Times: L’union européenne a financé al-Qaïda de plus de 120 millions de dollars


Le quotidien britannique The Times a révélé jeudi que les pays européens ont financé le groupe terroriste al-Qaïda par plus de 120 millions de dollars via  les montants versés pour la libération des otages qui ont été enlevés par l’organisation, notant que près de 66 millions dollars ont été versé l’année dernière, a rapporté la chaine satellitaire iranienne arabophone alAlam.

Autrement dit, l’Europe est devenu un financeur involontaire d’Al-Qaeda , écrit Rukmini Callimachi dans un reportage publié mardi 29 juillet sur le site du New York Times. Après avoir interrogé des anciens otages, des négociateurs, des diplomates et des officiels gouvernementaux de 10 pays d’Europe, d’Afrique et du Moyen-Orient, Callimachi dévoile les dessous du système des rançons, s’appuyant également sur des documents internes d’Al-Qaeda qu’il avait découverts au Mali l’année dernière.

Les conclusions du journaliste sont édifiantes. Bien que les gouvernements européens se targuent de ne pas négocier avec les terroristes et de ne jamais payer des rançons, la réalité est bien différente. Par le biais d’intermédiaires (des compagnies publiques ou des pays tiers comme le Qatar et Oman), et en faisant notamment passer l’argent pour de l’aide humanitaire, certains gouvernements européens versent des rançons colossales aux terroristes.

Selon le New York Times, Al-Qaeda et les groupes qui lui sont directement affiliés ont obtenu depuis 2008 au moins 125 millions de dollars de rançon. Une somme colossale, principalement versée par les gouvernements européens, qui permet aux combattants djihadistes de financer leurs activités à travers le monde.

Des pays comme la France, l’Espagne et la Suisse  qui paient  en secret pour la libération de ses citoyens ont assuré un nouveau moyen de vie  pour ces hommes armés qui sont difficiles à contrôler maintenant, estime le journal.

En fait, pour les pays confrontés à l’enlèvement d’un ou plusieurs de leurs ressortissants, le dilemme est douloureux.
Deux stratégies sont aujourd’hui adoptées par les pays occidentaux : payer une rançon afin que les otages soient relâchés sains et sauf (ligne adoptée par la France, l’Autriche, l’Espagne et la Suisse), ou ne pas payer et risquer que les otages soient exécutés (la position des États-Unis et du Royaume-Uni).

L’Algérie se situe dans le second groupe. En 2011, lorsque 17 marins algériens avaient été enlevés, le porte-parole du ministère des affaires étrangères de l’époque, Amar Belani, avait soutenu une position tranchée. « L’Algérie a une position doctrinale immuable et connue y compris au sein du système des Nations unies. Cette position constante, nous l’avons réaffirmée à de nombreuses reprises : l’Algérie ne verse pas de rançons et elle condamne fermement cette pratique, qu’elle soit le fait des États ou d’organismes parapublics ou privés », avait-il déclaré.

« C’est une situation très difficile », explique un ancien ambassadeur de l’Union européenne en Algérie, « mais, au final, on parle de la vie humaine ». Quelque soit la position adoptée, les conséquences sont souvent dramatiques. Dans le cas où le pays refuse de payer une rançon, les terroristes exécutent les otages. À l’inverse, si un pays commence à payer des rançons pour libérer ses ressortissants, non seulement il aide à l’essor du groupe terroriste mais en plus il rend tous ses citoyens vulnérables.

De plus, le paiement des rançons a initié un cercle vicieux. C’est par exemple ce qui a permis l’essor d’Al-Qaeda au Maghreb islamique (AQMI). Le New York Times raconte la genèse de cette branche d’Al-Qaeda qui règne aujourd’hui sur le nord de l’Afrique. En 2003, un « obscur groupe d’extrémistes islamistes » enlève 32 Européens. En échange de la libération des otages, le groupe reçoit 5 millions d’euros. Grâce à cet argent, il recrute et entraîne des combattants, qui commencent à conduire des attaques dévastatrices dans la région. Le groupe devient alors une force régionale, et est accepté comme une branche officielle d’Al-Qaeda, baptisée AQMI.

Aujourd’hui, AQMI a fait de la prise d’otages sa principale source de revenus. La capture des otages répond à une feuille de route parfaitement organisée. Les groupes terroristes sous-traitent à des organisations criminelles, qu’ils paient pour la capture de citoyens européens. Ils ciblent particulièrement les ressortissants de pays connus pour payer des rançons. Comme l’explique Jean-Paul Rouiller, directeur du Geneva Center for Training and Analysis of Terrorism, « les otages sont un investissement, et l’on n’investit pas si l’on n’est pas sûr d’un retour sur investissement ». Une fois les otages aux mains d’Al-Qaeda, le processus de négociation est construit minutieusement : il commence par une longue période de silence, ensuite suivie par une vidéo de l’otage suppliant son gouvernement de négocier avec les ravisseurs.

L’argent récupéré grâce aux rançons est à ce point précieux qu’AQMI ne tue presque plus ses otages. Depuis 5 ans, très peu d’otages ont été exécutés, car il est plus rentable pour les terroristes de les garder en vie. Selon une enquête du magazine Times, seulement 15% des otages ont été assassinés ou sont morts depuis 2008.

AFP et alAlam