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La Chine d’avant Mao – un signal tôt pour le réveil du dragon chinois

par Thomas Schaffner

«Pendant cent jours, Kang, Liang et Tan Sitong furent plus puissants que ne l’a jamais été un autre groupe d’intellectuels d’orientation comparable depuis la Révolution française – et cela considéré sur le plan international.» (Mishra, p. 184) Cette phrase, citée de l’œuvre primé intitulé «From the ruins of Empire. The revolte against the west and the remaking of Asia» de l’auteur indien Pankaj Mishra incite le lecteur occidental à se poser de multiples questions. La Révolution française, tout lycéen en connaît les grandes lignes, mais le lecteur, aussi informé qu’il soit, se demandera de quels cent jours il s’agit, quels sont les noms entiers de Kang et Liang et quel est leur importance sur le plan politique international. La tentative de Mishra de porter notre regard sur le monde entier, sera appuyée par l’article suivant, dessinant le développement de la Chine par la vie des intellectuels les plus importants d’avant l’ère Mao. Si, toutefois, on présentera des faits honteux pour l’Occident, c’est sans aucune pointe de méconnaissance pour l’Occident de la part de Mishra. En Asie, on n’a pas oublié les humiliations que l’Occident a fait subir aux hommes en Asie et ailleurs. Il faut bien se rendre compte des faits réels, car ce n’est qu’ainsi qu’un dialogue sur un pied d’égalité pourra s’établir dans ce monde afin de s’approcher de la paix.
Qu’au lecteur hâtif soit dévoilé la devinette d’entrée: Liang Qichao (1873–1929) était un intellectuel formé dans la tradition classique chinoise du confucianisme. Il participa jusqu’en 1920 à tous les événements importants en Chine. Son maître, Kang Youwei (1858–1927) était, pour ses disciples, le Martin Luther du confucianisme. Tous deux mirent toute leur énergie pour sortir la Chine de son retard datant de 1800 et la faire entrer dans la modernité. Ce retard, ils en étaient les propres forgerons. Kang Youwei proposa une nouvelle interprétation des écrits de Confucius puisque les idées de réformes politiques, telles que le suffrage universel et l’émancipation de la femme, mais aussi une mobilisation de masse et une éducation des masses, figuraient déjà dans les écrits du néoconfucianisme. Le confucianisme devait être promu religion d’Etat. Ainsi Kang amena beaucoup d’intellectuels-fonctionnaires à faire leur les idéaux de l’Occident, ceux-ci étant partie intégrante de la tradition confucianiste. Liang Qichao comprit qu’on ne pourrait faire face à l’Occident sans développer une bourgeoisie cultivée, des idées de souveraineté nationale et de nation. Les cent jours se situent en 1898, quand la veuve impératrice transmit les pleins pouvoirs à son fils Guangxu, âgé de 23 ans: il demanda de l’aide à Kang et Liang. Ensemble, ils mirent en œuvre un feu d’artifice de réformes qui se termina, après cent jours, dans un bain de sang. Quelques réformateurs trouvèrent la mort – le maître et son disciple purent s’enfuir, l’empereur fut assigné à résidence – une occasion unique de l’histoire universelle fut ratée. Après un siècle de révoltes, de guerres et des millions de morts, la Chine d’aujourd’hui renoue, dans beaucoup de domaines, avec les idées et acquis des intellectuels du premier quart du XXe siècle – une raison de prendre conscience des événements d’alors.

La Chine, superpuissance ascendante du XXIe siècle, était avec l’Inde, jusqu’en 1800, l’économie nationale la plus importante du monde et en plus une puissance très consciente de soi et autosuffisante, l’empire du Milieu, le centre du monde. Les deux cents ans de déclin chinois et de dominance occidentale représentent, selon Kishore Mahbubani, «a historical aberration», une aberration historique qui prend fin, aujourd’hui. La Chine moderne et le Parti communiste chinois ne raient pas encore Mao de leur histoire, le jeu de nombres de Deng Xiaoping est toujours en vigueur: Mao a agi de manière correcte à 70%, à 30% de manière incorrecte, une relation qu’il faudra certainement réviser les années à venir. En outre, on est à la recherche de points de repaires dans sa propre histoire, des valeurs fondamentales qui ont marqué l’histoire chinoise depuis des siècles et qui pourraient, encore aujourd’hui, faire fonction de ligne directrice pour l’avenir. Dans le confucianisme et dans le néoconfucianisme, le parti communiste a trouvé de nouveaux repères. C’est pourquoi il est intéressant de s’approprier les fondements et leurs rénovateurs qui, après l’effondrement de l’empire en 1912, ont tenté un amalgame de ce qui était approuvé de la tradition sino-confucianiste et de la tradition occidentale. Notre informateur, Pankaj Mishra, dans ce contexte, nous présente deux intellectuels presque inconnus en Occident. Leur importance fut dominée par la réputation de Sun Yat-sen, Tchiang Kai Chek et Mao Tse Dong: il s’agit de Kang Youwei, honoré par ses disciples comme Martin Luther du confucianisme et de son célèbre disciple Liang Qichao.

