Par Laurent Lafrance

3 février 2015

Depuis qu’il a pris le pouvoir en avril 2014, le gouvernement libéral québécois de Philippe Couillard mène un assaut brutal sur les services publics et les conditions de vie des travailleurs, ayant annoncé des compressions de plus de trois milliards de dollars dans les dépenses sociales.

Bien que la raison officielle invoquée soit l’élimination du déficit, son véritable objectif est de démanteler ce qui reste de l’État-Providence afin d’ouvrir la voie à une privatisation accélérée de secteurs clés, tels que les travaux publics et le système de santé.

Les mesures anti-ouvrières de Couillard vont dans le même sens que le programme «anti-déficit» du gouvernement fédéral conservateur de Stephen Harper.

Au cours des dernières années, les conservateurs ont éliminé 25.000 emplois dans la fonction publique fédérale, augmenté l’âge de la retraite, sabré dans le programme d’assurance-emploi, multiplié les partenariats public-privé dans des projets d’infrastructures, et adopté des lois spéciales pour briser des grèves à Air Canada et aux Postes.

De manière similaire, les libéraux de Couillard veulent réduire de façon massive les coûts de la main-d’œuvre au Québec et augmenter la marge de profit des entreprises pour attirer le capital étranger. Couillard a déclaré à cet égard que «les mesures que nous mettons en place rassurent les investisseurs sur le sérieux de la démarche du Québec».

Le premier ministre québécois s’est également vanté du fait qu’une de ses grandes sources d’inspiration était le livre Fourth Revolution [La quatrième révolution], écrit par deux membres de la rédaction de The Economist, revue britannique qui parle au nom des sections les plus puissantes du capital financier mondial.

Les auteurs du livre affirment que les coupes massives effectuées dans les programmes sociaux par les élites dirigeantes au tournant des années 80 – initiées par Margaret Thatcher en Grande-Bretagne et Ronald Reagan aux États-Unis – n’ont fonctionné qu’à moitié et que les gouvernements actuels doivent compléter cette «demi-révolution» et en finir une fois pour toutes avec l’État-Providence.

C’est précisément ce à quoi s’est attelé le gouvernement Couillard au cours de ses neufs premiers mois au pouvoir, comme le montre la liste partielle suivante:

* Adoption du projet de loi 3 qui met la hache dans les régimes de pensions des employés municipaux en éliminant l’indexation des prestations et en augmentant les cotisations des travailleurs de plusieurs milliers de dollars par année.

* Demandes drastiques faites aux travailleurs du secteur public, y compris une augmentation salariale minime de 3 pour cent sur cinq ans à compter d’avril prochain, une réduction de 2% des effectifs et une hausse de l’âge de la retraite.

* Coupes de 1 milliard de dollars dans l’éducation, dont 200 millions dans les universités et les cégeps, avec pour conséquences l’augmentation du ratio maître-élèves dans les écoles et une hausse de 10 pour cent des heures de travail sans rémunération pour les enseignants.

* Adoption du projet de loi 10 visant à abolir les agences de santé et éliminer près de 1000 postes par des coupes budgétaires dépassant 200 millions de dollars.

* Réduction de 211 millions de dollars dans le budget de l’aide sociale et élimination de 500 des 1200 employés occasionnels.

* Hausses des tarifs pour les garderies subventionnées, l’électricité, le tabac, l’essence et les primes d’assurance-automobile.

* Transfert de la gestion d’importants projets d’infrastructure à la Caisse de dépôt et placement du Québec, un des premiers investisseurs en placements privés au Canada.

Le gouvernement se prépare à utiliser toute la force répressive de l’État pour contrer l’opposition des travailleurs, y compris par des lois spéciales sans doute déjà en rédaction. Couillard et ses collègues sont de fervents défenseurs des mesures de répression déployées par le gouvernement libéral de Jean Charest contre la grève étudiante de 2012. Et l’un des premiers gestes qu’a posé le nouveau gouvernement libéral, devant la possibilité d’une grève dans la construction, a été de menacer les travailleurs d’une loi de retour au travail avant même qu’ils ne sortent en grève.

Mais les mesures anti-ouvrières de l’élite dirigeante requièrent avant tout la collaboration étroite des syndicats, qui ont torpillé chacune des luttes ouvrières au cours des dernières décennies. Fait significatif, les syndicats avouent craindre de perdre le contrôle cette fois. «Il y a une vague de fond dans la population qu’on n’a pas vu depuis longtemps», a déclaré le secrétaire général de la Fédération des travailleurs du Québec, Serge Cadieux. De son côté, le président de la FTQ, Daniel Boyer, a dit: «Je me suis fait demander par des membres si j’étais prêt à aller à prison, on a des membres qui sont prêts à défier un décret ou une loi spéciale».

Les grands médias expriment eux aussi leur crainte d’un retour du «printemps érable», une référence à la grève étudiante de 2012 qui a ébranlé la province pendant six mois. Mais comme en 2012, la classe dirigeante pourra compter sur la collaboration des syndicats pour étouffer la colère des travailleurs du secteur public et la détourner politiquement vers le nationalisme québécois afin de bloquer toute lutte pour mobiliser la classe ouvrière au Québec et à travers le Canada contre le programme d’austérité de toute la bourgeoisie.

Lorsque la grève étudiante menaçait de s’étendre à la classe ouvrière, les syndicats avaient lancé le slogan «après la rue, les urnes» afin de mettre fin à la grève et canaliser le mouvement d’opposition derrière le Parti québécois.

Autre parti de gouvernement de la classe dirigeante québécoise, le PQ n’est aucunement opposé aux politiques des libéraux, étant lui-même tout aussi dévoué à l’austérité capitaliste. En 1999, par exemple, le premier ministre péquiste Lucien Bouchard avait passé une loi spéciale pour briser une grève des infirmières contre l’état lamentable du réseau de la santé suite à l’abolition de dizaines de milliers d’emplois par le PQ.

Pour éviter de nouvelles trahisons, les travailleAurs québécois doivent briser l’emprise politique et organisationnelle des syndicats pro-capitalistes et transformer la lutte contre le gouvernement Couillard en une mobilisation ouvrière pan-canadienne contre les suppressions d’emplois et le démantèlement des services publics. Une telle mobilisation doit être basée sur la lutte pour un gouvernement ouvrier qui résoudra la crise capitaliste, non pas sur le dos des travailleurs, mais aux dépens de la grande entreprise et de son système de profit.

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