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Afrique : Revue de presse

Afrique : Revue de presse

A SAVOIR SUR L’AFRIQUE

1-L’Afrique de demain
2-Un site pour faire « Le Point » sur l’Afrique
3-Imaginons l’Afrique en 2063…
4-Les capitaux ont moins peur de l’Afrique
5-Tidjane Thiam, ce prophète dont la France n’a pas voulu
6-Afrique : contrefaçon, cette gangrène
7-Commerce de détail : les gros potentiels
8-Éthiopie : les chantiers de l’émergence
9-Le Mozambique bénéficierait d’une croissance économique de 8% en 2014
10-Homophobie en Ouganda : Orange retire sa publicité dans Red Pepper
11-Golfe de Guinée : Epicentre de la piraterie mondiale
12-Eko Atlantic City, le futur Dubaï de l’Afrique
13-Au moins 100 morts dans des violences interethniques au Nigeria
14-Guinée : le virus Ebola a atteint la capitale, la maladie expliquée en infographie
15-Des chenilles pour nourrir les Burkinabés
16-Gambie : le président Jammeh va remplacer l’anglais par une autre langue nationale
17-La police tunisienne s’attaque au niqab
18-Coopération : le Qatar débloque 1,25 milliard de dollars au Maroc
19-Quand l’Afrique sauvait la France
20-De l’Antiquité au XIXe siècle, ces femmes qui ont fait l’Afrique

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1-L’Afrique de demain
http://fratmat.info/edito/item/13916-l%E2%80%99afrique-de-demain
mardi, 18 mars 2014

Depuis le lundi 17 mars, se tient, à Genève, l’ « Africa CEO Forum », organisé par le groupe Jeune Afrique et la Banque africaine de développement (Bad), qui réunit le gratin de la finance et des dirigeants d’entreprise de notre continent. L’objectif de ce forum est de trouver les moyens de rendre l’Afrique plus compétitive.


Venance Konan

Comme l’a relevé M. Donald Kaberuka, président de la Bad, dans son introduction, l’Afrique, qu’un grand journal britannique présentait, il y a dix ans, comme le continent du désespoir, est devenu, quelques années plus tard, celui qui s’éveille, et aujourd’hui, celui de tous les espoirs. Tous les indicateurs montrent, en effet, que notre continent, en dépit de certaines crises qui le rongent ici et là, est en train de s’éveiller et commence à compter sur la scène internationale et dans le commerce mondial. Certes, nos matières premières qui contribuent majoritairement à l’émergence de certains pays y sont pour beaucoup, mais de plus en plus d’entreprises africaines jouent désormais dans la cour des grands. Moulay Hafid Elalamy, ministre marocain du Commerce, de l’Investissement et de l’Economie numérique, a révélé qu’il existe des entreprises africaines qui produisent en Afrique et exportent en Chine. L’Afrique commence donc à être compétitive. La question est de savoir comment la rendre encore plus performante. La journée du lundi a été consacrée aux propositions de solutions. Passons sur la nécessaire bonne gouvernance et l’indispensable stabilité politique de nos pays.

Trois propositions ont retenu mon attention. Il y a celle de M. Kingsley Moghalu, vice-gouverneur de la Banque centrale du Nigeria. Pour lui, le plus important est la qualité des ressources humaines. « Vous pourriez construire les meilleures routes dans votre pays, mais si le système éducatif ne fonctionne pas, votre économie déclinera. Ce qui nous manque le plus en Afrique, ce sont les infrastructures mentales pour appréhender le développement. Or, c’est l’éducation qui pourrait nous doter de ces infrastructures mentales. » Pour M. Mo Ibrahim, président de la fondation Mo Ibrahim, la solution en Afrique réside dans l’intégration et l’éducation. Il  a pris l’exemple de la Chine qui compte plus d’habitants que l’Afrique tout entière, mais qui forme un seul pays. Or, sur le continent africain, l’on compte 54 pays, c’est-à-dire autant de frontières que doivent franchir les personnes et les marchandises. Et, pour lui, tout comme pour M. Moghalu, l’éducation est un préalable au développement. M. Pascal Lamy, ancien directeur général de l’Organisation mondiale du commerce ne dit pas autre chose. Pour lui, si l’Afrique veut avancer, elle doit désintégrer tous les obstacles bureaucratiques et mettre l’accent sur l’éducation. « Lorsque vous observez tous les exemples de pays passés du sous-développement à l’émergence, lorsque vous filtrez tous les facteurs, ce qui en ressort, c’est la qualité de l’éducation. » Selon lui, l’intégration et la qualité de l’éducation ne sont qu’une question de volonté politique.

Intégration et qualité du système éducatif. Voici les deux chemins que nous devons résolument emprunter pour rendre nos économies plus compétitives et répondre aux besoins de nos populations. Nous, citoyens africains, devrions exiger de nos pays qu’ils nous engagent sur ces deux voies.

En Côte d’Ivoire, Mme Kandia Camara et M. Gnamien Konan qui sont les ministres en charge de l’Education savent les défis qui sont les leurs. Monsieur Ally Coulibaly, ministre en charge de l’Intégration aussi. Mais ce défi est aussi lancé à l’ensemble de notre population et de notre classe politique qui doivent s’y engager résolument. La qualité de l’éducation n’est pas seulement du ressort du gouvernement. Elle est aussi, et peut-être surtout, l’affaire des parents. Ce qui m’a frappé en Corée du Sud, lorsque j’y ai séjourné, ce sont les sacrifices que les parents consentent pour l’éducation de leurs enfants. Il faut que leurs homologues ivoiriens consentent à en faire autant pour les leurs.

La dernière proposition, enfin. Il serait aussi temps que nous sortions de nos schémas mentaux étriqués qui nous poussent à penser d’abord en termes d’ethnie ou de nationalité, pour nous projeter tout simplement en tant qu’Africains. Dans un tel contexte, l’opposition du Front populaire ivoirien (Fpi) au recensement de la population est, tout simplement, rétrograde. Un pays qui veut avancer se doit de savoir combien de personnes vivent sur son sol. Seul le Fpi peut l’ignorer et s’y opposer. Et le fait de conditionner la réconciliation nationale, c’est-à-dire sa participation à la vie politique et économique de notre pays, au retour de Laurent Gbagbo indique que ce parti est en train de sortir de l’histoire qui s’écrit dans notre pays et sur notre continent. Tout comme la menace de Koua Justin de faire descendre la jeunesse du Fpi dans la rue. Entendre tout cela au moment où les dirigeants des économies de notre continent réfléchissent sur les moyens de rendre nos pays plus compétitifs est totalement anachronique.

Écrit par  Venance Konan

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2-Un site pour faire « Le Point » sur l’Afrique
http://www.lepoint.fr/afrique/actualites/un-site-pour-faire-le-point-sur-l-afrique-20-03-2014-1803243_2031.php#xtor=EPR-6-[Newsletter-Mi-journee]-20140320
Le Point – Publié le 20/03/2014

Événement. « Le Point » lance lepointafrique.fr. Une première !



Curieux du monde, Le Point s’est depuis longtemps fait l’écho du formidable essor de l’Afrique <http://www.lepoint.fr/tags/afrique> . Reportages dans les pays en plein boom, portraits des nouvelles stars de l’économie africaine, dossiers sur les événements culturels… Notre journal pense que l’Afrique est bien partie. Nous le prouvons en lançant un nouveau site Internet, www.lepointafrique.fr <http://www.lepoint.fr/afrique/>  (accessible aussi via Le Point.fr<http://www.lepoint.fr> ).

Le Point Afrique vous fera découvrir la nouvelle Afrique, celle qui crée, innove et entreprend. Économie, culture, sports et art de vivre en constitueront les matières principales. Les pays francophophones (Maghreb compris) y seront à l’honneur, mais les nouveaux géants anglophones ne seront pas oubliés. L’objectif étant de respecter la logique de l’intégration africaine à côté de sa revendication de pluralité. Informer, instruire et accompagner : telles sont les ambitions du Point Afrique.

De grands experts renforceront le travail éditorial de la rédaction. Parmi ceux-ci, l’historien Achille Mbembe <http://www.lepoint.fr/tags/achille-mbembe> , professeur à l’université sud-africaine du Witwatersrand, le philosophe Souleymane Bachir Diagne <http://www.lepoint.fr/tags/souleymane-bachir-diagne> , considéré comme l’un des 50 penseurs du siècle, Érik Orsenna, de l’Académie française, Tahar Ben Jelloun, écrivain, Prix Goncourt 1987, Tarik Bengaraï, consultant et grand spécialiste de la finance islamique, Jean-Michel Severino, ancien vice-président de la Banque mondiale et gestionnaire du fonds d’investissement I – P, Gabriel Fal, financier, président de la Bourse régionale des valeurs mobilières, Momar Nguer, directeur Afrique et Moyen-Orient de Total… Bienvenue sur Le Point Afrique.

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3-Imaginons l’Afrique en 2063…
http://www.afrik.com/imaginons-l-afrique-en-2063
vendredi 7 mars 2014

L’Afrique suscite de multiples réflexions. Un jour, elle soulève tous les espoirs avec des taux de croissance sans précédent et un potentiel incroyable. Le lendemain, un gouvernement démocratique est renversé en Afrique du Nord, un génocide germe en Afrique centrale et une guerre civile éclate ailleurs entre les deux. Et quand vous ajoutez à cela les dysfonctionnements chroniques du Congo, de la Somalie et du Zimbabwe, l’Afrique focalise soudainement alors l’attention des médias et devient pour le reste du monde un lieu de conflits insolubles, de maladies, de faim, de pauvreté et de politique tribale.

A SAVOIR SUR L AFRIQUE

1-L’Afrique de demain
2-Un site pour faire « Le Point » sur l’Afrique
3-Imaginons l’Afrique en 2063…
4-Les capitaux ont moins peur de l’Afrique
5-Tidjane Thiam, ce prophète dont la France n’a pas voulu
6-Afrique : contrefaçon, cette gangrène
7-Commerce de détail : les gros potentiels
8-Éthiopie : les chantiers de l’émergence
9-Le Mozambique bénéficierait d’une croissance économique de 8% en 2014
10-Homophobie en Ouganda : Orange retire sa publicité dans Red Pepper
11-Golfe de Guinée : Epicentre de la piraterie mondiale
12-Eko Atlantic City, le futur Dubaï de l’Afrique
13-Au moins 100 morts dans des violences interethniques au Nigeria
14-Guinée : le virus Ebola a atteint la capitale, la maladie expliquée en infographie
15-Des chenilles pour nourrir les Burkinabés
16-Gambie : le président Jammeh va remplacer l’anglais par une autre langue nationale
17-La police tunisienne s’attaque au niqab
18-Coopération : le Qatar débloque 1,25 milliard de dollars au Maroc
19-Quand l’Afrique sauvait la France
20-De l’Antiquité au XIXe siècle, ces femmes qui ont fait l’Afrique

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1-L’Afrique de demain
http://fratmat.info/edito/item/13916-l%E2%80%99afrique-de-demain
mardi, 18 mars 2014

Depuis le lundi 17 mars, se tient, à Genève, l’ « Africa CEO Forum », organisé par le groupe Jeune Afrique et la Banque africaine de développement (Bad), qui réunit le gratin de la finance et des dirigeants d’entreprise de notre continent. L’objectif de ce forum est de trouver les moyens de rendre l’Afrique plus compétitive.

Venance Konan

Comme l’a relevé M. Donald Kaberuka, président de la Bad, dans son introduction, l’Afrique, qu’un grand journal britannique présentait, il y a dix ans, comme le continent du désespoir, est devenu, quelques années plus tard, celui qui s’éveille, et aujourd’hui, celui de tous les espoirs. Tous les indicateurs montrent, en effet, que notre continent, en dépit de certaines crises qui le rongent ici et là, est en train de s’éveiller et commence à compter sur la scène internationale et dans le commerce mondial. Certes, nos matières premières qui contribuent majoritairement à l’émergence de certains pays y sont pour beaucoup, mais de plus en plus d’entreprises africaines jouent désormais dans la cour des grands. Moulay Hafid Elalamy, ministre marocain du Commerce, de l’Investissement et de l’Economie numérique, a révélé qu’il existe des entreprises africaines qui produisent en Afrique et exportent en Chine. L’Afrique commence donc à être compétitive. La question est de savoir comment la rendre encore plus performante. La journée du lundi a été consacrée aux propositions de solutions. Passons sur la nécessaire bonne gouvernance et l’indispensable stabilité politique de nos pays.

Trois propositions ont retenu mon attention. Il y a celle de M. Kingsley Moghalu, vice-gouverneur de la Banque centrale du Nigeria. Pour lui, le plus important est la qualité des ressources humaines. « Vous pourriez construire les meilleures routes dans votre pays, mais si le système éducatif ne fonctionne pas, votre économie déclinera. Ce qui nous manque le plus en Afrique, ce sont les infrastructures mentales pour appréhender le développement. Or, c’est l’éducation qui pourrait nous doter de ces infrastructures mentales. » Pour M. Mo Ibrahim, président de la fondation Mo Ibrahim, la solution en Afrique réside dans l’intégration et l’éducation. Il a pris l’exemple de la Chine qui compte plus d’habitants que l’Afrique tout entière, mais qui forme un seul pays. Or, sur le continent africain, l’on compte 54 pays, c’est-à-dire autant de frontières que doivent franchir les personnes et les marchandises. Et, pour lui, tout comme pour M. Moghalu, l’éducation est un préalable au développement. M. Pascal Lamy, ancien directeur général de l’Organisation mondiale du commerce ne dit pas autre chose. Pour lui, si l’Afrique veut avancer, elle doit désintégrer tous les obstacles bureaucratiques et mettre l’accent sur l’éducation. « Lorsque vous observez tous les exemples de pays passés du sous-développement à l’émergence, lorsque vous filtrez tous les facteurs, ce qui en ressort, c’est la qualité de l’éducation. » Selon lui, l’intégration et la qualité de l’éducation ne sont qu’une question de volonté politique.

Intégration et qualité du système éducatif. Voici les deux chemins que nous devons résolument emprunter pour rendre nos économies plus compétitives et répondre aux besoins de nos populations. Nous, citoyens africains, devrions exiger de nos pays qu’ils nous engagent sur ces deux voies.

En Côte d’Ivoire, Mme Kandia Camara et M. Gnamien Konan qui sont les ministres en charge de l’Education savent les défis qui sont les leurs. Monsieur Ally Coulibaly, ministre en charge de l’Intégration aussi. Mais ce défi est aussi lancé à l’ensemble de notre population et de notre classe politique qui doivent s’y engager résolument. La qualité de l’éducation n’est pas seulement du ressort du gouvernement. Elle est aussi, et peut-être surtout, l’affaire des parents. Ce qui m’a frappé en Corée du Sud, lorsque j’y ai séjourné, ce sont les sacrifices que les parents consentent pour l’éducation de leurs enfants. Il faut que leurs homologues ivoiriens consentent à en faire autant pour les leurs.

La dernière proposition, enfin. Il serait aussi temps que nous sortions de nos schémas mentaux étriqués qui nous poussent à penser d’abord en termes d’ethnie ou de nationalité, pour nous projeter tout simplement en tant qu’Africains. Dans un tel contexte, l’opposition du Front populaire ivoirien (Fpi) au recensement de la population est, tout simplement, rétrograde. Un pays qui veut avancer se doit de savoir combien de personnes vivent sur son sol. Seul le Fpi peut l’ignorer et s’y opposer. Et le fait de conditionner la réconciliation nationale, c’est-à-dire sa participation à la vie politique et économique de notre pays, au retour de Laurent Gbagbo indique que ce parti est en train de sortir de l’histoire qui s’écrit dans notre pays et sur notre continent. Tout comme la menace de Koua Justin de faire descendre la jeunesse du Fpi dans la rue. Entendre tout cela au moment où les dirigeants des économies de notre continent réfléchissent sur les moyens de rendre nos pays plus compétitifs est totalement anachronique.

Écrit par Venance Konan

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2-Un site pour faire « Le Point » sur l’Afrique
http://www.lepoint.fr/afrique/actualites/un-site-pour-faire-le-point-sur-l-afrique-20-03-2014-1803243_2031.php#xtor=EPR-6-[Newsletter-Mi-journee]-20140320
Le Point – Publié le 20/03/2014

Événement. « Le Point » lance lepointafrique.fr. Une première !
Curieux du monde, Le Point s’est depuis longtemps fait l’écho du formidable essor de l’Afrique <http://www.lepoint.fr/tags/afrique> . Reportages dans les pays en plein boom, portraits des nouvelles stars de l’économie africaine, dossiers sur les événements culturels… Notre journal pense que l’Afrique est bien partie. Nous le prouvons en lançant un nouveau site Internet, www.lepointafrique.fr <http://www.lepoint.fr/afrique/> (accessible aussi via Le Point.fr <http://www.lepoint.fr> ).

Le Point Afrique vous fera découvrir la nouvelle Afrique, celle qui crée, innove et entreprend. Économie, culture, sports et art de vivre en constitueront les matières principales. Les pays francophophones (Maghreb compris) y seront à l’honneur, mais les nouveaux géants anglophones ne seront pas oubliés. L’objectif étant de respecter la logique de l’intégration africaine à côté de sa revendication de pluralité. Informer, instruire et accompagner : telles sont les ambitions du Point Afrique.

De grands experts renforceront le travail éditorial de la rédaction. Parmi ceux-ci, l’historien Achille Mbembe <http://www.lepoint.fr/tags/achille-mbembe> , professeur à l’université sud-africaine du Witwatersrand, le philosophe Souleymane Bachir Diagne <http://www.lepoint.fr/tags/souleymane-bachir-diagne> , considéré comme l’un des 50 penseurs du siècle, Érik Orsenna, de l’Académie française, Tahar Ben Jelloun, écrivain, Prix Goncourt 1987, Tarik Bengaraï, consultant et grand spécialiste de la finance islamique, Jean-Michel Severino, ancien vice-président de la Banque mondiale et gestionnaire du fonds d’investissement I – P, Gabriel Fal, financier, président de la Bourse régionale des valeurs mobilières, Momar Nguer, directeur Afrique et Moyen-Orient de Total… Bienvenue sur Le Point Afrique.

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3-Imaginons l’Afrique en 2063…
http://www.afrik.com/imaginons-l-afrique-en-2063
vendredi 7 mars 2014

L’Afrique suscite de multiples réflexions. Un jour, elle soulève tous les espoirs avec des taux de croissance sans précédent et un potentiel incroyable. Le lendemain, un gouvernement démocratique est renversé en Afrique du Nord, un génocide germe en Afrique centrale et une guerre civile éclate ailleurs entre les deux. Et quand vous ajoutez à cela les dysfonctionnements chroniques du Congo, de la Somalie et du Zimbabwe, l’Afrique focalise soudainement alors l’attention des médias et devient pour le reste du monde un lieu de conflits insolubles, de maladies, de faim, de pauvreté et de politique tribale.

 

L’Afrique suscite de multiples réflexions. Un jour, elle soulève tous les espoirs avec des taux de croissance sans précédent et un potentiel incroyable. Le lendemain, un gouvernement démocratique est renversé en Afrique du Nord, un génocide germe en Afrique centrale et une guerre civile éclate ailleurs entre les deux. Et quand vous ajoutez à cela les dysfonctionnements chroniques du Congo, de la Somalie et du Zimbabwe, l’Afrique focalise soudainement alors l’attention des médias et devient pour le reste du monde un lieu de conflits insolubles, de maladies, de faim, de pauvreté et de politique tribale.

Mais, heureusement, au fond de nous brille un désir et un rêve lorsque nous comprenons que l’Afrique est un géant qui tarde à se réveiller pour bouleverser le monde. Un milliard d’âmes, et des ressources inégalées. Comme l’éveil tarde, nous pouvons nous projeter dans la fiction comme l’a fait le Dr Nkosazana Dlamini-Zuma, la présidente de la Commission de l’Union africaine (UA), lors d’un discours au sommet de l’UA à Addis-Abeba le mois dernier. Elle a utilisé la fiction – par un courriel venant du futur – pour expliquer sa vision de ce que l’Afrique pourrait devenir en 50 ans. Nous sommes en 2063. L’Afrique est un pays de deux milliards de personnes. La Confédération des États africains qui a désormais 12 ans, a été créé en 2051. Elle est membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies et « une puissante force de stabilité, de paix, de respect des droits de l’homme, de progrès, de tolérance et de justice ».

Une confédération, bien que non précisé dans le courriel, qui s’accompagne d’une unité politique de laquelle découle un ensemble de lois communes, une défense et une monnaie communes ainsi qu’un gouvernement central qui soutient tous ses membres. Le courrier électronique du futur provient de Mme Dlamini-Zuma, toujours présidente de l’Union Africaine (étrange !), et s’adresse à un ami fictif nommé Kwame. Il l’informe de ce que l’Afrique est devenue et des avancées qu’il n’a pas pu voir à l’époque où il combattait pour les indépendances dans les années 60.

La vision économique de Dlamini-Zuma est très optimiste, avec des géants du commerce africains qui ont conquis les marchés mondiaux. « Les entreprises panafricaines, du secteur minier à la finance, l’alimentation, les boissons, l’hôtellerie et le tourisme, les produits pharmaceutiques, la mode, la pêche et les TIC, drainent l’intégration et sont parmi les leaders mondiaux dans leurs secteur d’activités. » On nous rappelle que l’Afrique est désormais la troisième plus grande économie dans le monde. Pas de classement dans la fiction, donc nous ne savons pas quels sont la première et la seconde. « L’intégration économique, couplée au développement des infrastructures a permis une progression des échanges intra africains qui sont passés de moins de 12% en 2013 à près de 50% en 2045 ».

L’Afrique est en plein essor avec d’importants centres de fabrication, la valorisation des minéraux et des ressources naturelles dans l’est du Congo, au nord-est de l’Angola et en Zambie une forte production de cuivre. Kinshasa est la « capitale de la mode » du monde (oubliez Paris !). Accra est un centre de la fabrication du chocolat (oubliez la Suisse !). Une importante « Silicon valleys » à Kigali, Alexandrie, Brazzaville, Maseru, Lagos et Mombasa. Et bien sûr, l’Afrique s’est libérée des langues héritées de leurs anciennes puissances coloniales et le swahili est désormais la langue du berceau de l’humanité.

Mon ami, écrit-elle, « D’exportateur de matières premières avec un secteur manufacturier en baisse en 2013, l’Afrique s’est transformée en un exportateur de produits alimentaires, une plaque tournante mondiale de la fabrication, un centre de connaissances, permettant la transformation industrielle de nos ressources naturelles et nos produits agricoles « . La faim ? La révolution agricole a finalement eu lieu et, ainsi, les « mères africaines ont aujourd’hui à leur disposition des tracteurs et des systèmes d’irrigation « . Pères, désolé ! Dans la tradition africaine, « les femmes sont les travailleurs de la terre ».

Continent sombre ? Cette réalité relève du passé enfoui dans nos lointaines mémoires. Le continent s’éclaire aujourd’hui grâce à l’hydroélectricité, à l’énergie solaire, à des éoliennes ou la géothermie, qui complètent les énergies fossiles. Mobilité ? Facile. Il y a des chemins de fer à grande vitesse reliant les anciens pays : « Le réseau routier et ferroviaire qui sillonnent l’Afrique. Nos compagnies aériennes dynamiques, nos paysages spectaculaires, de séduisants couchers de soleilet les activités culturelles de nos villes, ont permis de faire du tourisme l’un de nos plus importants secteurs économiques ».

Conflits ? C’est du passé. Toutes les armes à feu » ont été réduites au silence en 2020″. C’estune belle vision rêvée par l’Union africaine. Mais, hélas, Dlamini-Zuma n’aurait pas pu faire un discours si « optimiste »s’il n’avait été une fiction. En effet, le dernier sommet était largement consacré aux conflits au Soudan et en République centrafricaine. La fiction aide. Dans une vision à long terme, la fiction pourrait être notre seul refuge. Kwame pourra-t-il être enfin serein dans sa tombe en 2063 ? Nous n’en avons aucune idée. Néanmoins, c’est une bonne chose de savoir que le rêve n’est pas encore mort, même s’il est peu probable qu’il devienne réalité.
Publié en collaboration avec Libreafrique.org

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4-Les capitaux ont moins peur de l’Afrique
http://www.lepoint.fr/afrique/economie/les-capitaux-ont-moins-peur-de-l-afrique-18-03-2014-1802442_2033.php
Le Point.fr – Publié le 18/03/2014

À l’Africa CEO Forum de Genève, le Continent a bandé ses muscles et brandi ses arguments de séduction. Explications.

Donald Kaberuka, président de la Banque africaine de développement, coorganisatrice de l’Africa CEO Forum.

Moulay Hafid Elalamy, ministre marocain du Commerce, de l’Investissement et de l’Économie numérique, aime surprendre. Pour commencer, alors que la 2e édition de l’Africa CEO Forum, organisée à Genève du 17 au 19 mars, se déroule presque exclusivement en anglais, il choisit de s’exprimer dans la langue de Molière <http://www.lepoint.fr/tags/moliere> . Ensuite, il explique que si l’Afrique <http://www.lepoint.fr/tags/afrique> entend garder la tête hors de l’eau, elle ne doit surtout pas miser presque exclusivement sur ses matières premières. « Il y a une décennie, le Maroc <http://www.lepoint.fr/tags/maroc> n’a pas hésité à se lancer dans des secteurs hautement concurrentiels, comme l’aéronautique et l’automobile. Pour beaucoup d’observateurs extérieurs, c’était un anachronisme. »

Aujourd’hui, Tanger accueille la plus grande usine Renault hors d’Europe. Le constructeur fait travailler 200 équipementiers. Quant à Bombardier (constructeur d’avions et de trains), installé près de Casablanca, il donne du travail à une centaine d’entreprises locales. Enfin, Moulay Hafid Elalamy rappelle que si la Chine est un concurrent direct du continent africain, elle tend à devenir de moins en moins compétitive, en raison de l’augmentation croissante des salaires. De plus, « Les entreprises occidentales travaillent à flux tendus. Ne stockant plus les marchandises, elles veulent être approvisionnées très rapidement. En raison de notre situation géographique, nous devenons très concurrentiels », souligne le ministre marocain. Il assure même que des sociétés africaines parviennent aujourd’hui à vendre leurs produits finis en… Chine.

Une croissance de 6,5 % en 2014
Le mot « Chine » revient bien davantage que celui d' »Europe » dans ce forum qui se tient dans l’Intercontinental de Genève. Il est vrai que la Chine est devenue depuis 2009 le premier partenaire commercial du continent, devant l’Europe et les États-Unis. Si l’Afrique est aujourd’hui la deuxième zone géographique la plus dynamique derrière l’Asie, elle le doit, certes, à sa consommation locale et à l’augmentation des investissements étrangers, « mais pour beaucoup aux profits tirés de la vente de ses matières premières à l’ogre chinois », rappelle-t-on du côté de Jeune Afrique, coorganisateur de l’Africa CEO Forum avec la Banque africaine de développement (BAD) et Rainbow unlimited.

