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Alexandre Borodaï : « Parce qu’il y a un monde russe » (2)

Alexandre Borodaï : « Parce qu’il y a un monde russe » (2)

Traduit par : publié Mardi 19 août 2014

Igor Strelkov et Alexandre Borodaï. Crédits: topwar.ru

N.G. : Comment avez-vous fait la connaissance de Girkine ?

A.B. : Nous avons combattu tous les deux en Transnistrie, mais à différents endroits du front, donc nous ne nous étions pas croisés. C’est seulement après la guerre que nous avons été présentés, dans les années 1990, mais je ne me souviens même plus comment.

N.G. : Vous ne participiez pas aux reconstitutions ? [Igor Strelkov est un passionné de reconstitution historique, ndlr]

A.B. : Non. Avec Igor, nous plaisantons souvent sur ce thème, comme on plaisante entre vieux amis… Je suis personnellement assez sceptique à l’égard de ces mises en scène. À Moscou déjà, j’étais un homme occupé, et toutes ses tentatives pour m’inviter à participer à ces reconstitutions sont toujours restées vaines. Et il m’a invité plus d’une fois – à Borodino autant qu’ailleurs.

N.G. : C’est de la distraction, pour lui, ou bien s’entraînait-il sérieusement ?

A.B. : Ne me faites pas rire, s’il vous plaît. Notre Igor Ivanovitch Strelkov est un militaire extrêmement entraîné. Il avait assez d’occasions de le faire. Ces reconstitutions sont un hobby, rien de plus – les uns collectionnent les timbres ou les papillons, Igor Ivanovitch participait à des reconstitutions… une occupation assez amusante, d’ailleurs. J’espère qu’il continuera, s’il survit à ces événements.

N.G. : Mais il pourrait ne pas survivre ?..

A.B. : Je ne suis pas prêt à débattre de cette question.

N.G. : Admettez-vous l’idée que beaucoup de gens, à Moscou, n’ont absolument pas intérêt à ce que vous reveniez ? Ni vous, ni Girkine.

A.B. : Attendez. De quelles forces parlez-vous ? La communauté libéralo-progressiste…

N.G. : Mais non, je parle de votre entourage…

A.B. : …que votre journal représente ? Je ne vois que cette force qui ne voudrait pas de notre retour avec Igor !

N.G. : Notre journal est pour la paix, et pour qu’Igor et vous,vous vous occupiez non de faire la guerre, mais de vos chères reconstitutions historiques et consulting médiatique. Écrivez des livres – vous écriviez, non ? Faites du jardinage…

A.B. : Enregistrez bien maintenant, voulez-vous. Votre rédacteur en chef, M. Mouratov, représente clairement cette force, et il n’apprécie catégoriquement pas mon retour ou celui d’Igor Ivanovitch à Moscou. Et je comprends tout cela. Mais je n’ai pas trop peur de Dmitri Mouratov et consorts. Pas plus que je n’ai peur de M. Kourgynian – et ils sont du même bois, avec Mouratov.

N.G. : Comment ça ?

A.B. : Malgré la différence apparente dans leurs visions du monde, ils représentent tous l’aile libérale et travaillent sur commande de l’Occident. Notamment, votre rédacteur en chef – je ne dis pas qu’il travaille pour les services secrets ukrainiens, mais il travaille pour leurs patrons. Et ses déclarations (sur l’antenne de Echo de Moscou, en date du 7 août) selon lesquelles j’aurais prétendument appelé un directeur media à Moscou le jour du crash du Boeing en annonçant que nous avions fait exploser je ne sais quel avion militaire, c’est du mensonge et de la provocation. Pour tout dire, c’est précisément la raison pour laquelle je vous accorde cette interview – pour que vous puissiez vous conduire en honnêtes gens et publier ce que je suis en train de vous dire. Et je veux voir ce que vous allez publier.

N.G. : Il me semble que vous vous trompez d’ennemis.

