Temps de l’Afrique

Temps de l’Afrique

1291bggbb-22-e133824492323711-Paludisme : l’alliance Gavi prudente au sujet du premier vaccin prévu en 2015

2-Mo Ibrahim : “Ni l’afro-pessimisme ni l’afro-optimisme ne rendent justice à l’Afrique
3-Les Africains doivent-ils mettre leur destin entre les mains des Chinois ?
4-L’Afrique compte 55 milliardaires de dollars
5-“En finir avec la corruption en Afrique
6-Ravages de la pêche industrielle en Afrique
7-Le tourisme, vecteur de croissance de l’Afrique
8-Lynchages à Nosy Be : deux Malgaches déférés au parquet d’Antananarivo
9-Le Mozambique, nouvel eldorado énergétique
10-Les derniers rhinocéros du Mozambique ont été tués
11-Zimbabwe : au moins cent éléphants empoisonnés au cyanure
12-Nigeria : l’eldorado… de demain
13-Nigeria : l’archevêque anglican kidnappé dans le Sud a été libéré
14-Pourquoi les pays africains francophones n’intéressent pas les investisseurs
15-Il faut renforcer notre présence en Afrique !
16-Pourquoi la France vole au secours de la Centrafrique
17-Les bus électriques de Bolloré débarquent à Abidjan
18-Immigration : Le roi demande de régulariser les sans-papiers Européens et Subsahariens
19-Tunisie : le dialogue ou le chaos
20-Libye : trajectoire incertaine d’un État néant

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1-Paludisme : l’alliance Gavi prudente au sujet du premier vaccin prévu en 2015

http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20131015124534/paludisme-oms-vaccin-maladiepaludisme-l-alliance-gavi-prudente-au-sujet-du-premier-vaccin-prevu-en-2015.html
15/10/2013 à 13:19 Par Jeune Afrique

L’Alliance mondiale pour les vaccins et l’immunisation (Gavi) va “garder un oeil” sur le premier vaccin contre le paludisme de GSK mais préfère attendre l’avis de l’OMS pour l’introduire dans ses campagnes de vaccination.


Enfant affecté par le paludisme, dans un hôpital de Djouba (Sud-Soudan) en avril 2009

 

Le Conseil d’administration de l’Alliance Gavi devrait “discuter” du premier vaccin anti-paludéen en novembre, a indiqué, lundi 15 octobre, le directeur général, Seth Berkley, lors d’une conférence de presse à Genève, siège de l’organisation. Il a expliqué que l’alliance Gavi allait “garder un oeil” sur ce nouveau vaccin, mais a-t-il souligné, aucune décision ne sera prise tant que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ne se sera pas prononcée.

La perspective de la commercialisation, d’ici deux ans, d’un premier vaccin contre le paludisme destiné aux enfants subsahariens a été accueillie, le 8 octobre, avec intérêt mais prudence par les experts luttant contre la maladie, l’une des plus meurtrières du continent. Le groupe pharmaceutique britannique GSK, qui a développé le vaccin, doit encore solliciter le feu vert scientifique européen. D’après GSK, en cas de réponse positive, l’OMS pourrait le recommander dès 2015, ce qui ouvrirait la voie à une diffusion en Afrique (principalement à travers l’Unicef et le programme humanitaire Gavi Alliance) à prix réduit, avec une marge de seulement 5%.

Objectifs à portée de main
Gavi s’exprimait sur le nouveau vaccin lors d’une conférence de presse destinée à présenter ses avancées en matière de vaccination. En 2011 et 2012, l’Alliance Gavi a immunisé environ 97 millions d’enfants contre différentes maladies dans les pays en développement. À ce chiffre il faut ajouter cette année quelque 48 millions d’enfants. L’organisation, a assuré M. Berkley lundi, estime ainsi pouvoir atteindre ses objectifs de la période 2011-2015 : vacciner 250 millions d’enfants et éviter par conséquent près de 4 millions de décès.
Le paludisme, aussi appelé malaria, est responsable chaque année de quelque 660 000 morts en Afrique, tuant essentiellement des enfants de moins de 5 ans.

M. Berkley a également souligné que l’organisation qu’il dirige dispose déjà des fonds nécessaires (5,6 milliards d’euros) — les trois principaux donateurs étant le Royaume-Uni, la Fondation Bill & Melinda Gates et la Norvège — pour mener à bien sa mission d’ici 2015. Une prochaine réunion de donateurs est prévue le 30 octobre à Stockholm. Le paludisme, aussi appelé malaria, est responsable chaque année de quelque 660 000 morts en Afrique, tuant essentiellement des enfants de moins de 5 ans.

Lire aussi :
Gabon : vers un premier vaccin contre le paludisme
http://www.afrik.com/gabon-vers-un-premier-vaccin-contre-le-paludisme


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2-Mo Ibrahim : “Ni l’afro-pessimisme ni l’afro-optimisme ne rendent justice à l’Afrique

http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20131013230735/sante-securite-droits-de-l-homme-mo-ibrahim-gouvernance-mo-ibrahim-ni-l-afro-pessimisme-ni-l-afro-optimisme-ne-rendent-justice-a-l-afrique.html?utm_source=Les+newsletters+Jeune+Afrique&utm_campaign=97808072f6-Newsletter_quotidienne_mailchimp15102013&utm_medium=email&utm_term=0_9e88e09281-97808072f6-337353365<http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20131013230735/sante-securite-droits-de-l-homme-mo-ibrahim-gouvernance-mo-ibrahim-ni-l-afro-pessimisme-ni-l-afro-optimisme-ne-rendent-justice-a-l-afrique.html?utm_source=Les+newsletters+Jeune+Afrique&amp;utm_cam>
14/10/2013 à 12:14 Par Mathieu Olivier

La Fondation Mo Ibrahim a publié, lundi 14 octobre, son indice annuel sur la gouvernance en Afrique. Une analyse des performances en termes de politique, de sécurité, d’économie, de droits de l’homme ou encore de santé, qui permet de tirer une conclusion : l’Afrique progresse, mais les écarts sont de plus en plus importants. D’autre part, le Prix Mo Ibrahim, censé récompenser l’excellence d’un ancien dirigeant africain en matière de gouvernance, n’a pas été décerné.

 


Mo Ibrahim, président de la fondation qui porte son nom

 


Le prix Mo Ibrahim reste une nouvelle fois sans lauréat en 2013. Comme en 2009, 2010 et 2012, les membres du jury ont estimé, lundi 14 octobre, qu’aucun ancien président africain ne remplissait les critères d’”excellence” requis en matière de gouvernance et de démocratie. Aucun successeur à Nelson Mandela (titulaire honoraire), au Cap-Verdien Pedro Pires (2011), au Botswanais Festus Gontebanye Mogae et au Mozambicain Joachim Chissano (2007) n’a donc été désigné.