Il y a une décennie, l’Afrique était considérée comme « foutue », condamnée à jamais à sombrer dans la misère et le chaos. En 2013, l’Afrique subsaharienne enregistrait une croissance de 5,5 %. Cette année, elle devrait grimper encore d’un point, assure l’économiste Donald Kaberuka, président de la Banque africaine de développement (et ancien ministre des Finances du Rwanda). Une performance exceptionnelle pour un continent qui traîne autant de grands corps malades, comme la Somalie, le Sud-Soudan ou la République centrafricaine. En revanche, l’Afrique du Nord et le Sahel enregistrent une croissance plus faible (mais néanmoins réelle de 4,5 %) en raison d’une instabilité politique depuis le Printemps arabe. Quant à la croissance démographique, elle tourne autour de 2,5-2,7 %.

Mettre l’accent sur le secteur privé
Les raisons de cette embellie inattendue ? Les prix à la hausse des matières premières, bien évidemment, mais aussi des politiques économiques et budgétaires beaucoup plus rationnelles, notamment dans des pays comme l’Éthiopie (8 % de croissance) et le Mozambique (+ 7 %). Des dettes raisonnables : elles ne représentent que 25 % du PIB du Kenya, 34 % de celui de l’Afrique du Sud. Une inflation maîtrisée. Résultat, les capitaux ont beaucoup moins peur de l’Afrique. Dans un article intitulé « L’Afrique va-t-elle aussi bien qu’on le dit ? », le journaliste Alain Faujas révèle que l’agence Moody’s a levé 8,1 milliards de dollars sur les 9 premiers mois de 2013, « contre 7,2 milliards pour l’année 2010 et 1,2 milliard il y a dix ans ».

Alors, pourquoi un Forum si tout va si bien ? Seulement voilà, cette croissance, très inégalitaire, ne se mange pas… « Comment vendre le rêve africain aux 20-40 ans qui ne sont pas présents dans cette salle ? », demande l’un des participants à ce forum. En effet, la majorité des investissements se déverse toujours vers les industries extractives (pétrole, gaz, bauxite, charbon, or, diamant). Or ce secteur ne fournit que… 1 % des emplois en Afrique. À quoi bon être riche si la population est au chômage et ne consomme pas ? Ce n’est pas un hasard si Donald Kaberuka a réorienté la stratégie de la Banque africaine de développement (BAD), mettant dorénavant l’accent sur « le secteur privé, le développement des infrastructures et l’intégration régionale ».

L’exemple de l’île Maurice
En clair, le continent ne fera pas l’impasse sur l’industrialisation. « La Chine et l’Afrique ont la même population, d’un milliard d’habitants. Mais la Chine est un pays, l’Afrique en compte 54 et autant de barrières, d’obstacles bureaucratiques », déplore Mo Ibrahim, fondateur en 1998 de Celtel, le premier opérateur de téléphonie mobile financé et géré par des Africains. « L’avenir, c’est la qualité des réseaux, des tuyaux, des liens. Qu’ils soient en dur, comme l’énergie, les transports, les ports, ou virtuels, comme l’informatique, les systèmes financiers », ajoute Pascal Lamy, l’ancien directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), dont le siège est à Genève.

Si l’Afrique de l’Est semble avoir (enfin) compris que le développement passe par l’intégration régionale, en revanche, l’Ouest n’avance guère, faute de volonté politique. « Le seul moyen de créer des emplois durables, ce n’est pas de vendre ses matières premières, mais de les transformer », n’ont cessé de répéter les intervenants du 2e Africa CEO Forum à Genève. Pour preuve, l’un des pays les plus dynamiques du continent est l’un des plus petits. Il s’agit de l’île Maurice, dépourvue de ressources naturelles. Plutôt que de s’enfermer dans une monoculture de la canne à sucre, ce confetti de l’océan Indien s’est diversifié dans le textile, le tourisme, les services financiers et les technologies de l’information. Et en prime, c’est une vraie démocratie.

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5-Tidjane Thiam, ce prophète dont la France n’a pas voulu
http://www.lepoint.fr/afrique/economie/tidjane-thiam-ce-prophete-dont-la-france-n-a-pas-voulu-13-03-2014-1800396_2033.php
Le Point – Publié le 13/03/2014

Confessions. Ce Franco-Ivoirien surdiplômé dirige le plus gros assureur britannique. Star de la City, il côtoie tous les grands de la planète. Pour « Le Point », il livre ses vérités coup-de-poing.

Tidjane Thiam, 51 ans, directeur général de Prudential, est le premier patron noir d’une entreprise du Footsie, le CAC 40 britannique.

Il parle, encore et encore. D’une voix presque fluette, qui tranche avec son 1,94 m et ce regard fermement planté dans le vôtre. Habité et tellement pressé qu’il lui arrive de manger ses mots. Il faut dire que Tidjane Thiam <http://www.lepoint.fr/tags/tidjane-thiam> a toujours tout fait très vite. À 51 ans, ce Franco-Ivoirien a déjà connu de multiples vies. En Côte d’Ivoire, en France, au Royaume-Uni et un peu partout dans le monde. Né à Abidjan, fils d’un ministre de Félix Houphouët-Boigny, il rejoindra Paris pour ses études. Et quelles études ! Polytechnique, major de l’École des mines, Insead ! Impossible de faire mieux. Après un long passage chez le tout-puissant cabinet de conseil américain McKinsey, il revient en 1994 en Côte d’Ivoire pour développer les infrastructures du pays, puis devient ministre du Plan. Jusqu’au coup d’État de 1999. Retour à Paris, retour chez McKinsey, retour des frustrations. Car, quand ses camarades de promotion se voient harcelés par les chasseurs de têtes, le téléphone de Tidjane Thiam, lui, reste désespérément muet. Alors, pour trouver un poste à sa mesure, le voilà qui franchit la Manche et rejoint l’assureur britannique Aviva. Avant de s’en aller chez le géant Prudential, dont il va prendre la tête en 2009 et ainsi devenir le premier patron noir d’une entreprise du Footsie, le CAC 40 anglais. Il est maintenant à la tête d’un empire de l’assurance, une fierté britannique avec 13 millions de clients en Asie, 4 millions aux États-Unis ou 7 millions au Royaume-Uni. Il est aussi devenu un des phares de la City, côtoie au jour le jour le Premier ministre, David Cameron, ou les grands de ce monde, est invité à déjeuner par la reine, croise régulièrement les princes Charles ou William dans des oeuvres de charité. Par sa culture, sa carrière et son métier, il est surtout devenu un incroyable témoin des mutations radicales du monde, de la puissance de l’économie de marché, des retards européens et des discriminations…

Le Point : La crise financière a débuté voilà cinq ans. A-t-on la certitude qu’il ne se prépare pas, quelque part dans le monde, une nouvelle explosion analogue ?

Tidjane Thiam : Les crises font partie du mode de fonctionnement du système : il en va à cet égard des marchés financiers comme de la nature humaine. En début 2013, à Davos, j’étais à la tribune devant une assemblée de grands patrons et j’ai posé la question suivante à la salle : « Que ceux qui pensent qu’on n’aura plus jamais de crise financière lèvent le bras. » Tout le monde a rigolé, le représentant d’une organisation internationale a levé le bras. Il était seul !

Mais c’est un terrible constat d’échec !
Non, car après se pose la question de leur fréquence et de leur amplitude… Juste après 2008, les régulateurs disaient : « Plus jamais de crise. » On est maintenant passé de cette réaction immédiate et un peu naïve à une réflexion plus intéressante : « Sachant qu’il y aura des crises, comment fait-on pour qu’elles aient le minimum de conséquences, qu’elles ne soient pas systémiques ? » C’est ça, le sujet. C’est ce que j’ai dit aux régulateurs après le tsunami antisystème financier que nous avons subi après la crise.

Quand même, vous ne pouvez pas dire que la régulation ne sert à rien…
Je ne dis pas que la régulation n’est pas justifiée, mais il faut surtout que la croissance reparte, car elle seule permet de résorber les déficits à long terme. Et, si votre secteur financier ne fonctionne pas, vous n’aurez pas de croissance.

On danse donc toujours sur un volcan !
Non ! Le marché a juste du mal à faire des transitions. Passer d’une période de prospérité à la crise, c’était très douloureux. Maintenant, il a du mal à passer de la crise à une période normale : il fonctionne de façon aberrante, en traitant les bonnes nouvelles comme de mauvaises nouvelles, et les mauvaises comme des bonnes ! Car, quand il y a de bonnes nouvelles, le marché baisse de peur que les mesures exceptionnelles mises en place par les banques centrales (taux d’intérêt quasi nuls, programmes d’achat de dettes…, NDLR) soient retirées. Et inversement. En fait, l’économie de marché est un organisme extraordinairement darwinien, évolutif, qui s’adapte à tout. Vous lui mettez des mesures d’exception, tous les acteurs s’y adaptent… Ensuite, c’est dur de réorienter les choses. Mais, moi, je crois que les bonnes nouvelles sont simplement… de bonnes nouvelles.

Ne rien changer serait dangereux ?
Avec le niveau des taux d’intérêt aujourd’hui, presque nuls, on décourage l’épargne alors qu’il faut la récompenser : sans épargne, il n’y a pas d’investissement à long terme ; sans investissement, pas de croissance ; sans croissance, pas d’emploi ; sans emploi, pas de démocratie et pas de stabilité sociale. Tout cela est absolument lié !

On est donc allé trop loin…
J’étais pour ces mesures exceptionnelles au début. Il faut se rappeler la violence de la crise de 2008… Ici, chez Prudential, du 16 septembre au 31 décembre 2008, on se réunissait tous les jours à 7 heures après s’être couchés à 3 ou 4 heures du matin. J’en rigolais parfois en disant qu’une « journée normale est une journée avec une seule faillite ». Cette entreprise a 165 ans et six des dix plus grosses chutes en une séance à la Bourse de son histoire ont été enregistrées pendant cette période-là. Alors que Prudential a connu la guerre de 1870, la Grande Dépression, les deux guerres mondiales, le krach de 1987… Donc, j’étais bien placé pour savoir qu’il fallait des mesures exceptionnelles. Mais je suis aussi bien placé pour savoir qu’il faut, un jour, avoir le courage d’y mettre un terme.

Pour mesurer la croissance mondiale, c’est toujours du côté des États-Unis qu’il faut regarder ?
Encore et toujours. Les États-Unis ont fait deux choses essentielles : ils ont consacré beaucoup d’efforts à redresser leur marché immobilier et ont nettoyé le bilan de leurs banques pour qu’elles puissent de nouveau prêter. Deux conditions absolument nécessaires pour une croissance saine et durable.

Mais les États-Unis laissent filer leur dette, leur déficit public et leur déficit commercial… Et ce n’est pas un problème ?
Non. Car l’économie repose sur la confiance, on le sait tous. Et les gens ont toujours confiance…

Même les Chinois ? Vont-ils continuer à acheter de la dette d’État américaine ?
Mais, sinon, où pourraient-ils mettre leurs excédents ? Ils ont 3 300 milliards de dollars de réserves de change. Wen Jiabao (le Premier ministre chinois entre 2003 et 2013) le sait, il me l’a dit. Pas un seul marché obligataire au monde ne peut absorber de tels volumes, sinon le marché américain ! De l’avantage d’être le plus gros… Les États-Unis ont un autre atout énorme : sur les quinze dernières années, ils ont réinventé Apple, créé Google, Facebook, Twitter… La vraie force de l’économie américaine, c’est son incroyable capacité à innover. Ils vous sortiront toujours un autre Google que personne n’a vu venir. Ils ont aussi cette capacité à attirer les cerveaux. Ce serait d’ailleurs bien que d’autres pays le fassent ! Mais souvent, à commencer par l’Europe, ils ne veulent pas des cerveaux étrangers… Il ne faut donc pas se plaindre que d’autres en tirent profit. Un jour, avec des patrons, on a demandé à Dmitri Medvedev (l’ex-président russe) ce qu’il pensait du fait que Sergueï Brin, le cofondateur de Google, était né en URSS. Eh bien, il était d’accord pour dire que, si Brin était resté en Russie, il n’aurait sans doute pas créé Google.

On vous sent admirateur des États-Unis…
C’est le consommateur américain qui a alimenté la croissance mondiale les dix années qui ont précédé la crise de 2008. Quand les États-Unis portent la croissance mondiale, la Chine en profite, tout le monde est entraîné… Regardez l’élévation de la richesse mondiale totale ! Ce cercle vertueux de la croissance est très positif, à commencer pour les pays émergents.

Justement, la Chine : beaucoup pensent que les années de croissance folle sont finies…
Un jour, c’est évident que la croissance du pays se réduira. Mais on a encore une bonne dizaine d’années à 6 % ou 7 %. J’ai la plus grande confiance dans ce qui se passe là-bas. La croissance de l’Asie, au fond, c’est l’histoire de la mise au travail de cerveaux et de capacités intellectuelles qui n’étaient pas pleinement utilisés jusqu’ici. Tout cela, avec les mouvements massifs de populations des campagnes vers les villes, dans un environnement urbain, où on est forcément bien plus productif. Les migrations internes ne sont pas terminées, il reste donc une incroyable réserve de main-d’oeuvre, mais aussi de gains de productivité et donc de croissance économique.

Mais la dette des provinces chinoises est mal connue, la qualité des créances bancaires fait peur…
Je ne donnerai qu’un chiffre sur la Chine : le taux d’épargne en Chine, c’est 50 % du PIB (contre 15 % en France et 5 % au Royaume-Uni). C’est la meilleure réponse à un éventuel problème ! Ils vivent sur une autre planète économique que nous, ils ont tellement d’épargne qu’ils ne sont pas dépendants de l’extérieur ! Là-bas, les capitaux étrangers ne financent que 2 % des marchés d’actions. Ils n’ont aucune dépendance, ce qui brise toute logique de crise : les capitaux étrangers ne vont pas partir, la monnaie ne va pas s’effondrer, ils sont comme dans un caisson étanche sur ce plan-là !

Les salaires ne cessent d’augmenter en Chine, au point que certains craignent pour sa compétitivité…
C’est très bien. C’est l’histoire de l’économie mondiale. Des emplois sont du coup créés au Cambodge, au Vietnam, en Birmanie… Le but, au final, c’est qu’il y ait du ruissellement, que chacun en profite. Si le niveau de vie s’élève en Chine, c’est la preuve que cela marche ! Ensuite, il y a une chaîne, les emplois repartent dans d’autres pays, sur d’autres continents…

Notamment en Afrique… Les discours optimistes sur le continent africain sont-ils en train de l’emporter sur les pessimistes ?
Permettez-moi d’abord de rappeler que l’Afrique, c’est plus de 30 millions de kilomètres carrés. Soit davantage que les États-Unis, l’Inde, le Brésil et la Chine réunis. Il est donc difficile, voire impossible, de dire des choses sensées sur un tel territoire pris dans son ensemble. Honnêtement, j’ai été assez pessimiste pendant très longtemps. J’ai toujours eu confiance dans le développement de l’Afrique sur le très long terme, mais je ne savais pas si je verrais le décollage africain de mon vivant. J’ai changé d’opinion aux alentours de 2005. Il faut dire que le PIB de l’Afrique a triplé en dix ans ! Les ressources ont toujours été là, mais on a donné aux gens le minimum : de l’éducation, de l’éducation, de l’éducation… En 1960, la Côte d’Ivoire comptait 150 diplômés de l’université. Vous gérez comment un pays avec 150 personnes ? Aujourd’hui, il y a 100 000 nouveaux étudiants chaque année. Le changement d’échelle est colossal. Tout le mécanisme vu dans d’autres parties du monde, de création d’emplois et de richesses, devrait s’enclencher. C’est sûr, cela ne se fera pas sans heurts, il y a les troubles au Mali, en Centrafrique, mais la tendance est là. La terre d’Afrique n’a pas changé, le ciel n’a pas changé, la pluie n’a pas changé, mais les hommes et les femmes, oui.

On vous sent ému…
Parce que, lors de mes premiers pas en 1995 à Davos, en Suisse, les réunions sur l’Afrique étaient organisées dans un sous-sol. Il y avait bien Bill Gates ou George Soros, mais on discutait dans le noir, vraiment. Et, moins de vingt ans plus tard, l’an dernier, j’ai eu l’honneur de coprésider, à Addis-Abeba, le Davos africain. Oui, le Davos africain ! Avec 350 jeunes Africains dans la salle, tous sortis de Yale, Harvard, Princeton, Stanford… Tous extraordinaires et entreprenants ! Si on m’avait dit que je verrais ça un jour !

Vous expliquez que la richesse des uns permet aux autres de s’enrichir. En France, on a souvent l’impression que les riches sont devenus bien plus riches, que les pauvres ont vu leur part stagner…
Le postulat de départ est mauvais : il ne faut pas parler de la manière de partager le gâteau, mais plutôt des moyens de le faire grossir. Le problème de la répartition ne se pose qu’après le problème de la production. Les discours généreux qui se traduisent par la précarisation et la destruction du capital humain, je ne les approuve pas. La première forme d’injustice et de violence vis-à-vis des pauvres, c’est le chômage. Donc des pays à chômage fort ne peuvent pas donner des leçons de répartition. Ce discours fondé sur une supposée générosité se traduit par 25 % de chômage des jeunes !

Regardez le dernier rapport Pisa de l’OCDE. En France, l’équité sociale a baissé, elle est bien au-dessous du Royaume-Uni, cet enfer capitaliste ! Sur l’accès au logement, le chômage, les rémunérations, le Royaume-Uni est devant la France. Promenez-vous dans Londres, on ne croise pas un SDF. Oui, il y a aussi des très riches, mais le 1 % de la population la plus riche paie 30 % de l’impôt sur le revenu, ce qui, franchement, fait du bien aux finances publiques britanniques. Et ce n’est pas ici que des diplômés de l’enseignement supérieur noirs ou maghrébins sont obligés de devenir gardiens de parking…

Contrairement à d’autres pays…
Quand je vais dans des réunions européennes, je suis généralement le seul Noir et je représente le Royaume-Uni. Tous ces autres pays supposés ouverts, qui font beaucoup de social, ont 20 % de leur population qui n’est pas blanche. Mais cette population, où est-elle dans ce genre de réunions ?

Vous n’avez jamais caché être parti de France pour le Royaume-Uni car vous étiez confronté à un « plafond de verre ». On ne vous proposait pas les postes auxquels vous auriez pu aspirer. À Londres, vous n’avez jamais été déçu ?
Je vais vous raconter une histoire. En 2003, j’arrive à Londres. Peu après, le 10 Downing Street, où je ne connaissais personne, m’appelle. Et là, on me dit : « Tony Blair crée une commission sur l’Afrique, il veut que vous en soyez. » Voilà comment je me suis retrouvé à travailler avec Tony Blair, Gordon Brown, des chefs d’État africains. Tony Blair m’a ensuite envoyé devant le Sénat américain pour présenter les conclusions de cette commission. Au nom du Royaume-Uni ! C’est là que j’ai fait la rencontre d’un jeune sénateur nommé… Barack Obama. Qui m’a invité, plus tard, à faire une présentation aux chefs d’État du G8 en 2012 à Camp David, et plus récemment m’a fait venir à la Maison-Blanche pour parler avec lui de l’Afrique, m’a fait travailler avec son équipe sur les besoins énergétiques africains, m’a invité à l’accompagner en Tanzanie en juillet…

Quand on arrive ici, à Londres, avec une culture non britannique, on est surpris ?
Tout est plus international, ouvert. Dans mon comité exécutif, chez Prudential, entreprise symbolique de la culture britannique, car nous sommes une des marques les plus connues du pays, il n’y a presque pas de Britanniques : moi je suis indéfinissable, mon directeur de la communication est irlandais, mon DRH est suisse, mon directeur financier grécochypriote, mon directeur pour l’Asie est américain… Le foot anglais, où les équipes comprennent de nombreux étrangers de grand talent, est une bonne analogie. Il faut qu’on reconnaisse en Europe que ce message peut s’appliquer au-delà des terrains de foot ! Les Noirs et les Maghrébins ne sont pas bons qu’à jouer au foot, que j’aime beaucoup par ailleurs. Ils ont aussi beaucoup à apporter dans les écoles, dans les hôpitaux, dans les entreprises, dans les conseils d’administration…

En clair, au Royaume-Uni, on donne sa chance à tout le monde…
Dans mon entreprise précédente (le britannique Aviva, NDLR), on était huit au comité exécutif. Et, sur ces huit, plusieurs n’étaient pas allés à l’université. Quand on vient du moule français, ne pas pouvoir parler de dérivées secondes ou se lancer dans de grandes formules mathématiques, ça surprend forcément ! Ici, il n’y a pas d’obsession du diplôme, on juge les gens aux résultats ! Parmi les patrons du Footsie, il y a plein de self-made-men.

Vous, le X-Mines, vous ne pouvez pas dire que les diplômes, ça ne compte pas !
Mais, ici, « polytechnics », c’est le nom qu’on donne aux IUT. Donc, parfois, des gens me disent : « Elle est pas mal, ta carrière, pour quelqu’un sorti d’un IUT. » Je n’essaie même plus de leur expliquer ce qu’est Polytechnique en France. Et c’est très bien ainsi ! Attention, je ne critique pas le système français de formation des élites, je lui suis infiniment reconnaissant. Et bien sûr il y a aussi chez Prudential des gens qui ont fait Oxford ou Cambridge. Mais Oxbridge, c’est 6 000 personnes par an, qui étudient trois ans avant d’arriver sur le marché de l’emploi à 21 ou 22 ans, avec un infini respect pour le travail. Quand, en France, les plus grandes écoles – X, Éna, HEC -, c’est un millier de personnes. On s’échine à sélectionner un millier de personnes ! Dans une économie du G7 ! Ce que les gens ne comprennent pas, dans toutes les approches élitistes du monde, c’est qu’il n’y a pas plus grande intelligence que l’intelligence collective. Un polytechnicien, tout polytechnicien qu’il est, sera toujours battu face à dix personnes. Dans une foule, il y a aura toujours quelqu’un connaissant la bonne réponse à chaque question, comme les travaux de l’écrivain James Surowiecki l’ont démontré. Voilà pourquoi, à « Qui veut gagner des millions ? » il faut toujours prendre l’avis de la salle…

Mais, en fait, vous êtes devenu plus britannique que les Britanniques !
Je ne dis pas que c’est le paradis sur terre : ici, le système public d’éducation ne marche pas encore assez bien, il y a eu un sous-investissement dans les infrastructures durant des décennies, le système de santé reste à améliorer… Cela dit, les Britanniques sont très en avance sur le chômage, le cancer de nos sociétés. Regardez ce que le pays a fait. Il est aujourd’hui au bout du tunnel : sa croissance approche 3 %, le chômage est à 7 %… L’austérité, c’est toujours douloureux, mais ça paie.

Le déficit public britannique (6,1 % du PIB en 2013) est quand même presque deux fois plus élevé que le français…
Mais ils partaient de bien plus loin, à cause de la taille disproportionnée du secteur bancaire britannique avant la crise par rapport à la taille de l’économie locale et du sauvetage qu’il a fallu organiser ! Ils ont déjà réduit le déficit public de 6 points de PIB en quatre ans ! Et celui-ci diminue à toute allure ! De toute façon, réduire les déficits, c’est créateur d’emploi. Ici, pour chaque emploi public supprimé, il y a eu trois emplois privés créés ! Et la baisse prochaine du taux de l’impôt sur les sociétés à 20 % porte tout cela : ça va soutenir la croissance, réduire la fraude et, au final, accroître les recettes fiscales et réduire encore plus le déficit…

Et l’Europe continentale ? Et la France ? C’est un vieux pays dans un vieux continent malade ?
L’Europe a apporté un grand nombre des idées et des techniques qui ont permis au monde de se développer tel qu’il est aujourd’hui. Quant à la France… c’est à la fois une grande nation, mon pays, celui de mon père. Si la France n’était pas allée trouver mon père à Dagana, petit village pauvre au bord du fleuve Sénégal, pour le mettre à l’école, eh bien… Mais on sent que, face à un monde qui a beaucoup changé, l’Europe hésite à choisir entre la nécessité de s’ouvrir davantage et la tentation de se replier sur elle-même. Je crois fondamentalement que la fermeture aboutit toujours à l’échec : on devient moins compétitif, plus faible, on s’effondre… Au contraire, il faut amplifier son ouverture, continuer à se développer ailleurs dans le monde, créer des richesses supplémentaires. Car il n’y a pas de solutions aux maux européens sans croissance.

Et pas de croissance sans réformes ?
Évidemment, il n’y a pas de miracles. Tout le monde connaît les réformes Schröder en Allemagne, les pays du sud de l’Europe font des ajustements très importants, mais d’autres restent immobiles… (sourire). Il faut faire des réformes structurelles profondes. Augmenter le coût du travail détruit des emplois, notamment pour les postes non qualifiés. Si le travail est trop cher, il est toujours plus rentable de substituer du capital au travail, de remplacer les emplois par des machines… avec les dégâts sociaux qui s’ensuivent. C’est pour cela que, dans les pays avec des taux de chômage importants, il y a des digicodes partout !

En France, on peine toujours à voir l’intérêt de l’économie de marché…
On n’aime pas la main invisible, on pense que c’est mieux qu’il y ait des technocrates qui décident à trois ce qu’il faut faire… Le marché a ses imperfections, mais c’est le pire des systèmes à l’exception de tous les autres. Il a produit plus de résultats que les prétendus modèles alternatifs. D’une culture à une autre, d’un continent à un autre, d’une période à une autre, il s’adapte partout ! La beauté du marché, c’est que c’est simple, tout le monde le comprend et tout le monde arrive à l’appliquer. Xi Jinping (le nouveau président chinois) l’a dit : « Le marché est la meilleure méthode d’allocation des ressources. » Voilà ce qu’on dit dans la Chine communiste d’aujourd’hui ! Moi, je crois à l’économie de marché, à la concurrence, à la méritocratie, en l’homme comme créature, à la créativité. Je ne suis absolument pas paternaliste, je crois que le rôle des dirigeants, c’est de libérer toutes ces énergies-là et de leur permettre de s’exprimer.

Prudential, vieille dame de la City
C’est un très vieil assureur, né en 1848 à Londres, qui a accompagné la révolution industrielle britannique avant de partir à la conquête du monde. Jusqu’à devenir, aujourd’hui, une des 20 plus grosses entreprises du royaume, pesant en Bourse presque 40 milliards d’euros. Un géant ayant plus de 21 millions de clients, qui repose sur quatre piliers : l’Asie, où il est présent dans treize pays et réalise déjà un tiers de ses profits, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la gestion d’actifs. Son cours de Bourse a quadruplé depuis 2009.

