Pourquoi le cas Gbagbo fait énormément débat au Cameroun ?
Consultant International en Finance et Analyste politique, Adrien Macaire Lemdja explique pourquoi les camerounais sont enthousiasmés par le dossier ivoirien.

Consultant International en Finance et Analyste politique, Adrien Macaire Lemdja explique pourquoi les camerounais sont enthousiasmés par le dossier ivoirien.
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Adrien Macaire Lemdja
Adrien Macaire Lemdja

Pourquoi le cas Gbagbo fait énormément débat au Cameroun ?

Au-delà de l’homme, c’est non seulement la chronique annoncée de son éviction, le processus par lequel il a été débarqué mais surtout l’auteur principal de ce processus qui a fait resurgir chez nos compatriotes un passé historique douloureux.

Celui relatif à la relation non soldée entre notre pays et la France.

D’aucuns ont imaginé que la Côte d’Ivoire et leur Président auraient pu être le Cameroun et son Président. Deux courants d’inégale importance se sont affrontés au niveau du Cameroun avec, un avantage certain à ceux qui pensaient et pensent toujours que l’arrivée au pouvoir de Mr Alassane Ouattara fut un hold-up perpétré par la fameuse communauté internationale emmenée et instrumentalisée par la France qui n’avait jamais adoubé le Président Laurent Gbagbo.

Qu’est ce qui peut expliquer le comportement des autorités camerounaises qui ont interdit la diffusion d’un documentaire et la tenue d’une cérémonie de dédicace d’un livre sur Laurent Gbagbo au Cameroun ?

Dans la crise post-électorale ivoirienne opposant le Président Laurent Gbagbo à son adversaire Alassane Ouattara, le Cameroun a refusé de se voir imposer une vue malgré le forcing amical de certains pays amis. En effet, malgré la décision d’expulser les ambassadeurs nommés par le Président Laurent Koudou Gbagbo, le Cameroun avait autorisé jusqu’au bout la présence de l’ambassadeur ivoirien à Yaoundé. Contrairement à d’autres pays, le Cameroun n’a jamais reçu, à ce jour, en visite officielle, son successeur.

Le Président Alassane Ouattara n’a foulé le sol de notre pays qu’à l’occasion du Sommet sur la sécurité maritime de Yaoundé. Par ailleurs l’on se rappelle que durant cette crise, des bendskins (moto-taxi ndlr) avaient bruyamment manifesté à Douala, en faveur du Président Laurent Gbagbo. Ce dernier est désormais à la Haye en attente d’un éventuel jugement et son successeur s’est déclaré candidat pour un second mandat.

La diplomatie camerounaise dont la doctrine, héritée de l’ère Ahidjo et poursuivie par le Président Paul Biya, est basée sur la non-ingérence dans les affaires internes d’un État souverain tiers (et les élections en sont une) ne souhaite pas y déroger en prolongeant sur notre territoire un débat qui n’est pas le nôtre au premier chef. Débat passionné et passionnel qui pourrait de surcroît provoquer des troubles à l’ordre public.

Comment jugez-vous l’avancement du dossier Gbagbo à La Haye ?

Un avancement qui dénote d’une volonté des « vainqueurs » de la crise ivoirienne de condamner à l’avance un adversaire sans apporter les preuves réelles et suffisantes de leurs accusations. Pire en excluant les autres protagonistes de la crise alors que les mêmes organisations de droits de l’homme qui dénonçaient le pouvoir Gbagbo sont plus discrètes sur la question tout en étant au contraire plus diserte sur les exactions commises par l’ex-rébellion qui a accompagné le Président Alassane Ouattara au pouvoir.

Comment peut-on expliquer que toutes les charges annoncées par ces organisations internationales de droits de l’homme, l’Onu par le biais de son représentant spécial dans le pays à l’époque, les autorités ivoiriennes, la France, la procureure Mme Bensouda avec tous les moyens et le temps dont ils ont disposé, n’aient pu convaincre les juges de la chambre préliminaire de la CPI. Le refus des autorités ivoiriennes de transférer Simone Gbabgo à la Haye et le délai supplémentaire requis par elles pour prendre la décision de transférer Blé Goudé, l’alter égo de l’actuel Président de l’Assemblée Nationale, Guillaume Soro, traduisent à point nommé l’embarras de celles-ci. Un tel transfert n’entrainerait-il pas le sacrifice d’ex comzones aujourd’hui reconvertis dans l’establishment officiel ?

Les acquis prometteurs d’Alassane Ouattara sur le plan économique peuvent-ils faire oublier Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire ?

Les avancées économiques de l’équipe actuelle doivent être décryptées à l’aune d’une sortie de crise qui a quand même duré 10 ans avec une partition du pays en deux et un isolement de ses anciens dirigeants. Les nombreux investissements en cours et touchant les infrastructures ne profitent guère au tissu économique local et encore moins aux populations. Ils s’accompagnent d’un endettement vertigineux qui inquiète les bailleurs de fonds internationaux pire ils sont attribués aux sociétés étrangères, dans le cadre d’accords de gré à gré décriés par les mêmes bailleurs car alimentant la corruption et la gabegie.

Propos recueillis par Boris Bertolt pour Le journal Mutations

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