La fondation se refuse toutefois à parler de déception, estimant déjà satisfaisant d’avoir distingué trois lauréats d’excellence en seulement sept années. Le prix ne doit cependant pas occulter le principal travail de la fondation que représente son indice de bonne gouvernance.

>> Découvrez, en infographie, l’indice Mo Ibrahim 2013<http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20131013230735/sante-securite-droits-de-l-homme-mo-ibrahim-gouvernance-mo-ibrahim-ni-l-afro-pessimisme-ni-l-afro-optimisme-ne-rendent-justice-a-l-afrique.html?utm_source=Les+newsletters+Jeune+Afrique&amp;utm_cam>
>> Les chiffres, par catégorie et par pays, de l’indice 2013 <http://www.moibrahimfoundation.org/fr/downloads/2013/2013-IIAG-classements-et-scores.pdf>

“Ni l’afro-pessimisme ni l’afro-optimisme ne rendent justice à l’Afrique d’aujourd’hui. Il est temps de faire place à l’afro-réalisme et de faire preuve de lucidité sur notre continent.” Tout l’indice Mo Ibrahim, qui mesure la qualité de la gouvernance des pays africains, rendu public lundi 14 octobre, tient en ces quelques mots du milliardaire d’origine soudanaise, président de la fondation qui porte son nom.
“Le niveau global de la gouvernance est bon, 94% de la population africaine vit dans un pays qui progresse, mais les inégalités entre les pays et entre les différentes catégories sont de plus en plus importantes”, explique Nathalie Delapalme, l’ancienne conseillère Afrique au cabinet de l’ex-ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin.


Les principales sources de satisfaction viennent des secteurs où la communauté internationale investit le plus aux côtés des États (voir graphique ci-dessous), les résultats les moins bons étant observés en matière de sécurité interne des personnes. “Il y a globalement une augmentation des manifestations et de la violence interne, peut-être due au rajeunissement du continent”, poursuit Nathalie Delapalme. “Le niveau d’éducation des jeunes augmente mais les perspectives d’emploi sont très faibles, d’où des tensions”, ajoute-t-elle.

De l’indice 2013 ressort également, comme pour l’édition 2012, la perte de vitesse des grandes locomotives régionales qu’étaient auparavant le Nigeria ou le Kenya, tandis que les meilleures évolutions sont constatées dans des pays qui sortent d’une période de conflit, comme le Rwanda ou l’Angola. Pourtant, “la solidarité entre pays africains, et la construction régionale sont les seules possibilités pour l’Afrique d’exister face aux autres continents”, conclut Nathalie Delapalme, reprenant “une des obsessions de Mo Ibrahim”. Le milliardaire d’origine soudanaise milite ainsi depuis de nombreuses années pour un marché unique africain. Sans succès pour le moment.
Indice Mo Ibrahim 2013


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3-Les Africains doivent-ils mettre leur destin entre les mains des Chinois ?

http://www.afrik.com/les-africains-doivent-ils-mettre-leur-destin-entre-les-mains-des-chinois
jeudi 3 octobre 2013

La Chine veut doubler ses prêts à l’Afrique à hauteur de 20 milliards de dollars américains, au cours des trois prochaines années. Voilà un geste apparent, visant à renforcer les liens avec l’Afrique, un allié qui sert de fournisseur de ressources naturelles à la Chine et de marché pour les produits chinois à faible coût.



La Chine a investi beaucoup d’argent en Afrique pour remporter la compétition féroce autour des importantes ressources naturelles du continent. Déjà la Chine est le partenaire commercial le plus important de l’Afrique, après avoir dépassé les États-Unis, en 2009.

Que cherche la Chine en Afrique ?
Alors que c’est à chacun des pays africains de choisir des partenaires économiques dans l’offre potentielle actuelle, il est erroné de supposer qu’un partenaire spécifique résoudra en quelque sorte les problèmes économiques et politiques de l’Afrique. Le Président sud-africain, Jacob Zuma, exprimant l’optimisme dans les liens Chine-Afrique a déclaré : « Nous sommes heureux que, particulièrement dans nos relations avec la Chine, nous sommes égaux et que les accords conclus génèrent un gain mutuel ». La Chine fournit une sorte de soulagement à la relation paternaliste et inégale de l’occident avec l’Afrique depuis les indépendances.

« L’Afrique » devrait savoir qu’il n’est pas vraiment important de savoir qui sont nos partenaires ou quels sont leurs plans pour nous en matière de développement économique ; il importe plutôt de savoir quels sont les plans et les stratégies que nous avons pour eux. Ce que la Chine veut de l’Afrique est tout à fait clair : les matières premières pour alimenter son boom économique. Et sa stratégie ? Plus de prêts et d’aide pour l’Afrique pour inciter davantage de pays à se tourner vers l’Orient.

L’Afrique, un champ de bataille par procuration
Ce qui n’est pas clair en revanche, c’est la stratégie de l’Afrique. Les 54 pays de l’Afrique, avec une économie combinée, plus de quatre fois plus petite que la Chine, sont probablement chacun trop petit pour réussir dans la compétition économique moderne de la mondialisation. Ils ont besoin de s’intégrer davantage et de se présenter comme une seule entité économique. Avec une croissance économique forte et soutenue, l’Afrique intégrée constituera une destination d’investissement plus attrayante pour les capitaux et la technologie étrangers qu’une collection de petites économies individuelles. Et l’intégration signifie aussi un poids et un pouvoir de négociation accrus.

Le développement économique est le résultat de la création de richesses et de valeur ajoutée aux ressources naturelles – pas du fait de savoir qui sont nos partenaires ! Tant que les plans et stratégies des économies africaines individuelles ne reflètent pas cette prise de conscience, les nations les plus puissantes continueront à acquérir les ressources naturelles de l’Afrique à des tarifs défiant toute concurrence. Alors que les perspectives économiques de l’Afrique s’éclairent, le continent ne devrait pas se permettre de devenir un champ de bataille par procuration lié à un déplacement de l’équilibre des pouvoirs entre les grandes économies du monde.

La Chine confrontée aux mêmes problèmes de gouvernance
La seule différence entre la Chine et l’Occident, en tant que partenaires pour le développement économique de l’Afrique, est l’absence dans l’esprit des Chinois d’une Afrique associée à la pauvreté, aux guerres et aux maladies (des fantômes toujours présents dans l’imaginaire occidental) en dépit du fait que l’Afrique abrite six des dix économies à la croissance la plus rapide au monde et une population jeune qui peut changer les choses, si elle est correctement guidée.