«Il y a trois mille ans, les Européens vivaient encore comme des animaux sauvages …»

Liang Qichao, formé selon la tradition classique chinoise du confucianisme, participant à tous les événements importants en Chine jusqu’aux années vingt du XXe siècle, voyait la cause du retard de son pays dans la surestimation de soi de la Chine: on se prenait pour le nombril du monde et tous les autres étaient des barbares. Liang et son maître Kang Youwei furent choqués quand pour la première fois dans les années 80 et 90 du XIXe siècle, ils lirent des ouvrages sur l’Occident, visitèrent Hongkong et réalisèrent qu’il y avait encore d’autres civilisations évoluées.
Kang s’investit pour des réformes en Chine qu’il considérait comme aussi dégénérée que la Turquie, sauf que le sultan et son peuple ne furent jamais autant humiliés que ses semblables chinois. Les 70 années d’humiliation de la Chine, depuis 1830, frappèrent les Chinois très durement car ils étaient conscients de leur histoire de 4000 ans. Pour l’exprimer, voila les paroles de Liang Qichao en 1902: «La civilisation de notre pays est la plus ancienne de la terre. Il y a trois mille ans, les Européens vivaient encore comme des animaux sauvages dans leurs champs pendant que notre civilisation, avec ses traits caractéristiques, avait déjà atteint le niveau correspondant à celui de leur Moyen-Age.» (cit. d’après Mishra, p. 168)
Depuis le sixième siècle avant notre ère, le confucianisme était le lien unificateur de la Chine et disposait d’un éclat auquel même ses conquérants, tels les Mongoles et plus tard les Mandchous succombèrent. Ils s’approprièrent la culture chinoise – événement tout à fait unique dans l’histoire universelle, que le vainqueur se fait vaincre par la culture du vaincu, surtout quand on pense au contrepoint de la marche victorieuse de «l’american way of life» depuis la Seconde Guerre mondiale …

«Le commerce occidental affaiblit la Chine cent fois plus que des soldats occidentaux»

Mais revenons au XIXe siècle en Asie. Mishra met l’accent sur le fait que les Chinois, avaient vite appris de leurs défaites au XIXe siècle face aux Britanniques lors des guerres d’opium et face à la France au Viêt-nam. Ils ont mis sur pied une industrie selon le modèle occidental, aussi dans le domaine de l’armement. Mais pareil à la Turquie ottomane et l’Egypte, les Britanniques imposèrent le libre-échange qui entraîna la fin de la protection de la jeune industrie. La Chine se retrouva dans une situation semi-coloniale où, selon Liang Qichao en 1896, «le commerce occidental affaiblit la Chine cent fois plus que des soldats occidentaux». (Mishra p. 171) Ainsi et surtout après la défaite écrasante face au Japon en 1895, la Chine fut partagée comme un melon entre les puissances impérialistes, pendant que les Etats-Unis, en 1900, signalaient une «politique de porte ouverte», selon laquelle les profits tirés du libre-échange imposé à la Chine revenaient aux étrangers, mais dont les Chinois payaient les frais. Il a suffit d’un siècle pour que la Chine passe d’un pays à la balance commerciale positive à un pays hautement endetté.

Kang lance une offensive en matière de formation pour le peuple chinois

Les humiliations subies par la Chine ont incité Kang à entreprendre une démarche révolutionnaire: avec les candidats aux examens, la future élite du pays, il élabora une pétition à l’adresse du jeune empereur Guangxu, de refuser le traité de paix humiliant avec le Japon et d’entamer une révolution d’en haut à l’image des réformes Tanzimat ottomanes. Il n’y réussit pourtant pas, mais il avait entamé le premier mouvement de masse dans l’histoire de la Chine! Kang lança alors une offensive en matière de formation non seulement pour les classes supérieures mais aussi pour le «peuple» chinois, un terme qui fut utilisé pour la première fois. On créa des écoles et des bibliothèques afin de permettre au peuple de participer à la vie politique. Liang copia la pétition, devint secrétaire de l’association culturelle de Pékin et fonda des journaux largement lus. Ainsi il devint le journaliste le plus influent de Chine. L’expansion du système éducatif et de l’industrialisation était son objectif principal. Cent ans après l’Inde et vingt ans après le monde arabe, fut créé également en Chine un espace public pour les débats et les discussions. Liang reconnut qu’on ne pouvait faire face à l’Occident que par une bourgeoisie cultivée et les idées de la souveraineté du peuple et de la nation. Son argumentation, s’approchant dangereusement du démantèlement du système monarchique, se basait sur la tradition chinoise: «Mencius dit qu’il faut honorer le peuple et qu’il ne faut pas négliger les affaires du peuple. Les gouvernements des Etats occidentaux actuels tutoient ce principe, la Chine cependant est coupée des idées de Mencius.» (cit. d’après Mishra p. 177)