Conseiller de Cameron
Tidjane Thiam a beau ne pas être britannique, il siège au Conseil consultatif du Premier ministre, David Cameron, qui rassemble des dirigeants d’entreprises de toute taille et de toute nationalité. Outre Cameron, sont aussi présents à ces réunions le vice-Premier ministre, Nick Clegg, le ministre de l’Economie, George Osborne, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, ou encore l’Indien Ratan Tata et l’Allemand Tom Enders (EADS). » Les bons résultats du Royaume-Uni tiennent surtout à la qualité du dialogue entre les décideurs politiques et les décideurs du secteur privé, ceux-là mêmes qui peuvent investir et créer des emplois « , explique Tidjane Thiam. La veille de notre entretien, il a dîné aussi avec le… chef de file de l’opposition, le travailliste Ed Miliband.

2,5 milliards de livres sterling
Tel a été le résultat opérationnel de Prudential lors de l’exercice 2012. Un chiffre qui devrait encore croître cette année : au premier semestre 2013, le résultat opérationnel a atteint 1,41 milliard de livres.

379 %
C’est la progression de l’action Prudential depuis l’annonce de la nomination de Tidjane Thiam à sa tête en mars 2009. Sur la même période, l’indice de la Bourse de Londres a gagné 85%, tandis que celui rassemblant les principaux assureurs européens a crû de 123%.

De la Côte d’Ivoire à la City
1962 Naissance en Côte d’Ivoire. 1984 Diplômé de Polytechnique. Il sort ensuite major des Mines, puis obtient un MBA de l’Insead. 1986 Rejoint McKinsey Paris. 1994 Retour en Côte d’Ivoire, où il deviendra ministre du Plan et du Développement. 2000 Revient chez McKinsey Paris. 2002 Part pour Londres, chez l’assureur britannique Aviva. 2008 Devient directeur financier de Prudential. 2009 Nommé directeur général de Prudential.

AIA, l’occasion du siècle ratée
Ce 1er mars 2010, la City de Londres, pourtant habituée aux coups de tonnerre, reste stupéfaite. Voilà à peine cinq mois que Tidjane Thiam a pris la tête de Prudential et il met la somme colossale de 35 milliards de dollars sur la table pour racheter AIA, la filiale asiatique de l’américain AIG. Tout simplement le plus gros deal de l’histoire de l’assurance. Mais l’affaire capotera trois mois plus tard. Trop cher, jugent des actionnaires de Prudential. Dommage, vraiment dommage. Car AIA vaut désormais deux fois plus que le prix négocié par Thiam.

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6-Afrique : contrefaçon, cette gangrène
http://www.lepoint.fr/afrique/economie/afrique-contrefacon-cette-gangrene-20-03-2014-1803371_2033.php
Le Point.fr – Publié le 20/03/2014 à 11:52

Son coût économique élevé et le danger qu’elle représente pour la santé publique en font un véritable fléau pour le continent.
Le port de Lomé est un des lieux où la contrefaçon sévit.

Depuis dix ans, la contrefaçon a envahi les marchés africains. Médicaments, produits alimentaires de première nécessité tels que le lait, le sucre, l’huile, mais aussi textiles, cosmétiques, téléphones mobiles, pièces détachées et accessoires automobiles, la liste des produits concernés est longue et touche aussi bien la marchandise que les emballages et les marques. Un fléau d’une telle ampleur qu’il est difficile pour les Africains de distinguer les originaux de leurs copies. Certaines femmes se retrouvent le visage brûlé par des cosmétiques frelatés, des enfants ont la bouche boursouflée à cause d’une fausse pâte de dentifrice, bourrée d’acide. « Ma fille d’un mois et demi a les fesses brûlées, avec ma femme, nous n’arrivons pas à trouver de vraies couches », se révolte un jeune papa congolais. Les pharmaciens eux-mêmes avouent ne pas toujours parvenir à reconnaître le vrai du faux, faute de moyens.

Alors que la contrefaçon est estimée à 10 % au niveau mondial, elle atteint 30 à 80 % des produits vendus sur le continent en fonction des secteurs, 60 % pour les médicaments, selon les organisations internationales. « Il est difficile de faire des statistiques exactes, mais on peut considérer que la majorité des produits vendus sur le marché sont des contrefaçons », déclare le Pr Denis Bohousso, directeur général de l’OIPI, l’Office ivoirien de la propriété intellectuelle. Produits dilués, dénués de substance active ou carrément nocifs, rien n’arrête les trafiquants de marchandises frauduleuses. La craie et les produits toxiques se substituent aux médicaments, des produits chimiques dangereux sont utilisés pour teindre les tissus, le liquide de frein est inefficace. « L’impact de la contrefaçon sur la santé des consommateurs est très grave et provoque des allergies, du diabète, des problèmes rénaux et même des cancers », déclare Aladjou T-Agouta, directeur général de l’Association togolaise de consommateurs.

Enjeu de santé publique, la contrefaçon a également un impact économique. Le manque à gagner pour les caisses de l’État et les citoyens est énorme. Le ministère ivoirien de l’Économie a estimé les dommages subis à 780 milliards de francs CFA par an, soit 7,46 % du PIB. Sans compter le risque pour l’industrie naissante. Ces dix dernières années, le Nigeria a perdu 150 000 emplois dans le secteur du textile à cause de la contrefaçon. Certains fleurons de l’industrie locale ont même disparu et le chiffre d’affaires d’Uniwax, leader du pagne en Côte d’Ivoire, a été divisé par deux depuis les années 2000.

Elle profite de la porosité des frontières
À l’origine de ce fléau, la faiblesse du pouvoir d’achat de la population, qui se tourne vers des produits moins chers. Surtout, la porosité des frontières, qui trouve sa source dans une corruption endémique. Quelques interventions ont bien eu lieu. En avril 2013, 110 millions de préservatifs défectueux ont été saisis au Ghana. Deux mois plus tard, 550 millions de médicaments ont été interceptés sur le continent lors d’une opération coordonnée par l’Organisation mondiale des douanes. Mais les opérations n’aboutissent pas toujours. Récemment, l’ordre a été donné de restituer une saisie de textile au Togo, alors qu’une importatrice proche du pouvoir faisait partie des receleurs.

À Lomé, capitale du Togo, des conteneurs estampillés « China shipping » sont débarqués par milliers sur les rives. Lomé, l’un des ports en eaux profondes de l’Afrique de l’Ouest, alimente par les axes routiers le Ghana, le Bénin et la Côte d’Ivoire. Autres portes d’entrée de la contrefaçon : le Sénégal, la Gambie et la Guinée, où la contrefaçon transite pour ensuite repartir vers le Niger, le Mali et le Burkina Faso. In fine, les marchandises copiées bénéficient souvent des mêmes réseaux que les originales. Un phénomène facilité par des importateurs à double casquette. « Revers de la mondialisation, il s’agit d’une chaîne internationale du crime qui bénéficie du laxisme ambiant et de complicités locales. Hauts responsables, forces de l’ordre, douaniers et directeurs de port sont corrompus », affirme Jean-Michel Lavoizard, directeur général du cabinet d’intelligence économique et d’investigation Aris-Intelligence. L’origine de ce trafic varie. Si la Chine et la Thaïlande fabriquent les produits manufacturés et le textile, l’Inde possède des laboratoires pharmaceutiques capables de diffuser des copies de médicaments génériques et de cosmétiques, ainsi que de l’électronique. Le Brésil et la Colombie sont plutôt spécialisés dans l’agroalimentaire. Des filières de plus en plus sophistiquées et surtout difficilement traçables. « Il est devenu vain de chercher des mouvements financiers entre l’origine et la destination des trafics. Ils reposent sur des modes de financement dématérialisé, par des compensations de diverses natures en bout de chaîne », analyse Jean-Michel Lavoizard. Un procédé qui permet de transférer la responsabilité d’un paiement à un tiers.

La contrefaçon, un business plus juteux et moins risqué que la drogue
Plus florissant, et surtout bien moins sanctionné, le business de la contrefaçon a désormais dépassé le trafic de drogue sur le continent africain. « Les contrefacteurs sont tolérés et les peines ne sont pas suffisamment dissuasives, affirme le Pr Denis Bohousso. Résultat, les réseaux se reconvertissent. La contrefaçon n’est plus artisanale, mais a pris des dimensions industrielles. « La contrefaçon profite à des multinationales du crime, y compris les organisations terroristes islamistes telles que Boko Haram et al-Qaida au Maghreb islamique. Celles-ci sont à des points de convergence et de passage non contrôlés sur la route des trafics », indique Jean-Michel Lavoizard.

Alors que les pouvoirs publics sont complètement dépassés par l’ampleur du phénomène, ce sont les marques qui s’emparent du problème, décidées à défendre leurs intérêts économiques. Des partenariats public-privé voient le jour afin de mettre en place des formations à destination des magistrats et douaniers. Une coalition anti-contrefaçon entre les grandes entreprises directement affectées et les acteurs de la société civile est en train de voir le jour à Abidjan, sous l’impulsion du think tank ivoirien Audace Institut Afrique. L’objectif : faire pression sur les autorités. Une bataille qui reste malheureusement encore trop motivée par la défense des intérêts commerciaux plutôt qu’humains.

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7-Commerce de détail : les gros potentiels
http://www.lepoint.fr/afrique/economie/commerce-de-detail-les-gros-potentiels-africains-19-03-2014-1802842_2033.php#xtor=EPR-6-[Newsletter-Mi-journee]-20140322
Le Point.fr – Publié le 19/03/2014

Rwanda, Nigeria et Namibie sont les champions du continent, selon l’indice ARDI pour l’Afrique subsaharienne
Cageots de tomates avec leurs dans un marché au Kenya.

L’étude vient d’être publiée et son auteur, le cabinet A.T. Kearney, désigne la Tanzanie, le Gabon et le Ghana comme les challengers des pays qui occupent le podium : Rwanda, Nigeria, Namibie. Bien qu’elle soit la première puissance économique du continent, l’Afrique du Sud n’arrive qu’en 7e position. Explication donnée par le cabinet international en stratégie : « Le caractère déjà développé de son marché de détail « . De quoi comprendre qu’à travers son indice, A.T. Kearney veut les marchés les plus matures et ainsi guider les détaillants vers les marchés les plus prometteurs du continent. « Quatre critères sont pris en compte dans ce classement établi à partir de l’indice ARDI (African Retail Development Index) », indique-t-il. D’abord, la taille du marché, ensuite, son niveau de saturation, puis le risque-pays, enfin, les contraintes de temps. À ce jeu, le Botswana occupe la 8e position dans ce premier indice de développement du commerce de détail en Afrique subsaharienne, devant le Mozambique. L’Éthiopie complète le top 10 de ce classement.

L’Afrique, un continent à très fort potentiel
Selon l’Agence Ecofin qui cite le cabinet A.T. Kearney, « le Rwanda tient le haut du pavé en raison notamment de l’efficacité du gouvernement et la solidité des indicateurs macroéconomiques qui mettent en valeur les nombreuses opportunités existantes pour les détaillants internationaux capables d’offrir des produits de consommation courante ». Sur un autre plan, bien qu’il soit le pays le plus peuplé d’Afrique avec 170 millions d’habitants, le Nigeria occupe la deuxième marche du podium « en raison notamment de l’opacité des règles, la congestion des ports et le manque de terres nécessaires à la construction de centres commerciaux », si l’on en croit les auteurs de l’indice ARDI. Ce qui frappe donc, c’est qu’il y a d’importantes différences entre les pays en termes d’infrastructures et de chaînes d’approvisionnement. Comme le dit Bart van Dijk, associé chez A.T. Kearney, l’enjeu central est de décrypter le potentiel réel de chaque pays et de prendre ou pas la décision de développer la vente au détail.

Il y a quand même quelque chose qui va bien avec l’ambiance d’afro-optimisme que vit le continent africain actuellement. C’est qu’au regard de l’indice ARDI il est riche en opportunités. « Pour les acteurs locaux et régionaux, pour les grandes marques mondiales et les gros détaillants aussi », précise le cabinet, qui rappelle que « les dépenses des consommateurs africains atteindront bientôt 1 000 milliards de dollars ».

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8-Éthiopie : les chantiers de l’émergence
http://www.lepoint.fr/afrique/economie/afrique-le-nouveau-visage-de-l-ethiopie-14-03-2014-1801015_2033.php
Le Point.fr – Publié le 14/03/2014

Les autorités ont lancé des travaux tous azimuts pour faire entrer le pays dans le club des nations à revenu intermédiaire d’ici à 2025.
Une rue d’Addis Abeba.

Aux quatre coins d’Addis Abeba, les silhouettes des grues surplombent la crête des immeubles, des rectangles de béton poussent, entourés d’échafaudages de bois, sur fond de bruit permanent de marteaux-piqueurs et d’excavatrices qui creusent des ruelles de terre bientôt bitumées. La capitale éthiopienne s’est transformée en gigantesque chantier et mue à toute vitesse, locomotive d’un pays en pleine modernisation. « Depuis cinq ans, le changement est énorme », explique Berhanu Kassa, directeur de l’entreprise BB Construction, sur le site de son dernier projet, un immeuble de commerces et de bureaux sur l’une des principales artères de la capitale.

Le gouvernement a de son côté lancé plusieurs chantiers de plusieurs milliards de dollars – routes, lignes de chemin de fer et projets d’électrification massive – à travers le vaste pays de 91 millions d’habitants, que le gouvernement est décidé à faire entrer d’ici 2025 dans le club des nations à revenu intermédiaire. Les autorités éthiopiennes comptent sur ses grands travaux pour doper une croissance déjà très dynamique, que le Fonds monétaire international (FMI) estime à environ 7 % annuelle.

« Pénurie d’énergie »
« Le principal moteur de la transformation économique, ce sont les infrastructures », explique Zemedeneh Negatu, du cabinet de conseil et d’audit Ernst & Young en Éthiopie. « Le talon d’Achille de l’Afrique est (…) la pénurie d’énergie, la pauvreté du réseau routier, le manque de tout ce qui est nécessaire pour transformer votre économie. » L’emballement des chantiers immobiliers à Addis Abeba est alimenté par une politique volontariste des autorités qui ont multiplié les mesures incitatives – en accordant des exonérations d’impôts ou en accordant des baux à long terme et à des taux intéressants pour les terrains, propriété de l’État en Éthiopie.

Les analystes soulignent cependant que l’explosion du secteur de la construction est aussi le symptôme de la faiblesse du système financier local, qui offre peu d’opportunités d’investissement. L’immobilier « est l’investissement le plus attractif dans le pays actuellement, vu qu’il n’existe pas de marché financier fonctionnant correctement, explique le représentant du FMI en Éthiopie, Jan Mikkelsen. Il n’y a pas de marchés financiers, pas de Bourse, donc les investissements immobiliers semblent être les plus attrayants. »

Chômage élevé
Immobilier et grands travaux ont permis de créer quatre millions d’emplois ces trois dernières années, assurent les autorités. Le chômage reste élevé – environ 25 % de la population active éthiopienne -, mais est passé d’environ 23 à 17,5 % de 2004 à 2012 dans les zones urbaines, abonde le FMI. M. Mikkelsen met cependant en garde contre une monopolisation excessive des ressources dans les projets d’infrastructures, au détriment d’autres secteurs. « Il y a un besoin de constructions, mais il y a évidemment une limite à ce que vous pouvez en retirer et ce sont des ressources potentielles qui auraient pu être utilisées à d’autres fins, comme des activités exportatrices, étant donné le besoin urgent de devises », estime-t-il, rappelant que, selon le FMI, les importations de l’Éthiopie représentent quatre fois ses exportations.

Tout en reconnaissant que la politique des autorités a permis de réduire la pauvreté, le FMI s’inquiète surtout de l’hégémonie du secteur public dans l’économie et appelle à « faire de la place au secteur privé ». L’ambitieux plan gouvernemental de transformation et de croissance (GTP), lancé en 2010, menace en effet de rapidement enfler la dette publique du pays – prévue pour atteindre cette année 44 % du PIB, selon le FMI, qui souligne également que certains chantiers publics peinent à être financés.

« Sans une place plus importante pour le secteur privé, la réalisation des objectifs du GTP pourrait s’avérer aléatoire », écrit le FMI dans un récent rapport. Pour l’heure, les compagnies qui se sont fait une place dans le marché de la construction se frottent les mains. « Nous sommes occupés, parfois au-delà de nos capacités », constate M. Berhanu, soulignant que son entreprise est passée de 3 salariés à plus de 300 en vingt ans. Mais il estime aussi participer en retour à la croissance de l’économie éthiopienne et à l’amélioration du niveau de vie.

« J’embauche beaucoup d’ouvriers, j’utilise des matériaux locaux, j’engage de nombreux sous-traitants locaux et, grâce à cela, nous nous développons tous ensemble et le pays en tire profit, dit-il. Ce qu’il faut retenir surtout, c’est que vous ne reconnaîtrez pas Addis d’ici dix ans, ce sera une ville totalement différente. »

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9-Le Mozambique bénéficierait d’une croissance économique de 8% en 2014
http://www.afriquinfos.com/articles/2014/3/15/mozambique-beneficierait-dune-croissance-economique-2014-247768.asp
Samedi 15 mars 2014

MAPUTO (Xinhua) – Le Mozambique maintiendra sa performance économique en 2014 avec un taux de croissance de 8%, estime le Fonds monétaire international (FMI).

Pêche traditionnelle au Mozambique

Le Mozambique semble pouvoir contrôler l’inflation cette année, a déclaré Doris Ross, chef d’une mission du FMI, rappelant que le risque d’inflation dans les pays voisins, notamment l’Afrique du Sud.

Le FMI préconise aussi une plus grande transparence et prudence dans la rectification du budget.
Le ministre mozambicain des Finances, Manuel Chang, a déclaré que le charbon, les transports et communications, les services financiers et la construction ont contribué le plus à la croissance du PIB du Mozambique, ajoutant que les réserves de change s’élèvent à 2.996 billions de dollars américains.

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10-Homophobie en Ouganda : Orange retire sa publicité dans Red Pepper
http://www.afrik.com/homophobie-en-ouganda-orange-retire-sa-publicite-dans-red-pepper
mardi 11 mars 2014

Le groupe français de télécom, Orange, a décidé de retirer ses campagnes publicitaire de Red Pepper, le journal ougandais qui a publié fin février une liste de supposés homosexuels.
En signe de contestation au projet de loi anti-homosexuel promulgué fin février en Ouganda par le président Museweni <http://www.afrik.com/homosexualite-> , le géant français des télécoms, Orange, a annoncé son intention de retirer ses campagnes publicitaires du tabloïd Red Pepper. C’est ce journal qui a publié dès le lendemain de la promulgation une liste de 200 personnes prétendument homosexuelles <http://www.afrik.com/ouganda-un-tabloid-divulgue-les-noms-de-200-homosexuels?var_mode=calcul> .

Cette publication polémique a suscité une vague d’indignation à l’international. L’association All Out qui défend les droits des homosexuels avait lancé une campagne afin d’encourager Orange à retirer les budgets publicitaires confiés à Red Pepper. Etant donné le nombre important de signatures recueillis, plus de 77 000, Orange s’est résigné à se plier à la revendication d’All Out.

Dans un mail adressé aux dirigeants d’All Out, le groupe français précise que les publicités parues dans Red Pepper ne valaient pas caution de sa ligne éditoriale et qu’il protège et soutient ses salariés partout dans le monde.

Mais le retrait financier d’Orange de ce journal ougandais n’est pas si significatif que cela. En effet, le budget alloué par le groupe français à Red Pepper ne représente qu’une petite partie de ses investissements dans la publicité en Ouganda. Mais aussi et surtout parce que le contrat qui lie les deux entités expirait le 6 mars. Orange n’a donc tout simplement pas renouvelé le contrat.

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11-Golfe de Guinée : Epicentre de la piraterie mondiale
http://afriqueinside.com/focus/golfe-guinee-nouvel-epicentre-piraterie-mondiale/
15 mars 2014

Selon le Bureau maritime international, le golfe de Guinée a connu un nombre plus élevé d’attaques que les côtes est-africaines, avec 58 incidents enregistrés en 2012. 966 marins y ont été attaqués contre 851 la même année au large des côtes somaliennes, jusque-là considérées comme la zone la plus dangereuse au monde.
Corymbe : exercice de lutte contre la piraterie grandeur nature.

Le constat est inquiétant. La piraterie maritime dans la Corne de l’Afrique semble marquer le pas, en revanche elle progresse en Afrique de l’ouest au point que la région est désormais considérée comme l’un des épicentre du phénomène.

Pour l’essentiel, les actes de pirateries observés en Afrique de l’ouest résultent de troubles liés à l’industrie pétrolière. En raison de l’explosion du marché noir dans la région, les faits concernent essentiellement les attaques de navires. On imagine alors un marché parallèle alimenté par la contrebande de pétrole dans la région. Les attaques sont diverses et dépendent de la région visée. Ainsi, au large de la Somalie, il s’agit principalement d’enlèvements contre une rançon. En Extrême-Orient, les détournements visent à s’emparer des navires ou de leurs cargaisons. Hors entre 2011 et 2012, les détournements recensés par le Bureau international maritime ont eu lieu dans trois pays d’Afrique de l’ouest le Nigéria, le Bénin et le Togo. Dans ces pays, les détournements représentent 63 % des attaques les plus récentes. Tous concernaient des pétroliers transportant vraisemblablement des produits pétroliers raffinés. Un phénomène récent car jusqu’ici l’Afrique de l’ouest était frappée par de simples vols en mer.

Tentative de coopération sous-régionale pour lutter contre la piraterie
En 2011, le Bénin a enregistré un pic. Pas moins de 22 actes de piraterie ont été recensés au large des côtes béninoises. Jusque là pourtant, celles-ci avaient été relativement épargnées par la piraterie monnaie courante au large de Lagos, la capitale économique du Nigeria. Le président béninois Boni Yayi, partisan d’une coopération sous-régionale forte en matière de lutte contre la piraterie, a saisi la même année le Conseil de sécurité des Nations Unies pour mobiliser des moyens afin de bouter hors des côtes du Golfe de Guinée, les pirates. A plusieurs reprises, il a exhorté la France à soutenir la lutte contre la piraterie dans la région.

Depuis 1990, l’hexagone maintient une présence permanente dans le Golfe de Guinée dans le cadre de la coopération militaire. Il s’agit de la mission Corymbe. Au moins un officier de la marine française réside dans chaque pays riverain du golfe de Guinée. La France participe également à la formation d’experts pour veiller sur la sécurisation des eaux territoriales des pays concernés. Elle a d’ailleurs participé activement au Sommet sur la sécurité maritime dans le Golfe de Guinée organisé en Juin 2013 à Yaoundé au Cameroun. Un sommet inédit tripartite entre membres de la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (CEEAC), de la communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest, (CEDEAO) et de la commission du golfe de Guinée la Cgg. Il s’agit d’ une volonté onusienne par la résolution 2039.

Parmi les propositions, un code de conduite relatif à la prévention et à la répression d’actes de piraterie dans la mer contre les navires et les activités illicites maritimes en Afrique Centrale et de l’Ouest. En février dernier, l’International Quality and Productivity Center (IQPC) a organisé à Casablanca sur le sol marocain, la conférence AFSEC 14 (African Electronical Standardization Commission) sur les priorités en matière de sécurité maritime. L’occasion pour les pays riverains du Golfe de Guinée de réfléchir et proposer les meilleures pratiques pour mettre en œuvre la stratégie commune adoptée en juin 2013 à Yaoundé.

Les pays de la sous-région ont convenu d’installer un centre de coordination des actions de sécurisation au Cameroun. Ce n’est pas un hasard, le Cameroun est réputée pour son efficacité à lutter contre les actes de piraterie en mer. Le pays dispose en effet de la BIR, la brigade d’intervention rapide déployée pour sécuriser les frontières terrestres et appuyer la marine contre la criminalité maritime. Par ailleurs, le Tchad a proposé une force d’intervention rapide pour lutter efficacement contre la piraterie. Cette solution reste encore en suspens car le Cameroun a exprimé la volonté de mettre en avant sa BIR. De plus, la mobilisation des forces militaires sur le terrain des crises en Afrique notamment en Centrafrique constitue une priorité.

La coopération en matière de lutte contre la piraterie se heurte à un manque de volonté politique. Si les états expriment une réelle motivation, ils restent plus attachés encore à leur souveraineté maritime. C’est le cas du Nigeria ou de l’Angola. Et cela freine l’action concertée des organismes régionaux pas toujours faciles à contrôler.

Près d’un an après le sommet sur la sécurité dans le Golfe de Guinée, la mise en œuvre du plan commun de lutte contre la piraterie reste encore à finaliser même si les protagonistes de Yaoundé se sont donnés trois ans pour appliquer une stratégie commune et concrétiser ainsi une coopération sécuritaire intégrée dans la sous-région.

Voir :
AFP Vidéos : Alerte à la piraterie en hausse dans le Golfe de Guinée
http://fr.news.yahoo.com/video/alerte-%C3%A0-la-piraterie-en-182058670.html

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12-Eko Atlantic City, le futur Dubaï de l’Afrique
http://www.slateafrique.com/432771/eko-atlantic-city-futur-dubai-afrique <http://www.slateafrique.com/432771/eko-atlantic-city-futur-dubai-afrique>
23/01/2014

La presqu’île artificielle qui se construit dans la baie de Lagos témoigne des profondes inégalités de la société nigériane.

 

Ce n’est encore qu’une étendue de sable aux confins de Lagos, mais Eko Atlantic <http://www.ekoatlantic.com/> va bientôt prendre de la hauteur. Prévue pour accueillir une foule de buildings pharaoniques, cette presqu’île artificielle qui gagne du terrain sur l’océan, risque de faire de l’ombre à la capitale économique du Nigeria. Ou de mettre en lumière ses problèmes… Car l’éclat de ce projet fou, rêvé éveillé de deux entrepreneurs d’origine libanaise, contraste avec le dénuement des quelques 100 millions de Nigérians qui vivent avec moins d’un dollars par jour (près de 60% de la population).

Loué pour son climat d’investissement prometteur, le futur «Dubaï de l’Afrique» est aussi décrié en raison de son penchant élitiste. Le fait qu’Eko Altantic sera administré par le secteur privé, laisse en effet peu d’espoir aux habitants des bidonvilles qui sont régulièrement démantelés par la police d’y trouver résidence. Mais il semble bien que ce ne soit pas l’ambition de ses géniteurs, qui prévoient d’y construire de nombreux appartements de luxe. Un choix qui risque d’aggraver la ségrégation sociale, considère The Guardian <http://www.theguardian.com/environment/true-north/2014/jan/21/new-privatized-african-city-heralds-climate-apartheid> , qui parle du projet comme d’«une insulte architecturale aux conditions de vie des nigérians ordinaires».