Alors que l’observation du Président chinois Hu Jintao, selon laquelle « la Chine soutient sincèrement les pays africains dans la poursuite de leurs propres voies de développement, et veut sincèrement aider les pays africains à renforcer leur capacité à se développer de manière indépendante » ne doit pas être mise en doute, les actes comptent plus que les paroles. L’Afrique n’est pas étrangère aux engagements solennels qui ne sont pas suivis d’effets.

Ce n’est pas l’affaire de la Chine de promettre d’aider l’Afrique à se développer de manière indépendante. Un engagement à se développer de manière indépendante devrait être l’objectif des États de chaque pays africain. L’ironie est que la Chine est confrontée aux mêmes problèmes de gouvernance qui menacent la réussite de l’Afrique à long terme. Alors, avouons-le, les motivations des pays étrangers ne sont jamais si pures au point qu’ils souhaitent « sincèrement » que les autres se développement de manière indépendante, sans tenir compte de leurs propres intérêts.

L’Afrique doit plutôt se tourner vers elle-même
La Chine n’est pas en Afrique par charité – ce n’est pas son but de toutes manières. A l’inverse, l’Afrique a été charitable à l’égard de beaucoup, en fournissant des matières premières depuis un certain temps. C’est une folie de croire que l’Afrique peut négocier des ententes mutuellement bénéfiques avec les Chinois, quand elle n’a pas résolu les problèmes qui ont conduit à l’exploitation de ses ressources par d’autres partenaires.

L’Afrique ne doit pas trop se tourner vers l’Orient, ni vers l’Occident, mais plutôt vers elle-même. C’est en Afrique que toutes les réponses se trouvent. Mettre en place des institutions transparentes, en investissant dans le capital humain, en favorisant un environnement propice à la création de richesses et qui permet l’ajout de valeur aux ressources. Voilà ce qui doit être l’objectif principal de l’Afrique. Dans ces domaines aussi, aucune aide n’est nécessaire, en particulier venant de la Chine. Comme le dit un proverbe est-africain : « l’aide extérieure vient toujours après la pluie ».


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4-L’Afrique compte 55 milliardaires de dollars

http://www.afrik.com/l-afrique-compte-55-milliardaires-de-dollars
mardi 8 octobre 2013 / par Moussa Kane

L’Afrique est un véritable creuset avec ses disparités. Au moment où le nombre de pauvres continue de progresser en Afrique, le continent abrite de plus en plus de personnes immensément riches. Au total, 55 Africains disposent d’un patrimoine d’un montant supérieur à 1 milliard de dollars.



Pendant que le nombre de pauvres continue de progresser en Afrique, le continent abrite de plus en plus de personnes immensément riches. Au total, 55 Africains disposent d’un patrimoine d’un montant supérieur à 1 milliard de dollars pour un total de 144 milliards de dollars. C’est le magazine africain Ventures qui a publié le nom des plus grosses fortunes africaines installées en Égypte, au Nigeria et en Afrique du Sud .

Sur les dix premières fortunes, trois seulement sont noires dont une seule femme. Il s’agit de Folorunsho Alakija, dont la compagnie pétrolière, Famfa Oil, exploite un des blocs pétroliers offshore les plus prolifiques. Elle est la quatrième fortune d’Afrique avec 7,3 milliards de dollars. Seulement, l’industriel nigérian, Aliko Dangote, qui a bâti un empire dans le ciment et l’agroalimentaire, et qui est sur le point d’étendre ses tentacules au Sénégal avec l’ouverture d’une usine de ciment, arrive en tête avec 20,2 milliards de dollars.

Septième du classement et premier Egyptien, Nassef Sawiris, 53 ans, doit sa richesse au BTP. Si Aliko Dangote est l’Africain la plus grosse fortune d’Afrique, il est loin derrière l’homme le plus riche du monde, Bill Gates avec ses 69,6 milliards qui lui ont permis de détrôner le Mexicain Carlos Slim.

Lire aussi :
Marc Kamgaing : “En Afrique, la rentabilité des capitaux propres est élevée”
http://economie.jeuneafrique.com/index.php?option=com_content&view=article&id=20022 <http://economie.jeuneafrique.com/index.php?option=com_content&amp;view=article&amp;id=20022>


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5-“En finir avec la corruption en Afrique

http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/06/12/mo-ibrahim-president-de-la-mo-ibrahim-foundation-en-finir-avec-la-corruption-en-afrique_3428539_3234.html?xtmc=fondation_ibrahim_mo&xtcr=2<http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/06/12/mo-ibrahim-president-de-la-mo-ibrahim-foundation-en-finir-avec-la-corruption-en-afrique_3428539_3234.html?xtmc=fondation_ibrahim_mo&amp;xtcr=2>
LE MONDE | 12.06.2013

Mohammed Ibrahim, 67 ans, dit “Mo Ibrahim”, a créé sa fondation (www.moibrahimfoundation.org <http://www.moibrahimfoundation.org>  ), qui évalue chaque année les pays du continent africain et publie un “indice de bonne gouvernance”. Elle attribue également un prix à des dirigeants exceptionnels, Nelson Mandela en étant le lauréat d’honneur, et soutient des programmes éducatifs. Cet ancien ingénieur de British Telecom, natif du Soudan, avait précédemment revendu, en 2005, la société de téléphonie mobile panafricaine Celtel, qu’il avait créée : selon le magazine américain Forbes (mars 2013), la fortune de ce philanthrope s’élève à 1,1 milliard de dollars (830 millions d’euros).


Mo Ibrahim, page d’accueil de la Mo Ibrahim Foundation.

 

Mo Ibrahim, vous avez créé une fondation pour promouvoir la bonne gouvernance en Afrique. Pourquoi ?
La bonne gouvernance est l’enjeu crucial pour assurer le respect des droits humains et faire reculer la pauvreté. Nous réalisons un indice de bonne gouvernance en Afrique, pays par pays. Les données collectées sur nos quatre “piliers” – sécurité et sûreté, développement économique soutenable, participation des citoyens et démocratie, développement humain – émanent de toutes les institutions, y compris en Afrique, ce qui donne une note pour chaque gouvernement. Chacun peut voir comment les choses évoluent d’une année à l’autre.

Depuis six ans, vous remettez un prix à un chef d’Etat exceptionnel, mais il n’a pas été attribué en 2012 et seulement trois fois au total.
N’est-ce pas trop sévère ?
Le leadership est important. C’est magnifique si certains dirigeants peuvent faire entrer leur pays dans la démocratie, le faire sortir de la pauvreté, promouvoir l’éducation, faire respecter les droits des femmes… Mais le comité du prix, dont je ne fais pas partie, doit récompenser des dirigeants politiques ayant accompli une oeuvre hors du commun et ayant quitté leur fonction. Nous recherchons des héros et n’avons pas à abaisser nos standards. En Europe aussi, y aurait-il chaque année un chef d’Etat sortant que l’on pourrait récompenser selon ces critères, à votre avis ?