Yan Fu compare la tradition occidentale à la tradition chinoise

Pour le maître de Liang, Kang, qui se considérait comme un érudit sage dans la tradition classique confucéenne, il fut absolument clair que le confucianisme devait être réinventé pour être sauvé. C’est-à-dire qu’il fallait s’approprier quelques vertus occidentales. En 1895, le traducteur et auteur Yan Fu avait formulé une comparaison des traditions chinoises et occidentales: «La Chine apprécie le plus les liens familiaux entre les trois générations tandis qu’en Occident l’égalité prime sur les liens familiaux. En Chine, on donne la préférence aux parents, en Occident à ceux qui en sont dignes. La Chine gouverne son empire sur la base du respect des parents, l’Occident par contre sur la base de l’impartialité. La Chine apprécie l’empereur, l’Occident le peuple. La Chine vante les mérites d’une seule voie tandis que l’Occident préfère la diversité […]. Dans l’éducation, la Chine mise sur une large culture générale, l’Occident sur la force humaine.» (cit. d’après Mishra, p. 179) Plus de cent ans plus tard, Kishore Mahbubani l’a exprimé de la manière suivante: l’Asie a repris sa place naturelle dans la hiérarchie des sociétés et civilisations. Et pourquoi? Parce que les Asiatiques avaient découvert les sept piliers occidentaux de la sagesse. Chaque pays, qui, à son tour introduirait les sept piliers connaîtrait le même essor. Mahbubani compte parmi eux l’économie de marché, les sciences et la technologie, la méritocratie, le pragmatisme, la culture de la paix, l’Etat de droit et last but not least, l’éducation. (cf. Mahbubani, p. 63–116)
Kang, que Liang appelait pour ses activités le Martin Luther du confucianisme, proposa une réinterprétation des œuvres de Confucius dans le sens que les réformes politiques, telles que le suffrage universel et l’émancipation des femmes mais aussi la mobilisation des masses et l’éducation des masses, figuraient déjà dans les œuvres du néoconfucianisme. Le confucianisme devrait être promu religion d’Etat. C’est ainsi que Kang gagna beaucoup de fonctionnaires savants pour les idéaux de l’Occident en les présentant comme faisant partie de la tradition confucéenne.

La réforme des cent jours sous l’empereur Guangxu

Beaucoup d’intellectuels chinois connaissant l’Occident par leur propre expérience, sont devenus des adeptes du darwinisme social parce qu’ils croyaient que ce serait la seule voie à assurer la survie de «la race jaune» face au combat avec la race blanche; d’autres, comme Tan Sitong, lui aussi disciple de Kang, proposèrent l’instauration d’une république et un comportement exemplaire sur le plan moral comme le proposait Gandhi.
Quand, en 1898, la veuve impératrice transmit les pleins pouvoirs au jeune Guangxu, âgé de 23 ans, l’heure des réformateurs Kang et Liang sonna: le jeune empereur leur demanda de l’aide et pendant 100 jours, ils déclenchèrent, avec Guangxu, un feu d’artifice de réformes. Mishra: «Pendant cent jours, Kang, Liang et Tan Sitong furent plus puissants que ne l’a jamais été un autre groupe d’intellectuels d’orientation comparable depuis la Révolution française – et cela considéré sur le plan international.» (Mishra, p. 184) Mais les réformes étaient trop précipitées et réveillèrent la résistance des anciennes élites qui convainquirent l’impératrice à faire un coup d’Etat. La plupart des réformes furent révoquées, les conseillers furent condamnés à mort. Kang et Liang s’enfuirent, Tan se livra à ses persécuteurs en prononçant les paroles citées pendant des décennies en Chine: la Chine ne se renouvellera qu’au moment où il y aura des hommes qui sacrifient leur vie pour le renouvellement. Lui-même et six autres réformateurs furent décapités publiquement. Mishra: «Ainsi se termina la chance de la Chine d’entamer une modernisation d’en haut qu’on avait aussi tentée en Turquie et en Egypte. La révolution fut donc aussi inévitable que dans d’autres pays d’Asie.» (Mishra, p. 185)

Liang comme al-Afghani: démasquer les méthodes occidentales de domination

Au Japon, Liang s’entoura de Chinois exilés et fonda avec l’aide financière de compatriotes déjà domiciliés là-bas, des périodiques, des écoles et des sociétés éducatives. Il lut Hobbes, Spinoza, Rousseau et les philosophes grecs. Il rédigea des études biographiques sur Cromwell, Cavour et Mazzini. Il informa sur la résistance philippine contre les Etats-Unis et sur le conflit entre les Bures et les Britanniques en Afrique du Sud. Il suivit de près la course aux ressources naturelles et aux territoires sans manquer un intense échange avec les esprits révolutionnaires de toute l’Asie. A l’instar d’al-Afghani, il décrivit les méthodes employées par les puissances occidentales pour soumettre d’autres pays, des méthodes «qui consistent, par exemple, à pousser un pays à s’endetter toujours davantage (Egypte), à répartir le territoire d’un pays (Pologne), à tirer profit des scissions internes (Inde) ou à dominer l’adversaire tout simplement par l’emploi de sa suprématie militaire (Philippines et le Transvaal)», (Mishra, p. 195). Dans ces analyses, Liang préfigura, en d’autres termes et en renonçant au contexte marxiste, le dicton de Lénine disant que l’impérialisme était le dernier stade du capitalisme.

