La Russie et l’Occident

par Karl Müller
L’année 2014 a été marquée par des tensions croissantes, lors de la confrontation entre les gouvernements des Etats-Unis, des autres Etats membres de l’OTAN, des Etats membres de l’UE, face au gouvernement de la Fédération de Russie.
Les gouvernements occidentaux font de nombreux reproches à la Russie et les commentaires des médias dans ces pays présentent des images totalement fantaisistes de la politique russe actuelle et passée.
Au cours de cette année, il y a cependant aussi eu des voix occidentales mettant en garde contre une aggravation du conflit pouvant devenir très dangereux pour toutes les populations européennes.
Aujourd’hui déjà, il est facile de reconnaître à quel point les économies nationales des Etats sont reliées entre elles. Il est donc important que chaque peuple réfléchisse à trouver sa propre voie dans le monde actuel et à rester aussi indépendant que possible, non seulement sur le papier, mais aussi dans la réalité.
Certaines personnalités occidentales renommées déclarent: «Nos gouvernements ont décidé de continuer la voie de la confrontation avec la Russie sans tenir compte des voix contraires. Quiconque s’y oppose sera personnellement attaqué et ostracisé».
En réalité, toute personne exigeant une autre politique que celle de nos gouvernements est confrontée à une grande adversité. En Allemagne, cela s’est produit lorsque les porte-paroles du «Dialogue de Petersburg» et du «Forum germano-russe» ont plaidé pour une voie divergente de celle préconisée par le gouvernement allemand. L’écho de la presse dominante allemande au sujet de l’Appel des 64 personnalités allemandes «Une autre guerre en Europe? Pas en notre nom!» va dans le même sens (cf. Zeit online du 5/12/14 et Horizons et débats no 30 du 22/12/14).
Il est d’autant plus important de s’engager pour réduire les tensions en Europe: bâtir de nouveaux pont au lieu de continuer à creuser des fossés. En vue de cet objectif nous devons exiger des responsables politiques qu’il fassent preuve d’intégrité en mettant vraiment leurs paroles en application – et cela en toute honnêteté.
La déclaration de politique générale de la Chancelière fédérale allemande Angela Merkel du 18 décembre, présentée devant le Bundestag juste avant un Sommet des chefs d’Etats et de gouvernements de l’UE à Bruxelles, pourrait être un point de départ.
Mme Merkel a insisté dans son discours sur le droit à l’autodétermination des peuples d’Europe centrale et orientale. Elle s’oppose à «un nouveau partage de l’Europe en zones d’influences, c’est-à-dire une division de l’Europe» et déclare que «la coexistence en Europe est fondée sur le droit et le respect». Elle désire «conserver les principes de partenariat, de droit et de respect également à l’égard de la Russie» et cherche «invariablement et constamment le dialogue avec la Russie». L’objectif de l’action allemande reste «de garantir la force du droit face au soi-disant droit du plus fort». L’objectif est et reste «la sécurité européenne, en partenariat avec la Russie, et non contre la Russie». Elle désire «continuer à approfondir les contacts entre les sociétés». «Nous voulons relever ensemble les défis qui se posent en matière de sécurité internationale, et il n’en manque pas.»
Cependant la Chancelière précise qu’«il revient désormais à la Russie de saisir l’offre de dialogue sur la base des valeurs de l’ordre de paix européen».
Celui ou celle qui a lu en parallèle avec cette déclaration, les prises de position de politiciens responsables russes, par exemple l’interview de Serguei Lavrov sur France 24 du 16 décembre (www.mid.ru/bdomp/brp_4.nsf/191dd15588b2321143256a7d002cfd40/4a291cd28bdeef4fc3257db30023fd88!OpenDocument), y trouve des réflexions très semblables émises du point de vue russe, ce qui devrait donc être une bonne base pour le dialogue.
Pour un citoyen cherchant des informations autant dans les médias occidentaux que russes, il est en effet frappant de constater que les valeurs auxquelles les parties se réfèrent sont peu divergentes. Ce qui diffère, cependant, ce sont les concrétisations, les présentations et les analyses des faits.
Ne serait-il pas possible d’installer une commission, n’étant ni au service des Occidentaux ni des Russes, une «mission d’exploration» [«Fact-Finding-Mission»], par exemple dans le cadre de l’OSCE, dont les membres seraient acceptés par les deux parties. Lors de la présidence suisse, l’OSCE a montré qu’elle est capable d’agir sans prendre parti et de manière objective. Cette commission aurait comme objectif de découvrir les faits et de donner des réponses scientifiquement fondées et fiables aux questions ayant obtenues jusque là des réponses divergentes ou alors de constater que certaines de ces questions resteront encore pour un certains temps sans réponses convaincantes.
Voici quelques exemples de questions, devant naturellement encore être formulées scientifiquement de manière beaucoup plus pointue:
•    Comment se sont développées les relations entre Occidentaux et Russes depuis 1991, c’est-à-dire depuis la fin de l’Union soviétique? Quelle politique y a-t-il eu entre les Etats-Unis, l’OTAN et l’UE face à la Russie? Quelle politique de la Russie face aux Etats-Unis, à l’OTAN et à l’UE?
•    Quel rôle a joué l’Ukraine dans ces relations?
•    Quelle importance politique et économique à l’accord d’association der l’UE avec l’Ukraine pour ce pays, pour les Etats de l’UE et pour la Russie? Pourquoi l’UE voulait-elle cet accord? Pourquoi le gouvernement Janoukovych a-t-il hésité à signer cet accord? Pourquoi la Russie a-t-elle critiqué cet accord?
•    Que s’est-il passé en Ukraine depuis qu’elle existe en tant qu’Etat autonome et que s’est-il passé notamment entre l’automne 2013 et le 22 février 2014?
•    Quels plans et activités ont été entrepris de la part des Etats-Unis, de l’OTAN, de l’UE et de la Russie concernant l’Ukraine et concernant les relations bilatérales au cours des dernières années et des derniers mois?
•    Quelles ont été les informations diffusées par les médias en Occident, en Russie et dans d’autres régions du monde concernant ces questions?
On pourrait éventuellement même nommer la Commission scientifique chargée de s’attaquer à ce travail de recherche, Commission de véracité. Il ne s’agirait pas de juger qui que ce soit, mais avant tout, il s’agirait de trouver la vérité et de la rendre accessible à tous les citoyens et citoyennes.
Chacun sait qu’une telle action ne peut être mise en place du jour au lendemain. Il y aura certainement aussi des responsables qui seront sourds à toute vérité. Au cours de l’année passée, on a pu observer à quelle vitesse des préjugés peuvent se transformer en vérités.
Mais si l’idée continue à faire son chemin qu’aucune décision politique dans ce domaine ne doit être prise sans que les citoyens soient informés de manière transparente et claire sur la situation, cela serait déjà une grande victoire – et tous les citoyens en Europe pourraient commencer la nouvelle année avec confiance.    •

Source : http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=4474

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