A.B. : Personne d’entre nous ne veut la guerre. Ni moi, ni Igor. Concernant le jardinage, je ne suis pas amateur. Concernant ces messieurs Mouratov ou encore Bykov (dont j’ai lu avec, disons, intérêt l’article « En quoi Alexandre Borodaï est-il dangereux »), ils font partie d’un groupe de gens qui constitue une cinquième colonne au sein de la Fédération de Russie et travaille pour l’Occident. Pour notre ennemi géopolitique, qui est opposé à la restauration de notre pays…

N.G. : Mais je ne parle pas de votre cinquième colonne, Alexandre Iourievitch. Étonnamment, vous êtes devenus, vous et Igor Ivanovitch, de véritables héros en Russie. Des figures potentiellement sérieuses politiquement. Et certains pensent que l’élite actuelle n’a rien à faire de tels concurrents.

A.B. : Je vais vous les commenter, moi, ces élucubrations de politologues. Et comme on dit ici, au Donbass, je vais répondre aussi pour Igor Ivanovitch. Igor Ivanovitch a zéro ambition politique. La politique ne l’intéresse absolument pas, sous aucun de ses aspects. C’est un patriote russe ordinaire, normal. Et la seule chose que veut Igor Ivanovitch après la guerre, c’est s’asseoir près du lac et y lancer sa ligne, et faire en sorte que personne ne le dérange. Bon, il ira peut-être faire un petit tour pour sauver l’empire romain en reconstitution historique. Mais il n’y a pas le moindre acte plus sérieux à en attendre, quoique l’on puisse dire de lui. Quant à moi, je n’ai pas non plus l’intention de me lancer dans l’action politique, excepté peut-être le conseil, ce que je faisais déjà dans le passé. Et je sais qu’à Moscou, on le sait aussi. Vous voyez, derrière moi, ce portrait de Poutine ? Je ne vois pas, dans un avenir visible, de meilleur homme politique pour la Fédération de Russie.

C’est notre immense peuple russe qui nous aide financièrement

N.G. : Vous allez souvent à Moscou, justement. Qu’est-ce qu’on vous dit, là-bas ? Vous sentez-vous soutenu ?

A.B. : Je ressens du soutien, et une participation amicale.

N.G. : On vous aide financièrement ?

A.B. : C’est notre immense peuple russe qui nous aide financièrement. Mais cet argent a pour moi un caractère impersonnel. Pour tout dire, vu le dégoût à l’égard de la sphère des finances qui me caractérise, je m’efforce de rester loin, personnellement, des flux d’argent. Il y a des spécialistes qui s’en occupent pour moi. Mais des Vassia, Génia ou Petya bien concrets qui me donneraient de l’argent, non – il n’y en a pas. L’argent arrive de lui-même, de différentes origines – et merci aux patriotes de Russie. On en a même vu arriver d’Australie. Tous les fonds sont versés aux caisses de la RPD et utilisés. Bien sûr, nous recevons aussi beaucoup d’aide purement humanitaire, et pour ça aussi, un immense merci à tous les Russes – gens et organisations.
Un Boeing 777 de la Malaysia Airlines reliant Amsterdam à Kuala Lumpur avec 298 personnes à son bord s’est écrasé jeudi 17 juillet dans la région de Donetsk. Si toutes les hypothèses tendent à confirmer que l’appareil a bel et bien été abattu par un missile, une question reste encore sans réponse : par qui ? Décryptage.crash
N.G. : Pourquoi les experts de l’ICAO (Organisation de l’aviation civile internationale) ont-ils mis tant de temps à pouvoir accéder au site où le Boeing s’est écrasé ? À les en croire, ce sont des combattants de la RPD qui les empêchaient de pénétrer sur la zone du crash. Vos hommes, à l’inverse, assurent qu’ils ont garanti la sécurité, mais personne ne voulait venir.