En 1908, la Chine est prête aux temps modernes

Le mécontentement d’un peuple qui, en 1800, avait encore disposé d’un niveau de vie plus élevé que celui des Européens, aboutit à un soulèvement populaire spontané, guidé par une société secrète d’orientation chamane qui se composait d’adhérents des arts martiaux traditionnels, les soi-disant «boxeurs». Le combat se dirigea, au début, contre des institutions, ensuite contre des représentants de l’Occident, conduisant aux ravages connus du corps d’expédition des puissances occidentales et du Japon.
La veuve impériale, contrainte à fuire, initia malgré tout quelques réformes de sorte qu’en 1908, année de son décès, la Chine était prête pour instaurer un Etat moderne. On abolit les examens à l’entrée d’une carrière de fonctionnaires d’Etat remontant à une tradition millénaire, on créa des écoles modernes avec des plans d’études occidentaux. En Inde, pays bien éloigné, le philosophe et politicien Aurobindo Ghoses (1872–1950) rendit hommage à ce renouveau. Il s’agissait d’un pas semblable à la révolution Meiji au Japon. Un des premiers étudiants de cette nouvelle école fut Mao Tsé-doung qui voyait dans cette évolution, comme il disait lors d’un entretien avec l’auteur américain Edgar Snow, les effets de l’humiliation chinoise et jura de s’engager en faveur d’un changement.

Liang se prononça pour la république, Kang pour la communion morale des frères du monde entier

Liang avait observé depuis Hawaï cette nouvelle et plus grande humiliation de la Chine qui soit. Il fut convaincu que le salut du peuple chinois, enfermée dans sa mentalité d’esclave ne proviendrait que d’une République et d’un Etat national fort.
Ce darwiniste social anti-occidental déclara: «Si une race n’est pas capable de braver les défis du temps, elle ne survivra pas (cit. d’après Mishra, p. 204).
Par contre, son maître Kang se brouilla avec Sun-Yat sur la question monarchie ou république et se rendit en Inde. De là, il dressa le plan d’une utopie sociale internationaliste et d’une communauté mondiale morale entre frères susceptible de surmonter toute différence de race, d’ethnie ou de langue – selon Mishra cette vision était reprise en partie par Mao Tsé-doung sans plus approfondir ou justifier ce constat.

Liang aux Etats-Unis (1903): réception chez le président et profond état de choc

En 1903, Liang fit un long voyage à travers les Etats-Unis – tournant décisif dans sa carrière intellectuelle. Les Etats-Unis ayant pénétré au plus profond du continent, définirent dorénavant les Philippines comme «new frontier», ainsi Woodrow Wilson, le futur président. Et celui-ci de dire: on a appétit à de nouveaux marchés, «auxquels la diplomatie et, s’il le faut, la force devraient donner accès» (cit. d’après Mishra, p. 210). Il faudrait faire sauter les portes closes des nations. Au commerce devrait succéder le drapeau. L’intérêt pour la Chine étant gigantesque, on revendiquait une politique «de la porte ouverte», désignant par là précisément les portes qu’on était prêt à défoncer au cas échéant. Ainsi, lors de son voyage, Liang attira une grande attention: même le président, Théodore Roosevelt, le ministre des Affaires étrangères, John Hay, et le banquier J. P. Morgan le reçurent. Liang fut choqué de l’injustice sociale qui régnait aux Etats-Unis et le pouvoir attribué aux entreprises. Il constata un centralisme croissant et l’approbation de l’impérialisme. Il en conclut que la démocratie est l’affaire d’une longue période, il faut la construire de bas en haut car elle ne s’installe pas par des révolutions – une conclusion qu’on ne peut que confirmer, vu les expériences de la Confédération helvétique et de son histoire.

Face à la démocratie américaine réelle, Liang doute de la démocratie en général

Face aux évolutions autour du canal du Panama, Liang prévoyait avec lucidité les dimensions effrayantes que prenait la concentration de pouvoir en Amérique et que celle-ci s’emparerait de la planète tout entière après avoir déferlé sur la Chine. Les violations des droits de l’homme perpétrées envers les Afro-Américains et les immigrants chinois qu’il avait en partie suivies de près, le faisaient douter de la démocratie en tant que telle. Il ne réussit pourtant pas à mobiliser les Chinois résidant aux Etats-Unis pour la cause de leur nation. Ils préféraient les structures de clans, privilégiaient des bandes plutôt que des partis. Ce n’est pas ainsi qu’on crée une nation et il en va de même pour la Chine. Il en conclut: «Pour le moment, le peuple chinois doit accepter une société autocrate, il ne peut pas encore jouir de la liberté.» Dans 50 ans seulement, continua-t-il, les Chinois seront capables de lire Rousseau mais pour le moment, toute tentative démocratique serait vouée au chaos. Pour Liang, le Japon de l’ère Meiji en était la preuve: il était possible de créer une nation moderne avec un Etat autocratique. Cette vue fut partagée de nombreux Asiatiques, particulièrement dans une époque où des Etats occidentaux s’orientaient vers le protectionnisme, tournant le dos, par égoïsme, au marché libre qui ne leur profitait plus assez.
L’étatisme de l’Allemagne sous Bismarck devint alors le modèle, le despotisme éclairé représentait la voie vers le progrès tout en garantissant la survie face aux Etats-Unis dont Liang mettait en doute la nature démocratique. Liang s’opposa par conséquent clairement à la révolution républicaine de Sun Yat-sen qui, selon lui, ne pourrait que déboucher sur le chaos et, par conséquent, sur une nouvelle tyrannie.

