LES DÉCISIONS INADMISSIBLES, MAIS OFFICIELLEMENT ACCEPTÉES, DU SOMMET DE L’OTAN À NEWPORT

LES DÉCISIONS INADMISSIBLES, MAIS OFFICIELLEMENT ACCEPTÉES, DU SOMMET DE L’OTAN À NEWPORT

ANALYSES, GUERRE, JEAN-PAUL BAQUIAST, OTAN, RUSSIE

L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan) s’est réunie jeudi 4 et vendredi 5 septembre 2014 pour un Sommet, à Newport au Pays de Galles. Elle s’est prononcée sur différents points très importants pour les peuples européens, que nous allons examiner un par un, en nous appuyant sur une source d’information que l’on peut considérer comme une sorte de Journal Officiel en la matière, Le Monde. Nous avons mis la source en italique et nos commentaires en dessous, le tout découpé en quatre chapitres. 

Une force de réaction rapide rénovée

La NATO response force (NRF) actuelle – 5 000 hommes, 30 à 60 jours de délai pour être mobilisée – est trop lente. Surtout, elle n’a jamais été utilisée, sauf pour des opérations humanitaires ponctuelles. La nouvelle force « très rapide », qualifiée de « fer de lance » (spearhead) doit pouvoir mobiliser un bataillon (800 hommes) dans les deux jours, une brigade (5 000 à 7 000 hommes) dans les 5 à 7 jours, et ce partout dans le monde.

Quand on considère que derrière l’Otan se tiennent les États-Unis, cela signifie une possibilité d’intervention militaire des États-Unis partout dans le monde. Comme cette possibilité existe déjà, en quoi cela est-il nouveau ? La décision implique la possibilité d’un engagement militaire des pays européens dans des pays et lieux d’affrontement où ils n’auraient aucune intention d’aller, par exemple en Asie et, plus immédiatement, contre la Russie. Cela évidemment sans consultation des gouvernements et parlements de ces pays. La disposition est extrêmement dangereuse.

La nouvelle NRF s’appuiera sur des états-majors multinationaux renforcés en France, Royaume-Uni et Pologne. De plus, des bases logistiques avancées munies d’équipements et de munitions, capables d’accueillir des troupes en cas de besoin, seront installées dans les pays baltes, en Roumanie et en Pologne.

Le rôle de ces derniers pays comme ligne de front d’un militarisation de l’Europe dirigée contre la Russie se trouve réaffirmé. Quand on connait la politique irresponsable que mènent déjà ces pays contre Vladimir Poutine, soutenue en sous-main par l’Amérique, cette disposition apparait particulièrement dangereuse. La Russie serait en droit de protester énergiquement, compte-tenu du fait que l’Europe et la Russie ne sont pas – et ne pourront jamais – être en guerre.

La demande des alliés de l’Europe d’orientale de créer de nouvelles bases permanentes au sens classique du terme a été écartée.

Ce refus résulte, semble-t-il, du refus des grands États européens de s’engager à installer denouvelles bases « américaines » en Europe. Un peu de bon sens a quand même prévalu en ce domaine.

Le « plan de réactivité » dans lequel s’inscrit la NRF comprend des exercices permanents de façon à faire « tourner » de façon continue les troupes sur tout le territoire de l’Otan.

Un plan de soutien à l’Ukraine

L’Otan s’engage à défendre l’intégrité territoriale de l’Ukraine.

C’est inadmissible. Les Ukrainiens russophones demandent au contraire, soit une véritable autonomie, soit une fédéralisation forte, qui sera présentée par Kiev comme une atteinte à l’intégrité territoriale de l’Ukraine. La Russie soutient cette exigence. Beaucoup de responsables politiques et européens aussi. L’Otan entrera-t-elle en guerre pour défendre l’intégrité territoriale de l’Ukraine, si une telle autonomie d’établissait de fait, Kiev s’étant révélé incapable de l’empécher militairement ? Ou se limitera-t-elle à des gesticulations.

