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Destination apocalypse – La Russie et le Nouveau Désordre Mondial (2e partie)

Eric Kraus

George Orwell – Balayez devant votre porte

À l’instar d’un gaz toxique, la est une arme extrêmement dangereuse si le vent vient à tourner. À l’instar des revendeurs de drogue qui ne consomment pas leurs propres produits, les gouvernements doivent être extrêmement prudents et s’assurer que leur est considérée uniquement comme un produit d’exportation. Sinon, les récits concoctés pour les marchés étrangers et la population locale sont consommés par les décideurs politiques, qui se prennent alors les pieds dans le tapis : les diplomates mentent aux journalistes ; ensuite, ils croient ce qu’ils lisent dans la presse, oubliant que ce qu’ils lisent a été concocté par eux-mêmes.

L’histoire regorge de tels exemples : la défense de la classe ouvrière tchèque contre l’agression occidentale ; le peuple cubain à l’affût d’une occasion de se soulever et de renverser Fidel ; le soutien du domino vietnamien contre l’expansionnisme chinois ; la sauvegarde de l’espace vital de l’Allemagne contre les capitalistes et les Juifs ; enfin, plus récemment, l’expansionnisme russe et le désir de reconstituer l’URSS. Autant de mythes bien pratiques visant à justifier une politique militariste agressive et à faire taire les rares voix de la raison qui s’élèvent.

Les empires sur le déclin sont de loin les plus dangereux : ils sentent que l’histoire les rattrape. Ils sont alors enclins à réagir impulsivement et à préjuger de leurs propres forces, mais également des menaces relatives que représentent leurs adversaires en pleine ascension. Après avoir conclu le millénaire précédent de manière triomphale, l’empire américain est une fois de plus blessé dans sa fierté : il n’est pas parvenu à relever le pari désespéré de Saakachvili en Géorgie et, avec sa politique moyen-orientale en pleine déconfiture, il se trouve aujourd’hui dans l’incapacité d’empêcher la réunification de la Russie et de la Crimée.

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Bien que confronté à un adversaire bien plus redoutable – une révisionniste en plein essor –, toute prétention à l’affronter sérieusement serait excessivement coûteuse et, presque certainement, vouée à l’échec. C’est pourquoi on préfère ignorer le dragon pour aiguillonner l’ours. En vertu de la loi des conséquences imprévues, tout ce qu’on a obtenu, c’est précisément ce que les décideurs de Moscou et Pékin n’étaient pas parvenus à réaliser au cours des décennies précédentes : une alliance de plus en plus étroite – économique, diplomatique et militaire – entre ces deux géants hautement complémentaires, qui représente un pôle d’attraction pour de nombreux pays de moindre importance à la recherche d’une alternative viable à la domination d’un empire blessé, mais encore présomptueux.

Sanctionnez-moi encore !

On a dit qu’une des formes de la folie consistait à refaire inlassablement la même chose en espérant atteindre un résultat totalement différent. En vertu de ce principe, et malgré l’échec patent des , Washington et Bruxelles ne savent rien faire de mieux que réitérer leurs menaces.

L’arrivée de l’ a modifié profondément la nature de la guerre. Désormais, les guerres entre grandes puissances ne sont plus limitées aux avions et aux chars, mais s’étendent aux armes économiques telles que les sanctions financières, les investissements, le financement du commerce et la syndication des prêts. Malgré des discours enflammés, la probabilité d’une intervention militaire au secours de est totalement nulle. Dans l’incapacité à la fois d’agir sur le plan militaire et de ne rien faire, les puissances occidentales doivent impérativement inventer une justification acceptable par le public de leur régime de sanctions.

Les sanctions sont plus dommageables pour l'Europe que pour la Russie

 

Washington a toujours considéré que, en causant suffisamment de préjudice aux oligarques et/ou au peuple russe, il lui serait possible de renverser le Kremlin. Inutile de dire que cette politique, qui repose sur une méconnaissance comique de la dynamique politique russe, a été un échec cuisant. L’indice de popularité de M.  a dépassé les 80 %, le peuple se ralliant instinctivement autour du drapeau. Pas la moindre protestation n’a été entendue du côté des oligarques qui, se souvenant peut-être de la tête de Khodorkovsky empalée sur une pique devant les murs du Kremlin, sont peu enclins à se ranger du côté de l’agresseur étranger.

