Le pont de la françafrique explose ; ce livre de Laurent Gbagbo qui donne froid dans le dos

Le pont de la françafrique explose ; ce livre de Laurent Gbagbo qui donne froid dans le dos

le pont de la françafrique explose  ; ce livre  de Laurent Gbagbo qui donne froid au dos

 …… PAR : LETISSIA NGUESSAN || ……..  JE VOUS PRÉSENTE UN EXTRAIT DU CHAPITRE 8 DU LIVRE DU PR GBAGBO LAURENT ( COTE DIVOIRE RÉVÉLATION SUR UN SCANDALE FRANCAIS )

Ce nivellement des responsabilités dans le conflit ivoirien, renvoyant dos à dos agresseurs et agressés, a bien été initié officiellement en 2003, à Linas-Marcoussis, pendant la « Table Ronde » organisée par la France, en tenant à l’écart le président en exercice Laurent Gbagbo. ll s’agissait d’organiser un gouverne- ment d’union nationale réunissant les partis politiques et les rebelles, comme le raconte Mamadou Koulibaly dans son livre La guerre de la France contre la Côte d’Ivoire 1 : « […] Après l’échec du coup d’État (de septembre 2002) et de sa mutation en rébellion sou- tenue et organisée par la France, il était devenu impératif de faire admettre à tous qu’il n’y avait pas de solutions militaires. Ayant échoué, la France ne donne pas le droit à l’État ivoirien de riposter, elle l’oblige à la négociation avec les rebelles… […] Je me souviens encore de cette scène où, [Pierre] Mazeaud, les bras ouverts en étendards, proclamait du haut de son perchoir, qu’il n’y avait pas de rebelles en Côte d’Ivoire et qu’autour de la Table ronde, il n’y en avait pas non plus. À partir de ce moment-là, tout devient possible puisqu’il n’y a plus d’agressé, plus de victime, et donc plus de coupable… » Mamadou Koulibaly fut si choqué de ce qu’il perçut comme une prise en otage de l’avenir de son pays, et une négation de sa souveraineté, qu’il claqua la porte et rentra au pays.

L’inversion du sens de l’histoire est cependant bien amorcée. La machine à coups d’État, ayant quitté son « logiciel militaire », qui a failli, fonctionne désormais en « mode politique ». Le curseur placé sur le même objectif que Gbagbo : l’organisation d’élections. Une apparente convergence d’esprits à haut risque.

La Table Ronde de Marcoussis s’est donc passée sans moi, réunissant une majorité de partis de l’opposition et de la rébellion, puisqu’ils étaient sept, et une minorité (deux partis) représentant le pouvoir, avec mon Premier ministre Pascal Affi N’Guessan pour le FPI. J’ai hésité avant de venir à la conférence de l’avenue Kléber. Autour de moi, on me disait soit d’y aller, pour ne pas laisser ma chaise vide, soit de refuser, pour ne pas entrer dans un tunnel sans fin. C’est vrai que cela ressemblait à un piège, mais j’ai finalement décidé d’y aller, pour voir, écouter, et pour garder la main. Je ne pouvais pas laisser les choses se développer hors contrôle. Je me suis rendu très vite compte que la partie serait difficile. Je suis arrivé le jeudi 23 janvier 2003, par un vol régulier d’Air France : je craignais qu’on tire sur mon avion présidentiel. Tout est toujours possible. Je devais voir Chirac le lendemain à 16 heures à l’Élysée. Le matin de ce fameux vendredi, on m’a glissé sous la porte de ma chambre, à l’hôtel Meurice, le texte des accords de Marcoussis. Bongo était descendu dans le même hôtel, pour me travailler au corps. C’était un ami de Ouattara, et le plus fidèle allié de la France depuis la disparition d’Houphouët. À 11 heures, je suis parti pour l’Élysée, Le Monde était déjà paru. Je l’ai lu dans la voiture, j’ai découvert qu’ils y donnaient déjà, en page 2, le nom du futur Premier ministre, une proche de Ouattara, membre de son parti, le RDR, Henriette Diabaté.

Quand nous avons été ensemble, Chirac, Galouzeau et moi, Chirac me dit qu’il tient à ce que Henriette Diabaté soit Premier ministre. Merci, je l’avais déjà lu dans le journal ! C’est exactement ça, la Françafrique. J’ai refusé de signer. Chirac m’a demandé pourquoi. J’ai expliqué que, pour les Ivoiriens, cela apparaîtrait comme une prime donnée aux rebelles, parce que Ouattara était notoirement considéré comme l’organisateur et l’auteur de l’agression de septembre 2002 contre la Côte d’Ivoire. Chirac l’a admis. Je leur ai demandé de trouver un autre nom. J’en ai moi aussi proposé plusieurs. Chirac a demandé à Villepin de faire siennes les propositions que je lui ferais à la prochaine réunion. Galouzeau m’a dit qu’on se revoyait à 19 heures, au Quai d’Orsay : « Vous y serez reçu avec les honneurs qui sont dus à votre rang, par la grande porte », m’a-t-il dit.

