son bellicisme, son soutien au fascisme les lignes vont bouger et parfois s’enchevêtrer, cela a déjà commencé.

L’originalité de cet interview de ce journaliste israélien est que son analyse n’est pas totalement absurde, elle s’appuie sur un certain ralliement de la droite israélienne au pouvoir à la vision eurasiatique de Poutine et de la Chine. Le refus du négationnisme par le gouvernement russe a été aussi entre Israël et la Russie l’occasion d’un rapprochement. Et quand il est question de l’adhésion d’Israël à la vision eurasiatique il ne s’agit pas d’une simple vue de l’esprit. Israël est déjà un des principaux investisseur en Crimée russe, les pourparlers avec la Chine à propos de la route de la soie portent sur des réalisations. De surcroit chacun aura noté le refus pour la première fois d’Israël de suivre les Etats-Unis dans leur condamnation de la Russie.

L’extrême-gauche, les communistes très influencés par les arabes israéliens, souvent chrétiens  et proche des Palestiniens se sont également ralliés à la vision russe parce qu’ils savent que la Russie et la Chine sont pour la reconnaissance de l’Etat Palestinien. Ils ne sont pas plus favorables à une montée du hamas et de l’extrémisme fondamentaliste même s’ils ne peuvent s’en désolidariser alors qu’il y a Gaza, l’occupation des territoires et les prisonniers sans jugement, toute la politique de l’Etat israélien. Les Palestiniens savent qu’ils sont grugés par les Etats-Unis qui feignent d’être opposés à la politique de Netanyahou mais de fait l’appuient et lui donnent les conditions de possibilités.

Netanyahou et Liberman, loin d’être reconnaissants à Obama s’en méfient et ne sont pas assez stupides pour ne pas se rendre compte que ce dernier et au-delà l’administration américaine est en perte de vitesse et ne sera plus une garantie pour la survie d’Israël. Le test a été la neutralité observée par le gouvernement israélien dans l’affaire ukrainienne. Alors même que les pseudo anti-impérialistes d’obédience fasciste comme Soral ou the saker s’obstinaient dans leur dénonciation de l’influence sioniste contre la Russie en utilisant ceux qui dans la communauté juive ont toujours été les représentants directs des Etats-Unis et de la CIA comme BHL ou Cohn Bendit. Paradoxalement des gens plus proches de la social-démocratie et des démocrates, tout en portant la ligne des néo-conservateurs sous des prétextes des droits de l’homme et des alliances de fait avec les fascistes.

Ce qu’il y a d’intéressant donc dans cet article d’un journaliste israélien et d’un militants d’extrême-droite, c’est qu’il se range à partir des intérêts israéliens vers une autre vision, celle de solutions négociées y compris pour le problème palestinien, puisqu’ils savent bien que la solution du problème palestinien est l’obsession non seulement de la diplomatie russe, mais également chinoise. Le fait que l’agence russe officielle ait choisi de publier cet article dans une édition anglaise n’est pas indifférent non plus. Cette opinion est aussi une perche tendue aux différents protagonistes du Moyen orient. Il fait partie de la politique de Poutine multipliant les voyages et les rencontres pour desserrer l’étau que les Etats-Unis et certains alliés européens de l’OTAN tentent de créer autour de son pays. Cette politique quoi qu’en disent nos médias connait un certain succès qu’il s’agisse de l’Amérique latine, de l’Asie ou du Moyen orient et même des récents accords de Minsk pour l’Europe. Partout Poutine intervient en proposant des solutions négociées pour éteindre les incendies que les Etats-Unis et leurs alliés ont allumés et pour dénoncer le danger du « terrorisme ».

Voici donc l’article:

Poutine « a profité des erreurs que Washington a faites » en Egypte,  c’est ce qu’a déclaré le publiciste israélien et politologue Avigdor Eskin à Radio Sputnik Des liens plus étroits entre la Russie et l’Egypte, ont été noués au cours de la visite récente de Vladimir Poutine au Caire, cela contribuera sans doute à l’apaisement des tensions au Moyen-Orient, selon les déclarations que le journaliste israélien et politologue Avigdor Eskin a faites à Radio Sputnik.

L’Egypte a offert un accueil chaleureux au Président de la Russie Poutine « a profité des erreurs que Washington a faites » en Egypte, selon Eskin. Les Etats-Unis et l’Egypte avaient des liens d’amitié depuis plusieurs décennies, le Caire en a tiré des avantages substantiels. « L’Amérique a fait pression sur Israël ; Israël leur a redonné le Sinaï. l’ Égypte aussi également reçu beaucoup d’aide de l’Amérique, »a déclaré Eskin.

Les relations bilatérales ont été affaiblies quand les États-Unis a décidé d’aider les frères musulmans au pouvoir, selon l’analyste politique. Le renversement de Hosni Mubarak a conduit à plusieurs années de turbulence et d’effusions de sang dans le pays. La situation s’est améliorée en 2013, lorsque l’armée, dirigée par Abdel Fattah al-Sisi a évincé le Président Mohamed Morsi et interdit des frères musulmans, a souligné Eskin . La Russie et l’Egypte considèrent ce groupe comme une organisation terroriste. « Les Russes ont été parmi ceux qui l’ont  réellement soutenu [Sisi], pas  les Israéliens, » a déclaré Eskin.

Cependant, même Israël a trouvé un terrain d’entente avec les dirigeants égyptiens actuels. « Les Israéliens sont contents d’avoir Sisi, car il considère les problèmes de la région très d’une manière très proche de la notre.  Il a déjà déclaré que le Hamas et l’Etat islamique ou ISIS, sont des organisations terroristes et il combat le terrorisme,  » a dit Eskin .

L’Égypte cherche un accord de libre-échange avec l’Union économique eurasienne « Fondamentalement, [Russie] contribuera à calmer la région ce qui n’est pas facile. Comme vous le savez, le Moyen Orient est un endroit très très chaud, »a déclaré l’analyste politique.

Le Président russe Vladimir Putin qui effectuait une visite de deux jours au Caire au début de février. Les deux dirigeants se sont engagés à intensifier ses efforts pour lutter contre le terrorisme et renforcer la coopération militaire. Sisi décrivit la Russie comme un ami « stratégique » au cours de la visite de m. Poutine, selon l’agence Reuters.

Vladimir Belyakov a déclaré à RIA Novosti que Poutine est devenu un héros et un symbole de l’hégémonie anti-américain et anti-islamique extrémiste chez les Egyptiens.

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