L’avancée du chantier. Crédit : www.ekoatlantic.com <http://www.ekoatlantic.com>

Voir la vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=OCrGBd-JJUQ

Présenté sous les traits d’«une ville durable, économe en énergie», appelé à devenir le nouveau centre financier de l’Afrique de l’Ouest en 2020, le projet est sujet à caution.

«Les milliers de personnes qui vivent près du site s’attendent à ce que la ville entraîne leur déplacement, plutôt que la prospérité, assène le défenseur de l’environnement Nnimmo Bassey. Construire Eko Atlantic est contraire à tout ce qu’il faudrait faire pour lutter contre le changement climatique et l’épuisement des ressources.» Pour le Guardian, il s’agit d’un pas, vers l’«apartheid climatique».

Les concepteurs d’Eko Atlantic, Ronald et Gilbert Cahgoury, se retrouvent aussi dans le viseur du quotidien britannique pour la proximité qu’ils entretiennent avec les élites nigérianes. Un temps conseiller du président béninois Mathieu Kérékou, Gilbert a aussi travaillé auprès de l’ex-président nigérian Sani Abacha, célèbre pour son autoritarisme et ses millions de pétrodollars dissimulés à l’étranger <http://allafrica.com/stories/201311260495.html> . Et comme au Nigeria, les affaires ont souvent la couleur de l’or noir, Eko Atlantic a déjà réservé des bureaux dans un immeuble de 15 étages à une société de négoce de pétrole et de gaz britannique.

Lire aussi :
Eko Atlantic : quand Lagos se rêve en Dubaï africaine
http://www.agenceecofin.com/les-echos/2803-9861-eko-atlantic-quand-lagos-se-reve-en-dubai-africaine

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13-Au moins 100 morts dans des violences interethniques au Nigeria
http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/Au-moins-100-morts-dans-des-violences-interethniques-au-Nigeria-2014-03-16-1121300
16/3/14

Des hommes armés ont rasé trois villages, samedi 15 mars, dans le centre du Nigeria, tuant au moins 100 personnes, dans un contexte de fortes tensions entre communautés de la région.
Une quarantaine d’hommes armés de fusils et de machettes ont attaqué trois villages – Angwan Gata, Chenshyi et Angwan Sankwai – dans la nuit du vendredi 14 au samedi 15 mars, dans le centre du Nigeria. Ils ont ouvert le feu sur des habitants à leur domicile avant de brûler les maisons. Les assaillants ont tué au moins 100 personnes, selon Yakubu Bitiyong, député de l’État de Kaduna.

Le porte-parole de la police d’État, Aminu Lawan, a confirmé ces attaques, mais n’a pas voulu communiquer un bilan des victimes. Il a également refusé de donner des précisions sur l’origine des assaillants, alors que la population locale, majoritairement chrétienne, accuse les éleveurs musulmans fulanis d’être les auteurs des attaques.

Le village de Chenshyi, où au moins 50 personnes ont péri, a été le plus durement touché, selon Adamu Marshall, le porte-parole de l’Union du peuple de Kaduna Sud (SOKAPU), une association politique et culturelle de la région, dont le bilan concorde avec celui du député Bitiyong.

« Les assaillants ont volé de la nourriture et mis le feu aux granges, a-t-il déclaré à l’AFP. Les gens sont encore cachés dans les buissons, ils ont peur de rentrer chez eux. »

Cette série d’attaques est la plus meurtrière dans le sud de l’État de Kaduna depuis les violences post-électorales qui avaient fait plusieurs centaines de morts en 2011.

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14-Guinée : le virus Ebola a atteint la capitale, la maladie expliquée en infographie
http://lci.tf1.fr/monde/afrique/guinee-le-virus-ebola-a-atteint-la-capitale-msf-renforce-ses-equipes-8388003.html
Edité par Nicolas FERTIN avec AFP le 23 mars 2014

L’unicef a indiqué dimanche que l’épidémie de fièvre Ebola qui sévit depuis le 9 février dans le sud de la Guinée et a fait plus de 80 morts a atteint la capitale guinéenne.
<http://openad.tf1.fr/5c/MYTF1NEWS/monde/afrique/papiervideo/641323907/Top3/default/empty.gif/574e46634a464c3469697741424e3567?x>

Le virus Ebola a désormais atteint la ville de Conakry, la capitale de la Guinée qui compte 1,5 million d’habitants. L’organisation humanitaire a indiqué dimanche que les premiers foyers d’infection, jusqu’alors recensés dans le sud du pays s’étaient encore étendus.

« Ces derniers jours, la fièvre hémorragique mortelle s’est rapidement répandue des préfectures de Macenta, Guéckédou et Kissidougou (sud) à la capitale, Conakry », déclare l’Unicef dans un communiqué. Conakry, vaste ville située sur la côte Atlantique, compte 1,5 à deux millions d’habitants, selon les estimations. « En Guinée, un pays dont les infratructures sanitaires sont déjà faibles, une maladie comme celle-ci peut être dévastatrice », souligne le Dr Mohamed Ag Ayoya, représentant de l’Unicef en Guinée, cité dans le communiqué.
Confirmation qu’il s’agit bien du virus Ebola. Vendredi, des analyses effectuées en France ont confirmé que le virus était bien le virus Ebola. « Dans la journée de vendredi nous avons eu les premiers résultats venus de Lyon qui nous ont annoncé la présence du virus de la fièvre Ebola comme étant à l’origine de cette flambée de fièvre fébrile en Guinée forestière principalement », a déclaré le Dr Sakoba Kéita, le chef de la division prévention au ministère guinéen de la Santé.

Infographie : comment se transmet le virus
59 morts. Le virus Ebola, qui a fait au moins 59 morts dans le sud de la Guinée depuis début février, figure parmi les plus contagieux et mortels chez l’homme, selon l’Organisation mondiale de la santé. Le virus Ebola se manifeste par une poussée de fièvre, des diarrhées, des vomissements, une fatigue prononcée et parfois un saignement. Il figure parmi les plus contagieux et mortels chez l’homme, selon l’Organisation mondiale de la santé. Il n’existe aucun traitement ni vaccin. Les autorités guinéennes peinent à faire face à l’épidémie. « Nous sommes débordés sur le terrain, nous luttons contre cette épidémie avec les moyens du bord, avec le concours des partenaires » a reconnu samedi soir le Dr Keita.

MSF envoie des renforts. L’ONG Médecins Sans Frontières a annoncé le lancement d’une intervention d’urgence dans le pays. « Vingt-quatre médecins, infirmiers, logisticiens et spécialistes de l’hygiène et de l’assainissement sont déjà sur place alors que d’autres personnes vont renforcer l’équipe au cours des prochains jours », a précisé MSF dans un communiqué. En collaboration avec le ministère de la Santé guinéen, « MSF a mis en place une structure d’isolation des cas suspects à Guéckédou, et se prépare à faire de même à Macenta », deux localités de la région de Nzérékoré, a ajouté l’ONG qui recherche aussi les personnes susceptibles d’avoir été infectées lors de contacts avec des patients. Environ « 33 tonnes de matériel » vont être acheminées par deux avions au départ de la Belgique et de la France, a-t-elle ajouté.

Les malades traités gratuitement. De leur côté, les autorités guinéennes ont décidé le « traitement gratuit de tous les malades dans les centres d’isolement » et le « recensement de toutes les personnes qui ont eu des contacts directs avec les malades décédés et ceux présentant les signes » de la maladie. Le gouvernement a invité les populations à la vigilance et à prendre les mesures préventives adéquates. Il a demandé aux services de santé de prendre toutes les dispositions nécessaires pour contenir la maladie et signaler tout cas suspect aux autorités sanitaires.

L’ambassade de France à Monrovia, capitale du Liberia voisin, a conseillé aux Français de ne pas se rendre dans les zones touchées en Guinée ni dans les zones du nord du Liberia proches de la frontière entre les deux pays.

Lire aussi :
Après la Guinée, des cas suspects d’Ebola détectés au Liberia
http://www.courrierinternational.com/depeche/newsmlmmd.urn.newsml.afp.com.20140324.81323f6d.a520.4610.af6c.da512dc7705b.xml
La fièvre Ebola inquiète la Côte d’Ivoire
http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2014/03/24/97001-20140324FILWWW00402-la-fievre-ebola-inquiete-la-cote-d-ivoire.php

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15-Des chenilles pour nourrir les Burkinabés
http://www.youphil.com/fr/article/05240-des-chenilles-pour-nourrir-les-burkinabes?ypcli=ano
Rédaction Fanny Roux 16/10/2013

Zoom sur un projet burkinabé qui associe lutte contre la malnutrition et innovation sociale.

Une femme burkinabé fabrique du beurre de karité, arbre sur lequel vivent les chenilles.

Ils sont deux, au début, à avoir perçu l’abondance des chenilles de karité dans l’Ouest du Burkina Faso comme une solution pérenne et adaptée pour lutter contre la malnutrition. Ce problème toucherait environ 50% des enfants dans ce pays d’Afrique de l’Ouest.
Leur projet Faso Prot est né de cette volonté d’exploiter ce produit d’une grande valeur nutritive, déjà consommé et exploité dans la région entre juillet et septembre, et de le déployer sur tout le territoire burkinabé (notamment dans la région de Bobo-Dioulasso).

> Regardez la présentation du projet : http://www.youtube.com/watch?v=axxHxCVZdEk&feature=player_embedded <http://www.youtube.com/watch?v=axxHxCVZdEk&amp;feature=player_embedded>

Kahitouo Hien et Douyiri Christophe Mandi sont des étudiants ingénieurs en microbiologie et nutrition à l’Institut international d’ingénierie de l’eau et de l’environnement <http://www.2ie-edu.org/index.php?option=com_content&amp;view=article&amp;id=1510&amp;Itemid=265&amp;lang=fr> (2iE) à Ouagadougou. Ils ont reçu le prix du Meilleur impact social du concours Global social venture competition <http://www.gsvc-essec.org/> (GSVC) réunissant des projets d’entreprises provenant de grandes écoles dans le monde.

De la solution humanitaire à l’innovation sociale
Ces chenilles représentent une ressource précieuse à exploiter: elles sont deux fois moins chères que la viande et contiennent trois fois plus de protéines. Mais c’est surtout l’impact social positif de ce projet qui le rend durable.
En effet, les deux ingénieurs ont décidé d’organiser localement la récolte de ces chenilles en milieu rural auprès de 2000 femmes la première année. Ce qui accroîtra naturellement leurs revenus et donc leur niveau de vie.

Une vendeuse de chenille au Burkina Faso, crédit: DR.

Par ailleurs, le produit sera vendu séché, comme on le consomme traditionnellement, mais aussi réduit en une poudre (enrichie en vitamines et minéraux) à intégrer dans l’alimentation. Ce complément alimentaire sera donc consommable toute l’année, un atout évident pour prévenir la malnutrition: « cette poudre de chenille ne vise pas à résoudre une urgence, mais à prévenir la malnutrition. Elle intervient en amont des crises alimentaires », explique Kahitouo Hien.

Les ONG? Des soutiens, mais pas encore des clients
Contrairement à de nombreux produits tentant de palier les crises alimentaires en Afrique, Faso Prot vise donc à pérenniser l’alimentation des populations pauvres du Burkina Faso de façon durable. Alors pour l’instant, ce produit qui a l’avantage d’être adapté aux habitudes alimentaires locales n’intéresse pas vraiment les ONG. Selon Kahitouo Hien, ces dernières focalisent encore leur action sur les situations de crise: « Nous n’allons pas produire une alimentation d’urgence, précise Kahitouo Hien. Les ONG que l’on a contactées pour faire une étude de marchés (MSF, Unicef, ACF etc.) sont intéressées, mais elles sont encore prises dans le débat sur la nécessité d’agir ou non en amont pour prévenir les crises humanitaires. Cependant, des ONG nous accompagnent pour la recherche et le développement ».

C’est pourquoi ce projet encore en essai en laboratoire va d’abord asseoir sa viabilité sur le marché local de la chenille séchée, avant d’investir dans les années à venir le marché de l’humanitaire. La récompense de 10.000 dollars du concours GSVC va déjà accélèrer le processus de mise en œuvre du circuit Faso Prot, qui devrait voir le jour avant 2013.

S’il fonctionne, ce projet d’agro-business pourrait se développer à terme dans les pays voisins où les habitudes alimentaires sont similaires. Actuellement, certaines régions du Mali auraient bien besoin de solution pour prévenir la crise alimentaire qui guette.

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16-Gambie : le président Jammeh va remplacer l’anglais par une autre langue nationale
http://www.afrik.com/gambie-le-president-jammeh-va-remplacer-l-anglais-par-une-autre-langue-nationale
mardi 11 mars 2014

Le président gambien Yahya Jammeh a décidé que l’anglais ne sera plus la langue nationale du pays. Il compte la remplacer par une autre langue locale.
Le chef d’Etat de la Gambie Yahiya Jammeh

L’anglais ne sera plus la langue officielle de la Gambie, a décidé le président gambien Yahya Jammeh, rapporte ce lundi le site Koaci. Elle devrait etre remplacée par une langue locale du pays. « Ce qui a fait venir les Anglais en Gambie, c’était le commerce de l’ivoire, parce qu’il y avait beaucoup d’éléphants ici. Ils ont tué les éléphants et ont fini par vendre les Africains », a indiqué le président gambien, connu pour ses excentricités.

Une décision du président Jammeh qui intervient suite au retrait de la Gambie sen octobre 2013 du Commonwealth. Organisation de 54 Etats, regroupant des ex-colonies britanniques pour la plupart. « Le gouvernement se retire du Commonwealth en tant que membre et décide que la Gambie ne sera jamais membre d’une institution néocoloniale, et ne fera jamais partie d’une institution qui représente un prolongement du colonialisme », avait alors indiqué le gouvernement gambien pour justifier sa mesure.

La Gambie est toujours considérée comme l’un des pays les pauvres du monde. Depuis la prise de son indépendance le pays n’a toujours pas développé ses infrastructures.

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17-La police tunisienne s’attaque au niqab
http://www.liberation.fr/monde/2014/02/17/la-police-tunisienne-s-attaque-au-niqab_980812
Thomas LIABOT 17 février 2014

Le ministère tunisien de l’Intérieur a annoncé qu’il allait renforcer le contrôle des personnes portant le voile intégral, pour faire face aux risques terroristes. Une décision qui ne suscite pas de polémique dans le pays.

Deux femmes portant le voile intégral, devant la Grande Mosquée de Kairouan en Tunisie.

Une semaine après l’entrée en vigueur de la nouvelle Constitution tunisienne <http://www.liberation.fr/monde/2014/01/14/tunisie-une-constitution-au-forceps_972819> , lundi 10 février, le pays s’attaque au niqab. Vendredi, le ministère de l’Intérieur a annoncé un «contrôle renforcé» des femmes portant le voile intégral. «Cette mesure a été prise en raison des menaces terroristes enregistrées dans le pays et en raison du recours suspect au niqab […] pour se déguiser et fuir la justice», a expliqué le ministère, dans un communiqué publié sur sa page Facebook <https://fr-fr.facebook.com/ministere.interieur.tunisie/posts/773941055966606?stream_ref=10> . Les autorités appellent à la «compréhension de tous» afin «d’aider les unités sécuritaires à faire leur travail».

Cette annonce s’explique à la lumière d’événements récents. Le 10 février dernier, la police a arrêté un salafiste, membre d’un mouvement jihadiste, recherché depuis huit mois pour diverses violences. L’homme se dissimulait sous un voile intégral. Auparavant d’autres hommes ont été interpellés alors qu’ils usaient du même stratagème. Depuis 2011, la Tunisie est confrontée à l’essor de groupes jihadistes accusés, notamment, du meurtre de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi l’an dernier. Une vingtaine de militaires et de membres des forces de l’ordre ont aussi été tués en 2013 lors d’affrontements ou par des bombes posées par des jihadistes présumés. Début février, un gendarme a été tué lors d’une opération terroriste durant laquelle plusieurs suspects ont été abattus <http://www.liberation.fr/monde/2014/02/04/tunisie-un-gendarme-et-des-hommes-armes-tues-dans-des-affrontements_977707> , près de Raoued, dans la grande banlieue de Tunis.

Débat sur le port du niqab dans les lieux publics
Dans ce contexte, la décision de contrôler les femmes en niqab est relativement bien acceptée dans le pays. «Il y a une situation de hantise en Tunisie vis-à-vis du fait terroriste. La rumeur circule que des criminels se cachent sous le niqab pour mener des attentats. Cette décision répond à une demande de la population, les gens sont effrayés», analyse le politologue tunisien Larbi Chouikha. «Je ne vois pas là de motivation politique de la part du gouvernement mais des raisons sécuritaires avant tout.»

Connu pour ses positions extrémistes, comme lorsqu’il avait appelé au meurtre de plusieurs artistes en juin 2012 <http://www.liberation.fr/monde/2012/06/16/un-imam-interdit-de-precher-apres-avoir-appele-au-meurtre_826800> , Houcine Laâbidi, l’imam de la mosquée Zitouna, s’est montré favorable à ce projet. Il explique que le niqab n’est en rien imposé par l’islam et devient proscrit par la charia s’il est lié au terrorisme. Imen Triki, la présidente et avocate de l’association Liberté et équité <https://www.facebook.com/horiyaWinssaf> , qui s’est fait connaître en prenant la défense des porteuses du voile ou du niqab, estime aussi que cette décision tombe sous le sens. «Le contrôle renforcé sur les porteurs du niqab est une mesure préventive», a-t-elle déclaré au micro de la radio tunisienne Express FM.

Si cette mesure ne doit pas être confondue avec une interdiction du voile intégral, la question est néanmoins sur la table. La Tunisie a ouvert depuis deux ans environ un débat sur le port du niqab dans les lieux publics. Le port du niqab n’était pas toléré sous le régime déchu de Zine El Abidine Ben Ali, mais il a réapparu depuis la révolution de janvier 2011. Ces derniers mois, plusieurs universités ont été le théâtre de heurts <http://www.liberation.fr/monde/2013/05/02/en-tunisie-l-universite-des-lumieres-triomphe-du-niqab_900529> entre partisans du droit de porter le voile intégral et leurs détracteurs. La semaine dernière, un mouvement intitulé «Il est temps d’interdire le niqab <https://www.facebook.com/pages/Il-est-temps-dinterdire-le-NIKAB/618413158238993> » a vu le jour sur Facebook. Pour Larbi Chouikha, cependant, le gouvernement «n’aurait pas intérêt à ouvrir un débat aussi vaste à quelques mois des élections présidentielles».

Lire aussi :
La Tunisie vient d’interdire le port du Niqab
http://mutien.com/site_officiel/?p=14452

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18-Coopération : le Qatar débloque 1,25 milliard de dollars au Maroc
http://www.afrik.com/cooperation-le-qatar-debloque-1-25-milliard-de-dollars-au-maroc
mercredi 12 mars 2014

Le chef du gouvernement qatari, en visite au Maroc, a assisté à Rabat, avec son homologue marocain, à la signature de plusieurs accords de coopération entre les deux pays. Le Qatar a également décidé d’activer sa quote-part de 1,25 milliard de dollars relatif à un don de 5 milliards de dollars promis au Maroc par le Conseil de la Coopération du Golfe.

Le chef du gouvernement marocain, Abdelilah Benkirane (à droite), et le Premier ministre qatari, Cheikh Abdallah Ben Nasser Khalifa Al Thani

Le Maroc et le Qatar, déjà liés par plusieurs accords de coopération, ont signé mardi à Rabat de nouveaux accords, en marge de la 5e session de la Haute commission mixte maroco-qatarie. L’évènement, co-présidé par le chef du gouvernement marocain, Abdelilah Benkirane et le Premier ministre qatari Cheikh Abdallah Ben Nasser Khalifa Al Thani, a été l’occasion pour les ministres marocain et qatari des Finances, respectivement Mohamed Boussaïd et Ali Cherif Al Imadi, d’activer la quote-part du Qatar d’un montant de 1,25 milliard de dollars relatif au don de 5 milliards de dollars (sur cinq ans) promis au Maroc par le Conseil de la Coopération du Golfe (CCG). Cette première et deuxième tranche de quote-part représente la somme de 500 millions de dollars.

Le Premier ministre qatari est arrivé dimanche soir à Rabat à la tête d’une importante délégation de ministres, dont le chef de la diplomatie, Khaled Ben Mohamed Alattiyah. Les deux pays ont conclu plusieurs accords de coopération bilatérale portant notamment sur le transport aérien, la reconnaissance mutuelle des diplômes, les affaires islamiques et les médias.

En décembre dernier déjà, Rabat et Doha avaient signé différents accords à l’occasion de la visite au Maroc de l’émir du Qatar, Cheikh Tamim Ben Hamad Ben Khalifa Al Thani. Un an auparavant, c’est le roi Mohammed VI qui se rendait à Doha.

Les échanges commerciaux entre les deux pays ont doublé entre 2010 et 2013, passant ainsi de moins de 50 millions d’euros à près de 90 millions d’euros. Cette évolution considérable de plus de 144% est justifiée par la hausse des importations qataries. Mais ces résultats ont été jugés insuffisants par le chef du gouvernement marocain.

La visite au Maroc du Premier ministre qatari intervient dans un contexte particulier. L’Arabie Saoudite, les Emirats et Bahreïn, des alliés proches du royaume marocain, ont rappelé la semaine dernière leurs ambassadeurs à Doha. Ces trois pays accusent le Qatar d’ingérence dans les affaires des pays voisins. Une première dans l’histoire du CCG, qui rassemble depuis 1981 les six monarchies arabes du Golfe. En 2011, les membres du CCG avaient invité le Maroc et la Jordanie, les deux seuls autres monarchies arabo-berbères, à rejoindre leur club. Rabat avait accueilli positivement cette invitation perçue comme un moyen de se protéger des révoltes, mais avait toutefois réitéré son « attachement » à la construction de l’Union du Maghreb arabe (UMA).

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19-Quand l’Afrique sauvait la France
http://www.lepoint.fr/afrique/culture/quand-l-afrique-sauvait-la-france-21-03-2014-1803914_2032.php#xtor=EPR-6-[Newsletter-Mi-journee]-20140322
Le Point.fr – Publié le 21/03/2014

L’historien Eric Jennings revient sur le rôle déterminant – et souvent occulté – des 17 013 Africains recrutés par la France libre entre 1940 et 1944. Extraits.

Le gouverneur général du Congo, Félix Éboué (à gauche) et le général de Gaulle (à droite), lors de la conférence de Brazzaville, en février 1944.

« Avec quelle rage l’anti-gaullisme de gauche et l’anti-gaullisme de droite, les communistes et les vichystes, s’acharnent à propager la légende de la résistance de Londres ! […] Aux uns comme aux autres, j’oppose la vérité : la France libre fut africaine. » Reprenant à son compte le célèbre discours de l’ethnologue Jacques Soustelle, l’historien canadien Eric Jennings entend, dans La France libre fut africaine (Perrin), procéder à un véritable recadrage historique. Car si l’on évoque souvent les fameux tirailleurs d’Afrique occidentale et les troupes maghrébines entrées en guerre à partir de 1943, l’apport de l’AEF et du Cameroun, semble, quant à lui, être tombé aux oubliettes de l’histoire. Or, la France libre était-elle seulement londonienne ? Elle s’étendait, en réalité de la frontière tchado-libyenne au fleuve Congo, rappelle l’auteur.
<http://www.lepoint.fr/images/2014/03/21/2522363-000-app2000111782080-1-jpg_2164273.jpg>

À l’été 1943, les Forces françaises libres comptent ainsi environ 70 000 âmes : 39 000 citoyens français, et 30 000 coloniaux. Qu’aurait fait le général de Gaulle sans ces vastes étendues de territoire qui lui offraient à la fois souveraineté et légitimité ? Quelle reconnaissance internationale aurait-il eue ? Et comment se serait-il approvisionné en hommes et en matières premières ? Ce sont bel et bien des dizaines de milliers de Tchadiens, Congolais, Camerounais, Centrafricains, Gabonais qui portèrent le fer contre l’Axe dès le début de l’année 1941, alors que la métropole assistait, impuissante, à sa propre agonie. Eric Jennings a mené l’enquête pendant sept ans, aussi bien aux archives nationales du Congo, à Brazzaville, qu’à celles du Cameroun à Yaoundé. À la recherche de témoignages, de chiffres, de registres, qui prouvent à quel point l’Afrique et, à plus forte raison, les Africains furent impliqués dans l’effort de guerre et les batailles victorieuses de la France libre. Le résultat démonte le mythe d’une résistance essentiellement londonienne et métropolitaine. Passionnant.

