Par la rédaction d’E&R Publié le : jeudi 30 janvier

Le député PS de l’Hérault Christian Assaf (photo ci-contre) demande au ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, de poursuivre en justice les personnes à l’origine des « rumeurs » d’un « prétendu enseignement » de la théorie du genre.

« Ces rumeurs infondées, devenues une croisade nauséabonde, sont responsables de troubles à l’ordre public évidents et conduisent au non-respect de l’obligation de scolarisation des enfants. Il me semble important que les personnes et mouvements à l’origine de cet appel et de ces mensonges soient recherchés et poursuivis, au-delà des enfants, c’est la République qui est attaquée et c’est donc à la République de répondre ».

Désireux de se faire remarquer par la communauté gay, cet ancien directeur de cabinet du maire de Montpellier Hélène Mandroux (qui célébra le premier « mariage » homosexuel en mai 2013), habitué des références aux heures les plus sombres, alors que le débat sur le « mariage pour tous » avait lieu à l’Assemblée nationale, avait lancé à l’opposition que « le temps du triangle rose est terminé [1] ! »

 http://www.dailymotion.com/video/xx5qnf_assaf-le-temps-du-triangle-rose-est-termine_news

Depuis vendredi dernier, le pouvoir s’affole devant le succès rencontré par les JRE (Journée de retrait des écoles) et tente par tous les moyens d’étouffer ce sursaut citoyen, en travestissant la réalité avec l’aide des médias, en parlant de « rumeurs » et de « mensonges », répandus par des « groupuscules d’extrême-droite révisionnistes… ».

Vincent Peillon a demandé à ce que les parents qui ont participé aux JRE soient convoqués par les chefs d’établissements des écoles où sont scolarisés leurs enfants.

Ainsi le rectorat de l’Académie de Lyon a fait parvenir aux enseignants un courriel destiné à les rendre complices du mensonge d’État que constituent les propos du gouvernement à ce sujet :

Alors que l’actualité est agitée concernant la question du genre et que le mouvement JRE (Journée de retrait des Enfants des écoles) opère des amalgames grossiers, je me permets de faire quelques précisions sémantiques et contextuelles :

1. Il n’existe pas de « théorie » du genre : cette expression est le résultat d’une traduction erronée de « gender theory » employée par les anglo-saxons. Il s’agit en réalité des « études de genre » (comment l’appartenance de genre peut expliquer certains phénomènes sociaux, historiques, géographiques, etc.) ou de l’étude « du rapport de genre », c’est-à-dire l’étude du rapport de pouvoir induit par l’appartenance de genre. Cette étude met ainsi l’accent sur l’influence des stéréotypes pour conforter et/ou légitimer ces rapports de pouvoir et le partage sexué des rôles.

2. Le genre est, en revanche, une construction sociale : il est une forme d’apprentissage tout au long de la vie des comportements socialement attendus d’une femme ou d’un homme. La situation devient problématique lorsque ces caractéristiques sont considérées comme immuables et qu’elles assignent des rôles aux hommes et aux femmes en fonction de leurs caractéristiques biologiques : les hommes sont forts, dominants, bricoleurs, peu habiles en communication ; les femmes ne savent pas se repérer dans l’espace, elles se laissent guider par leurs émotions, aiment être protégées… Il en découle une forme de déterminisme qui touche aussi la sphère de l’école et des apprentissages et les supposées capacités distinctes des filles et des garçons.

3. L’école transmet les valeurs de la République et a toute sa légitimité pour lutter contre les déterminismes sociaux, culturels ou de genre. L’enseignement de l’égalité hommes-femmes est ainsi prévu par la loi depuis 1989 et l’article L. 121-1 du code de l’éducation : « Les écoles, les collèges, les lycées et les établissements d’enseignement supérieur […] contribuent à favoriser la mixité et l’égalité entre les hommes et les femmes, notamment en matière d’orientation. […] Ils assurent une formation à la connaissance et au respect des droits de la personne ainsi qu’à la compréhension des situations concrètes qui y portent atteinte. […] Les écoles, les collèges et les lycées assurent une mission d’information sur les violences et une éducation à la sexualité. » C’est également un objectif européen qui doit être transcrit dans les actions mises en place à l’école et un objectif national traduit par la Convention interministérielle pour l’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes, signée il y a tout juste un an par six ministères. Cet objectif d’éducation à l’égalité fait bien sûr partie intégrante des enseignements d’éducation civique, d’ECJS, d’histoire et de géographie.

4. L’expérimentation « ABCD de l’Egalité » dans le premier degré s’intègre dans cette démarche particulière de lutte contre les stéréotypes et dans une démarche plus globale de renouvellement des pratiques pédagogiques. Il s’agit en effet d’une proposition de démarches pédagogiques pour travailler avec les élèves sur les clichés filles-garçons et ce, afin d’ouvrir le champ des possibles : de la possibilité de jouer au foot lorsque l’on est une fille à celle de faire l’atelier cuisine quand on est un garçon, de la possibilité de s’imaginer chirurgien(ne) ou sage-femme/maïeuticien, de la possibilité d’aimer les voitures, la mécanique ou la boxe, la musique rock ou la dînette sans distinction (ou assignation) de genre. L’expérimentation actuelle, dont l’académie de Lyon fait partie (42 écoles du Rhône), participe aussi d’une prise de conscience des enseignants de pratiques involontaires de perpétuation des stéréotypes, notamment de pratiques liées aux capacités supposées naturelles de leurs élèves : les filles sont appliquées et dociles, les garçons sont vifs et fonceurs, etc.

Je vous remercie de l’attention que vous porterez à ce message pour que vous puissiez, à votre tour, contribuer à la clarification des objectifs portés par le ministère de l’Education nationale.

Très cordialement,

Mme (Ndlr : nom du sous-fifre supprimé par la rédaction)

IA-IPR d’Histoire & Géographie de l’Académie de Lyon
Chargée de mission académique pour l’Egalité
mission.egalite@ac-lyon.fr

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