L’Afrique est vue comme un continent à fort potentiel de croissance. Partagez-vous cette vision ?
Je suis d’accord. Je l’ai vécu avec ma société de téléphonie mobile en Afrique, Celtel. L’Afrique est un continent très riche avec des habitants très pauvres. La raison, c’est la gouvernance. Il n’y en a pas d’autre. La croissance est forte, mais ses bénéfices ne reviennent qu’à une petite partie de la population. C’est aussi le problème de beaucoup de pays développés.

En Afrique, la montée en puissance de la société civile, la meilleure transparence permise par les médias sociaux et la téléphonie mobile, font avancer les choses. Les gens savent. Ils peuvent communiquer. C’est un énorme changement.

Croyez-vous que le secteur privé peut être moteur ?
Oui, l’activité économique est une force énorme pour le développement. Mais on a besoin d’améliorer les pratiques dans beaucoup de secteurs. On se focalise sur la gouvernance et la transparence du secteur public, mais on ne fait pas assez attention à celle des entreprises.

En France, en Allemagne, au Royaume-Uni, on déclare combattre la corruption et on me pose des questions sur l’Afrique. Mais les officiels africains ne se corrompent pas eux-mêmes ! Ils le sont par seulement vingt, trente ou quarante personnes qui travaillent dans les pays développés. Combien y a-t-il eu de ces personnes condamnées au Royaume-Uni, en Allemagne ou en France ? Il faut en finir avec ces pratiques corruptrices, sinon rien ne changera.

Vous avez réussi dans la téléphonie mobile en Afrique en rejetant toute corruption. C’est donc possible ?
Oui c’est possible. Tous nos systèmes ont été organisés pour ne pas permettre la corruption. Les dirigeants de nos entreprises, dans chaque pays, n’avaient aucun moyen de signer un chèque ou de débloquer des fonds sans notre autorisation. Pour lutter contre la corruption, il faut une organisation sur le terrain.

Nous avons besoin que les dirigeants se lèvent et commencent le changement de ces pratiques. Toutes ces entreprises qui jouent sur les prix de transferts ou sur les failles du droit fiscal pour ne pas payer leurs impôts, cela doit changer. Cette évasion fiscale coûte chaque année de 70 à 120 milliards de dollars au continent africain.

Même en prenant l’hypothèse basse, c’est un énorme montant, bien supérieur à ce que peuvent offrir toute l’aide publique au développement ou les banques de développement.

Quelle était votre philosophie de management ?
Nous avions une entreprise par pays et leurs dirigeants savaient qu’ils devaient rendre des comptes à toutes les parties prenantes : les actionnaires, les salariés, les clients et la communauté. Cette dernière est importante, car l’entreprise est un poisson dans cette mer. Nous avons mené beaucoup de projets d’éducation, d’ordinateurs dans les écoles, d’aide technique… Il faut le faire.

N’y a-t-il pas des conflits entre la satisfaction de ces différentes parties prenantes ?
Les conflits sont simplissimes à régler ! En tant qu’actionnaires, nous avons intérêt à avoir une entreprise attrayante. C’est important pour recruter les meilleurs talents, en technologie, en gestion ou en marketing, pour développer l’entreprise. Chez Celtel, tout le monde avait des actions de l’entreprise et bénéficiait d’options d’achat intéressantes.

Quand vous donnez des actions à vos salariés, les actionnaires gagnent moins sur le moment, mais plus dans la durée. Il faut être inclusif. Dans un pays, respecter l’environnement permet d’attirer des clients. Il n’y a pas de contradiction. C’est du capitalisme intelligent, à long terme. C’est du sens commun.

Lire aussi :
Le prix Mo Ibrahim sans vainqueur pour la quatrième fois
http://www.afrik.com/le-prix-mo-ibrahim-sans-vainqueur-pour-la-quatrieme-fois


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6-Ravages de la pêche industrielle en Afrique

http://www.monde-diplomatique.fr/2012/11/MORA/48378

Premier importateur de poisson de la planète, l’Union européenne a mis en place une politique commune de la pêche destinée à satisfaire les immenses besoins de ses consommateurs : 22,3 kilos par an et par personne, contre 16 kilos en moyenne dans le monde. Tout en affichant l’objectif de « préservation des ressources naturelles », ce programme encourage des pratiques industrielles destructrices jusqu’en Afrique.

 

  

On aurait tort de réduire l’épuisement des ressources marines à un fantasme d’écologistes. La disparition brutale de la morue des Grands Bancs de Terre-Neuve à la fin du XXe siècle, que personne n’avait prévue, a fait l’effet d’un électrochoc planétaire. Lancées par les Basques au XVe siècle, la pêche puis la surpêche de ce grand poisson d’eau froide ont conduit à l’impensable. Au Canada, en dépit du moratoire de 1992, la morue n’est jamais revenue. Et ce qu’on a observé dans l’Atlantique nord est en train de se produire dans d’autres mers. Les plus gros navires du monde mettent dorénavant le cap au sud jusqu’à la limite de l’Antarctique pour se disputer les stocks restants. En deux décennies, la biomasse du chinchard a chuté de trente millions de tonnes à moins de trois millions dans le Pacifique sud. Sur la même période, la population de mérous a diminué de plus de 80 % en Afrique de l’Ouest.

« Connaîtrons-nous une mer sans poissons ? », s’interroge Philippe Cury (2<http://www.monde-diplomatique.fr/2012/11/MORA/48378#nb2> ), chercheur à l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer). Selon lui, à cause de la surenchère technologique et des subventions, la pêche mondiale capture deux fois et demie ce qui est acceptable. La préservation des espèces marines sauvages, outre une question d’écologie et de biodiversité, est un combat pour la survie humaine. Le poisson constitue un apport hautement nutritif, riche en acides gras essentiels, et contribue de ce fait à près de 50 % de la ration protéique animale dans de nombreux pays du Sud : Bangladesh, Gambie, Sénégal, Somalie, Sierra Leone… En Afrique, pendant les épisodes de sécheresse, les produits de la mer ont longtemps constitué une ressource alimentaire de secours, comme en Somalie en 1974 et 1975, lorsque l’économie pastorale avait été dévastée. Mais depuis que les grands acteurs du secteur — Europe, Russie, Corée du Sud, Japon et désormais Chine — se déplacent dans les eaux tropicales au large des côtes africaines, ils concurrencent la pêche artisanale et mettent directement en danger l’autosuffisance alimentaire des pays tiers.