Extraits
Du jour au lendemain, Brazzaville est consommée par une frénésie martiale. Trois mille Africains et Africaines sont embauchés puis formés au service de l’intendance pour confectionner des uniformes destinés aux bataillons de marche en voie de constitution. Ils travaillent dans de vastes usines de 4 000 m2, montées de toutes pièces – « partant de zéro » en 1940. On y taille des boutons de bois, on y fabrique des tuniques, ceinturons, pantalons, bref, des uniformes complets, mais aussi des tentes, des bâches, et tout le nécessaire militaire. Un journaliste se surprend à remarquer que « le rendement des ouvriers indigènes parvient, pour ceux qui sont suffisamment entraînés, à égaler celui d’un ouvrier moyen en Europe ». Non loin de là, une distillerie transforme le vin avarié dont la colonie regorge, en alcool médical, dont elle manque. L’Afrique française libre produit désormais – mais sous le signe de la débrouillardise – des matières de guerre essentielles qui, par le passé, venaient de métropole.
[…] Les chauffeurs africains remplissent une fonction capitale pendant toute la campagne du Sahara. Les camions (Ford, Chevrolet) et leurs conducteurs ont joué le rôle essentiel de cordon ombilical tant à Koufra que pendant la campagne du Fezzan. Or ces camions, si critiques pour la guerre du désert, font eux aussi cruellement défaut, à tel point qu’à la fin de 1941 sont réquisitionnés cent cinquante camions en Oubangui-Chari, colonie peu nantie en moyens de transport, ce qui compromet sur place la récolte du coton. En 1943, il est de nouveau question de réquisitionner 400 camions en Oubangui et au Tchad, cette fois pour acheminer les BM 12 et 13 en Afrique du Nord. Aux camionneurs s’ajoutent les mariniers qui acheminent les provisions au front par voie fluviale depuis l’Atlantique, ou encore les colonnes de plus d’un millier de chameaux qui, montés par des gens qui connaissent le terrain, apportent l’essence à des points de stockage sur la route de Koufra (ces chameaux sont le plus souvent réquisitionnés et surtout surmenés, ce qui provoque de nombreuses pertes).
[…] En 1945, alors que la France se reconstruit, les troupes de l’AEF se frottent aux poches allemandes de la côte atlantique. Aux abords de la Pointe de Grave en avril 1945, le régiment de l’AEF et Somalie se heurte à une résistance farouche de la part d’Allemands acculés à la mer qui répondent aux consignes jusqu’au-boutistes d’Adolf Hitler. Le régiment AEF et Somalie comprend le BM 14, le BM 15 et le bataillon de marche Somali (BMS) ; les deux premiers sont constitués en grande majorité de soldats originaires du Cameroun et du Tchad, d’où le nom mixte de régiment. Dans la soirée du 15 avril 1945, plusieurs tirailleurs périssent suite à une trêve non respectée par les Allemandes devant le village de La Croix, près de Talais. En tout, le régiment perd 22 hommes ce jour-là, la grande majorité d’entre eux issus des colonies (18 des 22) puis 10 hommes, dont 8 coloniaux le lendemain, en bordure de Talais. Le 17 avril, lors d’une opération sur Talais même, si les Allemands se rendent à présent en grand nombre (le BM 15 fait à lui seul 193 prisonniers, pour un total de 250), les défenseurs continuent à infliger des pertes aux troupes coloniales. Dans les rangs du BM 15 ce jour-là, deux Européens et « sept indigènes » trouvent la mort. Le lendemain, 18 avril 1945, de « violents combats de rue », avec renfort de chars côté français se déroulent dans le centre de Soulac-sur-Mer. Les Allemands s’accrochent dans un blockhaus et dans des ruines. Les forces françaises sont également contraintes de se livrer à des combats dans les marais avoisinant Soulac, embourbés dans de la vase pendant plus de quatre heures. Si les diverses unités du régiment de l’AEF et Somalie font 410 prisonniers, 12 « indigènes » meurent ce jour-là contre aucun « Européen ».
[…] Afin d’instaurer une économie de guerre dirigée, de reprendre la main sur les entreprises, et surtout de mettre en place un réseau de main-d’oeuvre contrôlé et canalisé à l’échelle de l’AEF, Félix Éboué et Henri Laurentie proposent à Londres une importante réforme du droit du travail. Ceci posé, bien des dénominateurs communs rapprochent la politique d’Éboué de celle du proconsul vichyste d’AOF Pierre Boisson : glorification du paysan et du chef, essentialisme nostalgique, refus de consacrer la liberté du travail, avis partagé qu’un retranchement est nécessaire dans le domaine de la main-d’oeuvre. Obsédé par le déclin et la dégénérescence des populations, craignant que des villageois déracinés se muent en un dangereux prolétariat, Éboué estime que l’Africain a besoin d’enracinement, d’ordre et de hiérarchie, le chef européen devenant alors un « aristocrate » au sommet de cette pyramide. Éboué et Boisson partagent enfin le « mythe d’une communauté traditionnelle africaine ». Les directives que remet Éboué au gouverneur du Gabon Victor Valentin-Smith en juillet 1941 confirment ce constat. Pour remédier à la crise de la main-d’oeuvre, elles suggèrent « d’empêcher dans toute la mesure du possible le mélange des races et des tribus sur un même chantier ».

Eric Jennings, La France libre fut africaine, Perrin, 360 pages

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20-De l’Antiquité au XIXe siècle, ces femmes qui ont fait l’Afrique
http://www.courrierinternational.com/article/2014/03/19/de-l-antiquite-au-xixe-siecle-ces-femmes-qui-ont-fait-l-afrique?utm_campaign=&utm_medium=email&utm_source=Courrier+international+au+quotidien <http://www.courrierinternational.com/article/2014/03/19/de-l-antiquite-au-xixe-siecle-ces-femmes-qui-ont-fait-l-afrique?utm_campaign=&amp;utm_medium=email&amp;utm_source=Courrier+international+au+quotidien>
Les Dépêches de Brazzaville Grâce Loubassou 19 mars 2014

Toutes ces reines antiques ou ces égéries contemporaines se sont fait valoir grâce à leur personnalité, leur beauté, mais pour beaucoup par leurs actes. Toutes différentes, mais portées par le même désir : contribuer à un avenir commun pour leur peuple.

De gauche à droite : Cléopâtre, reine d’Egypte, sur un fragment de bas-relief daté du Ier siècle av. J.-C. Anna Zingha, souveraine d’Angola, lithographie de François Le Villain (1830). Seh-Dong-Hong-Beh, redoutable chef des amazones du Dahomey, dessin de Frederick Forbes (1851). – Document Bridgeman.

Cléopâtre
Egypte, 69-30 av. J.-C.
Cléopâtre est un personnage phare dont la légende s’est emparée de son vivant. C’est sans aucun doute la femme la plus célèbre d’Egypte, mais aussi de toute l’Antiquité. Elle est considérée comme le dernier pharaon que l’Egypte ait connu. L’histoire raconte qu’elle était une négociatrice hors pair, d’une beauté atypique, comme le montrent les représentations. Même si son objectif était de protéger l’indépendance de l’Egypte, elle s’engage dans une relation avec César en 48 av. J.-C. Elle le suit à Rome et s’y installe. Cependant, la mort de son bien-aimé la contraint à un dur retour à la réalité. Le futur Auguste mène bataille pour annexer l’Egypte. Cléopâtre aime mieux mourir que de voir l’Egypte envahie.

Aminatu
Gambie, XVIe siècle
La reine Aminatu de Zaria est surnommée “la reine guerrière”. Elle avait pour but non seulement d’étendre son territoire jusqu’au nord-est de l’actuel Nigeria, mais aussi de développer les villes conquises. Pendant plus de trente ans, ses conquêtes font de son royaume le rendez-vous du commerce transsaharien. Selon une légende, Aminatu refusait de se marier et d’avoir une descendance. C’est pourquoi, dans chaque territoire qu’elle récupérait, elle passait la nuit avec l’homme de son choix. Qu’elle tuait au petit matin pour que ce dernier ne se vante pas d’avoir eu des relations intimes avec elle.

Anna Zingha
Angola, XVIIe siècle
Anna Zingha est reine du royaume d’Angola pendant plus d’un demi-siècle. Son long règne est marqué par bien des luttes et des victoires. Elle s’oppose farouchement aux ambitions du Portugal sur son royaume et dirige l’Angola d’une main de fer jusqu’à sa mort, à l’âge de 82 ans, ce qui est une prouesse à cette époque. Elle est souvent décrite comme une habile tacticienne, puisqu’elle résiste aux attaques des armées occidentales pendant trente ans ! Malheureusement, elle ne donne naissance à aucun héritier pour lui succéder. Elle est donc la dernière souveraine à régner sur le royaume d’Angola. Aujourd’hui, elle est connue comme “la reine dont la flèche trouve toujours le but”.

Kimpa Vita-Nsimba
Congo, XVIIeXVIIIe siècle
Kimpa Vita est une prophétesse congolaise. Elle grandit dans un climat de guerre entre les différentes tribus du royaume Kongo. Dès son enfance, elle est reconnue comme nganga marinda – autrement dit, une intermédiaire entre le monde des hommes et celui des esprits. Celle que l’on surnomma “la Jeanne d’Arc du Kongo” acquiert au fil des années une puissance qui menace celle du roi et des missionnaires. “Dona Vita” devient une figure mystique, vénérée par les gens qui l’écoutent. En 1706, deux ans après son arrivée à Mbanza-Kongo, c’est un spectacle horrible qui se déroule sur la place de la capitale : un bûcher a été préparé pour la prêtresse et sa famille. Un peu moins de trois siècles après Jeanne d’Arc, Kimpa Vita meurt en murmurant le nom de Jésus, rapportent les témoins.

Abla Pokou
Côte d’Ivoire, XVIIIe siècle
Abla Pokou est une reine d’Afrique de l’Ouest qui mène le peuple baoulé du Ghana vers la Côte d’Ivoire pour le libérer d’une guerre fratricide pour le contrôle du royaume d’Ashanti, au Ghana. La légende est connue de tous : elle raconte que la reine a dû sacrifier son fils pour traverser la rivière avec son peuple. Cette histoire serait à l’origine du nom “baoulé”. Lors du sacrifice de son enfant, elle se serait exclamée “ba oulié”, ce qui peut se traduire par “l’enfant est mort”. C’est le nom que portera son peuple, qu’elle installe en Côte d’Ivoire. Abla Pokou, princesse ashanti, est devenue la reine des Baoulé et a régné avec splendeur jusqu’en 1760.

Seh-Dong-Hong-Beh
Bénin, XIXe siècle
Son nom se traduit par “Dieu dit la vérité”. Elle est la chef des célèbres amazones [du Dahomey, ancien nom du Bénin], bien ancrées dans l’Histoire mais dont on oublie souvent la provenance. Aux alentours de 1850, Seh-Dong-Hong-Beh dirige cette armée composée de plus de 5 000 combattantes. Leur combat le plus connu est l’assaut lancé contre la forteresse Egba d’Abeokuta [au Nigeria]. A la fin du XIXe siècle, le roi du Dahomey Behanzin mène la guerre contre les colons français. Dans son armée de 10 000 guerriers, on trouve encore 1 200 amazones, qui se battent jusqu’à la mort. On raconte qu’elles ont préféré brûler leurs villages plutôt que de les abandonner aux colons.

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L’Afrique suscite de multiples réflexions. Un jour, elle soulève tous les espoirs avec des taux de croissance sans précédent et un potentiel incroyable. Le lendemain, un gouvernement démocratique est renversé en Afrique du Nord, un génocide germe en Afrique centrale et une guerre civile éclate ailleurs entre les deux. Et quand vous ajoutez à cela les dysfonctionnements chroniques du Congo, de la Somalie et du Zimbabwe, l’Afrique focalise soudainement alors l’attention des médias et devient pour le reste du monde un lieu de conflits insolubles, de maladies, de faim, de pauvreté et de politique tribale.

Mais, heureusement, au fond de nous brille un désir et un rêve lorsque nous comprenons que l’Afrique est un géant qui tarde à se réveiller pour bouleverser le monde. Un milliard d’âmes, et des ressources inégalées. Comme l’éveil tarde, nous pouvons nous projeter dans la fiction comme l’a fait le Dr Nkosazana Dlamini-Zuma, la présidente de la Commission de l’Union africaine (UA), lors d’un discours au sommet de l’UA à Addis-Abeba le mois dernier. Elle a utilisé la fiction – par un courriel venant du futur – pour expliquer sa vision de ce que l’Afrique pourrait devenir en 50 ans. Nous sommes en 2063. L’Afrique est un pays de deux milliards de personnes. La Confédération des États africains qui a désormais 12 ans, a été créé en 2051. Elle est membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies et « une puissante force de stabilité, de paix, de respect des droits de l’homme, de progrès, de tolérance et de justice ».

Une confédération, bien que non précisé dans le courriel, qui s’accompagne d’une unité politique de laquelle découle un ensemble de lois communes, une défense et une monnaie communes ainsi qu’un gouvernement central qui soutient tous ses membres. Le courrier électronique du futur provient de Mme Dlamini-Zuma, toujours présidente de l’Union Africaine (étrange !), et s’adresse à un ami fictif nommé Kwame. Il l’informe de ce que l’Afrique est devenue et des avancées qu’il n’a pas pu voir à l’époque où il combattait pour les indépendances dans les années 60.

La vision économique de Dlamini-Zuma est très optimiste, avec des géants du commerce africains qui ont conquis les marchés mondiaux. « Les entreprises panafricaines, du secteur minier à la finance, l’alimentation, les boissons, l’hôtellerie et le tourisme, les produits pharmaceutiques, la mode, la pêche et les TIC, drainent l’intégration et sont parmi les leaders mondiaux dans leurs secteur d’activités. » On nous rappelle que l’Afrique est désormais la troisième plus grande économie dans le monde. Pas de classement dans la fiction, donc nous ne savons pas quels sont la première et la seconde. « L’intégration économique, couplée au développement des infrastructures a permis une progression des échanges intra africains qui sont passés de moins de 12% en 2013 à près de 50% en 2045 ».

L’Afrique est en plein essor avec d’importants centres de fabrication, la valorisation des minéraux et des ressources naturelles dans l’est du Congo, au nord-est de l’Angola et en Zambie une forte production de cuivre. Kinshasa est la « capitale de la mode » du monde (oubliez Paris !). Accra est un centre de la fabrication du chocolat (oubliez la Suisse !). Une importante « Silicon valleys » à Kigali, Alexandrie, Brazzaville, Maseru, Lagos et Mombasa. Et bien sûr, l’Afrique s’est libérée des langues héritées de leurs anciennes puissances coloniales et le swahili est désormais la langue du berceau de l’humanité.

Mon ami, écrit-elle, « D’exportateur de matières premières avec un secteur manufacturier en baisse en 2013, l’Afrique s’est transformée en un exportateur de produits alimentaires, une plaque tournante mondiale de la fabrication, un centre de connaissances, permettant la transformation industrielle de nos ressources naturelles et nos produits agricoles « . La faim ? La révolution agricole a finalement eu lieu et, ainsi, les « mères africaines ont aujourd’hui à leur disposition des tracteurs et des systèmes d’irrigation « . Pères, désolé ! Dans la tradition africaine, « les femmes sont les travailleurs de la terre ».

Continent sombre ? Cette réalité relève du passé enfoui dans nos lointaines mémoires. Le continent s’éclaire aujourd’hui grâce à l’hydroélectricité, à l’énergie solaire, à des éoliennes ou la géothermie, qui complètent les énergies fossiles. Mobilité ? Facile. Il y a des chemins de fer à grande vitesse reliant les anciens pays : « Le réseau routier et ferroviaire qui sillonnent l’Afrique. Nos compagnies aériennes dynamiques, nos paysages spectaculaires, de séduisants couchers de soleilet les activités culturelles de nos villes, ont permis de faire du tourisme l’un de nos plus importants secteurs économiques ».

Conflits ? C’est du passé. Toutes les armes à feu » ont été réduites au silence en 2020″. C’estune belle vision rêvée par l’Union africaine. Mais, hélas, Dlamini-Zuma n’aurait pas pu faire un discours si « optimiste »s’il n’avait été une fiction. En effet, le dernier sommet était largement consacré aux conflits au Soudan et en République centrafricaine. La fiction aide. Dans une vision à long terme, la fiction pourrait être notre seul refuge. Kwame pourra-t-il être enfin serein dans sa tombe en 2063 ? Nous n’en avons aucune idée. Néanmoins, c’est une bonne chose de savoir que le rêve n’est pas encore mort, même s’il est peu probable qu’il devienne réalité.
Publié en collaboration avec Libreafrique.org

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4-Les capitaux ont moins peur de l’Afrique
http://www.lepoint.fr/afrique/economie/les-capitaux-ont-moins-peur-de-l-afrique-18-03-2014-1802442_2033.php
Le Point.fr – Publié le 18/03/2014

À l’Africa CEO Forum de Genève, le Continent a bandé ses muscles et brandi ses arguments de séduction. Explications.


Donald Kaberuka, président de la Banque africaine de développement, coorganisatrice de l’Africa CEO Forum.

Moulay Hafid Elalamy, ministre marocain du Commerce, de l’Investissement et de l’Économie numérique, aime surprendre. Pour commencer, alors que la 2e édition de l’Africa CEO Forum, organisée à Genève du 17 au 19 mars, se déroule presque exclusivement en anglais, il choisit de s’exprimer dans la langue de Molière <http://www.lepoint.fr/tags/moliere> . Ensuite, il explique que si l’Afrique <http://www.lepoint.fr/tags/afrique>  entend garder la tête hors de l’eau, elle ne doit surtout pas miser presque exclusivement sur ses matières premières. « Il y a une décennie, le Maroc <http://www.lepoint.fr/tags/maroc>  n’a pas hésité à se lancer dans des secteurs hautement concurrentiels, comme l’aéronautique et l’automobile. Pour beaucoup d’observateurs extérieurs, c’était un anachronisme. »

Aujourd’hui, Tanger accueille la plus grande usine Renault hors d’Europe. Le constructeur fait travailler 200 équipementiers. Quant à Bombardier (constructeur d’avions et de trains), installé près de Casablanca, il donne du travail à une centaine d’entreprises locales. Enfin, Moulay Hafid Elalamy rappelle que si la Chine est un concurrent direct du continent africain, elle tend à devenir de moins en moins compétitive, en raison de l’augmentation croissante des salaires. De plus, « Les entreprises occidentales travaillent à flux tendus. Ne stockant plus les marchandises, elles veulent être approvisionnées très rapidement. En raison de notre situation géographique, nous devenons très concurrentiels », souligne le ministre marocain. Il assure même que des sociétés africaines parviennent aujourd’hui à vendre leurs produits finis en… Chine.

Une croissance de 6,5 % en 2014
Le mot « Chine » revient bien davantage que celui d' »Europe » dans ce forum qui se tient dans l’Intercontinental de Genève. Il est vrai que la Chine est devenue depuis 2009 le premier partenaire commercial du continent, devant l’Europe et les États-Unis. Si l’Afrique est aujourd’hui la deuxième zone géographique la plus dynamique derrière l’Asie, elle le doit, certes, à sa consommation locale et à l’augmentation des investissements étrangers, « mais pour beaucoup aux profits tirés de la vente de ses matières premières à l’ogre chinois », rappelle-t-on du côté de Jeune Afrique, coorganisateur de l’Africa CEO Forum avec la Banque africaine de développement (BAD) et Rainbow unlimited.

Il y a une décennie, l’Afrique était considérée comme « foutue », condamnée à jamais à sombrer dans la misère et le chaos. En 2013, l’Afrique subsaharienne enregistrait une croissance de 5,5 %. Cette année, elle devrait grimper encore d’un point, assure l’économiste Donald Kaberuka, président de la Banque africaine de développement (et ancien ministre des Finances du Rwanda). Une performance exceptionnelle pour un continent qui traîne autant de grands corps malades, comme la Somalie, le Sud-Soudan ou la République centrafricaine. En revanche, l’Afrique du Nord et le Sahel enregistrent une croissance plus faible (mais néanmoins réelle de 4,5 %) en raison d’une instabilité politique depuis le Printemps arabe. Quant à la croissance démographique, elle tourne autour de 2,5-2,7 %.

Mettre l’accent sur le secteur privé
Les raisons de cette embellie inattendue ? Les prix à la hausse des matières premières, bien évidemment, mais aussi des politiques économiques et budgétaires beaucoup plus rationnelles, notamment dans des pays comme l’Éthiopie (8 % de croissance) et le Mozambique (+ 7 %). Des dettes raisonnables : elles ne représentent que 25 % du PIB du Kenya, 34 % de celui de l’Afrique du Sud. Une inflation maîtrisée. Résultat, les capitaux ont beaucoup moins peur de l’Afrique. Dans un article intitulé « L’Afrique va-t-elle aussi bien qu’on le dit ? », le journaliste Alain Faujas révèle que l’agence Moody’s a levé 8,1 milliards de dollars sur les 9 premiers mois de 2013, « contre 7,2 milliards pour l’année 2010 et 1,2 milliard il y a dix ans ».

Alors, pourquoi un Forum si tout va si bien ? Seulement voilà, cette croissance, très inégalitaire, ne se mange pas… « Comment vendre le rêve africain aux 20-40 ans qui ne sont pas présents dans cette salle ? », demande l’un des participants à ce forum. En effet, la majorité des investissements se déverse toujours vers les industries extractives (pétrole, gaz, bauxite, charbon, or, diamant). Or ce secteur ne fournit que… 1 % des emplois en Afrique. À quoi bon être riche si la population est au chômage et ne consomme pas ? Ce n’est pas un hasard si Donald Kaberuka a réorienté la stratégie de la Banque africaine de développement (BAD), mettant dorénavant l’accent sur « le secteur privé, le développement des infrastructures et l’intégration régionale ».

L’exemple de l’île Maurice
En clair, le continent ne fera pas l’impasse sur l’industrialisation. « La Chine et l’Afrique ont la même population, d’un milliard d’habitants. Mais la Chine est un pays, l’Afrique en compte 54 et autant de barrières, d’obstacles bureaucratiques », déplore Mo Ibrahim, fondateur en 1998 de Celtel, le premier opérateur de téléphonie mobile financé et géré par des Africains. « L’avenir, c’est la qualité des réseaux, des tuyaux, des liens. Qu’ils soient en dur, comme l’énergie, les transports, les ports, ou virtuels, comme l’informatique, les systèmes financiers », ajoute Pascal Lamy, l’ancien directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), dont le siège est à Genève.

Si l’Afrique de l’Est semble avoir (enfin) compris que le développement passe par l’intégration régionale, en revanche, l’Ouest n’avance guère, faute de volonté politique. « Le seul moyen de créer des emplois durables, ce n’est pas de vendre ses matières premières, mais de les transformer », n’ont cessé de répéter les intervenants du 2e Africa CEO Forum à Genève. Pour preuve, l’un des pays les plus dynamiques du continent est l’un des plus petits. Il s’agit de l’île Maurice, dépourvue de ressources naturelles. Plutôt que de s’enfermer dans une monoculture de la canne à sucre, ce confetti de l’océan Indien s’est diversifié dans le textile, le tourisme, les services financiers et les technologies de l’information. Et en prime, c’est une vraie démocratie.

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5-Tidjane Thiam, ce prophète dont la France n’a pas voulu
http://www.lepoint.fr/afrique/economie/tidjane-thiam-ce-prophete-dont-la-france-n-a-pas-voulu-13-03-2014-1800396_2033.php
Le Point – Publié le 13/03/2014

Confessions. Ce Franco-Ivoirien surdiplômé dirige le plus gros assureur britannique. Star de la City, il côtoie tous les grands de la planète. Pour « Le Point », il livre ses vérités coup-de-poing.


Tidjane Thiam, 51 ans, directeur général de Prudential, est le premier patron noir d’une entreprise du Footsie, le CAC 40 britannique.

Il parle, encore et encore. D’une voix presque fluette, qui tranche avec son 1,94 m et ce regard fermement planté dans le vôtre. Habité et tellement pressé qu’il lui arrive de manger ses mots. Il faut dire que Tidjane Thiam<http://www.lepoint.fr/tags/tidjane-thiam>  a toujours tout fait très vite. À 51 ans, ce Franco-Ivoirien a déjà connu de multiples vies. En Côte d’Ivoire, en France, au Royaume-Uni et un peu partout dans le monde. Né à Abidjan, fils d’un ministre de Félix Houphouët-Boigny, il rejoindra Paris pour ses études. Et quelles études ! Polytechnique, major de l’École des mines, Insead ! Impossible de faire mieux. Après un long passage chez le tout-puissant cabinet de conseil américain McKinsey, il revient en 1994 en Côte d’Ivoire pour développer les infrastructures du pays, puis devient ministre du Plan. Jusqu’au coup d’État de 1999. Retour à Paris, retour chez McKinsey, retour des frustrations. Car, quand ses camarades de promotion se voient harcelés par les chasseurs de têtes, le téléphone de Tidjane Thiam, lui, reste désespérément muet. Alors, pour trouver un poste à sa mesure, le voilà qui franchit la Manche et rejoint l’assureur britannique Aviva. Avant de s’en aller chez le géant Prudential, dont il va prendre la tête en 2009 et ainsi devenir le premier patron noir d’une entreprise du Footsie, le CAC 40 anglais. Il est maintenant à la tête d’un empire de l’assurance, une fierté britannique avec 13 millions de clients en Asie, 4 millions aux États-Unis ou 7 millions au Royaume-Uni. Il est aussi devenu un des phares de la City, côtoie au jour le jour le Premier ministre, David Cameron, ou les grands de ce monde, est invité à déjeuner par la reine, croise régulièrement les princes Charles ou William dans des oeuvres de charité. Par sa culture, sa carrière et son métier, il est surtout devenu un incroyable témoin des mutations radicales du monde, de la puissance de l’économie de marché, des retards européens et des discriminations…

Le Point : La crise financière a débuté voilà cinq ans. A-t-on la certitude qu’il ne se prépare pas, quelque part dans le monde, une nouvelle explosion analogue ?

Tidjane Thiam : Les crises font partie du mode de fonctionnement du système : il en va à cet égard des marchés financiers comme de la nature humaine. En début 2013, à Davos, j’étais à la tribune devant une assemblée de grands patrons et j’ai posé la question suivante à la salle : « Que ceux qui pensent qu’on n’aura plus jamais de crise financière lèvent le bras. » Tout le monde a rigolé, le représentant d’une organisation internationale a levé le bras. Il était seul !

Mais c’est un terrible constat d’échec !

Non, car après se pose la question de leur fréquence et de leur amplitude… Juste après 2008, les régulateurs disaient : « Plus jamais de crise. » On est maintenant passé de cette réaction immédiate et un peu naïve à une réflexion plus intéressante : « Sachant qu’il y aura des crises, comment fait-on pour qu’elles aient le minimum de conséquences, qu’elles ne soient pas systémiques ? » C’est ça, le sujet. C’est ce que j’ai dit aux régulateurs après le tsunami antisystème financier que nous avons subi après la crise.

Quand même, vous ne pouvez pas dire que la régulation ne sert à rien…
Je ne dis pas que la régulation n’est pas justifiée, mais il faut surtout que la croissance reparte, car elle seule permet de résorber les déficits à long terme. Et, si votre secteur financier ne fonctionne pas, vous n’aurez pas de croissance.

On danse donc toujours sur un volcan !

Non ! Le marché a juste du mal à faire des transitions. Passer d’une période de prospérité à la crise, c’était très douloureux. Maintenant, il a du mal à passer de la crise à une période normale : il fonctionne de façon aberrante, en traitant les bonnes nouvelles comme de mauvaises nouvelles, et les mauvaises comme des bonnes ! Car, quand il y a de bonnes nouvelles, le marché baisse de peur que les mesures exceptionnelles mises en place par les banques centrales (taux d’intérêt quasi nuls, programmes d’achat de dettes…, NDLR) soient retirées. Et inversement. En fait, l’économie de marché est un organisme extraordinairement darwinien, évolutif, qui s’adapte à tout. Vous lui mettez des mesures d’exception, tous les acteurs s’y adaptent… Ensuite, c’est dur de réorienter les choses. Mais, moi, je crois que les bonnes nouvelles sont simplement… de bonnes nouvelles.

Ne rien changer serait dangereux ?
Avec le niveau des taux d’intérêt aujourd’hui, presque nuls, on décourage l’épargne alors qu’il faut la récompenser : sans épargne, il n’y a pas d’investissement à long terme ; sans investissement, pas de croissance ; sans croissance, pas d’emploi ; sans emploi, pas de démocratie et pas de stabilité sociale. Tout cela est absolument lié !

