Trombinoscope 2014 : Steeve Briois, les faux honneurs et les vrais jean-foutre

Trombinoscope 2014 : Steeve Briois, les faux honneurs et les vrais jean-foutre

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Ce dont je vais vous parler est tellement minable, que je me suis demandé toute la journée d’hier si cela valait vraiment la peine d’en faire un papier. Et puis je me suis dit en me réveillant ce matin que ceux d’entre vous qui étaient passés à côté de ce petit monument de bassesse humaine et de crapulerie journalistique devaient tout de même savoir jusqu’où pouvaient aller la cuistrerie, le parti-pris et l’absence totale de déontologie professionnelle de notre classe caste médiatico-politique. Alors, finalement, je m’y colle tout de même…

Cela s’est donc passé dans les murs de l’hôtel de Lassay, résidence officielle du président de l’Assemblée nationale, où avait lieu comme chaque mois de janvier et pour la vingt-troisième fois la remise annuelle des prix duTrombinoscope, cet annuaire du monde politique français créé en 1981 par un certain Félix Colin.

Ces récompenses à la « personnalité politique de l’année », au « ministre de l’année », à la « révélation politique de l’année », au « député de l’année »,  au « sénateur de l’année », à l’« élu local de l’année », et, last but not least, l’« européen de l’année » (ouf !) sont censées selon ceux qui les décernent, saluer, je cite : « l’action et le professionnalisme de personnalités politiques qui se sont particulièrement illustrées durant l’année écoulée dans le cadre de leur mandat ou de leur fonction ». Hochets dérisoires, décernés par un ramassis de vieux crocodiles médiatiques que nous détaillerons plus loin, mais qui sont donc bien, pour ceux qui les attribuent, une distinction honorifique.

Bien évidemment, depuis la première édition de ce palmarès, aucun membre du Front National n’avait jamais été « honoré » par le Trombinoscope. Ainsi, malgré le séisme politique qu’avait provoqué sa présence au second tour de la présidentielle, Jean-Marie Le Pen n’avait bien entendu pas été « personnalité politique de l’année » en 2002 : le trombinoscope lui ayant préféré… Jean-Pierre Raffarin ! Ca ne s’invente pas. De même, et malgré son irruption météorique sur le devant de la scène politique, Marine Le Pen n’avait jamais reçu la moindre breloque, pas même celle de « révélation de l’année », ou de « personnalité politique de l’année » lors de son accession à la présidence du FN en 2011, la révélation étant cette année-là… Arnaud Montebourg. Si. Et en 2012, bien qu’élue première députée Front National depuis plus de vingt ans (dernier député FN : Yann Piat en 1988) et plus jeune député de toute l’histoire de la République (à tout juste 22 ans), Marion Maréchal ne fut ni la révélation (Najat Vallaud-Belkacem) ni même le député de l’année, le jury duTrombinoscope lui préférant… Jean-Louis Borloo ! Si, si.

Bref, le Front National aurait cette année encore dû, en tout logique médiatique typiquement française, briller par son absence lors de ce palmarès 2014. Et puis… Patatras ! Soirée trop arrosée entre membres du jury ? Falsification du palmarès ? Plaisanterie du secrétariat ? On ne sait trop, mais ne voilà-t-il pas que Steeve Briois, premier maire FN élu (dès le premier tour) depuis 1995 (à Hénin-Beaumont, fief éternel jusque là d’un PS totalement vérolé par les affaires), se retrouve bombardé « élu local de l’année ». La faute de goût absolue, le crime politiquement incorrect, la cabane bienpensante tombée sur le dos du chien. Adieu, veau, vache, cochon, c’est immédiatement le branle-bas général !

C’est Claude Bartolone qui ouvre le bal (des faux-culs, CQFD) : immédiatement, n’écoutant que son courage et faisant honneur à la dignité et à l’impartialité politique qu’imposent sa fonction de Président de l’Assemblée nationale, il annonce qu’il n’honorera pas de sa présence… la cérémonie qu’il accueille pourtant dans ses murs ! Mais il fera encore beaucoup plus fort un peu plus tard, et nous y reviendrons.