En décembre 2006, une équipe dirigée par Boris Worm, de l’université Dalhousie (Canada), calcule que, au milieu du XXIe siècle, les espèces les plus couramment pêchées aujourd’hui pourraient avoir disparu sous la pression humaine (surpêche, destruction de biotopes, pollution). Worm fait partie d’une nouvelle génération de chercheurs, pour la plupart basés en Amérique du Nord, qui élèvent la surpêche au rang d’enjeu planétaire, au même titre que les changements climatiques et l’épuisement des énergies fossiles.

Contrairement aux idées reçues, il ne suffit pas de s’arrêter de pêcher pour que les poissons reviennent, et la résistance des populations n’est pas qu’une affaire de nombre d’œufs pondus dans l’océan. Lauréat des plus hautes distinctions en écologie (

3 <http://www.monde-diplomatique.fr/2012/11/MORA/48378#nb3> ), directeur du Fisheries Centre de l’université de Colombie-Britannique, le biologiste marin français Daniel Pauly a établi que la surpêche, en perturbant l’ensemble du réseau trophique, c’est-à-dire toutes les chaînes alimentaires existant entre les organismes, est en train de détruire les écosystèmes marins, et parfois de manière irréversible. « La mer est comme un château de cartes ; sans poissons, elle risque de se transformer en une immense étendue d’eau boueuse, saturée d’algues toxiques et de méduses, comme on le constate déjà dans certaines zones», commente Cury.

Le modèle de l’agriculture productiviste
Si, au cours des deux dernières décennies, la Chine a installé l’Asie dans la position de poids lourd de la pêche mondiale, l’Union européenne demeure en bonne place au banc des accusés. Elle dispose en effet du plus grand territoire maritime de la planète, d’environ cent quarante mille pêcheurs en équivalent temps plein, d’une flotte de plus de quatre-vingt-cinq mille navires et d’un million d’emplois à terre dans les filières halieutiques. « Le désastre est à venir, martèle Mme Maria Damanaki, commissaire européenne à la pêche. Car 88 % des réserves halieutiques communautaires sont surexploitées, contre 25 % au niveau mondial. Il serait bien plus facile de ne rien faire, mais rapidement il y aura un retour de bâton. C’est une leçon très amère, que je tiens de mon pays, la Grèce. » En juillet 2011, Mme Damanaki a présenté à Bruxelles la réforme de la politique commune de la pêche (PCP). Très attendue, la proposition, débattue conjointement par le Parlement européen et par le Conseil de l’Union européenne, doit entrer en vigueur le 1er janvier 2013.

La Commission s’est fixé comme objectif la restauration à un « niveau durable »des trois quarts des ressources en poissons de l’Union d’ici à 2015, conformément aux engagements pris lors du sommet mondial de Johannesburg en 2002. Dès sa création, en 1970, la PCP s’est construite sur un modèle inapplicable à la pêche, celui de l’agriculture productiviste. Les fameux taux admissibles de captures (TAC) concédés par la Commission européenne sont, en moyenne, 48 % plus élevés que ceux recommandés par les scientifiques. De 1993 à 2008, Bruxelles a dépensé 1,3 milliard d’euros pour envoyer des navires à la casse sans parvenir toutefois à réduire l’effort de pêche (4 <http://www.monde-diplomatique.fr/2012/11/MORA/48378#nb4> ), qui augmente annuellement de 3% par le biais de la modernisation.

Le 28 novembre, le Parlement européen doit adopter le règlement de base de la nouvelle PCP, dans un contexte de crise économique où la déroute financière grecque éclaire de manière très spécifique le tropisme libéral de Bruxelles. Pour résoudre la surcapacité de pêche européenne, la Commission propose comme mesure-phare la mise en place des concessions de pêche transférables (CPT), quotas revendables sur le marché par les pêcheurs. Si celles-ci présentent l’avantage de ne rien coûter à Bruxelles, leur généralisation soulève d’intenses inquiétudes : privatisation du contenu des océans, quotas à la merci des marchés financiers, fin programmée de la pêche artisanale, etc. Selon l’eurodéputé vert Jean-Paul Besset, « la Commission favorise les pêcheries industrielles, pourtant historiquement responsables de la surexploitation ».

En termes de droit, le contenu des océans est ce que les Romains appelaient un res omnis, un bien qui appartient à tous. « A partir du moment où l’on privatise l’accès, on privatise la ressource », s’inquiète M. Stéphan Beaucher (5<http://www.monde-diplomatique.fr/2012/11/MORA/48378#nb5> ), pour la coalition d’associations Ocean2012. Au Danemark, depuis 2003 et l’introduction d’un système de parts cessibles des captures, les concessions des plus petits pêcheurs ont rapidement été rachetées par une poignée de grandes entreprises, surnommées par la presse danoise les « magnats des quotas ». En juillet 2011, dans le secteur de la pêche pélagique (en haute mer), huit navires disposant ensemble d’un quota de 644 millions d’euros ont assuré un quart des débarquements de poissons danois en valeur.
Dans le grand espace maritime communautaire, les politiques nationales sont bien souvent concurrentes, voire antagonistes. Ainsi, l’Espagne, première flotte européenne avec 80
 % du nombre total des bateaux et 65 % des emplois, voit dans le modèle des CPT le moyen de mettre le grappin sur toutes les autres concessions en Europe. Face à la menace, des eurodéputés multiplient les amendements et pourraient bien obtenir du Parlement que, d’obligatoires, les concessions de pêche transférables deviennent volontaires ou non transférables.

Très exposée, la commissaire Damanaki assure à ses détracteurs qu’un ensemble de garde-fous limitera la concentration des droits de pêche et protégera l’activité à petite échelle. Respectée pour son passé militant lors du soulèvement contre la dictature grecque en 1973, elle reste isolée dans une Commission ultralibérale sous l’influence des grands armateurs (Comité général de la coopération agricole de l’Union européenne [Cogeca], Europêche, etc.). Ce sont eux qui, dans les coulisses, orientent les propositions de la Commission, alors que l’absence de réelle définition de la pêche artisanale a toujours affaibli son poids dans les négociations. La disproportion des lobbys est évidente : le Collectif international d’appui à la pêche artisanale (International Collective in Support of Fishworkers, ICSF) n’a qu’un représentant à Bruxelles.