L’Alliance ne mettra pas de troupes en Ukraine, cette question se traite au niveau bilatéral. L’Ukraine ne rejoindra pas l’Otan, ce qui exige le respect d’une série de critères sur la qualité des forces armées et le respect de l’État de droit.

Encore heureux. Si cela avait été décidé, c’était une véritable déclaration de guerre à la Russie, susceptible d’être suivie des pires escalades.

Le communiqué final du Sommet de Newport rappelle simplement la traditionnelle « politique de la porte ouverte » de l’Alliance. Un fonds, abondé au départ de 15 millions d’euros, permettra de soutenir l’armée ukrainienne et d’accompagner sa réforme. Des moyens de renseignement, ainsi qu’une aide en matière de cyberdéfense, seront aussi apportés. Un plan de traitement des blessés du conflit est mis en place.

La prétendue cyberdéfense existe déjà. Elle est en fait, comme l’ont montré les révélations de Edwards Snowden, un atout de plus donné à la CIA et à la NSA (apéeicianes) pour non seulement espionner la région, mais le cas échéant pouvoir détruire les communications internet et informatiques des pays soi-disant « défendus ».

Des mesures pour l’avenir de l’Otan

Parmi elles, l’Alliance va renforcer ses capacités de cyberdéfense. Celle-ci est définie comme faisant partie du cœur de métier de l’Otan, la défense collective.

Cf notre observation ci-dessus.

« L’initiative pour le développement de capacités de défense », ensemble de mesures pour aider des pays partenaires à former leur armée, va être étendue à la Géorgie, la Moldavie et la Jordanie. Dans un temps futur elle sera applicable à l’Irak (si son gouvernement le demande) et à la Libye (si la situation sécuritaire le permet). L’Otan adopte un paquet de mesures de soutien aux forces géorgiennes. Les pourparlers avec le Monténégro vont s’ouvrir au plus tard en 2015 en vue d’une intégration.

Tout cela démontre la volonté des États-Unis, via l’Otan, d’intervenir de plus en plus concrètement dans les pays « aidés ». Y compris sous la forme d’une aide à la lutte contre le soi-disant État islamique, aide qui, au vu des expériences précédentes, aura toute les chances de se transformer en appui aux djihadistes. A ce propos, nous vous invitons à lire l’excellent article de Pepe Escobar L’Otan va-t-elle libérer le Djihadistan ?, publié ce jour, samedi 6 septembre 2014.

Un engagement budgétaire

Les 28 États membres promettent de dépenser 2 % de leur PIB au titre de la défense, et 20 % de cet effort à l’investissement dans les futurs équipements militaires. Cet objectif est fixé à l’horizon 2025. Il n’est pas contraignant. Mais c’est la première fois que l’Otan le formalise de cette façon solennelle, dans une réunion du Conseil de l’Atlantique Nord.

C’est inacceptable, notamment pour un État comme la France qui jusqu’à présent avait voulu consacrer des ressources budgétaires, malheureusement chaque jour plus réduites, à une force de défense nationale, en attendant le mise en place d’une vraie défense européenne, placée non sous le commandement de l’Otan, mais sous celui d’une force véritablement européenne, c’est-à-dire, comme l’Union européenne elle-même devrait l’être, puissante, autonome et indépendante de toutes influences extérieures.

On notera aussi que, durant ce sommet, le président de la République française a paru plus attaché à défendre sa réputation personnelle qu’à affirmer une position française elle-même puissante, autonome et indépendante de toutes influences extérieures. Il n’est pas revenu sur la véritable capitulation que lui ont imposé les représentants de l’Otan concernant la non-livraison aux Russes des deux bâtiments de projection et de commandement (BPC) déjà payés par eux (voir notre article Mistral perdant : la honte d’être français du 4 septembre 2014).

Jean-Paul Baquiast

Source : http://www.vineyardsaker.fr/

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