« Ils nous dominent plus par l’ignorance que par la force. » S. BOLIVAR

Kabila va dégager. Il n’y a plus tellement de doute à cela. Tout ne dépendait pas de lui. Ses  »créateurs » ont un mot à dire sur lui. Il peut faire semblant, avec son entourage, de ne pas en tenir compte. Il va partir. Et pour dire brutalement les choses comme Mufoncol Tshiyoyo, un changement de régime va être servi aux Congolais(es). Et après ? Africom arrive. Cela risque d’être pire. Attention ! Cela ne sera pas pire par rapport au règne policier, corrompu et sanguinaire de  »la kabile ». Non. L’arrivée d’Africom va perpétuer le régime manipulé des politicards dont les exploits politiques se résument à leurs photos prises avec  »l’oncle Sam ». Le proche avenir risque d’être très difficile. Si les minorités organisées et agissantes ne réussissent pas à ajouter un peu plus de  »conscience » aux actions de la rue congolaise, la néocolonisation risque de perdurer.

Les masses populaires envahissent les rues de Kinshasa les 19, le 20 et le 21 janvier 2015. Mains nues, elles font face à la police politique de Joseph Kabila armée jusqu’aux dents. Elle tue plusieurs compatriotes congolais. Ces masses populaires abandonnées par les politicards les ayant appelés à résister contre le vote d’une loi électorale scélérate ont abandonnées à leur triste sort. Ils ont dû recourir à  »la débrouillardise politique » pour occuper les rues de Kinshasa-la-frondeuse pendant trois jours successifs. Le retrait de l’article 8 de cette loi scélérate après de vifs débats organisés par un Sénat  »périmé » a poussé la ville-province à pousser un ouf de soulagement et à crier à  »la victoire ». Pourtant, il n’y a pas eu de  »victoire » du tout. L’émeute immédiate de Kinshasa et d’autres villes du Congo-Kinshasa ne s’est pas transformée en une émeute historique[1]. Elle n’a pas su mobiliser davantage de masses à travers le pays. Elle n’a pas atteint les lieux symboliques de Kinshasa et des autres villes du pays pour les occuper intensément avec des mots d’ordres précis. Elle a été rapidement récupérée par  »les politicards » qui l’ont vite transformée en  »un désir d’accident ». C’est-à-dire en un désir de la démocratie bourgeoise semblable à celle de  »grandes démocraties occidentales » gérées par  »les usurpateurs du pouvoir » ayant instrumentalisé les gouvernants représentatifs en faisant  »les petites mains du capital », ses fondés du pouvoir. Le 27 janvier 2015, à Kinshasa, une agence de sédition made in USA désorientait déjà cette émeute historique en organisant une conférence sur  »les droits de l’homme et la gouvernance ». Cette conférence fut un signe à décrypter. Il n’a pas fallu longtemps pour apprendre que le NED allait être rejoint par Africom.

Il est curieux de voir l’innocence ( ?) avec laquelle les médias kinois rendent compte de ces faits gravissimes ! L’Observateur du 06 janvier 2015 écrit : « Dans le cadre de la coopération militaire entre les Etats-Unis et la RDC, le commandement des Etats-Unis pour l’Afrique (AFRICOM) va organiser une série d’activités civilo-militaires en République démocratique du Congo. L’information a été donnée en début de la semaine à Berlin en Allemagne fédérale par le chef du Commandement des Etats-Unis pour l’Afrique (Africom), le général David Rodriguez. » Et ce journal ajoute : « Selon le patron d’Africom, ces opérateurs civilo-militaires visent à renforcer les capacités des FARDC dans le but de faire de cette institution, une armée républicaine, et professionnelle. Africom sera aussi engagé dans la réalisation des projets à caractère social en faveur de la population civile. » Citant un responsable du Commandement militaire Américain pour l’Afrique, il ajoute encore ceci : « « C’est une façon de montrer l’apport des Forces armées dans le développement des communautés ».

Comme bien d’autres journaux congolais, L’Observateur se contente d’un reportage ! Pourquoi Africom au Congo-Kinshasa, maintenant ? Quelles ont été les missions d’Africom à sa création ? Pourquoi plusieurs pays africains ont-ils refusé de l’accueillir sur leurs sols? Comment Africom va-t-il réconcilier une armée de bric et de broc, infiltrée par des éléments extérieurs, avec un peuple qu’elle est déterminée à exterminer avec le soutien de ses parrains anglo-saxons ? Africom vient-il au Congo-Kinshasa par lui-même ou il est invité par  »les gouvernants congolais » ? Pourquoi l’arrivée d’Africom au pays de Lumumba risque-t-elle de coïncider avec la fin d’un régime policier, sanguinaire et mortifère?

La raison est la même depuis la nuit des temps : le Congo-Kinshasa a contribué à la puissance militaire et au pouvoir économique US. L’Etat profond US a juré de ne pas laisser ce pays sous l’influence d’autres puissances concurrentes telles que la Chine et la Russie. En 2010, au département de l’Energie des Etats-Unis, une étude intitulée  »Stratégie pour les minéraux indispensables » à ce pays a souligné l’importance stratégique des matières premières congolaises. Voilà qui justifie la présence militaire américaine au Congo-Kinshasa. L’armée veut recourir au soft power pour berner les populations congolaises en leur faisant croire qu’elle veut les réconcilier avec la police politique du  »raïs ».