On est donc allé trop loin…
J’étais pour ces mesures exceptionnelles au début. Il faut se rappeler la violence de la crise de 2008… Ici, chez Prudential, du 16 septembre au 31 décembre 2008, on se réunissait tous les jours à 7 heures après s’être couchés à 3 ou 4 heures du matin. J’en rigolais parfois en disant qu’une « journée normale est une journée avec une seule faillite ». Cette entreprise a 165 ans et six des dix plus grosses chutes en une séance à la Bourse de son histoire ont été enregistrées pendant cette période-là. Alors que Prudential a connu la guerre de 1870, la Grande Dépression, les deux guerres mondiales, le krach de 1987… Donc, j’étais bien placé pour savoir qu’il fallait des mesures exceptionnelles. Mais je suis aussi bien placé pour savoir qu’il faut, un jour, avoir le courage d’y mettre un terme.

Pour mesurer la croissance mondiale, c’est toujours du côté des États-Unis qu’il faut regarder ?
Encore et toujours. Les États-Unis ont fait deux choses essentielles : ils ont consacré beaucoup d’efforts à redresser leur marché immobilier et ont nettoyé le bilan de leurs banques pour qu’elles puissent de nouveau prêter. Deux conditions absolument nécessaires pour une croissance saine et durable.

Mais les États-Unis laissent filer leur dette, leur déficit public et leur déficit commercial… Et ce n’est pas un problème ?
Non. Car l’économie repose sur la confiance, on le sait tous. Et les gens ont toujours confiance…

Même les Chinois ? Vont-ils continuer à acheter de la dette d’État américaine ?
Mais, sinon, où pourraient-ils mettre leurs excédents ? Ils ont 3 300 milliards de dollars de réserves de change. Wen Jiabao (le Premier ministre chinois entre 2003 et 2013) le sait, il me l’a dit. Pas un seul marché obligataire au monde ne peut absorber de tels volumes, sinon le marché américain ! De l’avantage d’être le plus gros… Les États-Unis ont un autre atout énorme : sur les quinze dernières années, ils ont réinventé Apple, créé Google, Facebook, Twitter… La vraie force de l’économie américaine, c’est son incroyable capacité à innover. Ils vous sortiront toujours un autre Google que personne n’a vu venir. Ils ont aussi cette capacité à attirer les cerveaux. Ce serait d’ailleurs bien que d’autres pays le fassent ! Mais souvent, à commencer par l’Europe, ils ne veulent pas des cerveaux étrangers… Il ne faut donc pas se plaindre que d’autres en tirent profit. Un jour, avec des patrons, on a demandé à Dmitri Medvedev (l’ex-président russe) ce qu’il pensait du fait que Sergueï Brin, le cofondateur de Google, était né en URSS. Eh bien, il était d’accord pour dire que, si Brin était resté en Russie, il n’aurait sans doute pas créé Google.

On vous sent admirateur des États-Unis…
C’est le consommateur américain qui a alimenté la croissance mondiale les dix années qui ont précédé la crise de 2008. Quand les États-Unis portent la croissance mondiale, la Chine en profite, tout le monde est entraîné… Regardez l’élévation de la richesse mondiale totale ! Ce cercle vertueux de la croissance est très positif, à commencer pour les pays émergents.

Justement, la Chine : beaucoup pensent que les années de croissance folle sont finies…
Un jour, c’est évident que la croissance du pays se réduira. Mais on a encore une bonne dizaine d’années à 6 % ou 7 %. J’ai la plus grande confiance dans ce qui se passe là-bas. La croissance de l’Asie, au fond, c’est l’histoire de la mise au travail de cerveaux et de capacités intellectuelles qui n’étaient pas pleinement utilisés jusqu’ici. Tout cela, avec les mouvements massifs de populations des campagnes vers les villes, dans un environnement urbain, où on est forcément bien plus productif. Les migrations internes ne sont pas terminées, il reste donc une incroyable réserve de main-d’oeuvre, mais aussi de gains de productivité et donc de croissance économique.

Mais la dette des provinces chinoises est mal connue, la qualité des créances bancaires fait peur…
Je ne donnerai qu’un chiffre sur la Chine : le taux d’épargne en Chine, c’est 50 % du PIB (contre 15 % en France et 5 % au Royaume-Uni). C’est la meilleure réponse à un éventuel problème ! Ils vivent sur une autre planète économique que nous, ils ont tellement d’épargne qu’ils ne sont pas dépendants de l’extérieur ! Là-bas, les capitaux étrangers ne financent que 2 % des marchés d’actions. Ils n’ont aucune dépendance, ce qui brise toute logique de crise : les capitaux étrangers ne vont pas partir, la monnaie ne va pas s’effondrer, ils sont comme dans un caisson étanche sur ce plan-là !

Les salaires ne cessent d’augmenter en Chine, au point que certains craignent pour sa compétitivité…
C’est très bien. C’est l’histoire de l’économie mondiale. Des emplois sont du coup créés au Cambodge, au Vietnam, en Birmanie… Le but, au final, c’est qu’il y ait du ruissellement, que chacun en profite. Si le niveau de vie s’élève en Chine, c’est la preuve que cela marche ! Ensuite, il y a une chaîne, les emplois repartent dans d’autres pays, sur d’autres continents…

Notamment en Afrique… Les discours optimistes sur le continent africain sont-ils en train de l’emporter sur les pessimistes ?
Permettez-moi d’abord de rappeler que l’Afrique, c’est plus de 30 millions de kilomètres carrés. Soit davantage que les États-Unis, l’Inde, le Brésil et la Chine réunis. Il est donc difficile, voire impossible, de dire des choses sensées sur un tel territoire pris dans son ensemble. Honnêtement, j’ai été assez pessimiste pendant très longtemps. J’ai toujours eu confiance dans le développement de l’Afrique sur le très long terme, mais je ne savais pas si je verrais le décollage africain de mon vivant. J’ai changé d’opinion aux alentours de 2005. Il faut dire que le PIB de l’Afrique a triplé en dix ans ! Les ressources ont toujours été là, mais on a donné aux gens le minimum : de l’éducation, de l’éducation, de l’éducation… En 1960, la Côte d’Ivoire comptait 150 diplômés de l’université. Vous gérez comment un pays avec 150 personnes ? Aujourd’hui, il y a 100 000 nouveaux étudiants chaque année. Le changement d’échelle est colossal. Tout le mécanisme vu dans d’autres parties du monde, de création d’emplois et de richesses, devrait s’enclencher. C’est sûr, cela ne se fera pas sans heurts, il y a les troubles au Mali, en Centrafrique, mais la tendance est là. La terre d’Afrique n’a pas changé, le ciel n’a pas changé, la pluie n’a pas changé, mais les hommes et les femmes, oui.

On vous sent ému…
Parce que, lors de mes premiers pas en 1995 à Davos, en Suisse, les réunions sur l’Afrique étaient organisées dans un sous-sol. Il y avait bien Bill Gates ou George Soros, mais on discutait dans le noir, vraiment. Et, moins de vingt ans plus tard, l’an dernier, j’ai eu l’honneur de coprésider, à Addis-Abeba, le Davos africain. Oui, le Davos africain ! Avec 350 jeunes Africains dans la salle, tous sortis de Yale, Harvard, Princeton, Stanford… Tous extraordinaires et entreprenants ! Si on m’avait dit que je verrais ça un jour !

Vous expliquez que la richesse des uns permet aux autres de s’enrichir. En France, on a souvent l’impression que les riches sont devenus bien plus riches, que les pauvres ont vu leur part stagner…
Le postulat de départ est mauvais : il ne faut pas parler de la manière de partager le gâteau, mais plutôt des moyens de le faire grossir. Le problème de la répartition ne se pose qu’après le problème de la production. Les discours généreux qui se traduisent par la précarisation et la destruction du capital humain, je ne les approuve pas. La première forme d’injustice et de violence vis-à-vis des pauvres, c’est le chômage. Donc des pays à chômage fort ne peuvent pas donner des leçons de répartition. Ce discours fondé sur une supposée générosité se traduit par 25 % de chômage des jeunes !

Regardez le dernier rapport Pisa de l’OCDE. En France, l’équité sociale a baissé, elle est bien au-dessous du Royaume-Uni, cet enfer capitaliste ! Sur l’accès au logement, le chômage, les rémunérations, le Royaume-Uni est devant la France. Promenez-vous dans Londres, on ne croise pas un SDF. Oui, il y a aussi des très riches, mais le 1 % de la population la plus riche paie 30 % de l’impôt sur le revenu, ce qui, franchement, fait du bien aux finances publiques britanniques. Et ce n’est pas ici que des diplômés de l’enseignement supérieur noirs ou maghrébins sont obligés de devenir gardiens de parking…

Contrairement à d’autres pays…
Quand je vais dans des réunions européennes, je suis généralement le seul Noir et je représente le Royaume-Uni. Tous ces autres pays supposés ouverts, qui font beaucoup de social, ont 20 % de leur population qui n’est pas blanche. Mais cette population, où est-elle dans ce genre de réunions ?

Vous n’avez jamais caché être parti de France pour le Royaume-Uni car vous étiez confronté à un « plafond de verre ». On ne vous proposait pas les postes auxquels vous auriez pu aspirer. À Londres, vous n’avez jamais été déçu ?
Je vais vous raconter une histoire. En 2003, j’arrive à Londres. Peu après, le 10 Downing Street, où je ne connaissais personne, m’appelle. Et là, on me dit : « Tony Blair crée une commission sur l’Afrique, il veut que vous en soyez. » Voilà comment je me suis retrouvé à travailler avec Tony Blair, Gordon Brown, des chefs d’État africains. Tony Blair m’a ensuite envoyé devant le Sénat américain pour présenter les conclusions de cette commission. Au nom du Royaume-Uni ! C’est là que j’ai fait la rencontre d’un jeune sénateur nommé… Barack Obama. Qui m’a invité, plus tard, à faire une présentation aux chefs d’État du G8 en 2012 à Camp David, et plus récemment m’a fait venir à la Maison-Blanche pour parler avec lui de l’Afrique, m’a fait travailler avec son équipe sur les besoins énergétiques africains, m’a invité à l’accompagner en Tanzanie en juillet…

Quand on arrive ici, à Londres, avec une culture non britannique, on est surpris ?
Tout est plus international, ouvert. Dans mon comité exécutif, chez Prudential, entreprise symbolique de la culture britannique, car nous sommes une des marques les plus connues du pays, il n’y a presque pas de Britanniques : moi je suis indéfinissable, mon directeur de la communication est irlandais, mon DRH est suisse, mon directeur financier grécochypriote, mon directeur pour l’Asie est américain… Le foot anglais, où les équipes comprennent de nombreux étrangers de grand talent, est une bonne analogie. Il faut qu’on reconnaisse en Europe que ce message peut s’appliquer au-delà des terrains de foot ! Les Noirs et les Maghrébins ne sont pas bons qu’à jouer au foot, que j’aime beaucoup par ailleurs. Ils ont aussi beaucoup à apporter dans les écoles, dans les hôpitaux, dans les entreprises, dans les conseils d’administration…

En clair, au Royaume-Uni, on donne sa chance à tout le monde…
Dans mon entreprise précédente (le britannique Aviva, NDLR), on était huit au comité exécutif. Et, sur ces huit, plusieurs n’étaient pas allés à l’université. Quand on vient du moule français, ne pas pouvoir parler de dérivées secondes ou se lancer dans de grandes formules mathématiques, ça surprend forcément ! Ici, il n’y a pas d’obsession du diplôme, on juge les gens aux résultats ! Parmi les patrons du Footsie, il y a plein de self-made-men.

Vous, le X-Mines, vous ne pouvez pas dire que les diplômes, ça ne compte pas !
Mais, ici, « polytechnics », c’est le nom qu’on donne aux IUT. Donc, parfois, des gens me disent : « Elle est pas mal, ta carrière, pour quelqu’un sorti d’un IUT. » Je n’essaie même plus de leur expliquer ce qu’est Polytechnique en France. Et c’est très bien ainsi ! Attention, je ne critique pas le système français de formation des élites, je lui suis infiniment reconnaissant. Et bien sûr il y a aussi chez Prudential des gens qui ont fait Oxford ou Cambridge. Mais Oxbridge, c’est 6 000 personnes par an, qui étudient trois ans avant d’arriver sur le marché de l’emploi à 21 ou 22 ans, avec un infini respect pour le travail. Quand, en France, les plus grandes écoles – X, Éna, HEC -, c’est un millier de personnes. On s’échine à sélectionner un millier de personnes ! Dans une économie du G7 ! Ce que les gens ne comprennent pas, dans toutes les approches élitistes du monde, c’est qu’il n’y a pas plus grande intelligence que l’intelligence collective. Un polytechnicien, tout polytechnicien qu’il est, sera toujours battu face à dix personnes. Dans une foule, il y a aura toujours quelqu’un connaissant la bonne réponse à chaque question, comme les travaux de l’écrivain James Surowiecki l’ont démontré. Voilà pourquoi, à « Qui veut gagner des millions ? » il faut toujours prendre l’avis de la salle…

Mais, en fait, vous êtes devenu plus britannique que les Britanniques !

Je ne dis pas que c’est le paradis sur terre : ici, le système public d’éducation ne marche pas encore assez bien, il y a eu un sous-investissement dans les infrastructures durant des décennies, le système de santé reste à améliorer… Cela dit, les Britanniques sont très en avance sur le chômage, le cancer de nos sociétés. Regardez ce que le pays a fait. Il est aujourd’hui au bout du tunnel : sa croissance approche 3 %, le chômage est à 7 %… L’austérité, c’est toujours douloureux, mais ça paie.

Le déficit public britannique (6,1 % du PIB en 2013) est quand même presque deux fois plus élevé que le français…
Mais ils partaient de bien plus loin, à cause de la taille disproportionnée du secteur bancaire britannique avant la crise par rapport à la taille de l’économie locale et du sauvetage qu’il a fallu organiser ! Ils ont déjà réduit le déficit public de 6 points de PIB en quatre ans ! Et celui-ci diminue à toute allure ! De toute façon, réduire les déficits, c’est créateur d’emploi. Ici, pour chaque emploi public supprimé, il y a eu trois emplois privés créés ! Et la baisse prochaine du taux de l’impôt sur les sociétés à 20 % porte tout cela : ça va soutenir la croissance, réduire la fraude et, au final, accroître les recettes fiscales et réduire encore plus le déficit…

Et l’Europe continentale ? Et la France ? C’est un vieux pays dans un vieux continent malade ?

L’Europe a apporté un grand nombre des idées et des techniques qui ont permis au monde de se développer tel qu’il est aujourd’hui. Quant à la France… c’est à la fois une grande nation, mon pays, celui de mon père. Si la France n’était pas allée trouver mon père à Dagana, petit village pauvre au bord du fleuve Sénégal, pour le mettre à l’école, eh bien… Mais on sent que, face à un monde qui a beaucoup changé, l’Europe hésite à choisir entre la nécessité de s’ouvrir davantage et la tentation de se replier sur elle-même. Je crois fondamentalement que la fermeture aboutit toujours à l’échec : on devient moins compétitif, plus faible, on s’effondre… Au contraire, il faut amplifier son ouverture, continuer à se développer ailleurs dans le monde, créer des richesses supplémentaires. Car il n’y a pas de solutions aux maux européens sans croissance.

Et pas de croissance sans réformes ?
Évidemment, il n’y a pas de miracles. Tout le monde connaît les réformes Schröder en Allemagne, les pays du sud de l’Europe font des ajustements très importants, mais d’autres restent immobiles… (sourire). Il faut faire des réformes structurelles profondes. Augmenter le coût du travail détruit des emplois, notamment pour les postes non qualifiés. Si le travail est trop cher, il est toujours plus rentable de substituer du capital au travail, de remplacer les emplois par des machines… avec les dégâts sociaux qui s’ensuivent. C’est pour cela que, dans les pays avec des taux de chômage importants, il y a des digicodes partout !

En France, on peine toujours à voir l’intérêt de l’économie de marché…

On n’aime pas la main invisible, on pense que c’est mieux qu’il y ait des technocrates qui décident à trois ce qu’il faut faire… Le marché a ses imperfections, mais c’est le pire des systèmes à l’exception de tous les autres. Il a produit plus de résultats que les prétendus modèles alternatifs. D’une culture à une autre, d’un continent à un autre, d’une période à une autre, il s’adapte partout ! La beauté du marché, c’est que c’est simple, tout le monde le comprend et tout le monde arrive à l’appliquer. Xi Jinping (le nouveau président chinois) l’a dit : « Le marché est la meilleure méthode d’allocation des ressources. » Voilà ce qu’on dit dans la Chine communiste d’aujourd’hui ! Moi, je crois à l’économie de marché, à la concurrence, à la méritocratie, en l’homme comme créature, à la créativité. Je ne suis absolument pas paternaliste, je crois que le rôle des dirigeants, c’est de libérer toutes ces énergies-là et de leur permettre de s’exprimer.

Prudential, vieille dame de la City
C’est un très vieil assureur, né en 1848 à Londres, qui a accompagné la révolution industrielle britannique avant de partir à la conquête du monde. Jusqu’à devenir, aujourd’hui, une des 20 plus grosses entreprises du royaume, pesant en Bourse presque 40 milliards d’euros. Un géant ayant plus de 21 millions de clients, qui repose sur quatre piliers : l’Asie, où il est présent dans treize pays et réalise déjà un tiers de ses profits, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la gestion d’actifs. Son cours de Bourse a quadruplé depuis 2009.

Conseiller de Cameron
Tidjane Thiam a beau ne pas être britannique, il siège au Conseil consultatif du Premier ministre, David Cameron, qui rassemble des dirigeants d’entreprises de toute taille et de toute nationalité. Outre Cameron, sont aussi présents à ces réunions le vice-Premier ministre, Nick Clegg, le ministre de l’Economie, George Osborne, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, ou encore l’Indien Ratan Tata et l’Allemand Tom Enders (EADS). » Les bons résultats du Royaume-Uni tiennent surtout à la qualité du dialogue entre les décideurs politiques et les décideurs du secteur privé, ceux-là mêmes qui peuvent investir et créer des emplois « , explique Tidjane Thiam. La veille de notre entretien, il a dîné aussi avec le… chef de file de l’opposition, le travailliste Ed Miliband.

2,5 milliards de livres sterling
Tel a été le résultat opérationnel de Prudential lors de l’exercice 2012. Un chiffre qui devrait encore croître cette année : au premier semestre 2013, le résultat opérationnel a atteint 1,41 milliard de livres.

379 %
C’est la progression de l’action Prudential depuis l’annonce de la nomination de Tidjane Thiam à sa tête en mars 2009. Sur la même période, l’indice de la Bourse de Londres a gagné 85%, tandis que celui rassemblant les principaux assureurs européens a crû de 123%.

De la Côte d’Ivoire à la City
1962 Naissance en Côte d’Ivoire. 1984 Diplômé de Polytechnique. Il sort ensuite major des Mines, puis obtient un MBA de l’Insead. 1986 Rejoint McKinsey Paris. 1994 Retour en Côte d’Ivoire, où il deviendra ministre du Plan et du Développement. 2000 Revient chez McKinsey Paris. 2002 Part pour Londres, chez l’assureur britannique Aviva. 2008 Devient directeur financier de Prudential. 2009 Nommé directeur général de Prudential.

AIA, l’occasion du siècle ratée
Ce 1er mars 2010, la City de Londres, pourtant habituée aux coups de tonnerre, reste stupéfaite. Voilà à peine cinq mois que Tidjane Thiam a pris la tête de Prudential et il met la somme colossale de 35 milliards de dollars sur la table pour racheter AIA, la filiale asiatique de l’américain AIG. Tout simplement le plus gros deal de l’histoire de l’assurance. Mais l’affaire capotera trois mois plus tard. Trop cher, jugent des actionnaires de Prudential. Dommage, vraiment dommage. Car AIA vaut désormais deux fois plus que le prix négocié par Thiam.

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6-Afrique : contrefaçon, cette gangrène
http://www.lepoint.fr/afrique/economie/afrique-contrefacon-cette-gangrene-20-03-2014-1803371_2033.php
Le Point.fr – Publié le 20/03/2014 à 11:52

Son coût économique élevé et le danger qu’elle représente pour la santé publique en font un véritable fléau pour le continent.


Le port de Lomé est un des lieux où la contrefaçon sévit.

Depuis dix ans, la contrefaçon a envahi les marchés africains. Médicaments, produits alimentaires de première nécessité tels que le lait, le sucre, l’huile, mais aussi textiles, cosmétiques, téléphones mobiles, pièces détachées et accessoires automobiles, la liste des produits concernés est longue et touche aussi bien la marchandise que les emballages et les marques. Un fléau d’une telle ampleur qu’il est difficile pour les Africains de distinguer les originaux de leurs copies. Certaines femmes se retrouvent le visage brûlé par des cosmétiques frelatés, des enfants ont la bouche boursouflée à cause d’une fausse pâte de dentifrice, bourrée d’acide. « Ma fille d’un mois et demi a les fesses brûlées, avec ma femme, nous n’arrivons pas à trouver de vraies couches », se révolte un jeune papa congolais. Les pharmaciens eux-mêmes avouent ne pas toujours parvenir à reconnaître le vrai du faux, faute de moyens.

Alors que la contrefaçon est estimée à 10 % au niveau mondial, elle atteint 30 à 80 % des produits vendus sur le continent en fonction des secteurs, 60 % pour les médicaments, selon les organisations internationales. « Il est difficile de faire des statistiques exactes, mais on peut considérer que la majorité des produits vendus sur le marché sont des contrefaçons », déclare le Pr Denis Bohousso, directeur général de l’OIPI, l’Office ivoirien de la propriété intellectuelle. Produits dilués, dénués de substance active ou carrément nocifs, rien n’arrête les trafiquants de marchandises frauduleuses. La craie et les produits toxiques se substituent aux médicaments, des produits chimiques dangereux sont utilisés pour teindre les tissus, le liquide de frein est inefficace. « L’impact de la contrefaçon sur la santé des consommateurs est très grave et provoque des allergies, du diabète, des problèmes rénaux et même des cancers », déclare Aladjou T-Agouta, directeur général de l’Association togolaise de consommateurs.

Enjeu de santé publique, la contrefaçon a également un impact économique. Le manque à gagner pour les caisses de l’État et les citoyens est énorme. Le ministère ivoirien de l’Économie a estimé les dommages subis à 780 milliards de francs CFA par an, soit 7,46 % du PIB. Sans compter le risque pour l’industrie naissante. Ces dix dernières années, le Nigeria a perdu 150 000 emplois dans le secteur du textile à cause de la contrefaçon. Certains fleurons de l’industrie locale ont même disparu et le chiffre d’affaires d’Uniwax, leader du pagne en Côte d’Ivoire, a été divisé par deux depuis les années 2000.

Elle profite de la porosité des frontières
À l’origine de ce fléau, la faiblesse du pouvoir d’achat de la population, qui se tourne vers des produits moins chers. Surtout, la porosité des frontières, qui trouve sa source dans une corruption endémique. Quelques interventions ont bien eu lieu. En avril 2013, 110 millions de préservatifs défectueux ont été saisis au Ghana. Deux mois plus tard, 550 millions de médicaments ont été interceptés sur le continent lors d’une opération coordonnée par l’Organisation mondiale des douanes. Mais les opérations n’aboutissent pas toujours. Récemment, l’ordre a été donné de restituer une saisie de textile au Togo, alors qu’une importatrice proche du pouvoir faisait partie des receleurs.

À Lomé, capitale du Togo, des conteneurs estampillés « China shipping » sont débarqués par milliers sur les rives. Lomé, l’un des ports en eaux profondes de l’Afrique de l’Ouest, alimente par les axes routiers le Ghana, le Bénin et la Côte d’Ivoire. Autres portes d’entrée de la contrefaçon : le Sénégal, la Gambie et la Guinée, où la contrefaçon transite pour ensuite repartir vers le Niger, le Mali et le Burkina Faso. In fine, les marchandises copiées bénéficient souvent des mêmes réseaux que les originales. Un phénomène facilité par des importateurs à double casquette. « Revers de la mondialisation, il s’agit d’une chaîne internationale du crime qui bénéficie du laxisme ambiant et de complicités locales. Hauts responsables, forces de l’ordre, douaniers et directeurs de port sont corrompus », affirme Jean-Michel Lavoizard, directeur général du cabinet d’intelligence économique et d’investigation Aris-Intelligence. L’origine de ce trafic varie. Si la Chine et la Thaïlande fabriquent les produits manufacturés et le textile, l’Inde possède des laboratoires pharmaceutiques capables de diffuser des copies de médicaments génériques et de cosmétiques, ainsi que de l’électronique. Le Brésil et la Colombie sont plutôt spécialisés dans l’agroalimentaire. Des filières de plus en plus sophistiquées et surtout difficilement traçables. « Il est devenu vain de chercher des mouvements financiers entre l’origine et la destination des trafics. Ils reposent sur des modes de financement dématérialisé, par des compensations de diverses natures en bout de chaîne », analyse Jean-Michel Lavoizard. Un procédé qui permet de transférer la responsabilité d’un paiement à un tiers.

La contrefaçon, un business plus juteux et moins risqué que la drogue
Plus florissant, et surtout bien moins sanctionné, le business de la contrefaçon a désormais dépassé le trafic de drogue sur le continent africain. « Les contrefacteurs sont tolérés et les peines ne sont pas suffisamment dissuasives, affirme le Pr Denis Bohousso. Résultat, les réseaux se reconvertissent. La contrefaçon n’est plus artisanale, mais a pris des dimensions industrielles. « La contrefaçon profite à des multinationales du crime, y compris les organisations terroristes islamistes telles que Boko Haram et al-Qaida au Maghreb islamique. Celles-ci sont à des points de convergence et de passage non contrôlés sur la route des trafics », indique Jean-Michel Lavoizard.

Alors que les pouvoirs publics sont complètement dépassés par l’ampleur du phénomène, ce sont les marques qui s’emparent du problème, décidées à défendre leurs intérêts économiques. Des partenariats public-privé voient le jour afin de mettre en place des formations à destination des magistrats et douaniers. Une coalition anti-contrefaçon entre les grandes entreprises directement affectées et les acteurs de la société civile est en train de voir le jour à Abidjan, sous l’impulsion du think tank ivoirien Audace Institut Afrique. L’objectif : faire pression sur les autorités. Une bataille qui reste malheureusement encore trop motivée par la défense des intérêts commerciaux plutôt qu’humains.