Chez les autres récipiendaires, c’est aussi la débandade presque absolue : Manuel Valls (personnalité de l’année), Ségolène Royal (Ministre de l’année) et Emmanuel Macron (révélation de l’année) se font porter pâles. On imagine au passage, quand on connaît  les dimensions himalayennes de leurs ego respectifs, le drame intime qu’ont vécu nos trois mousquetaires de la « résistance à la  bête immonde », en prenant leur héroïque décision de boycott ! Au final, seul le « député de l’année », le socialiste Laurent Baumel, plus « frondeur » que jamais, vient chercher sa récompense. La cérémonie vire donc dès le départ à la farce tragique. Mais on n’a en vérité encore rien vu…

Steeve Briois et les sept nains

Car vient à présent le moment décisif, l’heure H : le jury du Trombinoscope, composé d’Arlette Chabot (Europe 1), Laurent Joffrin (Nouvel Observateur), Gilles Leclerc (Public Sénat), Christophe Barbier (L’Express), Paul-Henri du Limbert (Le Figaro), Bruno Dive (Sud-Ouest) et Alberto Toscano (Club de la presse européenne), après avoir remis l’une ou l’autre de leurs distinctions à tel attaché parlementaire et autre membre de cabinet des déserteurs du jour, doit à présent assumer sa folle décision, et remettre son prix à Steeve Briois. Soudain terrifiés par leur invraisemblable audace, c’est très visiblement la panique chez nos sept nains ! Tétanisés à l’idée d’être immortalisés sur la photo avec le vilain petit canard de la soirée, l’un des deux seuls on l’a dit à avoir honoré l’invitation qui lui a été faite, nos journaleux essaient de se refiler, en regardant leurs pompes, la patate chaude Briois… et c’est finalement, Gilles Leclerc (président de la chaine parlementaire Public Sénat) montant sur le podium comme un condamné à mort monte à la guillotine, qui s’y colle. Et ça donne « ça » (à 3.35 de la vidéo )  :

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Désolé de vous avoir imposé un visionnage même partiel du Petit Journal de C+… mais à la vérité, c’est le seul média qui a rendu compte à peu près complètement (avec sa neutralité coutumière, bien-sûr !) de ce qui s’est passé ce jour là sous les ors de l’hôtel de Lassay.

Fantasia chez les ploucs

Inviter un homme politique pour l’attribution d’un prix censé récompenser son « action et [son] professionnalisme », le fait qu’il s’était « particulièrement illustré » durant l’année pour au final l’attaquer, l’humilier en public avec une telle goujaterie, en dit long sur les « valeurs démocratiques » parait-il défendues par notre médiacratie…

«  Je vais être tout à fait honnête. Je n’étais pas spécialement volontaire pour cet exercice un peu particulier ce soir »… « il ne s’agit pas à proprement parler d’une véritable récompense »… « vous avez sans doute aussi en mémoire les bilans pas très fameux, vous en conviendrez, de vos collègues élus en 95 »… et je me tire sans même remettre son prix au récipiendaire. La grande, la très grande classe, « monsieur » Leclerc, rappelons-le pour l’anecdote, président en exercice d’une chaine parlementaire de service public ! Vous aurez sans doute aussi noté au passage l’incroyable élégance de Steeve Briois, resté souriant et aimable malgré le traitement tout simplement dégueulasse qui venait de lui être infligé…

Que dire également des dérobades d’Arlette Chabot et de tout son orchestre, tétanisés par les premières critiques de con-frères eux aussi remarquablement démocrates, et qui se défaussent de leur vrai-faux choix, tentent pathétiquement de sauver ce qu’ils croient apparemment être leur dignité journalistique face aux accusations de complicité avec l’« hydre fasciste » qui commencent à tomber ?

Arlette Chabot :

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FN récompensé: Chabot n’assume plus ses choix par LeHuffPost

Et quid alors de l’incroyable goujaterie qui a présidé à la « remise » de prix à Briois ?

Bruno Dive : « on est solidaire de la façon dont les choses se sont déroulées… » Sic.