Selon Pauly, « lorsque les ressources sont surexploitées, la pêche est soumise à une expansion continue, géographique et benthique (6 <http://www.monde-diplomatique.fr/2012/11/MORA/48378#nb6> ), qui accroît ses coûts, et donc sa dépendance aux subventions ». Le biologiste rapporte qu’aux Etats-Unis des politiques fédérales limitant la concurrence et le respect strict des préconisations scientifiques ont maintenu les stocks à des niveaux durables, et ainsi pérennisé l’activité. « En Europe, près de 80 % des subventions profitent au modèle de pêche le plus destructeur de ressources, le plus consommateur d’énergie et le moins productif », ajoute-t-il.

La réforme de la PCP devrait non pas se construire sur un raisonnement socio-économique à court terme, dans lequel chaque Etat membre tire la couverture à lui, mais autour d’une approche environnementaliste. Plutôt que des quotas transférables, les collectifs de petite pêche côtière proposent une grille établie sur la base de critères environnementaux et sociaux. « Pour cent tonnes de merlu débarquées, on évalue par exemple le nombre d’emplois, l’impact sur l’habitat marin, les rejets de CO2… Or cette approche n’est absolument pas acceptée par le monde de la pêche, dont les représentants défendent encore un modèle hyperproductiviste, s’indigne M. Beaucher. La question est de savoir si l’Union préfère trois bateaux-usines concentrant tous les quotas ou une pêche restant ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : un levier de développement local capable de valoriser au mieux la ressource. » Hélas, en Europe, le dossier pêche revêt une dimension prioritairement politique, qui a peu à voir avec le souci de la pérennité des écosystèmes. Un exemple français : c’est un proche des grands armateurs de Boulogne-sur-Mer, M. Frédéric Cuvillier, qui a été nommé ministre délégué à la pêche.

Si le pêcheur cible les espèces qu’il veut capturer en adaptant ses engins et en choisissant sa zone de prélèvement, il attrape toujours des prises accessoires. Celui qui n’est jamais monté sur un chalutier n’imagine pas la masse de poissons, de crustacés et de petits requins sans vie mis de côté sur le pont pour être ensuite rejetés par-dessus bord. Entre 2002 et 2005, le chercheur britannique Robert Enever a démontré que, pour trois poissons pêchés par les chalutiers britanniques, deux sont rejetés sans vie à la mer. Le chalut, l’engin le plus utilisé dans le monde sous l’impulsion du marché et des subventions, est responsable à lui seul de 72 % de ces rejets. En collaboration étroite avec les pêcheurs, les scientifiques mènent depuis plusieurs années des recherches sur la sélectivité des engins. En Ecosse et en Norvège, des protocoles fixant un objectif « zéro rejet » affichent de très bons résultats. Ils s’appuient pour cela sur le principe de quotas supplémentaires pour les pratiques les plus respectueuses, le contrôle vidéo à bord, la coopération sans faille entre pêcheurs, scientifiques et pouvoirs publics, etc.

Quatre pneus crevés en guise d’accueil
Deuxième mesure-phare qui a le mérite de ne rien lui coûter : la Commission entend interdire les rejets en mer, mais prévoit pour cela que les navires débarquent toutes les captures à quai, afin que les rebuts soient transformés en farine pour l’aquaculture. M. Jean-Pierre Carval, secrétaire du comité local des pêches du Finistère, s’indigne et réclame « des mesures incitatives tenant compte du fait qu’aucune activité humaine ne peut se prévaloir du zéro rejet ». Les scientifiques, comme Jean-Pascal Bergé, chercheur à l’Ifremer, s’interrogent sur l’impact qu’aura l’obligation de débarquement de toutes les captures sur l’espace de vie de l’équipage, les conditions de sécurité à bord ou encore le respect des normes vétérinaires des produits destinés à la consommation. M. François Chartier, pour Greenpeace, estime de son côté qu’il s’agit d’une « fausse solution, qui n’a aucun sens pour la préservation de la ressource ». Selon lui, « les autorités européennes n’ont en fait pas résisté à un lobby toujours plus puissant : l’aquaculture ». Fin juillet 2012, cependant, le Conseil des ministres de l’Union a préconisé une mise en œuvre progressive de la mesure, sans apporter d’autre solution au problème des rejets.

On se demande aussi comment la Commission européenne vérifiera l’application de la réglementation, sachant que dans la pratique les contrôles restent une chasse bien gardée des Etats, et que Paris, et surtout Madrid, tolèrent les fraudes avec une complaisance déconcertante. Fin 2011, la France a été condamnée par la justice communautaire à une amende de 57,7 millions d’euros pour manquement à ses obligations. En Espagne, les mésaventures d’une équipe de contrôleurs envoyés par la Commission dans deux ports galiciens en 2009 donnent une bonne idée de la difficulté. Après avoir trouvé les quatre pneus de leur voiture crevés sur le parking de leur hôtel, ils sont parvenus à contrôler une dizaine d’embarcations et à comptabiliser en une journée deux cents tonnes de merlu, alors que, pour l’ensemble du mois précédent, l’Espagne n’en avait déclaré que six cent vingt dans les deux ports en question.

Le poisson et les produits de la mer sont devenus un enjeu du commerce international, avec 37 % du tonnage destiné au marché mondial, contre 24 % en 1975. Pauly décrit ainsi le paradoxe social et géopolitique de cette mondialisation :« Ce sont ceux qui n’ont pas besoin de poisson, les habitants des pays riches, qui consomment 80 % des prises. » A partir de 1979, l’Union européenne a délocalisé vers le sud sa surcapacité chronique, profitant de la faiblesse des structures étatiques pour ouvrir des marchés très lucratifs, que les accords de partenariat de pêche (APP) bilatéraux ont largement favorisés à partir de 1979. Les APP, qui représentent 8 % du volume du poisson capturé par la flotte européenne (bien plus en valeur marchande), concernent une quinzaine de pays des zones Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP) : Guinée, Madagascar, Seychelles, etc. En décembre 2011, le Parlement européen s’est opposé au renouvellement des accords de pêche avec le Maroc, non pas pour des questions de souveraineté alimentaire mais à cause du statut juridique non définitif du Sahara occidental. Ratifié fin juillet 2012, le nouvel accord entre la Mauritanie et l’Union européenne concentre toutes les dérives de la PCP.

