Olivier Delacrétaz EditorialLa Nation n° 196914 juin 2013 Chers et loyaux Confédérés,

L’acte politique le plus nécessaire, le plus urgent et le plus difficile de ma carrière aura été de m’adresser à vous aujourd’hui pour vous dire, enfin, la vérité.

Et la vérité, c’est que nous sommes en état de pré-guerre: violation répétée de notre souveraineté, mise en cause de nos institutions, menaces de rétorsions sur des entreprises respectueuses des lois, chantage au blocus économique, nous subissons des actes d’hostilité d’une gravité croissante de la part d’un pouvoir prédateur, cynique et brutal, les États-Unis d’Amérique.

Le mot de guerre fait peur. Mais on n’évite pas une chose en évitant de la nommer. D’autres que moi l’ont d’ailleurs utilisé, il n’y a pas si longtemps. Rappelez-vous l’ambassadeur Carlo Jagmetti, dont une note du 19 décembre 1996 mettait en garde le Conseil fédéral contre l’agression planifiée par le Congrès juif mondial, le sénateur Alfonse D’Amato et la clique du président Clinton. Jagmetti parlait explicitement de guerre. Comme on sait, il fut limogé sans phrase par son chef, le conseiller fédéral Flavio Cotti, pour ce seul motif qu’il avait dit, secrètement, la vérité.

L’affaire Cotti permit au monde entier de nous tester: nous fûmes pesés, et trouvés légers. Vous constatez aujourd’hui le coût politique de cette légèreté.

Nous nous trouvons en face de deux manœuvres américaines d’une ampleur inusitée. La première est une «proposition» pour régler «à l’amiable» le contentieux avec les banques suisses. Selon nos «partenaires», nous avons le choix entre un massacre – si nous acceptons – et un massacre – si nous refusons. Aucune négociation! Le Parlement doit voter la «proposition» sans en connaître la teneur et il doit le faire avant le 1er juillet. J’aurais dû refuser ces exigences inacceptables et claquer la porte de Washington. J’ai au contraire bu le calice jusqu’à la lie, je suis rentrée toute faraude et j’ai présenté la proposition comme une victoire de notre diplomatie. J’ai même osé affirmer qu’à l’avenir, «les Américains sauraient se montrer fair-play!».

Les Américains craignant un référendum populaire, le Conseil fédéral a décidé de recourir au droit d’urgence, différant ainsi d’une année la procédure ordinaire de contrôle populaire. Mais dans une année, le mal sera accompli, le fisc américain aura obtenu tout ce qu’il voulait. On ne pourra que constater les dégâts. C’est là un abus caractérisé du droit d’urgence. Il fait de chaque membre du Conseil fédéral, et de moi en particulier, un complice de l’impérialisme américain.

Des banquiers (pas tous) et des syndicalistes (pas tous non plus) exercent des pressions insensées pour que les Chambres plient le plus vite possible. Ils craignent qu’un refus n’entraîne des faillites et des suppressions d’emploi. Ils parlent de «risques systémiques» et d’«effet domino». Peut-être, mais est-il juste, proportionné, prudent à long terme de sacrifier notre souveraineté à des intérêts particuliers, si importants soient-ils? La question se pose d’autant plus que nous subirons dans tous les cas de sérieux dommages frontaux et collatéraux.

Affirmer que nous conserverions notre souveraineté si le Parlement, sous la menace, rendait légal ce qui ne l’est pas relève du formalisme le plus benêt et plus pitoyable.

Les partisans de la proposition proclament que c’est «la moins mauvaise solution». Qu’en savent-ils? La sagesse populaire affirme au contraire que l’appétit vient en mangeant.

Nous nous obstinons à croire que le monde progresse inéluctablement vers la paix et l’harmonie alors même qu’on peut constater quotidiennement le contraire. Il n’y a pas de progrès d’ensemble. Tout recommence tout le temps. La paix suit la guerre, et la guerre suit la paix. Et les finalités de la politique ne changent pas. Ce sont les mêmes qui prévalaient à l’époque des cavernes: survivre avec son clan, assurer la nourriture et la sécurité des familles, contenir l’envahisseur à n’importe quel prix, créer et conserver un minimum d’ordre interne.

Vos autorités fédérales souffrent d’Alzheimer politique: nous n’apprenons jamais rien, ce qui fait que nous ne prévoyons jamais rien. A chaque fois, les procédés agressifs et déloyaux des États «partenaires» nous laissent complètement hébétés. A chaque fois, nous nous aplatissons pour solder le compte, et le compte n’est jamais soldé. Il n’en ira pas différemment avec la «proposition» américaine.