À 17 heures, quand j’entre en salle de réunion, Ouattara et Bédié sont déjà là, installés. Soro n’est pas là. Villepin lui téléphone. Quand il arrive, enfin, on le fait entrer par la grande porte, avec les huissiers. Comme les deux autres avant moi, évidemment. Villepin m’a ainsi clairement signifié le peu de respect qu’il avait pour moi, et pour ma fonction.

Villepin, Soro et Ouattara ont repris en chœur la rengaine Henriette Diabaté. On aurait dit une chorale qui avait répété ensemble son concert. J’ai dit à Villepin : « Vous n’écoutez donc même pas votre président?» Il semblait se prendre un peu pour Jacques Foccart, un peu pour Jacques Chirac, et je me demande s’il ne se croyait pas supérieur aux deux, en se prenant pour Dominique de Villepin. Il voulait aussi se venger de l’accueil tumultueux de quelques centaines d’Ivoiriens, quelques semaines auparavant, à Abidjan, qui avaient voulu l’empêcher de gagner la résidence de l’ambassade de France, mitoyenne de celle de la présidence, où je venais de le recevoir. Ses marques de sympathie aux rebelles, sa poignée de main à Guillaume Soro, leur chef pendant sa visite dans leur fief de Bouaké, le 4 janvier, lui avaient valu la colère des Ivoiriens d’Abidjan, encore traumatisés par la tentative de coup d’État du 19 septembre précédent. La France n’a jamais été un simple arbitre en Afrique. Elle s’est toujours trouvé toutes les raisons de rester un acteur très directif dans la vie intérieure des pays qu’elle contrôle.

(…) Villepin m’a dit que si je n’acceptais pas Henriette Diabaté il donnerait les ministères de l’Intérieur et de la Défense aux rebelles. J’ai tout refusé et suis sorti du Quai d’Orsay très en colère.

En sortant de cette éprouvante réunion, où l’alliance objective entre Ouattara, Villepin, Bédié et les trois partis rebelles crèvent les yeux, Gbagbo se souvient s’être écrié devant son ami Guy Labertit : « Le QG de la rébellion, c’est le Quai d’Orsay ! »

Nous nous sommes réunis le samedi 25 janvier au centre de conférence de l’avenue Kléber, et j’ai eu droit à un entretien en comité restreint avec le président Omar Bongo, le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, et Villepin. Nous avons examiné le problème du Premier ministre, qui restait en suspens. Le choix s’est arrêté sur Seydou Diarra, un ancien Premier ministre de Robert Guéï, qui accompagnait Pierre Mazeaud, le maître de cérémonie de Marcoussis. Villepin était très insistant, je sais qu’il a dit en parlant de moi : « Il faut lui tordre le bras. »

Nous avons ensuite partagé les ministères afin de former un gouvernement d’union nationale.

C’est ce soir-là, le samedi, que Guillaume Soro a mis le feu à Abidjan, en prétendant, sur une radio publique française, que les rebelles avaient décroché les ministères de l’Intérieur et de la Défense. Soro voulait faire oublier qu’il n’était pas parvenu à ses fins. Il s’agissait de crier victoire, tout en suscitant des troubles puisque les Ivoiriens n’allaient certainement pas admettre que les rebelles soient à ce point favorisés par les Français. Ces troubles on me les auraient ensuite imputés et contre moi, de la part de ceux qui auraient pu penser que je les avais trahis.

Ce n’est pas une solution qui a été présentée à Marcoussis. Ils voulaient juste, au mieux, me transformer en « reine d’Angleterre » pour que je n’ai plus de véritable rôle politique. Vider la Constitution, et mon statut, de leur contenu, c’est cela que recherchait Chirac. Et c’est cela que je lui ai reproché. Je ne lui reconnaissais pas le droit d’affaiblir l’État. Quant à Villepin, il voulait m’écarter.

Dans les pays voisins, toujours en 2003, Jacques Chirac est moins regardant sur l’orthodoxie démocratique. Le président félicite le général Eyadema avant même que soit proclamée son énième réélection, à la régularité plus que douteuse. Au pouvoir depuis 1967, avec deux coups d’État successifs – le premier contre Sylvanus Olympio, que ses complices et lui assassinèrent en janvier 1963, puis contre son ami Nicolas Grunitzky, qu’il renversa en juin 1967 – il passait en 2003 le cap des trente-six ans de pou- voir dictatorial, avec le soutien massif de la France, pour laquelle il jouait le rôle de gendarme dans la région. Ce qui lui valut post mortem – en 2005 – la compassion de Jacques Chirac, parlant de la « perte d’un ami personnel ».

Source : http://www.moacinter.com/index.php?option=com_k2&view=item&id=1163%3Ale-pont-de-la-francafrique-explose-ce-livre-de-laurent-gbagbo-qui-donne-froid-au-dos&Itemid=179

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