Sur fond de concurrence entre l’Union et la Chine, l’ancien directeur des pêches mauritaniennes, Cheikh Ould Ahmed, a su faire monter les enchères. Désormais, Bruxelles verse annuellement à Nouakchott une compensation financière de 113 millions d’euros, le plus important contrat de pêche du monde. En échange, un nombre non limité de navires européens obtiennent le droit d’accès aux eaux territoriales, en compétition directe avec la pêche artisanale locale. Théoriquement, la quantité maximale de capture communautaire est plafonnée à trois cent sept mille tonnes et quatre cents kilos par an, mais « la Commission européenne n’a jamais dégagé beaucoup de moyens pour s’assurer que les législations locales n’étaient pas enfreintes », analyse Mme Beatriz Gorez, coordinatrice de la Coalition pour des accords de pêche équitables (Cape). Comme la plupart des signataires des APP, la Mauritanie ne dispose pas des moyens techniques et logistiques nécessaires pour exercer des contrôles sur les activités de pêche européenne. Alors que celle-ci constitue la première et la plus intéressante des rentes, la moitié de la population mauritanienne vit au-dessous du seuil de pauvreté, et, en dix ans, la consommation annuelle de produits de la mer est passée de onze à neuf kilos et demi par habitant.

L’accord bilatéral suscite aussi des interrogations quant à sa légitimité, en raison d’un manque évident de garanties démocratiques sur l’emploi des compensations financières. Au nord, la baie de Nouadhibou est tristement célèbre pour ses deux cents épaves de navires étrangers abandonnés alors que, depuis la digue, on distingue facilement les grands chalutiers espagnols sur la ligne d’horizon : «L’argent de Bruxelles est censé nous aider à développer notre pêche mais, dans la wilaya, on n’a jamais rien vu d’autre de l’Europe que ses gros navires », affirme M. Salim Ouerdani, un vieux pêcheur. En effet, dans ce pays où la corruption est très présente, les proches du régime contrôlent la compensation financière, les licences de pêche et les droits de douane. Dans le passé, on y a croisé des figures notoires de la « Françafrique », tels M. Jean-Christophe Mitterrand, accusé de blanchiment d’argent par le biais de la société de pêche Iwik, et M. André Guelfi, alias « Dédé la Sardine », célèbre pour avoir escroqué l’Etat mauritanien. Depuis le coup d’Etat du 6 août 2008, le nouveau président du pays est le général Mohamed Ould Abdel Aziz. Pourtant, depuis 2009, le Conseil de l’Europe considère, par la voix de son émissaire Hans-Georg Gerstenlauer, que le retour à l’ordre constitutionnel en Mauritanie autorise une « coopération pleine et entière».

Reconvertis dans la piraterie
Même si personne ne peut nier le caractère inique des APP, « ils restent un des seuls moyens de contraindre les armateurs, même a minima », analyse Mme Gorez.Bruxelles glisse doucement vers une gestion libérale dans laquelle les armateurs européens participeront davantage à la contrepartie financière. L’Union risque de perdre tout droit de regard ». C’est le grand paradoxe de ces accords : dans les pays où ils sont absents, le bilan est encore plus mauvais. Certains, comme le Sénégal, l’île Maurice et l’Angola, ont décliné à partir de 2006 la reconduction des accords de pêche avec l’Union, mais se voient confrontés à la « sénégalisation » des navires européens.

Le principe est désormais connu : des navires battent pavillon sénégalais, mais leurs capitaux et la direction sont essentiellement étrangers. « Les pêcheurs locaux ont délaissé la pêche vivrière pour cibler les espèces destinées au commerce international, provoquant une crise d’approvisionnement sur le marché local », analyse M. Beaucher. Après une vingtaine d’années durant lesquelles se sont combinés accords de pêche et « sénégalisation » des flottes, un constat s’impose : les stocks des quatre espèces-phares (sole, daurade, mérou blanc et capitaine) ont chuté de 75 %.

Enfin, là où l’Etat s’est écroulé, comme en Somalie, les Européens pêchent au pire sans licence, au mieux grâce à de fausses autorisations délivrées par des compagnies mafieuses montées au Qatar par des chefs de guerre — un système dont profitent le géant espagnol Pescanova et la Compagnie bretonne de cargos frigorifiques (Cobrecaf), qui totalise soixante-dix mille tonnes de thon par an dans l’océan Indien (7 <http://www.monde-diplomatique.fr/2012/11/MORA/48378#nb7> ). A Kismayo, Berbera, Mogadiscio, le mot malai (« poisson » en somali) s’entend quotidiennement sur les ondes des radios locales qui dénoncent la présence des embarcations étrangères. « L’ampleur des volumes pêchés affecte les capacités de subsistance des Somaliens, car les navires occidentaux prélèvent en une nuit ce que les locaux attrapent en une année », analyse Roger Middleton, de l’institut Chatham House.

En Somalie, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) estime que huit cents navires étrangers pêchent pour une valeur marchande de 300 à 450 millions de dollars par an, principalement du thon, des crevettes et des langoustes. En face, le gouvernement de transition somalien n’a qu’un budget global annuel de 100 millions de dollars et ne dispose plus de marine militaire pour faire respecter ses droits tout au long de trois mille trois cents kilomètres de côtes. Selon M. Abdul Jama, un pêcheur rencontré sur le vieux port de Mogadiscio, les Somalis du Puntland ont abandonné la pêche afin de protéger leurs côtes et tout simplement de survivre ; ils se sont tournés vers la piraterie. On sait que l’Alakrana et l’Artza, deux thoniers frigorifiques géants immatriculés au Pays basque, sillonnaient la zone économique exclusive somalienne lorsqu’ils ont été victimes d’attaques pirates, respectivement en 2009 et 2010.

A la tête du syndicat des pêcheurs de Berbera, au Somaliland, M. Hukun Husein Yussuf nuance ces propos : « Certes, ils font fuir les embarcations étrangères, mais certains n’hésitent pas à nous racketter. » Au fil des années, des miliciens, des experts en navigation et des hommes d’affaires sont venus grossir les rangs des ex-pêcheurs, constituant cinq organisations pour un total de mille hommes. En réaction, l’Union européenne a déclenché, en décembre 2008, l’opération «Atalante », pour un coût de l’ordre de 150 millions d’euros (8 <http://www.monde-diplomatique.fr/2012/11/MORA/48378#nb8> ). Croiseurs, avions patrouilleurs : les marines espagnole et française se sont pleinement investies dans ces opérations. Malheureusement, « Atalante » n’a pas pour mission de combattre la pêche illégale européenne : « Ce n’est ni mon rôle ni mon mandat », affirmait en 2009 le contre-amiral britannique Peter Hudson, chargé des opérations.