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7-Commerce de détail : les gros potentiels
http://www.lepoint.fr/afrique/economie/commerce-de-detail-les-gros-potentiels-africains-19-03-2014-1802842_2033.php#xtor=EPR-6-[Newsletter-Mi-journee]-20140322
Le Point.fr – Publié le 19/03/2014

Rwanda, Nigeria et Namibie sont les champions du continent, selon l’indice ARDI pour l’Afrique subsaharienne


Cageots de tomates avec leurs dans un marché au Kenya.

L’étude vient d’être publiée et son auteur, le cabinet A.T. Kearney, désigne la Tanzanie, le Gabon et le Ghana comme les challengers des pays qui occupent le podium : Rwanda, Nigeria, Namibie. Bien qu’elle soit la première puissance économique du continent, l’Afrique du Sud n’arrive qu’en 7e position. Explication donnée par le cabinet international en stratégie : « Le caractère déjà développé de son marché de détail « . De quoi comprendre qu’à travers son indice, A.T. Kearney veut les marchés les plus matures et ainsi guider les détaillants vers les marchés les plus prometteurs du continent. « Quatre critères sont pris en compte dans ce classement établi à partir de l’indice ARDI (African Retail Development Index)« , indique-t-il. D’abord, la taille du marché, ensuite, son niveau de saturation, puis le risque-pays, enfin, les contraintes de temps. À ce jeu, le Botswana occupe la 8e position dans ce premier indice de développement du commerce de détail en Afrique subsaharienne, devant le Mozambique. L’Éthiopie complète le top 10 de ce classement.

L’Afrique, un continent à très fort potentiel
Selon l’Agence Ecofin qui cite le cabinet A.T. Kearney, « le Rwanda tient le haut du pavé en raison notamment de l’efficacité du gouvernement et la solidité des indicateurs macroéconomiques qui mettent en valeur les nombreuses opportunités existantes pour les détaillants internationaux capables d’offrir des produits de consommation courante« . Sur un autre plan, bien qu’il soit le pays le plus peuplé d’Afrique avec 170 millions d’habitants, le Nigeria occupe la deuxième marche du podium « en raison notamment de l’opacité des règles, la congestion des ports et le manque de terres nécessaires à la construction de centres commerciaux« , si l’on en croit les auteurs de l’indice ARDI. Ce qui frappe donc, c’est qu’il y a d’importantes différences entre les pays en termes d’infrastructures et de chaînes d’approvisionnement. Comme le dit Bart van Dijk, associé chez A.T. Kearney, l’enjeu central est de décrypter le potentiel réel de chaque pays et de prendre ou pas la décision de développer la vente au détail.

Il y a quand même quelque chose qui va bien avec l’ambiance d’afro-optimisme que vit le continent africain actuellement. C’est qu’au regard de l’indice ARDI il est riche en opportunités. « Pour les acteurs locaux et régionaux, pour les grandes marques mondiales et les gros détaillants aussi« , précise le cabinet, qui rappelle que « les dépenses des consommateurs africains atteindront bientôt 1 000 milliards de dollars« .

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8-Éthiopie : les chantiers de l’émergence
http://www.lepoint.fr/afrique/economie/afrique-le-nouveau-visage-de-l-ethiopie-14-03-2014-1801015_2033.php
Le Point.fr – Publié le 14/03/2014

Les autorités ont lancé des travaux tous azimuts pour faire entrer le pays dans le club des nations à revenu intermédiaire d’ici à 2025.


Une rue d’Addis Abeba.

Aux quatre coins d’Addis Abeba, les silhouettes des grues surplombent la crête des immeubles, des rectangles de béton poussent, entourés d’échafaudages de bois, sur fond de bruit permanent de marteaux-piqueurs et d’excavatrices qui creusent des ruelles de terre bientôt bitumées. La capitale éthiopienne s’est transformée en gigantesque chantier et mue à toute vitesse, locomotive d’un pays en pleine modernisation. « Depuis cinq ans, le changement est énorme« , explique Berhanu Kassa, directeur de l’entreprise BB Construction, sur le site de son dernier projet, un immeuble de commerces et de bureaux sur l’une des principales artères de la capitale.

Le gouvernement a de son côté lancé plusieurs chantiers de plusieurs milliards de dollars – routes, lignes de chemin de fer et projets d’électrification massive – à travers le vaste pays de 91 millions d’habitants, que le gouvernement est décidé à faire entrer d’ici 2025 dans le club des nations à revenu intermédiaire. Les autorités éthiopiennes comptent sur ses grands travaux pour doper une croissance déjà très dynamique, que le Fonds monétaire international (FMI) estime à environ 7 % annuelle.

« Pénurie d’énergie »
« Le principal moteur de la transformation économique, ce sont les infrastructures« , explique Zemedeneh Negatu, du cabinet de conseil et d’audit Ernst & Young en Éthiopie. « Le talon d’Achille de l’Afrique est (…) la pénurie d’énergie, la pauvreté du réseau routier, le manque de tout ce qui est nécessaire pour transformer votre économie. » L’emballement des chantiers immobiliers à Addis Abeba est alimenté par une politique volontariste des autorités qui ont multiplié les mesures incitatives – en accordant des exonérations d’impôts ou en accordant des baux à long terme et à des taux intéressants pour les terrains, propriété de l’État en Éthiopie.

Les analystes soulignent cependant que l’explosion du secteur de la construction est aussi le symptôme de la faiblesse du système financier local, qui offre peu d’opportunités d’investissement. L’immobilier « est l’investissement le plus attractif dans le pays actuellement, vu qu’il n’existe pas de marché financier fonctionnant correctement, explique le représentant du FMI en Éthiopie, Jan Mikkelsen. Il n’y a pas de marchés financiers, pas de Bourse, donc les investissements immobiliers semblent être les plus attrayants. »

Chômage élevé
Immobilier et grands travaux ont permis de créer quatre millions d’emplois ces trois dernières années, assurent les autorités. Le chômage reste élevé – environ 25 % de la population active éthiopienne -, mais est passé d’environ 23 à 17,5 % de 2004 à 2012 dans les zones urbaines, abonde le FMI. M. Mikkelsen met cependant en garde contre une monopolisation excessive des ressources dans les projets d’infrastructures, au détriment d’autres secteurs. « Il y a un besoin de constructions, mais il y a évidemment une limite à ce que vous pouvez en retirer et ce sont des ressources potentielles qui auraient pu être utilisées à d’autres fins, comme des activités exportatrices, étant donné le besoin urgent de devises« , estime-t-il, rappelant que, selon le FMI, les importations de l’Éthiopie représentent quatre fois ses exportations.

Tout en reconnaissant que la politique des autorités a permis de réduire la pauvreté, le FMI s’inquiète surtout de l’hégémonie du secteur public dans l’économie et appelle à « faire de la place au secteur privé ». L’ambitieux plan gouvernemental de transformation et de croissance (GTP), lancé en 2010, menace en effet de rapidement enfler la dette publique du pays – prévue pour atteindre cette année 44 % du PIB, selon le FMI, qui souligne également que certains chantiers publics peinent à être financés.

« Sans une place plus importante pour le secteur privé, la réalisation des objectifs du GTP pourrait s’avérer aléatoire« , écrit le FMI dans un récent rapport. Pour l’heure, les compagnies qui se sont fait une place dans le marché de la construction se frottent les mains. « Nous sommes occupés, parfois au-delà de nos capacités« , constate M. Berhanu, soulignant que son entreprise est passée de 3 salariés à plus de 300 en vingt ans. Mais il estime aussi participer en retour à la croissance de l’économie éthiopienne et à l’amélioration du niveau de vie.

« J’embauche beaucoup d’ouvriers, j’utilise des matériaux locaux, j’engage de nombreux sous-traitants locaux et, grâce à cela, nous nous développons tous ensemble et le pays en tire profit, dit-il. Ce qu’il faut retenir surtout, c’est que vous ne reconnaîtrez pas Addis d’ici dix ans, ce sera une ville totalement différente. »

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9-Le Mozambique bénéficierait d’une croissance économique de 8% en 2014
http://www.afriquinfos.com/articles/2014/3/15/mozambique-beneficierait-dune-croissance-economique-2014-247768.asp
Samedi 15 mars 2014

MAPUTO (Xinhua) – Le Mozambique maintiendra sa performance économique en 2014 avec un taux de croissance de 8%, estime le Fonds monétaire international (FMI).


Pêche traditionnelle au Mozambique

Le Mozambique semble pouvoir contrôler l’inflation cette année, a déclaré Doris Ross, chef d’une mission du FMI, rappelant que le risque d’inflation dans les pays voisins, notamment l’Afrique du Sud.

Le FMI préconise aussi une plus grande transparence et prudence dans la rectification du budget.
Le ministre mozambicain des Finances, Manuel Chang, a déclaré que le charbon, les transports et communications, les services financiers et la construction ont contribué le plus à la croissance du PIB du Mozambique, ajoutant que les réserves de change s’élèvent à 2.996 billions de dollars américains.

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10-Homophobie en Ouganda : Orange retire sa publicité dans Red Pepper
http://www.afrik.com/homophobie-en-ouganda-orange-retire-sa-publicite-dans-red-pepper
mardi 11 mars 2014

Le groupe français de télécom, Orange, a décidé de retirer ses campagnes publicitaire de Red Pepper, le journal ougandais qui a publié fin février une liste de supposés homosexuels.



En signe de contestation au projet de loi anti-homosexuel promulgué fin février en Ouganda par le président Museweni <http://www.afrik.com/homosexualite-> , le géant français des télécoms, Orange, a annoncé son intention de retirer ses campagnes publicitaires du tabloïd Red Pepper. C’est ce journal qui a publié dès le lendemain de la promulgation une liste de 200 personnes prétendument homosexuelles <http://www.afrik.com/ouganda-un-tabloid-divulgue-les-noms-de-200-homosexuels?var_mode=calcul> .

Cette publication polémique a suscité une vague d’indignation à l’international. L’association All Out qui défend les droits des homosexuels avait lancé une campagne afin d’encourager Orange à retirer les budgets publicitaires confiés à Red Pepper. Etant donné le nombre important de signatures recueillis, plus de 77 000, Orange s’est résigné à se plier à la revendication d’All Out.

Dans un mail adressé aux dirigeants d’All Out, le groupe français précise que les publicités parues dans Red Pepper ne valaient pas caution de sa ligne éditoriale et qu’il protège et soutient ses salariés partout dans le monde.

Mais le retrait financier d’Orange de ce journal ougandais n’est pas si significatif que cela. En effet, le budget alloué par le groupe français à Red Pepper ne représente qu’une petite partie de ses investissements dans la publicité en Ouganda. Mais aussi et surtout parce que le contrat qui lie les deux entités expirait le 6 mars. Orange n’a donc tout simplement pas renouvelé le contrat.

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11-Golfe de Guinée : Epicentre de la piraterie mondiale
http://afriqueinside.com/focus/golfe-guinee-nouvel-epicentre-piraterie-mondiale/
15 mars 2014

Selon le Bureau maritime international, le golfe de Guinée a connu un nombre plus élevé d’attaques que les côtes est-africaines, avec 58 incidents enregistrés en 2012. 966 marins y ont été attaqués contre 851 la même année au large des côtes somaliennes, jusque-là considérées comme la zone la plus dangereuse au monde.


Corymbe : exercice de lutte contre la piraterie grandeur nature.

Le constat est inquiétant. La piraterie maritime dans la Corne de l’Afrique semble marquer le pas, en revanche elle progresse en Afrique de l’ouest au point que la région est désormais considérée comme l’un des épicentre du phénomène.

Pour l’essentiel, les actes de pirateries observés en Afrique de l’ouest résultent de troubles liés à l’industrie pétrolière. En raison de l’explosion du marché noir dans la région, les faits concernent essentiellement les attaques de navires. On imagine alors un marché parallèle alimenté par la contrebande de pétrole dans la région. Les attaques sont diverses et dépendent de la région visée. Ainsi, au large de la Somalie, il s’agit principalement d’enlèvements contre une rançon. En Extrême-Orient, les détournements visent à s’emparer des navires ou de leurs cargaisons. Hors entre 2011 et 2012, les détournements recensés par le Bureau international maritime ont eu lieu dans trois pays d’Afrique de l’ouest le Nigéria, le Bénin et le Togo. Dans ces pays, les détournements représentent 63 % des attaques les plus récentes. Tous concernaient des pétroliers transportant vraisemblablement des produits pétroliers raffinés. Un phénomène récent car jusqu’ici l’Afrique de l’ouest était frappée par de simples vols en mer.

Tentative de coopération sous-régionale pour lutter contre la piraterie
En 2011, le Bénin a enregistré un pic. Pas moins de 22 actes de piraterie ont été recensés au large des côtes béninoises. Jusque là pourtant, celles-ci avaient été relativement épargnées par la piraterie monnaie courante au large de Lagos, la capitale économique du Nigeria. Le président béninois Boni Yayi, partisan d’une coopération sous-régionale forte en matière de lutte contre la piraterie, a saisi la même année le Conseil de sécurité des Nations Unies pour mobiliser des moyens afin de bouter hors des côtes du Golfe de Guinée, les pirates. A plusieurs reprises, il a exhorté la France à soutenir la lutte contre la piraterie dans la région.

Depuis 1990, l’hexagone maintient une présence permanente dans le Golfe de Guinée dans le cadre de la coopération militaire. Il s’agit de la mission Corymbe. Au moins un officier de la marine française réside dans chaque pays riverain du golfe de Guinée. La France participe également à la formation d’experts pour veiller sur la sécurisation des eaux territoriales des pays concernés. Elle a d’ailleurs participé activement au Sommet sur la sécurité maritime dans le Golfe de Guinée organisé en Juin 2013 à Yaoundé au Cameroun. Un sommet inédit tripartite entre membres de la  Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (CEEAC), de la communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest, (CEDEAO) et de la commission du golfe de Guinée la Cgg. Il s’agit d’ une volonté onusienne par la résolution 2039.

Parmi les propositions, un code de conduite relatif à la prévention et à la répression  d’actes de piraterie dans la mer contre les navires et les activités illicites maritimes en Afrique Centrale et de l’Ouest. En février dernier, l’International Quality and Productivity Center (IQPC) a organisé à Casablanca sur le sol marocain, la conférence AFSEC 14 (African Electronical Standardization Commission) sur les priorités en matière de sécurité maritime. L’occasion pour les pays riverains du Golfe de Guinée de réfléchir et proposer les meilleures pratiques pour mettre en œuvre la stratégie commune adoptée en juin 2013 à Yaoundé.

Les pays de la sous-région ont convenu d’installer un centre de coordination des actions de sécurisation au Cameroun. Ce n’est pas un hasard, le Cameroun est réputée pour son efficacité à lutter contre les actes de piraterie en mer. Le pays dispose en effet de la BIR, la brigade d’intervention rapide déployée pour sécuriser les frontières terrestres et appuyer la marine contre la criminalité maritime. Par ailleurs, le Tchad a proposé une force d’intervention rapide pour lutter efficacement contre la piraterie. Cette solution reste encore en suspens car le Cameroun a exprimé la volonté de mettre en avant sa BIR. De plus, la mobilisation des forces militaires sur le terrain des crises en Afrique notamment en Centrafrique constitue une priorité.

La coopération en matière de lutte contre la piraterie se heurte à un manque de volonté politique. Si les états expriment une réelle motivation, ils restent plus attachés encore à leur souveraineté maritime. C’est le cas du Nigeria ou de l’Angola. Et cela freine l’action concertée des organismes régionaux pas toujours faciles à contrôler.

Près d’un an après le sommet sur la sécurité dans le Golfe de Guinée, la mise en œuvre du plan commun de lutte contre la piraterie reste encore à finaliser même si les protagonistes de Yaoundé se sont donnés trois ans pour appliquer une stratégie commune et concrétiser ainsi une coopération sécuritaire intégrée dans la sous-région.

Voir :
AFP Vidéos : Alerte à la piraterie en hausse dans le Golfe de Guinée
http://fr.news.yahoo.com/video/alerte-%C3%A0-la-piraterie-en-182058670.html

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12-Eko Atlantic City, le futur Dubaï de l’Afrique
http://www.slateafrique.com/432771/eko-atlantic-city-futur-dubai-afrique <http://www.slateafrique.com/432771/eko-atlantic-city-futur-dubai-afrique>
23/01/2014

La presqu’île artificielle qui se construit dans la baie de Lagos témoigne des profondes inégalités de la société nigériane.



Ce n’est encore qu’une étendue de sable aux confins de Lagos, mais Eko Atlantic <http://www.ekoatlantic.com/>  va bientôt prendre de la hauteur. Prévue pour accueillir une foule de buildings pharaoniques, cette presqu’île artificielle qui gagne du terrain sur l’océan, risque de faire de l’ombre à la capitale économique du Nigeria. Ou de mettre en lumière ses problèmes… Car l’éclat de ce projet fou, rêvé éveillé de deux entrepreneurs d’origine libanaise, contraste avec le dénuement des quelques 100 millions de Nigérians qui vivent avec moins d’un dollars par jour (près de 60% de la population).

Loué pour son climat d’investissement prometteur, le futur «Dubaï de l’Afrique» est aussi décrié en raison de son penchant élitiste. Le fait qu’Eko Altantic sera administré par le secteur privé, laisse en effet peu d’espoir aux habitants des bidonvilles qui sont régulièrement démantelés par la police d’y trouver résidence. Mais il semble bien que ce ne soit pas l’ambition de ses géniteurs, qui prévoient d’y construire de nombreux appartements de luxe. Un choix qui risque d’aggraver la ségrégation sociale, considère The Guardian <http://www.theguardian.com/environment/true-north/2014/jan/21/new-privatized-african-city-heralds-climate-apartheid> , qui parle du projet comme d’«une insulte architecturale aux conditions de vie des nigérians ordinaires».

  
L’avancée du chantier. Crédit : www.ekoatlantic.com <http://www.ekoatlantic.com>

Voir la vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=OCrGBd-JJUQ

Présenté sous les traits d’«une ville durable, économe en énergie», appelé à devenir le nouveau centre financier de l’Afrique de l’Ouest en 2020, le projet est sujet à caution.

«Les milliers de personnes qui vivent près du site s’attendent à ce que la ville entraîne leur déplacement, plutôt que la prospérité, assène le défenseur de l’environnement Nnimmo Bassey. Construire Eko Atlantic est contraire à tout ce qu’il faudrait faire pour lutter contre le changement climatique et l’épuisement des ressources.» Pour le Guardian, il s’agit d’un pas, vers l’«apartheid climatique».

Les concepteurs d’Eko Atlantic, Ronald et Gilbert Cahgoury, se retrouvent aussi dans le viseur du quotidien britannique pour la proximité qu’ils entretiennent avec les élites nigérianes. Un temps conseiller du président béninois Mathieu Kérékou, Gilbert a aussi travaillé auprès de l’ex-président nigérian Sani Abacha, célèbre pour son autoritarisme et ses millions de pétrodollars dissimulés à l’étranger <http://allafrica.com/stories/201311260495.html> . Et comme au Nigeria, les affaires ont souvent la couleur de l’or noir, Eko Atlantic a déjà réservé des bureaux dans un immeuble de 15 étages à une société de négoce de pétrole et de gaz britannique.

Lire aussi :
Eko Atlantic : quand Lagos se rêve en Dubaï africaine
http://www.agenceecofin.com/les-echos/2803-9861-eko-atlantic-quand-lagos-se-reve-en-dubai-africaine

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13-Au moins 100 morts dans des violences interethniques au Nigeria
http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/Au-moins-100-morts-dans-des-violences-interethniques-au-Nigeria-2014-03-16-1121300
16/3/14

Des hommes armés ont rasé trois villages, samedi 15 mars, dans le centre du Nigeria, tuant au moins 100 personnes, dans un contexte de fortes tensions entre communautés de la région.



Une quarantaine d’hommes armés de fusils et de machettes ont attaqué trois villages – Angwan Gata, Chenshyi et Angwan Sankwai – dans la nuit du vendredi 14 au samedi 15 mars, dans le centre du Nigeria. Ils ont ouvert le feu sur des habitants à leur domicile avant de brûler les maisons. Les assaillants ont tué au moins 100 personnes, selon Yakubu Bitiyong, député de l’État de Kaduna.

Le porte-parole de la police d’État, Aminu Lawan, a confirmé ces attaques, mais n’a pas voulu communiquer un bilan des victimes. Il a également refusé de donner des précisions sur l’origine des assaillants, alors que la population locale, majoritairement chrétienne, accuse les éleveurs musulmans fulanis d’être les auteurs des attaques.

Le village de Chenshyi, où au moins 50 personnes ont péri, a été le plus durement touché, selon Adamu Marshall, le porte-parole de l’Union du peuple de Kaduna Sud (SOKAPU), une association politique et culturelle de la région, dont le bilan concorde avec celui du député Bitiyong.

« Les assaillants ont volé de la nourriture et mis le feu aux granges, a-t-il déclaré à l’AFP. Les gens sont encore cachés dans les buissons, ils ont peur de rentrer chez eux. »

Cette série d’attaques est la plus meurtrière dans le sud de l’État de Kaduna depuis les violences post-électorales qui avaient fait plusieurs centaines de morts en 2011.

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14-Guinée : le virus Ebola a atteint la capitale, la maladie expliquée en infographie
http://lci.tf1.fr/monde/afrique/guinee-le-virus-ebola-a-atteint-la-capitale-msf-renforce-ses-equipes-8388003.html
Edité par Nicolas FERTIN avec AFP le 23 mars 2014

L’unicef a indiqué dimanche que l’épidémie de fièvre Ebola qui sévit depuis le 9 février dans le sud de la Guinée et a fait plus de 80 morts a atteint la capitale guinéenne.
 <http://openad.tf1.fr/5c/MYTF1NEWS/monde/afrique/papiervideo/641323907/Top3/default/empty.gif/574e46634a464c3469697741424e3567?x>
      

Le virus Ebola a désormais atteint la ville de Conakry, la capitale de la Guinée qui compte 1,5 million d’habitants. L’organisation humanitaire a indiqué  dimanche que les premiers foyers d’infection, jusqu’alors recensés dans le sud du pays s’étaient encore étendus.

« Ces derniers jours, la fièvre hémorragique mortelle s’est rapidement répandue des préfectures de Macenta, Guéckédou et Kissidougou (sud) à la capitale, Conakry« , déclare l’Unicef dans un communiqué. Conakry, vaste ville située sur la côte Atlantique, compte 1,5 à deux millions d’habitants, selon les estimations. « En Guinée, un pays dont les infratructures sanitaires sont déjà faibles, une maladie comme celle-ci peut être dévastatrice« , souligne le Dr Mohamed Ag Ayoya, représentant de l’Unicef en Guinée, cité dans le communiqué.

      

Confirmation qu’il s’agit bien du virus Ebola. Vendredi, des analyses effectuées en France ont confirmé que le virus était bien le virus Ebola. « Dans la journée de vendredi nous avons eu les premiers résultats venus de Lyon qui nous ont annoncé la présence du virus de la fièvre Ebola comme étant à l’origine de cette flambée de fièvre fébrile en Guinée forestière principalement« , a déclaré le Dr Sakoba Kéita, le chef de la division prévention au ministère guinéen de la Santé.

Infographie : comment se transmet le virus

59 morts. Le virus Ebola, qui a fait au moins 59 morts dans le sud de la Guinée depuis début février, figure parmi les plus contagieux et mortels chez l’homme, selon l’Organisation mondiale de la santé. Le virus Ebola se manifeste par une poussée de fièvre, des diarrhées, des vomissements, une fatigue prononcée et parfois un saignement. Il figure parmi les plus contagieux et mortels chez l’homme, selon l’Organisation mondiale de la santé. Il n’existe aucun traitement ni vaccin. Les autorités guinéennes peinent à faire face à l’épidémie. « Nous sommes débordés sur le terrain, nous luttons contre cette épidémie avec les moyens du bord, avec le concours des partenaires » a reconnu samedi soir le Dr Keita.

MSF envoie des renforts. L’ONG Médecins Sans Frontières a annoncé le lancement d’une intervention d’urgence dans le pays. « Vingt-quatre médecins, infirmiers, logisticiens et spécialistes de l’hygiène et de l’assainissement sont déjà sur place alors que d’autres personnes vont renforcer l’équipe au cours des prochains jours« , a précisé MSF dans un communiqué. En collaboration avec le ministère de la Santé guinéen, « MSF a mis en place une structure d’isolation des cas suspects à Guéckédou, et se prépare à faire de même à Macenta« , deux localités de la région de Nzérékoré, a ajouté l’ONG qui recherche aussi les personnes susceptibles d’avoir été infectées lors de contacts avec des patients. Environ « 33 tonnes de matériel » vont être acheminées  par deux avions au départ de la Belgique et de la France, a-t-elle ajouté.

Les malades traités gratuitement. De leur côté, les autorités guinéennes ont décidé  le « traitement gratuit de tous les malades dans les centres d’isolement » et le « recensement de toutes les personnes qui ont eu des contacts directs avec les malades décédés et ceux présentant les signes » de la maladie. Le gouvernement a invité les populations à la vigilance et à prendre les mesures préventives adéquates. Il a demandé aux services de santé de prendre toutes les dispositions nécessaires pour contenir la maladie et signaler tout cas suspect aux autorités sanitaires.

L’ambassade de France à Monrovia, capitale du Liberia voisin, a conseillé aux Français de ne pas se rendre dans les zones touchées en Guinée ni dans les zones du nord du Liberia proches de la frontière entre les deux pays.

Lire aussi :
Après la Guinée, des cas suspects d’Ebola détectés au Liberia
http://www.courrierinternational.com/depeche/newsmlmmd.urn.newsml.afp.com.20140324.81323f6d.a520.4610.af6c.da512dc7705b.xml
La fièvre Ebola inquiète la Côte d’Ivoire
http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2014/03/24/97001-20140324FILWWW00402-la-fievre-ebola-inquiete-la-cote-d-ivoire.php

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15-Des chenilles pour nourrir les Burkinabés
http://www.youphil.com/fr/article/05240-des-chenilles-pour-nourrir-les-burkinabes?ypcli=ano
Rédaction Fanny Roux 16/10/2013

Zoom sur un projet burkinabé qui associe lutte contre la malnutrition et innovation sociale.


Une femme burkinabé fabrique du beurre de karité, arbre sur lequel vivent les chenilles.

Ils sont deux, au début, à avoir perçu l’abondance des chenilles de karité dans l’Ouest du Burkina Faso comme une solution pérenne et adaptée pour lutter contre la malnutrition. Ce problème toucherait environ 50% des enfants dans ce pays d’Afrique de l’Ouest.
Leur projet Faso Prot est né de cette volonté d’exploiter ce produit d’une grande valeur nutritive, déjà consommé et exploité dans la région entre juillet et septembre, et de le déployer sur tout le territoire burkinabé (notamment dans la région de Bobo-Dioulasso).