A.B. : Et encore des conneries sans nom ! Ces experts, nous nous sommes époumonés à les appeler. Le surlendemain, des observateurs de l’OSCE sont arrivés sur le lieu de l’accident, dirigés par M. Hug. Nous leur avons assuré une protection maximale. Le soir du jour où ils sont venus, je les ai rencontrés. Et je dis : « M. Hug ! Faites au moins quelque chose, diable ! Il faut que ces experts arrivent le plus rapidement possible ! » Et lui : « Oui, un groupe de 80 experts est déjà à Kiev » « Et qu’est-ce qu’ils y font, à Kiev ? Ils pourraient rester assis à Paris ou à Londres avec tout autant d’efficacité. Qu’ils viennent nous voir, nous leur fournirons tout ce qu’il faut. De la nourriture, le gîte, une protection. Merde, on les couvrira de nos corps s’il faut les sauver ! Mais qu’ils viennent simplement ! » Nous avions intérêt à cela. Parce que ce même Alexander Hug ne se lassait pas de répéter que l’OSCE et les 57 pays qu’il représente seraient mécontents si nous commencions de déplacer les corps. Et nous ne les avons pas touchés pendant 48 heures. Nous n’avons commencé que le troisième jour, parce qu’on ne pouvait juste pas les laisser comme ça. Il y en avait partout, sur des toits de maisons, sur les routes, dans les potagers, et la chaleur était telle que les cadavres se décomposaient. Vous comprenez la situation ? – des innocents ont péri par la faute de la junte de Kiev, et nous avons été contraints…

N.G. : Et de quelle façon avez-vous décrété la « faute » de la junte de Kiev ?

A.B. : Vous savez, c’est à ce point évident qu’on n’a pas besoin de preuves en principe. Premièrement : personne n’a encore aboli le droit romain. À qui est-ce que ça profite ? [le crash du Boeing, ndlr] Ça profite à la junte ! Ensuite, deuxièmement : nous ne possédons pas d’armement capable de faire exploser des grands avions à une hauteur de 10 kilomètres. Nous n’en avions pas alors, et nous n’en avons pas aujourd’hui. Nous ne possédons que des équipements de défense anti-aérienne qui frappent à des hauteurs de 3 000 mètres. Et même les avions militaires ukrainiens volaient impunément au-dessus de nos têtes à 4 ou 5 mille mètres, et nous ne pouvions rien faire – à part les fuir à toutes jambes.

N.G. : Alexandre Iourievitch, on peut dire beaucoup de choses selon la logique « à qui ça profite » : et aussi que les armes vous sont fournies par le côté russe. Notamment les systèmes de missiles Buk…

A.B. : Pardonnez-moi, mais vous pouvez dire ce qui vous chante. Nous n’avons pas de ces Buk. Les militaires russes compatissants ne nous ont fourni ni Buk, ni rien d’autre. Nous prenons nos armes à l’adversaire.

N.G. : Mais vous convenez tout de même que la présence de la RPD est profitable à la Russie ?

A.B. : Non, mettons-nous d’accord, si vous le voulez. L’existence de la république populaire de Donetsk est-elle profitable à la Russie ? À la différence de vous, je n’en suis pas certain. Le peuple russe soutient la RPD, c’est un fait. Mais de quel profit parle-t-on ? Vous savez, je n’avais pas non plus avantage à devenir Premier ministre de la république du point de vue de la vie de tous les jours. J’avais même beaucoup à y perdre. Mais je le suis devenu, au nom de considérations d’un ordre supérieur. On peut dire la même chose de la Russie, où vit le peuple russe et les autres peuples frères. Ils n’y ont pas avantage, à cause des sanctions et de tout le reste, mais ils soutiennent, et c’est juste du point de vue de la morale. Le peuple russe n’est absolument pas obligé de ne faire que ce qui lui profite. D’où ça sort ? C’est la cinquième colonne, précisément, qui dit « Regardez, citoyens de Russie (les Russes, ça n’existe pas pour eux, il n’y a que des « Rossiyan », des citoyens de la Fédération), à quel point il est désavantageux pour vous de soutenir Donetsk et Lougansk ! » C’est là-dessus qu’ils font pression.