Les sanctions ont sans aucun doute fait plus de mal à l’Europe qu’à la Russie, dont les comptes sont largement excédentaires et dont les réserves en devises étrangères sont amplement suffisantes pour couvrir ses dettes dans un avenir proche (même si cela doit pénaliser, au moins temporairement, l’investissement).

Suite aux contre-sanctions, la Russie – auparavant le marché le plus dynamique pour les exportations agricoles européennes – a remplacé intégralement les importations alimentaires d’Europe par une combinaison de production nationale et de nouveaux fournisseurs latino-américains et asiatiques. Le Wall Street Journal, habituellement guère soupçonnable de complaisance vis-à-vis du Kremlin, cite des estimations selon lesquelles les sanctions coûteront à la Russie environ 1 Md$, alors que les contre-sanctions russes coûteront à l’Europe quelque 10 Md$.

Les catastrophes à répétition des années 90 encore relativement présentes dans la mémoire de son peuple, la Russie est extrêmement résistante. Sa prospérité relative est un phénomène très récent, tandis que la capacité de l’Europe à tolérer le chaos économique sans perdre sa stabilité sociale n’a, au mieux, pas été mise à l’épreuve.

L’Ukraine a une importance d’ordre existentiel pour la Russie, et il n’y a rien que l’ puisse faire pour la contraindre à un changement de politique fondamental. Les démonstrations de force ne font que creuser le fossé entre la Russie et l’ dont elle rêvait naguère.

Les Russes plus coriaces que l'Occident ne l'imagine

Malgré des titres qui font froid dans le dos, il n’y a pas de « nouvelle guerre froide ». La Guerre Froide était purement idéologique. Ce à quoi nous assistons, en revanche, c’est à une lutte classique pour la domination impériale digne du 19e siècle. Il ne reste plus qu’à espérer que Kiev ne sera pas un nouveau Sarajevo. Sinon, nous serons effectivement arrivés à « la fin de l’Histoire », mais pas vraiment comme prévu.

Comment vendre l’affaire –  Retour vers le futur : racheter les titres

L’auteur ne peut s’empêcher de repenser à la situation qui a suivi la crise de la dette russe en 1998, mais également à la crise américaine des subprimes en 2008. Les prix et le volume de liquidités sur le marché russe se sont effondrés, laissant des actifs de qualité sans propriétaire.

Le cours des actions et du rouble est sans conteste avantageux. Ces marchés nécessitent une concentration et une habileté considérables pour en sortir entier. De plus, la stagnation des pays du G7 a eu pour effet de stimuler la croissance du PIB russe. En conséquence, nous préférons le confort de revenus fixes.

Les Eurobonds russes présentent un rapport risque-bénéfice totalement désaxé : compte tenu des énormes réserves en devises étrangères et de l’engagement clair de la Banque Centrale à soutenir tout émetteur frappé par des sanctions occidentales illégitimes, le risque de défaut dans les secteurs financier et industriel devrait être quasiment nul.

Les prix actuels sont déterminés plus par la microstructure du marché que par le risque sous-jacent : les teneurs de marché ne tiennent plus de marchés, les portefeuilles de négociation des sont vides et les prêts avec appel de marge, dont le rendement était de 3-4 % il y a 6 mois, offrent aujourd’hui 400 points de base de plus, sauf détérioration de leurs fondamentaux (certes, la Banque Centrale russe étant en train de convertir des prêts d’urgence de 2008 en valeur nette, on pourrait faire valoir que les fondamentaux se sont nettement améliorés).

Les investisseurs frileux devraient se tourner vers les banques d’état russes, la Gazprombank et la Sberbank ayant le vent en poupe. Dans le secteur industriel, les opérateurs mobiles MTS et Vimpelcom, de même que Serverstal (acier) et TMK (tuyaux) offrent des rendements à un chiffre élevés. Ceux qui sont disposés à accepter plus de volatilité auront intérêt à se tourner vers des banques intermédiaires russes performantes, telles qu’Alfa, Nomos/Otkritie et Promsvyazbank, ces deux dernières offrant actuellement plus de 10 % sur les placements à plus long terme.

Enfin, nous avons une préférence pour les principales banques kazakhes, qui font l’objet de notations totalement aberrantes par les agences, notamment la KKB, mais également la BCCRD et l’ATF. Leur valorisation erronée les rend très attrayantes pour les investisseurs à la recherche de hauts rendements.

Traduit par Gilles Chertier pour Réseau International

http://russia-insider.com/en/politics_ukraine_business_opinion/2014/11/06/01-26-36pm/stumbling_apocalypse_part_2?page=0%2C1

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