Liang en 1903 comparable au PCC d’aujourd’hui: l’Etat fort dirige l’économie tout en promouvant l’équilibre social

L’immense chaos qui régnait après la chute de la dynastie chinoise des Mandchou semblait malheureusement lui donner raison. Liang, tout comme les héritiers de Mao – parallèle intéressante –, aurait salué un Etat fort réconfortant et protégeant les capitalistes pour qu’ils résistent à la concurrence du monde extérieur. Une production industrielle basée sur des méthodes capitalistes, dirigée par un Etat fort – seule survie possible pour la Chine. A cela s’ajoutait une forte composante sociale: l’Etat devrait régler l’économie privée pour éviter que les inégalités sociales augmentent. Voilà un programme âgé de cent ans, plus ou moins réalisé actuellement en Chine. Certes, les délibérations sur ce qui serait arrivé si …, sont acceptées en science actuelle de l’histoire, mais ne nous font avancer que peu. Malgré tout: en Russie, la révolution de février aurait pu aboutir à une république et épargner 70 ans de souffrance à la population. Mais voilà, les Bolchevistes ont fait tout sauter par leur putsch d’octobre/novembre, avec les conséquences connues: économie du plan communiste, stalinisme, Goulag etc. – Selon le concept de Liang, la mort de 60 à 70 millions de chinois aurait pu être évitée. Ce sont les appréciations actuelles des historiens du parti communiste chinois quant au tribut de sang de l’Histoire révolutionnaire de Chine.

Liang – un précurseur de Deng Xiaoping?

Le pragmatisme de Deng Xiaoping et sa métaphore du chat, devenu célèbre: «Peu importe qu’un chat soit noir ou blanc, s’il attrape des souris, c’est un bon chat» – cela aurait-il été possible en 1911 déjà? Hélas, il n’en était pas ainsi et les errements sanglants ne furent pas épargnés aux gens. Et aujourd’hui, Kishore Mahbubani, affirme que la voie vers la liberté et la démocratie diffère d’un pays à l’autre. Selon lui, l’Occident devrait veiller à ne pas imposer sa voie aux autres. Elle pourrait se révéler trop rapide comme le montre l’exemple de la Russie après le tournant. La Chine, elle, emprunte une autre voie, plus lente garantissant la stabilité et la paix (Mahbubani, p. 152ss.). Probablement Liang partagerait avec Mahbubani aussi bien sa critique de l’Occident que la démarche lente à entreprendre pour sortir du despotisme. A nous Européens, le concept de l’absolutisme éclairé a beau nous sembler dépassé depuis longtemps: l’Asie doit-elle en effet risquer de retomber dans le chaos et l’anarchie pour la seule raison de sauver la pureté de la théorie? Mahbubani dans son livre dit non.

En 1912, Liang est ministre de la Justice, puis conseiller financier – le piège de l’endettement se referme

Après la Révolution de 1911, Liang accepta en 1912 le poste de ministre de la Justice pour devenir plus tard conseiller financier du président Yuan Shikai, le successeur de Sun Yat-sen. Et une fois de plus, le pouvoir était aux soldats. Yuan ne fut pas un despote éclairé, aussi avec le soutien de Kang, il réintroduisit le confucianisme susceptible de consolider sa régence, orientation spirituelle que les Républicains avaient déclarée être inutile. Ce qui s’ensuit est, selon Mishra, bien connu. L’Egypte, l’Iran et la Turquie en sont les exemples: Yuan tomba dans le piège de l’endettement qui bientôt devint une spirale, le contraignant à vendre des licences de chemins de fer et d’exploitation de minerais aux créanciers étrangers. En outre, le Japon affichait de plus en plus des allures impérialistes, expulsant les intellectuels pan-asiatiques ou interdisant leurs journaux.
En 1915, Yuan fut contraint d’accepter 21 revendications japonaises puisqu’il était tombé également dans le piège de l’endettement préparé par son voisin asiatique. Lorsque Yuan voulut se faire empereur, il fut renversé. Après son décès, en 1916, la Chine se décomposa, comme Liang l’avait craint, en d’innombrables territoires dominés par des chefs guerriers. Mishra fait la comparaison avec l’Afghanistan avant l’arrivée des Talibans.

Liang, en tant que ministre, préconise l’entrée en guerre aux côtés des Alliés …

Le pouvoir chinois ne ressortait désormais plus du confucianisme, mais des fusils, selon le dicton de Mao de 1927. Selon Mishra, cette époque chaotique est utilisée jusqu’à nos jours pour justifier un style autoritaire de régence. Mahbubani serait certainement d’accord, lui qui avait averti l’Occident de ne pas brusquer d’autres pays qui avaient leur propres processus historiques.
Par la suite, Liang fut ministre au sein du gouvernement de Pékin, préconisant l’entrée en guerre de la Chine aux côtés des Alliés: C’est la seule façon d’annuler les «contrats inégaux» et de repousser le Japon, voilà son calcul. En même temps, il envoya des étudiants et des travailleurs en France, parmi eux des leaders communistes de la première génération tels que Deng Xiaoping et Zhou Enlai.
La révolution de 1911, cruellement échouée, avait clairement démontré que l’ancienne Chine était discréditée. Partout, on était d’accord que quelque chose d’entièrement nouveau devait se créer. Les avis étaient partagés. Tandis que les uns aspiraient à une copie des Etats-Unis, d’autres étaient persuadés, y compris Mao, que sur les ruines de l’ancien univers un nouvel univers naîtrait et qu’on ne pourrait que s’en réjouir.
Or, il s’agissait de passer à une «révolution dans les esprits», révolution qui devait se réaliser, en 1919, dans le «Mouvement du 4 mai».