N.G. : Mais qu’est-ce que vous avez à nous rabâcher votre cinquième colonne ? Vous l’avez dit vous-même : c’est une minorité de rien du tout, comment pourraient-ils entraver vos grandioses plans ?

A.B. : Je vais vous expliquer pourquoi. Ces gens, ces 14 %, ont malheureusement une activité sociale d’un degré assez élevé. Plus, ils ont accumulé d’importantes ressources matérielles. Et avec elles, ils ont acquis une influence significative. Bien que, au fond, cette cinquième colonne n’ait rien à voir avec la Russie, elle vit même quelque part au-delà de ses frontières. Ils ont là-bas leurs comptes bancaires, leurs magasins chéris, des yachts, des épouses…

N.G. : Vous ne parleriez pas de nos ministres et de nos députés, là ?

A.B. : Si. C’est ce que je dis, la cinquième colonne est grande et riche. Comptes en Suisse, maisonnettes à Londres où je ne sais où sur la « Côte-da-Zur » : la voilà, toute la cinquième colonne. Mais il y en a aussi, dans ses rangs, qui sont devant leurs écrans et font du mal sur les réseaux sociaux. À propos, je fais remarquer que je ne suis pas sur les réseaux sociaux. Je suis très négatif quant aux réseaux sociaux. Parce que les réseaux sociaux peuvent servir à manipuler la conscience collective.

Je ne suis parti nulle part

N.G. : Pourquoi avez-vous démissionné du poste de Premier ministre de la RPD ?

A.B. : Ma démission a été acceptée à grand regret par le Conseil suprême, et aussi par le gouvernement. Mais le gouvernement, je le tiens plus serré, alors que le Conseil a tenté de soulever une petite rébellion.

N.G. : Ils ne voulaient pas vous laisser partir ?

A.B. : Ils ne voulaient pas. Mais je ne suis parti nulle part. Je n’ai même pas changé de bureau, j’ai Donetsk à ma fenêtre, je n’ai fui nulle part, comme ça a été écrit sur Internet.

N.G. : À quoi devait servir cette feinte ?

A.B. : Ce n’est pas une feinte (il rit longtemps). C’est une façon plus juste de poser la question. Je m’explique. La hiérarchie dans la république est déjà établie, le pouvoir est plus ou moins installé, et ma présence, je l’espère, sera de plus en plus demandée à Moscou. C’est là-bas qu’il faut résoudre les questions du soutien à la république, et j’espère qu’il y aura à l’avenir de sérieux mouvements de la part de Moscou pour mettre fin à cette guerre folle, au fond, des Slaves contre les Slaves. Mais pour m’en occuper, je dois être là-bas. Ici, il y aura un dirigeant et leader permanent, et mes déplacements ne mettront pas les gens en panique, comme ça a pu arriver : « Borodaï est parti, il nous a tous laissés tomber ! ».

N.G. : Êtes-vous prêt à mettre en place une trêve de longue durée avec Kiev ?

A.B. : Pour le moment, tous les entretiens avec les groupes consultatifs ont un caractère obscur. Mais nous n’avons pas la moindre intention de négocier une paix à des conditions de capitulation. Bien que ce soit ce qu’un des membres du groupeconsultatif nous a gazouillé à l’oreille : Leonid Koutchma. Nous avons appris qu’il a fêté hier son anniversaire, et aujourd’hui, nous devions avoir avec lui une téléconférence. Mais probablement que la fête déchaînée a tellement duré qu’il n’a pas pu prendre contact avec nous.

N.G. : C’est-à-dire qu’il vous a proposé de vous rendre ?

A.B. : Au fond, oui. Nous nous rendons, et l’Ukraine devient un État unitaire. Après ça, tous les membres du groupe se sont mis à ricaner, y compris les représentants du côté ukrainien.

