Traduit par : publié Mercredi 20 août 2014

Voilà plusieurs mois déjà que Donetsk et Lougansk subissent les attaques permanentes de l’armée ukrainienne. La situation humanitaire dans les deux villes devient critique. Le journal ukrainien Vesti rapporte des faits observés sur place.

Crédits: DonetskOk / Twitter

Depuis maintenant deux jours, les habitants de Donetsk n’ont pas une goutte d’eau dans leurs robinets : la station d’épuration locale est en panne. La mairie ne leur livre que de l’eau non potable. Pour s’abreuver, les habitants vont à la rivière Kalmius, qui traverse Donetsk, et dans les étangs et ruisseaux. « Je vais chercher de l’eau avec des seaux trois fois par jour », témoigne Léonid, habitant du quartier Vorochilovski, à Donetsk.

Les magasins n’ont pas manqué de tirer profit de cette brusque pénurie : en une journée, les prix ont grimpé de 60 %. « Hier encore, la bouteille d’eau coûtait 12 hryvnias (environ 0,7 euro). Aujourd’hui, elle en coûte déjà 19 (1,08 euro) », explique Elena, habitante de Donetsk.

Des travaux de réparation sont en cours à la station d’épuration, et la mairie de Donetsk a promis aux habitants que les fournitures reprendraient très prochainement.

Cette coupure d’eau a poussé beaucoup d’habitants à quitter la ville pour de bon. Les gens s’amassent dans les queues aux gares routières. Car le car est le dernier moyen de fuir : les trains ne circulent plus dans la région.

La ville subit aussi des pénuries alimentaires. Beaucoup se plaignent notamment du manque de lait. « Moi, heureusement, j’allaite, confie une jeune femme. Mais beaucoup de mères n’ont pas de lait et doivent acheter de la nourriture en poudre, et en ce moment, elles ne peuvent plus. »

La situation est encore plus dramatique à Lougansk, autre ville rebelle. Voilà un mois qu’on y vit sans eau ni électricité. Les habitants ont renoncé à leurs cuisinières électriques et font des feux dans les cours d’immeuble pour préparer les repas.

Les stations essence ne fonctionnent plus. La plupart des magasins sont fermés, et les rares ouverts ne le sont que jusqu’à midi. « Les rayons sont vides, témoigne Stanislav, habitant de Lougansk. Récemment, on a vu arriver beaucoup de poulets de couleur bleuâtre : ils avaient dû les abattre quand l’électricité a été coupée à la ferme. » Les gens dénichent de l’essence et des cigarettes au marché noir.

La téléphonie mobile ne fonctionne plus non plus. « Il n’y a qu’un endroit à Lougansk, près du bar Disco, où les téléphones captent, poursuit Stanislav. Les gens y viennent tous pour appeler : jusqu’à 300 personnes par jour ! »

Yasinovataïa le 19 août. Crédits: 666_mancer / Twitter

La situation est tout aussi préoccupante dans les villes alentour, où les combats se poursuivent entre insurgés pro-russes et bataillons ukrainiens. C’est le cas à Yasinovataïa : la ville s’est quasi vidée de ses habitants, il ne reste que les retraités. Voilà plusieurs jours que la ville vit sans eau ni électricité. « Avant, l’eau coulait quelques heures par jour, mais depuis peu, ils ont tout coupé. Il nous reste une petite réserve, mais ça va s’épuiser très vite », s’inquiète Aliona, une habitante. La ville est régulièrement bombardée, et beaucoup d’habitants vivent dans leurs caves et cuisinent sur des feux de bois. Ils vont chercher leur eau aux puits.

Viktoria, autre habitante de Yasinovataïa, confie n’être pas sortie de chez elle depuis le 12 août. La ville subit des frappes régulières, et la jeune femme a peur de périr sous une bombe. « J’ai un stock d’eau et d’aliments chez moi, mon réfrigérateur ne marche plus. Mais jusque-là, je me débrouille », témoigne-t-elle.

La pénurie d’eau et les accumulations des déchets autour de Lougansk menacent de répandre des infections parmi les habitants, alerte le département de la santé local. Le problème des pénuries alimentaires, de médicaments et d’essence demeure également très aigu. Les salaires et les retraites ne sont plus versés depuis un mois dans la région.

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