… pourtant, le mépris de l’Occident pousse la Chine vers le communisme

Les conférences de paix parisiennes en mai 1919 étaient un échec pour la Chine et déclenchèrent sur le plan interne de furieuses protestations estudiantines, le «Mouvement du 4 mai». Le président des Etats-Unis était traité de menteur, des Chinois avec une mentalité «soupçonnée» pro japonaise, ont été attaqués, de même l’ambassadeur de Chine au Japon, alors à Pékin.
Le Mouvement du 4 mai représentait une nouvelle génération de Chinois formés à l’occidentale et qui représentaient davantage le peuple que les érudits autour de Kang et Liang.
Deng Xiaoping faisait également partie des étudiants ouvriers et des ouvriers, qui étaient allés soutenir les Alliés comme mains-d’œuvre en Europe, surtout en France. Le traitement grossier des Européens contribuait à le politiser et radicaliser. Les bolcheviks par contre se comportaient autrement que les Européens: les bolcheviks renonçaient aux traités inégaux avec la Chine et se proposaient comme unique allié réel contre les pouvoirs impérialistes. Effectivement: en 1921 déjà, le Parti communiste de Chine a été mis en place à Shanghai avec l’aide de Moscou. Les puissances occidentales contribuèrent par leur arrogance à la radicalisation en Chine.
Ainsi Nehru: le président Wilson aurait, par son discrédit sur l’Asie, apporté le «spectre du communisme».
Et tout comme Ho Chi Minh, Mao a conclu que la Chine ne pouvait être souveraine que grâce au communisme. A Berlin, des milliers d’opposants au colonialisme du monde entier se sont rassemblés au quartier général de l’Internationale communiste (Komintern), En 1920 déjà, le Komintern avait contribué à fonder le Parti communiste d’Indonésie, qui à son tour a envoyé des représentants à Shanghai en 1921. Avec Berlin, Moscou a été le point de refuge des révolutionnaires de toute l’Asie, aussi pour Ho Chi Minh.

Le flambeau de la civilisation européenne provoque des incendies …

Le chemin de Liang était totalement autre. Après 1919, il a voyagea à travers l’Europe et  tourna, plein de dégoût, le dos au darwinisme social qui conduisit à l’adoration de l’argent et du pouvoir, à la montée du militarisme et de l’impérialisme, et comme le Prix Nobel de littérature indien de 1913, Rabindranath Tagore, il était d’avis que le flambeau de la civilisation européenne apporterait peut-être aucune lumière, mais provoquerait des incendies. (Tagore, cit. d’après Mishra, p. 258). Liang pense que l’une des principales raisons de la Première Guerre mondiale aurait été le darwinisme social. Les Européens s’en seraient rendus compte, aussi seraient-ils maintenant à la recherche d’une nouvelle éthique. Cela expliquerait par exemple leur enthousiasme pour Lao-Tseu. Liang Qichao lui-même renoua avec Mencius et Confucius qui mettent l’accent sur un ordre moral. Il y aurait de la sagesse dans ces doctrines antiques! L’idéal confucéen du «ren» qui enseignait l’harmonie et le compromis, serait bien supérieure à l’esprit de concurrence occidental: «La vie matérielle n’est qu’un moyen de préserver la vie spirituelle; on ne devrait jamais la mettre à la place de celle à qui elle sert.» (cit. d’après Mishra, p. 261) Les Européens ne considéraient la vie que comme un processus matériel. Le point de départ da la sagesse orientale est l’esprit, celui de l’Occident la matière. Sur le plan politique, cela signifiait que la démocratie libérale de l’Occident perdait en renommée en Asie. L’ancien mentor de Liang, Yan Fu constata: «Avec l’âge […], j’ai conclu que le progrès occidental des derniers 300 ans n’avait conduit qu’à l’égoïsme, au carnage, à la corruption et à l’imprudence.» (cit. d’après Mishra, p. 262)

«La civilisation occidentale n’est rien que le règne du pouvoir» – Qu’en est-il du modèle suisse?

Sun Yat-sen, lui-aussi, se prononça contre le matérialisme et l’impérialisme économique occidental et renoua avec des «vertus traditionnelles»: «la loyauté et la piété filiale, l’humanité et l’amour, la fidélité et le devoir, l’harmonie et la paix». (cit. d’après Mishra, p. 263). Et plus loin: La «civilisation» occidentale, «appliquée à la société signifie culte de la force par des avions, bombes et armes à feu comme caractéristiques hors pair […] C’est pourquoi la civilisation occidentale n’est rien que le règne du pouvoir». (cit. d’après Mishra, p. 263)
Ce sont des déclarations qu’on peut approuver surtout en tant que citoyen suisse, mais avec quelques nuances: la critique des penseurs asiatiques cités porte sur les structures de pouvoir centralisées de l’Occident. Le citoyen était exposé à une propagande continue des élites et la question sociale n’était pas résolue. On soutenait seulement à cause de cette situation leur politique étrangère agressive. Si l’on n’avait pas manipulé les citoyens, l’écrasante majorité aurait prôné une coexistence paisible – parce qu’après tout, c’étaient leurs propres fils, leurs frères, leurs conjoints qui devaient se sacrifier sur le «champ d’honneur» pour l’arrogance et la cupidité des élites politiques et financières. En ce qui concerne la Suisse, petit Etat fédérale construit sur une base coopérative du bas vers le haut et luttant pour se conformer à la devise d’Etat lié à la neutralité perpétuelle armée, les habitants se voyaient exposés à des pressions similaires à celles subites par les pays d’Asie: la Suisse se trouvait toujours au milieu des troubles de guerre lors de toutes les guerres européennes des 200 années passées, et on avait bon gré mal gré des concessions à faire, pour ne pas être étranglée économiquement, comme Daniele Ganser le décrit dans son livre «Europa im Erdölrausch.»