N.G. : Les rencontres de ce groupe consultatif ne sont-elles plus d’actualité ?

A.B. : Pourquoi pas ? Il n’y a pas si longtemps, nos représentants sont allés en rencontre avec le groupe à Minsk, où ils ont parlé d’un échange de prisonniers de guerre. Plus, nous sommes toujours prêts à nous mettre d’accord sur la mise en place de couloirs humanitaires. Mais pour le moment, il n’y a pas la moindre négociation sérieuse. Et le côté ukrainien fait tout son possible pour qu’elles ne commencent pas, pour nous couper du monde par tous les moyens. Ce sont eux aussi qui n’ont pas laissé les experts de l’ICAO venir nous voir. Quant aux services secrets malaisiens, ils sont arrivés chez nous à peine vivants. Ils sont arrivés de Kharkiv dans leur voiture personnelle par des routes détournées, en évitant tous les check-points de l’armée ukrainienne, et là, ils ont commencé de se faire tirer dessus par des BM-Grad et l’aviation. Et c’est comme ça, sous le feu, qu’ils ont fini par arriver jusqu’à nous par miracle.

N.G. : Quelles seraient les conditions, selon vous, de possibles négociations pacifiques ?

A.B. : Nous ne pourrons véritablement commencer les négociations que quand les troupes et les bandes armées de la junte de Kiev auront été retirées des frontières de la RPD et de la RPL. Les négociations, c’est du commerce, des compromis. Et je n’observe pas actuellement la moindre intention de Kiev au compromis. Kiev fait preuve d’une totale aliénation mentale.

N.G. : Mais quel est votre objectif ? Créer deux autonomies à l’intérieur de l’Ukraine ?

A.B. : Mais il n’y a plus la moindre Ukraine. Elle n’existe pas, vu que l’État s’est effondré en pratique. Il n’y a pas de pouvoir, et déjà plus de pays.

N.G. : Le pays a pourtant élu son président à la majorité.

A.B. : Et comment aurait-il pu choisir, quand il n’y a pas eu d’élections ni en Crimée, ni à Donetsk, ni à Lougansk ? Trois de ses régions, immenses, se sont détachées de l’Ukraine. Ce qui veut dire que ce pays n’existe déjà plus. Et le pouvoir qui s’est fixé aujourd’hui à Kiev est apparu en résultat d’un coup d’État militaire.

Dans les faits, des Slaves anéantissent d’autres Slaves

N.G. : On peut dire la même chose de vous : il y a eu à Donetsk une usurpation du pouvoir, vous avez organisé une junte. Vous avez ici et vos maraudeurs, et vos bandits. C’est-à-dire que vous vous renvoyez les uns les autres la balle, sans rien construire – et c’est tout.

A.B. : Pour l’heure, il ne peut pas y avoir de construction. Ils me considèrent comme un terroriste, et c’est aussi ce que je pense d’eux. Mais ça, c’est au niveau de personnalités concrètes. Dans les faits, des Slaves anéantissent d’autres Slaves. Avec ça, les Slaves de l’autre côté ont recours à des méthodes de terreur ouverte et de génocide. Et leurs conseillers occidentaux insistent pour que les républiques de Donetsk et de Lougansk demeurent dans le giron de l’Ukraine.

N.G. : Pensez-vous que Poutine vous soutienne personnellement ?

A.B. : (Il reste songeur) …Vous savez, je l’espère sincèrement. Je n’ai pas eu d’échange personnel avec Vladimir Vladimirovitch pour le moment.

N.G. : Mais vous voudriez ?

A.B. : Oh, j’ai bien peur que ce soit un homme sérieusement occupé.

N.G. : Vous n’êtes pas tellement moins sérieusement occupé…

A.B. : Ça ne lui donne pas de raison de me rencontrer.