Libé et la presse du système, fidèles à eux-mêmes

Aussitôt la cérémonie achevée et les première images diffusées, bien loin de relever la façon honteuse avec laquelle Steeve Briois a été traité, nos chers merdias, de « gauche » comme de « droite », étalent leur malaise de voir « honorer » un élu FN :

« Le prix remis à Steeve Briois sème le trouble pendant la cérémonie » (20 Minutes), « Polémique autour de l’attribution d’un prix politique au maire FN Steeve Briois » (FranceTVInfo), « La distinction du maire FN Steeve Briois fait polémique » (Ouest-France), « La récompense du FN sème le trouble lors de la cérémonie du Trombinoscope » (Le Figaro), sans même parler bien évidemment des titres assassins de la presse de gauche.

Dans le rôle du « Comité de salauds publics », la société des journalistes de Libération, à l’image de celle de RTL dans l’affaire Zemmour quelques semaines plus tôt, se distingue une fois de plus. Je cite : « la Société des journalistes et du personnel de Libération (SJPL) regrette que Laurent Joffrin, directeur de la rédaction de Libération, se soit associé à un prix distinguant le maire FN Steeve Briois comme « élu local de l’année ». L’équipe de Libération n’est en rien associée à cette démarche, valorisant le vice-président d’un parti opposé à toutes les valeurs du journal, et un maire dont l’une des premières décisions a consisté à faire expulser la Ligue des droits de l’homme du local qu’elle occupait à Hénin-Beaumont. La SJPL souligne que l’implication de Laurent Joffrin dans cet événement n’engage pas la rédaction de Libération. Elle prend acte de ses premières explications, soit sa non-participation au vote ayant abouti à la désignation de Steeve Briois. La SJPL rappelle l’engagement historique et nécessaire de Libération contre le Front National. Elle redit sa conviction que celui-ci n’est pas un parti ‘comme les autres’ ». (Libération du 28 janvier 2015)

Laurent Joffrin a évité de justesse le goudron et les plumes ! Car comme le relève le communiqué de sa rédaction, toujours aussi courageux et particulièrement solidaire de ses petits camarades d’infamie, et plus Mouchard que jamais (c’est son véritable nom), le patron de Libé, pour tenter de sortir du guêpier bienpensant où la nomination de Briois l’avait plongé, a tweeté ceci : « devant l’émotion suscitée, la vérité oblige à dire que je n’étais pas présent lors de la délibération Briois et que j’aurais voté contre… ». La désertion en rase campagne, la grande classe là encore (cela surprendra-t-il d’ailleurs vraiment quelqu’un ?), mais qui évite sa pendaison en place de grève, ou plus encore la grève pour exiger sa pendaison.

Brancabartolone et le point Godwin à géométrie très variable

Mais dans ce véritable festival d’impolitesse crasse, de médiocrité et de crapulerie, la palme d’or est revenue haut la main à Claude Bartolone, rappelons-le président de l’Assemblée Nationale, et à ce titre supposé garant d’une certaine neutralité politique. Le cuistre ayant osé, pour justifier son boycott de la cérémonie, déclarer ceci :

Grandiose, n’est-ce pas ? Ce sinistre pitre avait pourtant naguère la fibre résistante et judéophile nettement moins affirmée, lui qui fut pendant des années le collaborateur idolâtre d’un certain François Mitterrand, décoré de la Francisque par le maréchal Pétain, ami et protecteur jusqu’au bout de René Bousquet, secrétaire général à la police de Vichy et, à ce titre, grand organisateur de la rafle du Vél’ d’Hiv’. Partager à l’époque « une coupe de champagne » avec celui-ci, être membre « d’un parti » dont le premier secrétaire durant des décennies, x fois candidat à la magistrature suprême puis deux fois Président socialiste de la République française « s’était illustré » de la façon évoquée plus haut, ne posait pas le moindre problème à ce formidable parangon de vertu républicaine. Heureusement (pour lui), l’obscénité, le ridicule et le culot ne tuent pas… mais quand, comme l’aurait dit Audiard, on mettra les cons en orbite, Bartolone n’aura vraiment pas fini de tourner !

 Marc LEROY – La Plume à Gratter

Source : http://www.laplumeagratter.fr/2015/01/30/trombinoscope-2014-steeve-briois-les-faux-honneurs-et-les-vrais-jean-foutre/

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