La Suisse peut faire office de pont entre l’Asie et l’Occident

La Suisse – nation issue d’une volonté politique commune – s’est toujours investie dans le règlement pacifique des conflits. Elle a suggéré aux voisins de ne pas faire d’excès et d’agir avec modération. Car chaque guerre en provoque une autre, c’est la revanche. La Confédération avait déjà très tôt su surmonter le principe de la loi de la jungle, la vendetta. Pourquoi en serait-il autre à l’échelle internationale? Avec la fondation du CICR et des bons offices de la diplomatie suisse, on a essayé de faire respecter dans le monde entier ce principe de la coexistence pacifique.
A cet égard, la Suisse pourrait faire office de pont entre l’Asie et l’Occident quand il s’agit de privilégier les valeurs immatérielles à l’avidité d’argent et de pouvoir. Pour Pankaj Mishra, il serait certainement avantageux d’étudier sous cet aspect le modèle suisse, par exemple en lisant la thèse d’habilitation de René Roca, et de la prendre en compte dans la confrontation Orient-Occident.
Les points communs entre le modèle suisse et la philosophie orientale sont multiples. Les propos de Mishra, nous le révèlent lorsqu’il cite les caractéristiques fondamentales de la civilisation orientale selon Sun Yat-sen: «la bienveillance, la justice et la morale.» (cit. d’après Mishra, p. 263). Et plus loin: «Cette civilisation assure que les gens la respectent au lieu de la craindre. Cette civilisation est – dans le langage des anciens – le règne du juste ou la voie royale. On peut donc dire que la civilisation orientale est une civilisation du règne du juste. Depuis l’émergence de la civilisation européenne matérialiste et du culte du pouvoir, la morale du monde est en déclin. Même dans certains pays d’Asie, la morale est dégénérée.» (cit. d’après Mishra, p. 263) Que certains citoyens d’Etat centralisés en Occident puissent avoir l’une ou l’autre objection, selon Mahbubani, la citation montre malgré tout à quel point l’Occident a causé et cause toujours en Asie du désagrément et une profonde déception face à l’idéologie des doubles standards de l’Occident. On en avait assez de cette arrogance, de cette hypocrisie et de cette cupidité – quoi faire d’autre que de se référer aux maîtres anciens et d’aller à la recherche de sa propre forme de modernisation.
Celui qui a joué un rôle central dans ce processus, Rabrindranath Tagore, a été invité à une tournée de conférences en Chine par Liang Qichao et par d’autres en 1924. Son rayonnement sera présenté dans une quatrième et dernière partie de cette série d’articles.     •

Bibliographie:
Pankaj Mishra. From the Ruins of Empire: The Revolt Against the West and the Remaking of Asia. London; New York: Allen Lane, 2012.
Edition allemande: Aus den Ruinen des Empires.
Die Revolte gegen den Westen und der Wieder­aufstieg Asiens. Frankfurt a. M. 2013.
ISBN 978-3-10-048838-1
[les citations se réfèrent à l’édition allemande]
Kishore Mahbubani. Le défi asiatique. Paris 2008, ISBN 978-2-213-63752-5. Voir surtout le chapitre 3: «Pourquoi l’Occident ne se réjouit-il pas de l’essor de l’Asie?»
Kishore Mahbubani. Can Asians think? Singapour 1998. ISBN 978-981-261968-6.
Konrad Seitz. China. Eine Weltmacht kehrt zurück. München 2000. ISBN 978-3-442-15376-3?Voir
surtout la partie 1: Die vollendete Zivilisation – China bis zum Ende des 18. Jahrhunderts, p. 13–82
Amy Chua, Jed Rubenfeld. Alle Menschen sind gleich. Erfolgreiche nicht. Die verblüffenden kulturellen Ursachen von Erfolg. Frankfurt/New York 2014. ISBN 978-3-593-50117-8. Voir p. 279, note 27 dans la version allemande.
Daniele Ganser: Europa im Erdölrausch. Die Folgen einer gefährlichen Abhängigkeit. ?Zurich 2012.
ISBN 978-3-280-05474-1.
René Roca. Wenn die Volkssouveränität wirklich
eine Wahrheit werden soll … Die schweizerische direkte Demokratie in Theorie und Praxis – Das
Beispiel des Kantons Luzern. Schriften zur Demo­kratieforschung, Band 6. Herausgegeben durch das Zentrum für Demokratie Aarau. Zurich 2012. ISBN 978-3-7255-6694-5