Africom vient tout simplement parachever le travail entrepris par les proxys Rwandais et Ougandais. Pour rappel, « pendant les guerres du Congo de 1996 à 2003, les Etats-Unis ont fourni des armes et ont entraîné les milices du Rwanda et de l’Ouganda qui ont ensuite envahi les provinces orientales du Congo pour le compte des Etats-Unis. Les différentes multinationales n’ont pas été les seules à bénéficier du pillage. Les régimes de Paul Kagamé au Rwanda et de Yoweri Museveni en Ouganda en ont tiré un immense profit ainsi que des guerres congolaises pour les minéraux comme la cassitérite, wolframite, coltan (dont le niobium et le tantale sont dérivés) et l’or[2].»

L’amnésie est d’une puissance telle que les Congolais(es) risquent d’accueillir Africom comme un partenaire innocent. Dans sa nervosité, Mufoncol Tshiyoyo a publié dernièrement un article où il s’en prenait aux compatriotes qui ne comprenaient pas que la fin du régime Kabila pouvait être pour eux un leurre. En fait, plusieurs compatriotes n’ont pas encore compris ce qui est en train de se passer. Ils applaudissent ceux d’entre nous qui, après l’appel lancé à la rue kinoise ont vite fait d’aller se faire photographier avec  »leurs amis américains » pour affirmer qu’ils sont  »du bon côté de l’histoire ». Il faudrait quand même que les orientations de la politique étrangère du Congo-Kinshasa fasse partie des débats entre ses filles et fils. Qu’elles soient publiquement définies. Quant le journal kinois  »L’Observateur  »traite de l’implantation d’Africom au pays de Lumumba, il n’ouvre pas de débat sur les objectifs assignés à ce commandement militaire. Pourtant, plusieurs études attestent que « la consolidation de la présence étasunienne dans la région fait partie d’un programme plus large qui a pour but d’étendre le pouvoir d’AFRICOM, le commandement militaires des Etats-Unis pour l’Afrique, à travers un archipel de bases militaires dans la région. En 2007, le conseiller du Département d’Etat, J. Peter Pham, a défini ainsi l’objectif stratégique d’AFRICOM : « Protéger l’accès aux hydrocarbures et autres ressources stratégiques que l’Afrique possède en abondance, ce qui signifie d’une part protéger ces richesses naturelles fragiles et d’autre part s’assurer qu’aucune autre nation telle que la Chine, l’Inde, le Japon ou la Russie n’obtienne de monopole ou de traitement de faveur. » De plus, pendant une conférence d’AFRICOM à Fort McNair le 18 février 2008, le vice-amiral Robert T. Moeller a ouvertement déclaré que le principe directeur d’AFRICOM était d’assurer « la libre circulation des ressources naturelles africaines sur le marché mondial » avant d’ajouter que la montée en puissance de la Chine représentait une menace majeure pour les intérêts étasuniens dans la région. [3]» Il y a, en perspective, la poursuite d’une guerre perpétuelle que  »les maîtres du monde » pourraient qualifier de  »guerre civile » ou  »tribale » ou  »ethnique ».

Que faut-il faire ? Laisser les Congolais(es) travaillant avec les agences de sédition made in US pour préparer l’occupation du terrain tranquille pour éviter d’avoir des problèmes avec  »leurs coteries », s’énerver comme Tshiyoyo en les attaquant frontalement ou les appeler à s’informer sur l’histoire d’Africom ? Que faut-il faire ? Se faire photographier avec les Américains est-il aujourd’hui, au Congo-Kinshasa, une preuve suffisante que l’on travaille pour un meilleur avenir du pays de Lumumba ? Kabila dégage ! Africom arrive. Ce n’est pas pour les beaux yeux des Congolais(es). Ni pour l’épanouissement des Africains et leur unité. L’enjeu est aussi et toujours les matières premières stratégiques. Cela était lisible dans la découverte de la clé du mystère de la guerre menée contre la Libye de Kadhafi En effet, « la clé de ce mystère?

C’est justement que les multinationales ne paient pas ces matières premières, elles les volent. En Afrique, elles les pillent les ressources, imposent des bas salaires, des accords commerciaux défavorables et des privatisations nuisibles, elles exercent toutes sortes de pressions et chantages sur des Etats faibles, elles les étranglent par une dette injuste, elles installent des dictateurs complaisants, elles provoquent des guerres civiles dans les régions convoitées. [4]» Pour dire les choses autrement, avec l’arrivée d’Africom au Congo-Kinshasa, la région des Grands Lacs africains aura encore à faire face à  »une guerre perpétuelle ». Les Congolais(es) ayant crié victoire après le retrait de l’article 8 de la loi électorale scélérate se rendront compte qu’ils s’étaient leurrés. (à suivre)

Bruxelles, Mardi 10/02/2015

Mbelu Babanya Kabudi

L’OEIL DU PATRIOTE


[1] Les notions d’émeute immédiate et d’émeute historique sont bien expliquées par le philosophe français Alain Badiou dans Le réveil de l’histoire. Circonstances, 6, Paris, Lignes, 2011. Nous y reviendrons dans la deuxième partie de cet article.
[2] http://www.legrandsoir.info/l-africom-des-etats-unis-et-la-militarisation-du-continent-africain-le-combat-contre-l-implantation-economique-chinoise.html
[3] Ibidem.
[4] M. COLLON, Libye, Otan et médiamensonges. Manuel de contre-propagande, Bruxelles, Investig’Action, 2011, p. 42.

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