> Regardez la présentation du projet : http://www.youtube.com/watch?v=axxHxCVZdEk&feature=player_embedded <http://www.youtube.com/watch?v=axxHxCVZdEk&amp;feature=player_embedded>

Kahitouo Hien et Douyiri Christophe Mandi sont des étudiants ingénieurs en microbiologie et nutrition à l’Institut international d’ingénierie de l’eau et de l’environnement <http://www.2ie-edu.org/index.php?option=com_content&amp;view=article&amp;id=1510&amp;Itemid=265&amp;lang=fr>  (2iE) à Ouagadougou. Ils ont reçu le prix du Meilleur impact social du concours Global social venture competition <http://www.gsvc-essec.org/>  (GSVC) réunissant des projets d’entreprises provenant de grandes écoles dans le monde.

De la solution humanitaire à l’innovation sociale
Ces chenilles représentent une ressource précieuse à exploiter: elles sont deux fois moins chères que la viande et contiennent trois fois plus de protéines. Mais c’est surtout l’impact social positif de ce projet qui le rend durable.
En effet, les deux ingénieurs ont décidé d’organiser localement la récolte de ces chenilles en milieu rural auprès de 2000 femmes la première année. Ce qui accroîtra naturellement leurs revenus et donc leur niveau de vie.

Une vendeuse de chenille au Burkina Faso, crédit: DR.

Par ailleurs, le produit sera vendu séché, comme on le consomme traditionnellement, mais aussi réduit en une poudre (enrichie en vitamines et minéraux) à intégrer dans l’alimentation. Ce complément alimentaire sera donc consommable toute l’année, un atout évident pour prévenir la malnutrition: « cette poudre de chenille ne vise pas à résoudre une urgence, mais à prévenir la malnutrition. Elle intervient en amont des crises alimentaires », explique Kahitouo Hien.

Les ONG? Des soutiens, mais pas encore des clients
Contrairement à de nombreux produits tentant de palier les crises alimentaires en Afrique, Faso Prot vise donc à pérenniser l’alimentation des populations pauvres du Burkina Faso de façon durable. Alors pour l’instant, ce produit qui a l’avantage d’être adapté aux habitudes alimentaires locales n’intéresse pas vraiment les ONG. Selon Kahitouo Hien, ces dernières focalisent encore leur action sur les situations de crise: « Nous n’allons pas produire une alimentation d’urgence, précise Kahitouo Hien. Les ONG que l’on a contactées pour faire une étude de marchés (MSF, Unicef, ACF etc.) sont intéressées, mais elles sont encore prises dans le débat sur la nécessité d’agir ou non en amont pour prévenir les crises humanitaires. Cependant, des ONG nous accompagnent pour la recherche et le développement ».

C’est pourquoi ce projet encore en essai en laboratoire va d’abord asseoir sa viabilité sur le marché local de la chenille séchée, avant d’investir dans les années à venir le marché de l’humanitaire. La récompense de 10.000 dollars du concours GSVC va déjà accélèrer le processus de mise en œuvre du circuit Faso Prot, qui devrait voir le jour avant 2013.

S’il fonctionne, ce projet d’agro-business pourrait se développer à terme dans les pays voisins où les habitudes alimentaires sont similaires. Actuellement, certaines régions du Mali auraient bien besoin de solution pour prévenir la crise alimentaire qui guette.

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16-Gambie : le président Jammeh va remplacer l’anglais par une autre langue nationale
http://www.afrik.com/gambie-le-president-jammeh-va-remplacer-l-anglais-par-une-autre-langue-nationale
mardi 11 mars 2014

Le président gambien Yahya Jammeh a décidé que l’anglais ne sera plus la langue nationale du pays. Il compte la remplacer par une autre langue locale.


Le chef d’Etat de la Gambie Yahiya Jammeh

L’anglais ne sera plus la langue officielle de la Gambie, a décidé le président gambien Yahya Jammeh, rapporte ce lundi le site Koaci. Elle devrait etre remplacée par une langue locale du pays. « Ce qui a fait venir les Anglais en Gambie, c’était le commerce de l’ivoire, parce qu’il y avait beaucoup d’éléphants ici. Ils ont tué les éléphants et ont fini par vendre les Africains », a indiqué le président gambien, connu pour ses excentricités.

Une décision du président Jammeh qui intervient suite au retrait de la Gambie sen octobre 2013 du Commonwealth. Organisation de 54 Etats, regroupant des ex-colonies britanniques pour la plupart. « Le gouvernement se retire du Commonwealth en tant que membre et décide que la Gambie ne sera jamais membre d’une institution néocoloniale, et ne fera jamais partie d’une institution qui représente un prolongement du colonialisme », avait alors indiqué le gouvernement gambien pour justifier sa mesure.

La Gambie est toujours considérée comme l’un des pays les pauvres du monde. Depuis la prise de son indépendance le pays n’a toujours pas développé ses infrastructures.

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17-La police tunisienne s’attaque au niqab
http://www.liberation.fr/monde/2014/02/17/la-police-tunisienne-s-attaque-au-niqab_980812
Thomas LIABOT 17 février 2014

Le ministère tunisien de l’Intérieur a annoncé qu’il allait renforcer le contrôle des personnes portant le voile intégral, pour faire face aux risques terroristes. Une décision qui ne suscite pas de polémique dans le pays.


Deux femmes portant le voile intégral, devant la Grande Mosquée de Kairouan en Tunisie.

Une semaine après l’entrée en vigueur de la nouvelle Constitution tunisienne <http://www.liberation.fr/monde/2014/01/14/tunisie-une-constitution-au-forceps_972819> , lundi 10 février, le pays s’attaque au niqab. Vendredi, le ministère de l’Intérieur a annoncé un «contrôle renforcé» des femmes portant le voile intégral. «Cette mesure a été prise en raison des menaces terroristes enregistrées dans le pays et en raison du recours suspect au niqab […] pour se déguiser et fuir la justice», a expliqué le ministère, dans un communiqué publié sur sa page Facebook <https://fr-fr.facebook.com/ministere.interieur.tunisie/posts/773941055966606?stream_ref=10> . Les autorités appellent à la «compréhension de tous» afin «d’aider les unités sécuritaires à faire leur travail».

Cette annonce s’explique à la lumière d’événements récents. Le 10 février dernier, la police a arrêté un salafiste, membre d’un mouvement jihadiste, recherché depuis huit mois pour diverses violences. L’homme se dissimulait sous un voile intégral. Auparavant d’autres hommes ont été interpellés alors qu’ils usaient du même stratagème. Depuis 2011, la Tunisie est confrontée à l’essor de groupes jihadistes accusés, notamment, du meurtre de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi l’an dernier. Une vingtaine de militaires et de membres des forces de l’ordre ont aussi été tués en 2013 lors d’affrontements ou par des bombes posées par des jihadistes présumés. Début février, un gendarme a été tué lors d’une opération terroriste durant laquelle plusieurs suspects ont été abattus <http://www.liberation.fr/monde/2014/02/04/tunisie-un-gendarme-et-des-hommes-armes-tues-dans-des-affrontements_977707> , près de Raoued, dans la grande banlieue de Tunis.

Débat sur le port du niqab dans les lieux publics
Dans ce contexte, la décision de contrôler les femmes en niqab est relativement bien acceptée dans le pays. «Il y a une situation de hantise en Tunisie vis-à-vis du fait terroriste. La rumeur circule que des criminels se cachent sous le niqab pour mener des attentats. Cette décision répond à une demande de la population, les gens sont effrayés», analyse le politologue tunisien Larbi Chouikha. «Je ne vois pas là de motivation politique de la part du gouvernement mais des raisons sécuritaires avant tout

Connu pour ses positions extrémistes, comme lorsqu’il avait appelé au meurtre de plusieurs artistes en juin 2012 <http://www.liberation.fr/monde/2012/06/16/un-imam-interdit-de-precher-apres-avoir-appele-au-meurtre_826800> , Houcine Laâbidi, l’imam de la mosquée Zitouna, s’est montré favorable à ce projet. Il explique que le niqab n’est en rien imposé par l’islam et devient proscrit par la charia s’il est lié au terrorisme. Imen Triki, la présidente et avocate de l’association Liberté et équité <https://www.facebook.com/horiyaWinssaf> , qui s’est fait connaître en prenant la défense des porteuses du voile ou du niqab, estime aussi que cette décision tombe sous le sens. «Le contrôle renforcé sur les porteurs du niqab est une mesure préventive», a-t-elle déclaré au micro de la radio tunisienne Express FM.

Si cette mesure ne doit pas être confondue avec une interdiction du voile intégral, la question est néanmoins sur la table. La Tunisie a ouvert depuis deux ans environ un débat sur le port du niqab dans les lieux publics. Le port du niqab n’était pas toléré sous le régime déchu de Zine El Abidine Ben Ali, mais il a réapparu depuis la révolution de janvier 2011. Ces derniers mois, plusieurs universités ont été le théâtre de heurts <http://www.liberation.fr/monde/2013/05/02/en-tunisie-l-universite-des-lumieres-triomphe-du-niqab_900529>  entre partisans du droit de porter le voile intégral et leurs détracteurs. La semaine dernière, un mouvement intitulé «Il est temps d’interdire le niqab <https://www.facebook.com/pages/Il-est-temps-dinterdire-le-NIKAB/618413158238993> » a vu le jour sur Facebook. Pour Larbi Chouikha, cependant, le gouvernement «n’aurait pas intérêt à ouvrir un débat aussi vaste à quelques mois des élections présidentielles».

Lire aussi :
La Tunisie vient d’interdire le port du Niqab
http://mutien.com/site_officiel/?p=14452

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18-Coopération : le Qatar débloque 1,25 milliard de dollars au Maroc
http://www.afrik.com/cooperation-le-qatar-debloque-1-25-milliard-de-dollars-au-maroc
mercredi 12 mars 2014

Le chef du gouvernement qatari, en visite au Maroc, a assisté à Rabat, avec son homologue marocain, à la signature de plusieurs accords de coopération entre les deux pays. Le Qatar a également décidé d’activer sa quote-part de 1,25 milliard de dollars relatif à un don de 5 milliards de dollars promis au Maroc par le Conseil de la Coopération du Golfe.


Le chef du gouvernement marocain, Abdelilah Benkirane (à droite), et le Premier ministre qatari, Cheikh Abdallah Ben Nasser Khalifa Al Thani

Le Maroc et le Qatar, déjà liés par plusieurs accords de coopération, ont signé mardi à Rabat de nouveaux accords, en marge de la 5e session de la Haute commission mixte maroco-qatarie. L’évènement, co-présidé par le chef du gouvernement marocain, Abdelilah Benkirane et le Premier ministre qatari Cheikh Abdallah Ben Nasser Khalifa Al Thani, a été l’occasion pour les ministres marocain et qatari des Finances, respectivement Mohamed Boussaïd et Ali Cherif Al Imadi, d’activer la quote-part du Qatar d’un montant de 1,25 milliard de dollars relatif au don de 5 milliards de dollars (sur cinq ans) promis au Maroc par le Conseil de la Coopération du Golfe (CCG). Cette première et deuxième tranche de quote-part représente la somme de 500 millions de dollars.

Le Premier ministre qatari est arrivé dimanche soir à Rabat à la tête d’une importante délégation de ministres, dont le chef de la diplomatie, Khaled Ben Mohamed Alattiyah. Les deux pays ont conclu plusieurs accords de coopération bilatérale portant notamment sur le transport aérien, la reconnaissance mutuelle des diplômes, les affaires islamiques et les médias.

En décembre dernier déjà, Rabat et Doha avaient signé différents accords à l’occasion de la visite au Maroc de l’émir du Qatar, Cheikh Tamim Ben Hamad Ben Khalifa Al Thani. Un an auparavant, c’est le roi Mohammed VI qui se rendait à Doha.

Les échanges commerciaux entre les deux pays ont doublé entre 2010 et 2013, passant ainsi de moins de 50 millions d’euros à près de 90 millions d’euros. Cette évolution considérable de plus de 144% est justifiée par la hausse des importations qataries. Mais ces résultats ont été jugés insuffisants par le chef du gouvernement marocain.

La visite au Maroc du Premier ministre qatari intervient dans un contexte particulier. L’Arabie Saoudite, les Emirats et Bahreïn, des alliés proches du royaume marocain, ont rappelé la semaine dernière leurs ambassadeurs à Doha. Ces trois pays accusent le Qatar d’ingérence dans les affaires des pays voisins. Une première dans l’histoire du CCG, qui rassemble depuis 1981 les six monarchies arabes du Golfe. En 2011, les membres du CCG avaient invité le Maroc et la Jordanie, les deux seuls autres monarchies arabo-berbères, à rejoindre leur club. Rabat avait accueilli positivement cette invitation perçue comme un moyen de se protéger des révoltes, mais avait toutefois réitéré son « attachement » à la construction de l’Union du Maghreb arabe (UMA).

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19-Quand l’Afrique sauvait la France
http://www.lepoint.fr/afrique/culture/quand-l-afrique-sauvait-la-france-21-03-2014-1803914_2032.php#xtor=EPR-6-[Newsletter-Mi-journee]-20140322
Le Point.fr – Publié le 21/03/2014

L’historien Eric Jennings revient sur le rôle déterminant – et souvent occulté – des 17 013 Africains recrutés par la France libre entre 1940 et 1944. Extraits.


Le gouverneur général du Congo, Félix Éboué (à gauche) et le général de Gaulle (à droite), lors de la conférence de Brazzaville, en février 1944.

« Avec quelle rage l’anti-gaullisme de gauche et l’anti-gaullisme de droite, les communistes et les vichystes, s’acharnent à propager la légende de la résistance de Londres ! […] Aux uns comme aux autres, j’oppose la vérité : la France libre fut africaine. » Reprenant à son compte le célèbre discours de l’ethnologue Jacques Soustelle, l’historien canadien Eric Jennings entend, dans La France libre fut africaine (Perrin), procéder à un véritable recadrage historique. Car si l’on évoque souvent les fameux tirailleurs d’Afrique occidentale et les troupes maghrébines entrées en guerre à partir de 1943, l’apport de l’AEF et du Cameroun, semble, quant à lui, être tombé aux oubliettes de l’histoire. Or, la France libre était-elle seulement londonienne ? Elle s’étendait, en réalité de la frontière tchado-libyenne au fleuve Congo, rappelle l’auteur.
 <http://www.lepoint.fr/images/2014/03/21/2522363-000-app2000111782080-1-jpg_2164273.jpg>

À l’été 1943, les Forces françaises libres comptent ainsi environ 70 000 âmes : 39 000 citoyens français, et 30 000 coloniaux. Qu’aurait fait le général de Gaulle sans ces vastes étendues de territoire qui lui offraient à la fois souveraineté et légitimité ? Quelle reconnaissance internationale aurait-il eue ? Et comment se serait-il approvisionné en hommes et en matières premières ? Ce sont bel et bien des dizaines de milliers de Tchadiens, Congolais, Camerounais, Centrafricains, Gabonais qui portèrent le fer contre l’Axe dès le début de l’année 1941, alors que la métropole assistait, impuissante, à sa propre agonie. Eric Jennings a mené l’enquête pendant sept ans, aussi bien aux archives nationales du Congo, à Brazzaville, qu’à celles du Cameroun à Yaoundé. À la recherche de témoignages, de chiffres, de registres, qui prouvent à quel point l’Afrique et, à plus forte raison, les Africains furent impliqués dans l’effort de guerre et les batailles victorieuses de la France libre. Le résultat démonte le mythe d’une résistance essentiellement londonienne et métropolitaine. Passionnant.

Extraits
Du jour au lendemain, Brazzaville est consommée par une frénésie martiale. Trois mille Africains et Africaines sont embauchés puis formés au service de l’intendance pour confectionner des uniformes destinés aux bataillons de marche en voie de constitution. Ils travaillent dans de vastes usines de 4 000 m2, montées de toutes pièces – « partant de zéro » en 1940. On y taille des boutons de bois, on y fabrique des tuniques, ceinturons, pantalons, bref, des uniformes complets, mais aussi des tentes, des bâches, et tout le nécessaire militaire. Un journaliste se surprend à remarquer que « le rendement des ouvriers indigènes parvient, pour ceux qui sont suffisamment entraînés, à égaler celui d’un ouvrier moyen en Europe ». Non loin de là, une distillerie transforme le vin avarié dont la colonie regorge, en alcool médical, dont elle manque. L’Afrique française libre produit désormais – mais sous le signe de la débrouillardise – des matières de guerre essentielles qui, par le passé, venaient de métropole.
[…] Les chauffeurs africains remplissent une fonction capitale pendant toute la campagne du Sahara. Les camions (Ford, Chevrolet) et leurs conducteurs ont joué le rôle essentiel de cordon ombilical tant à Koufra que pendant la campagne du Fezzan. Or ces camions, si critiques pour la guerre du désert, font eux aussi cruellement défaut, à tel point qu’à la fin de 1941 sont réquisitionnés cent cinquante camions en Oubangui-Chari, colonie peu nantie en moyens de transport, ce qui compromet sur place la récolte du coton. En 1943, il est de nouveau question de réquisitionner 400 camions en Oubangui et au Tchad, cette fois pour acheminer les BM 12 et 13 en Afrique du Nord. Aux camionneurs s’ajoutent les mariniers qui acheminent les provisions au front par voie fluviale depuis l’Atlantique, ou encore les colonnes de plus d’un millier de chameaux qui, montés par des gens qui connaissent le terrain, apportent l’essence à des points de stockage sur la route de Koufra (ces chameaux sont le plus souvent réquisitionnés et surtout surmenés, ce qui provoque de nombreuses pertes).
[…] En 1945, alors que la France se reconstruit, les troupes de l’AEF se frottent aux poches allemandes de la côte atlantique. Aux abords de la Pointe de Grave en avril 1945, le régiment de l’AEF et Somalie se heurte à une résistance farouche de la part d’Allemands acculés à la mer qui répondent aux consignes jusqu’au-boutistes d’Adolf Hitler. Le régiment AEF et Somalie comprend le BM 14, le BM 15 et le bataillon de marche Somali (BMS) ; les deux premiers sont constitués en grande majorité de soldats originaires du Cameroun et du Tchad, d’où le nom mixte de régiment. Dans la soirée du 15 avril 1945, plusieurs tirailleurs périssent suite à une trêve non respectée par les Allemandes devant le village de La Croix, près de Talais. En tout, le régiment perd 22 hommes ce jour-là, la grande majorité d’entre eux issus des colonies (18 des 22) puis 10 hommes, dont 8 coloniaux le lendemain, en bordure de Talais. Le 17 avril, lors d’une opération sur Talais même, si les Allemands se rendent à présent en grand nombre (le BM 15 fait à lui seul 193 prisonniers, pour un total de 250), les défenseurs continuent à infliger des pertes aux troupes coloniales. Dans les rangs du BM 15 ce jour-là, deux Européens et « sept indigènes » trouvent la mort. Le lendemain, 18 avril 1945, de « violents combats de rue », avec renfort de chars côté français se déroulent dans le centre de Soulac-sur-Mer. Les Allemands s’accrochent dans un blockhaus et dans des ruines. Les forces françaises sont également contraintes de se livrer à des combats dans les marais avoisinant Soulac, embourbés dans de la vase pendant plus de quatre heures. Si les diverses unités du régiment de l’AEF et Somalie font 410 prisonniers, 12 « indigènes » meurent ce jour-là contre aucun « Européen ».
[…] Afin d’instaurer une économie de guerre dirigée, de reprendre la main sur les entreprises, et surtout de mettre en place un réseau de main-d’oeuvre contrôlé et canalisé à l’échelle de l’AEF, Félix Éboué et Henri Laurentie proposent à Londres une importante réforme du droit du travail. Ceci posé, bien des dénominateurs communs rapprochent la politique d’Éboué de celle du proconsul vichyste d’AOF Pierre Boisson : glorification du paysan et du chef, essentialisme nostalgique, refus de consacrer la liberté du travail, avis partagé qu’un retranchement est nécessaire dans le domaine de la main-d’oeuvre. Obsédé par le déclin et la dégénérescence des populations, craignant que des villageois déracinés se muent en un dangereux prolétariat, Éboué estime que l’Africain a besoin d’enracinement, d’ordre et de hiérarchie, le chef européen devenant alors un « aristocrate » au sommet de cette pyramide. Éboué et Boisson partagent enfin le « mythe d’une communauté traditionnelle africaine ». Les directives que remet Éboué au gouverneur du Gabon Victor Valentin-Smith en juillet 1941 confirment ce constat. Pour remédier à la crise de la main-d’oeuvre, elles suggèrent « d’empêcher dans toute la mesure du possible le mélange des races et des tribus sur un même chantier ».

Eric Jennings, La France libre fut africaine, Perrin, 360 pages

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20-De l’Antiquité au XIXe siècle, ces femmes qui ont fait l’Afrique
http://www.courrierinternational.com/article/2014/03/19/de-l-antiquite-au-xixe-siecle-ces-femmes-qui-ont-fait-l-afrique?utm_campaign=&utm_medium=email&utm_source=Courrier+international+au+quotidien <http://www.courrierinternational.com/article/2014/03/19/de-l-antiquite-au-xixe-siecle-ces-femmes-qui-ont-fait-l-afrique?utm_campaign=&amp;utm_medium=email&amp;utm_source=Courrier+international+au+quotidien>
Les Dépêches de Brazzaville Grâce Loubassou 19 mars 2014

Toutes ces reines antiques ou ces égéries contemporaines se sont fait valoir grâce à leur personnalité, leur beauté, mais pour beaucoup par leurs actes. Toutes différentes, mais portées par le même désir : contribuer à un avenir commun pour leur peuple.

De gauche à droite : Cléopâtre, reine d’Egypte, sur un fragment de bas-relief daté du Ier siècle av. J.-C. Anna Zingha, souveraine d’Angola, lithographie de François Le Villain (1830). Seh-Dong-Hong-Beh, redoutable chef des amazones du Dahomey, dessin de Frederick Forbes (1851). – Document Bridgeman.

Cléopâtre
Egypte, 69-30 av. J.-C.
Cléopâtre est un personnage phare dont la légende s’est emparée de son vivant. C’est sans aucun doute la femme la plus célèbre d’Egypte, mais aussi de toute l’Antiquité. Elle est considérée comme le dernier pharaon que l’Egypte ait connu. L’histoire raconte qu’elle était une négociatrice hors pair, d’une beauté atypique, comme le montrent les représentations. Même si son objectif était de protéger l’indépendance de l’Egypte, elle s’engage dans une relation avec César en 48 av. J.-C. Elle le suit à Rome et s’y installe. Cependant, la mort de son bien-aimé la contraint à un dur retour à la réalité. Le futur Auguste mène bataille pour annexer l’Egypte. Cléopâtre aime mieux mourir que de voir l’Egypte envahie.

Aminatu
Gambie, XVIe siècle
La reine Aminatu de Zaria est surnommée “la reine guerrière”. Elle avait pour but non seulement d’étendre son territoire jusqu’au nord-est de l’actuel Nigeria, mais aussi de développer les villes conquises. Pendant plus de trente ans, ses conquêtes font de son royaume le rendez-vous du commerce transsaharien. Selon une légende, Aminatu refusait de se marier et d’avoir une descendance. C’est pourquoi, dans chaque territoire qu’elle récupérait, elle passait la nuit avec l’homme de son choix. Qu’elle tuait au petit matin pour que ce dernier ne se vante pas d’avoir eu des relations intimes avec elle.

Anna Zingha
Angola, XVIIe siècle
Anna Zingha est reine du royaume d’Angola pendant plus d’un demi-siècle. Son long règne est marqué par bien des luttes et des victoires. Elle s’oppose farouchement aux ambitions du Portugal sur son royaume et dirige l’Angola d’une main de fer jusqu’à sa mort, à l’âge de 82 ans, ce qui est une prouesse à cette époque. Elle est souvent décrite comme une habile tacticienne, puisqu’elle résiste aux attaques des armées occidentales pendant trente ans ! Malheureusement, elle ne donne naissance à aucun héritier pour lui succéder. Elle est donc la dernière souveraine à régner sur le royaume d’Angola. Aujourd’hui, elle est connue comme “la reine dont la flèche trouve toujours le but”.

Kimpa Vita-Nsimba
Congo, XVIIeXVIIIe siècle
Kimpa Vita est une prophétesse congolaise. Elle grandit dans un climat de guerre entre les différentes tribus du royaume Kongo. Dès son enfance, elle est reconnue comme nganga marinda – autrement dit, une intermédiaire entre le monde des hommes et celui des esprits. Celle que l’on surnomma “la Jeanne d’Arc du Kongo” acquiert au fil des années une puissance qui menace celle du roi et des missionnaires. “Dona Vita” devient une figure mystique, vénérée par les gens qui l’écoutent. En 1706, deux ans après son arrivée à Mbanza-Kongo, c’est un spectacle horrible qui se déroule sur la place de la capitale : un bûcher a été préparé pour la prêtresse et sa famille. Un peu moins de trois siècles après Jeanne d’Arc, Kimpa Vita meurt en murmurant le nom de Jésus, rapportent les témoins.

Abla Pokou
Côte d’Ivoire, XVIIIe siècle
Abla Pokou est une reine d’Afrique de l’Ouest qui mène le peuple baoulé du Ghana vers la Côte d’Ivoire pour le libérer d’une guerre fratricide pour le contrôle du royaume d’Ashanti, au Ghana. La légende est connue de tous : elle raconte que la reine a dû sacrifier son fils pour traverser la rivière avec son peuple. Cette histoire serait à l’origine du nom “baoulé”. Lors du sacrifice de son enfant, elle se serait exclamée “ba oulié”, ce qui peut se traduire par “l’enfant est mort”. C’est le nom que portera son peuple, qu’elle installe en Côte d’Ivoire. Abla Pokou, princesse ashanti, est devenue la reine des Baoulé et a régné avec splendeur jusqu’en 1760.

Seh-Dong-Hong-Beh
Bénin, XIXe siècle
Son nom se traduit par “Dieu dit la vérité”. Elle est la chef des célèbres amazones [du Dahomey, ancien nom du Bénin], bien ancrées dans l’Histoire mais dont on oublie souvent la provenance. Aux alentours de 1850, Seh-Dong-Hong-Beh dirige cette armée composée de plus de 5 000 combattantes. Leur combat le plus connu est l’assaut lancé contre la forteresse Egba d’Abeokuta [au Nigeria]. A la fin du XIXe siècle, le roi du Dahomey Behanzin mène la guerre contre les colons français. Dans son armée de 10 000 guerriers, on trouve encore 1 200 amazones, qui se battent jusqu’à la mort. On raconte qu’elles ont préféré brûler leurs villages plutôt que de les abandonner aux colons.

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