Paris, 1919: Les puissance occidentales maintiennent les préjugés raciaux – l’Asie est indignée

ts. «Un homme d’Afrique centrale est-il fait de la même façon qu’un Européen»? (cit. d’après Mishra, p. 246) Non, fut la réponse. Qui a donné cette réponse soumise aujourd’hui en Suisse à la norme antiraciste? Quand, où et dans quel contexte a-t-elle été donnée?
Ce fut en 1919 à Paris. La Première Guerre mondiale vient de toucher à sa fin, les puissances victorieuses sont en train de négocier un nouvel ordre mondial. Une nouvelle organisation devra voir le jour amenant désormais les peuples à négocier pour régler les conflits d’une façon pacifiste. Cette Société des Nations avait besoin de statuts clairs. Un pays non-européen exigeait l’égalité de toutes les nations, l’égalité de toutes les «races» comme on disait à l’époque. Ce pays était le Japon. Son délégué, Makino s’appuyait, lors de cette requête, sur le principe américain selon lequel «tous les hommes sont nés égaux». La réponse clairement raciste citée ci-dessus, bien qu’il n’en était pas vraiment ainsi, provenait d’un homme qui figure, grâce à une autre déclaration, dans les livres d’histoire: c’était Lord Balfour, nota bene ce Lord Balfour, qui dans sa célèbre Déclaration, a laissé entrevoir au peuple juif, en 1917, un habitat, «a homestead» comme refuge pour les victimes de la haine raciale, les personnes humiliées de confession juive.
Ceci est un sale exemple d’arrogance occidentale et de doubles standards d’étiqueter les peuples asiatiques comme «race inférieure» et de les traiter de la sorte. Ceux-ci ne sont pas près de l’oublier. Pankaj Mishra n’en reste pas qu’à cet exemple dans son livre et ce n’était pas seulement Lord Balfour qui affichait cette façon de penser. Même le président américain Wilson, considéré en Asie comme porteur d’espoir, se classait à tout point de vue dans la liste des porteurs de préjugés ou de racistes déclarés. Mishra: «A la fin, Makino a soumis la question de l’égalité raciale au vote – et il en est sorti vainqueur.
Toutefois Wilson déclara que la décision majoritaire était sans validité car certains opposants importants l’avaient refusée.» (Mishra, p. 246). Les nationalistes japonais lui en feront grief pendant des décennies. D’une part les puissances victorieuses se moquaient de manière raciste des participants non-européens de la conférence, et d’autre part la demande du Japon faisait apparaître la politique de doubles standards des puissances occidentales. Un procédé qui, à juste titre, peut indigner le lecteur aujourd’hui mais qui peut également faire penser à l’ONU. En effet son Conseil de sécurité et ses cinq membres permanents avec leur droit de véto est critiqué dans le monde entier – en particulier par Kishore Mahbubani. Lui-même fut membre en 2011 de ce conseil en tant que représentant du Singapour. Les critiques viennent également d’Etats neutres tels que la Suisse qui exigent des réformes dans ce point-là.

Les valeurs fondamentales confucianistes et le succès chinois

ts. Les valeurs fondamentales du confucianisme «ren», «yi», «xiao» et «zhong», ce qui veut dire à peu près «compassion humaine», «vertu», «piété filiale» et «fidélité», servent en Chine de ligne directrice quand il s’agit d’agir correctement, même en politique. Le système de la méritocratie, l’avancement des «meilleurs et des plus doués» indépendamment de leur origine mais à la base de leurs prestations, est, selon Kishore Mahbubani, un facteur de la réussite chinoise, un système qui a des répercutions positives, même aujourd’hui sous le régime du parti communiste chinois. Une observation que l’ancien ambassadeur d’Allemagne Konrad Seitz confirme d’un point de vue profondément occidental dans son excellent ouvrage «China. Eine Weltmacht kehrt zurück». Encore plus loin vont Amy Chua «Chinese-American» et son mari, «Jewish-American», Jed Rubenfeld qui, dans leur ouvrage controversé «The Triple Package: How Three Unlikely Traits Explain the Rise and Fall of Cultural Groups in America», saisissent le sentiment du peuple chinois d’être supérieur aux autres: toutefois, en combinaison avec l’insécurité expérimentée en tant que minorité ethnique aux Etats-Unis et le contrôle rigoureux d’impulsions et l’ambition: «Nous leur montrerons ce que nous savons faire!» Chua et Rubenfeld en construisent leur théorie du «triple package» qui, aujourd’hui, contribue à ce que les Américains d’origines chinoises et d’autres minorités comme les Américains d’origine juive et d’autres appartiennent aux groupes les plus couronnés de succès aux Etats-Unis en ce qui concerne la réussite et la richesse. Une théorie qui doit être examinée de façon critique: certes, il est incontestable que l’image de soi chinois en tant que peuple supérieur a eu des répercussions historiques, non seulement en ce qui concerne sa chute au XIXe siècle mais aussi son redressement actuel. Malgré tout, du point de vue suisse, le concept d’Amy Chua et de Jed Rubenfeld doit être mis en question. Leur concept du «triple package» admet qu’il ne mesure que le succès et la richesse, il semble pourtant négliger, voire nier, la conception personnaliste de l’homme et de l’histoire. De même il ne tient pas compte du principe coopératif qui met la dignité de l’homme au centre et considère la responsabilité individuelle, l’entraide et l’autogestion comme base du vivre ensemble sur un pied d’égalité et dans l’esprit démocratique au sein de l’Etat, en particulier sous sa forme de démocratie directe.

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