La seconde manœuvre n’est pas particulièrement dirigée contre la Suisse. Elle vise le monde entier. C’est le FATCA1, monstrueux filet fiscal universel investissant le droit des nations. Ce traité léonin est lui aussi assorti de menaces dantesques en cas de refus. Seule la Chine a officiellement refusé d’entrer dans ce jeu.

Attendez-vous à ce que la Suisse soit traînée dans la boue. Les Américains n’ont pas de scrupule à recourir à la manipulation de masse et au mensonge d’État. On ne rééditera sans doute pas le coup du charnier de Timisoara, ni celui des bébés irakiens, ni celui des camps de viol, ni celui des armes de destruction massive. Mais les communicateurs américains, les plus puissants, rusés et amoraux du globe, inventeront bien quelque chose de saignant.

Si les États-Unis sont nos adversaires les plus menaçants, n’oublions pas l’attitude de l’Allemagne et, plus encore, celle de la France. La modification à la hussarde de la convention sur les successions qui nous liait à la France, par exemple, est une gueuserie. Nous avons avalé la couleuvre en passant, une de plus. Mais si j’étais une simple citoyenne, ou une autorité cantonale, je préparerais un référendum contre cette convention.

On n’a pas d’amis en politique étrangère, mais on peut avoir des alliés, des États qui se trouvent dans une situation proche de la nôtre. Nous ne les avons jamais approchés. Nous préférons donner des leçons de «droits humains» au monde dans les grands bastringues supranationaux, bavasseurs et inefficaces.

Puisqu’on en parle, que fait l’ONU à propos de l’acte d’impérialisme dont nous sommes l’objet? Rien, elle ne fait rien du tout, et l’OMC pas davantage:supranational veut dire conforme aux intérêts américains! Nous ne cessons de lâcher la proie pour l’ombre.

Au fond, pourquoi vous fais-je ces confidences, pour ne pas dire cette confession? Peut-être que la manière humiliante dont j’ai été traitée à Washington m’a tardivement éclairée sur l’essence de la politique internationale. Peut-être aussi que j’éprouve un certain sentiment de culpabilité à l’idée que j’ai contribué à faire éjecter du Conseil fédéral le seul politicien assez sûr de lui, dur et combatif, assez cow-boy lui-même pour affronter nos ennemis d’outre-Atlantique.

Je ne dis pas qu’il l’aurait emporté, tant les forces en présence sont disproportionnées, tant nos ennemis sont déterminés. Mais lui se serait battu sans relâche ni abandon. Et, vainqueur ou vaincu, une telle attitude aurait inspiré dans le futur plus de prudence et de retenue à nos ennemis.

«La Suisse doit jouer dans le cour des grands»: cette formule des partisans de l’adhésion à l’ONU et à l’Union Européenne se voulait une démonstration de virilité et de pugnacité. Elle était en vérité un signe de faiblesse. Car ce que nous désirions obscurément, c’était nous dissoudre dans la masse, penser, dire et faire comme tout le monde, ne plus porter le poids de notre différence, le fardeau de notre identité.

Quand je nous compare, mes collègues et moi-même, aux membres du Conseil fédéral de l’époque de la guerre, qui avaient à faire à un autre ennemi brutal et sans scrupule, de surcroît plus proche géographiquement que les États-Unis, je me dis que chacun d’eux avait plus de courage et de droiture, d’énergie, de capacité de négociation et de prise de risque, de ruse et de suite dans les idées que l’ensemble des conseiller fédéraux qui sont venus après la chute du mur de Berlin.

Et je suis mal quand je pense que mon collègue Villiger a eu l’exécrable culot de présenter des excuses publiques en leur nom… tout en déclarant dans la même phrase (on n’est jamais trop prudent) que leur attitude restait inexcusable!

J’en appelle à vous, mes chers et loyaux Confédérés. Le Conseil fédéral a suffisamment montré qu’il n’avait plus la force morale ni la capacité politique de résister aux exigences de nos ennemis. C’est à vous de résister, il n’y a plus que vous pour le faire. Contestez le Gouvernement, soutenez le Parlement dans sa volonté hésitante de résister, écrivez aux journaux, manifestez, participez au référendum contre le FATCA!

«Indignez-vous!», comme disait je ne sais plus qui. Faites comprendre que vous existez, que vous refusez, que vous voulez rester souverains… ou alors rejoignez votre gouvernement dans le désert de l’insignifiance.

Notes:

1 Foreign Account Tax Compliance Act 

Source : http://www.ligue-vaudoise.ch/index.php?nation_id=2543

 

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