N.G. : Au nom de la cause à laquelle, je le pense, vous croyez fortement, on pourrait négliger la subordination.

A.B. : Je crois à la cause, mais pour parler franchement, je n’oserais pas lui imposer ma personne.

N.G. : C’est-à-dire qu’il vaut mieux que vous ne vous voyiez pas pour le moment ?

A.B. : Non, ce n’est pas ça ! Je vous le dis : je n’oserais pas m’imposer. Si lui le souhaite, alors j’en serais évidemment heureux.

N.G. : Alexandre Iourievitch, que faire face aux enlèvements de civils et d’activistes par des représentants de la RPD et de la RPL ?

A.B. : Non mais, dites-moi où nous enlevons des civils ?

N.G. : La célèbre affaire de la capture des journalistes de la télévision publique ukrainienne à Lougansk. Les multiples enlèvements de volontaires et d’activistes àSlaviansk et à Donetsk. La liste est encore longue.

A.B. : L’Ukraine fait porter sur nous une masse d’accusations, et je n’exclue même pas qu’ici ou là, à un moment donné, nos combattants excédés aient pu avoir à l’égard de tel ou tel un comportement tout à fait inadéquat. Mais que peut-on attendre d’une armée constituée de partisans ? Déjà, nous faisons beaucoup pour que les combattants s’habituent à la discipline militaire, et que tous leurs agissements répondent aux exigences de la loi. Nous avons créé pour cela un ministère de la sécurité étatique. Nous attrapons les maraudeurs, nous punissons ceux qui se montrent agressifs envers les civils, même en cas de provocations…

N.G. : Et les fusillades que Girkine a ordonnées à Slaviansk selon un décret de Staline de 1941 – c’est quoi ?

A.B. : Nous avons un tribunal en vigueur – un tribunal militaire de guerre, qui ordonne périodiquement des condamnations à la fusillade. Pourquoi ? Parce que chez nous, dans la république, la loi martiale a été instaurée, avec tout ce que cela implique. Oui, certains maraudeurs et déserteurs – Dieu merci, ils sont peu – ont été fusillés. Ou bien ce qui vous intéresse est pourquoi nous nous fondons sur un décret de Staline ?

N.G. : Que faire des « criminels politiques » ?

A.B. : Nous avons un ministère de la sécurité étatique, mais je n’ai pas connaissance d’une seule arrestation ou condamnation pour des motifs politiques. Et je le saurais.

N.G. : Enfin, s’il vous plaît, toutes ces affaires impliquant des activistes ! Plus, des collègues de Donetsk m’ont raconté que des combattants de la RPD armés, pendant un moment, faisaient le tour des rédactions et demandaient avec insistance à ce que les événements soient couverts « comme il faut ». Là, vous dites quoi ?

A.B. : Je n’ai connaissance que d’un cas où un de nos commandants n’a pas pu s’arranger avec une de ses connaissances au sein des médias, il y a eu un peu de scandale sur des bases politiques et la rumeur a été colportée et altérée. Et c’était parti. Évidemment, ce que j’appellerais des mesures organisationnelles d’influence ont été prises à l’égard de ce commandant. Aujourd’hui, tous les deux vont très bien, ils se portent à merveille. Et c’est proprement tout.

N.G. : Et donc, vous avez ici la liberté d’expression ?

A.B. : Eh bien mais vous, un représentant d’un média hostile, vous êtes assis là, vous prenez votre interview – et personne ne vous gêne, ne vous arrête ni ne vous jette au cachot. Dites-moi : est-ce que le principe de liberté de parole fonctionne, oui ou non ?

N.G. : Dans ce bureau, en ce moment même, oui.

A.B. : Tous les journalistes ukrainiens sont aujourd’hui accrédités chez nous, tous ceux qui le veulent travaillent. Il vous faut quoi encore ?

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Source : http://histoireetsociete.wordpress.com/2014/08/19/borodai-parce-quil-y-a-un-monde-russe/

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