Une prime au pillage
Les activités de la société d’armateurs Vidal Armadores, basée à Ribeira, en Galice (Espagne), illustrent parfaitement les sombres dérives de la pêche lointaine, en l’absence de bons accords de gouvernance. Le cas le plus révélateur des pratiques de cette société s’est produit en avril 2008, lorsque les autorités maritimes néo-zélandaises ont intercepté un cargo surgélateur namibien, le Paloma V. Ce cargo avait chargé du poisson provenant de deux bateaux nord-coréens, le Chilbo San 33et le Black Moon, et de deux espagnols, le Belma et le Galaecia. L’enquête allait mettre au jour toutes les ficelles habituelles de la pêche pirate : ces quatre bâtiments appartenaient en fait à Vidal. L’un d’entre eux, le Black Moon, a été rebaptisé six fois au cours des sept années précédentes, portant successivement les noms de Dorita, Eolo, Magnus, Red Moon, Ina Maka, Galaxy et finalement Black Moon. Lors de cette même période, il avait été enregistré sous les pavillons de plusieurs pays, dont l’Uruguay, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, la Corée du Nord et la Guinée-Equatoriale. Vidal n’a jamais été condamné. Au contraire, dans le même temps, Madrid versait à l’armateur 3,6 millions d’euros de subvention, dont 2,6 au titre de la « recherche en matière de pêche ». « Recherche de nouveaux stocks à piller, de nouvelles autorités portuaires à corrompre, sans doute », ironise Mme Esther Montero, de Greenpeace Espagne.

Parallèlement à la redéfinition de certains APP, l’Union européenne pousse à la mise en place d’accords de partenariat économique (APE) beaucoup plus larges, visant à libéraliser les échanges via la suppression des droits de douane. Ceux-ci comportent un volet pêche, considéré par beaucoup d’observateurs comme pire que les APP. Le maintien d’un accès ininterrompu au marché européen pour les produits de la mer a été l’une des raisons majeures incitant la majorité des pays africains à refuser les APE intérimaires, fin 2007.

Depuis, Bruxelles n’a pas abandonné le dossier. Des associations, et même des parlementaires, comme Mme Christiane Taubira (l’actuelle garde des sceaux) (10<http://www.monde-diplomatique.fr/2012/11/MORA/48378#nb10> ), ou encore le rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation, M. Olivier De Schutter, affirment que l’Union exerce actuellement des pressions sur les pays tiers, menaçant directement l’aide au développement (11 <http://www.monde-diplomatique.fr/2012/11/MORA/48378#nb11> ). L’Europe a aussi entrepris de diviser l’opposition en organisant des pôles régionaux de négociation, et en privilégiant certains Etats-clés, comme la Côte d’Ivoire. Bruxelles oublie cependant de considérer le poisson pour ce qu’il est — un animal sauvage et non pas un « produit », fût-il bio.

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7-Le tourisme, vecteur de croissance de l’Afrique

http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/service-distribution/actu/0203044575110-le-tourisme-vecteur-de-croissance-de-l-afrique-613483.php
Michel de Grandi | 04/10/13

L’Afrique subsaharienne doit développer le tourisme pour favoriser son essor économique.

 



En matière de tourisme, les pays africains peuvent tout à fait rivaliser avec les autres régions du monde à condition qu’ils intègrent, dans leur économie, le développement de ce secteur. Dans son premier rapport sur ce thème, la Banque mondiale explique combien l’Afrique subsaharienne peut tirer profit de cette manne et à quel point le tourisme peut devenir un accélérateur du changement. Parmi les 48 pays concernés, le Botswana, le Cap-Vert, la Namibie, l’Afrique du Sud et la Tanzanie figurent parmi ceux qui offrent le plus fort potentiel à cinq ans.

Pour mener à bien ce vaste chantier, il est nécessaire que les pouvoirs publics et le secteur privé agissent ensemble préconise la banque. A cette fin, il importe de clarifier les notions de propriété de la terre et de transmission des titres. Autre point : le tourisme peut jouer le rôle d’accélérateur des réformes. Ainsi, au Cap-Vert, il a décollé après la réforme du système bancaire, précisément lorsque la parité de l’escudo face à l’euro a été fixée. Il en va de même pour les infrastructures où, pour attirer davantage de visiteurs, les autorités avec les acteurs privés n’hésitent plus à se lancer dans des grands travaux. C’est ainsi que l’Afrique du Sud a investi 2,6 milliards de dollars pour moderniser les aéroports de Johannesburg, Durban et du Cap en prévision de la Coupe du monde de football.

De la même manière, l’afflux de touristes peut doper la consommation. En 2011, le total des dépenses réalisées dans l’Afrique subsaharienne a atteint 33,5 milliards de dollars. Une tendance qui ne fait que se renforcer. Car la découverte du capital touristique africain n’est pas totalement nouvelle. En 1990, quelque 6,7 millions de personnes s’étaient déjà montrées sensibles à la faune ou à la culture de la partie du continent située au sud du Sahara. Depuis, et malgré les effets de la crise, l’intérêt a continué de croître, puisqu’ils étaient 33,8 millions en 2011 à fouler le sol africain.

Création d’emplois
L’impact sur l’économie locale se mesure également en termes de créations d’emplois. Alors que, dans la zone subsaharienne, un emploi sur vingt est dédié au tourisme, il demeure un domaine où la parité paraît la plus facile à atteindre. Une étude réalisée en 2010 montrait ainsi que 31 % des emplois dans le tourisme étaient occupés par des femmes, contre 21 % en moyenne dans les autres secteurs. C’est aussi un marchepied pour les jeunes. En Namibie, après moins d’un an de stage, un jeune rural peut prétendre devenir guide et améliorer ainsi ses revenus.


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8-Lynchages à Nosy Be : deux Malgaches déférés au parquet d’Antananarivo

http://www.leparisien.fr/faits-divers/lynchages-a-nosy-be-deux-malgaches-deferes-au-parquet-d-antananarivo-10-10-2013-3213423.php
10/10/2013

Deux Malgaches ont été déférés au parquet d’Antananarivo, la capitale de Madagascar, ce jeudi, pour répondre du lynchage, la semaine dernière sur l’île de Nosy Be, de trois hommes, dont deux Français accusés par la foule du meurtre d’un enfant, selon la gendarmerie.

 

    
Un homme est brûlé après avoir été lynché le 3 octobre 2013 à Nosy Be

«Sur 13 personnes déférées, deux sont concernées par le meurtre des deux étrangers et les 11 autres sont impliquées dans l’attaque de la caserne de la gendarmerie» la veille des lynchages, a précisé l’adjoint du commandant de la gendarmerie malgache, le général Guy Bobin Randriamaro, lors d’un point presse. A Nosy Be, la gendarmerie locale a précisé avoir «des preuves sur des photos et des vidéos» pour incriminer les deux personnes accusées de lynchage.

Le 3 octobre dernier, trois hommes avaient été tués par une foule d’émeutiers qui avaient brûlé leurs corps sur l’île de Nosy Be, principale destination touristique de Madagascar. Parmi les victimes, figuraient un Malgache, oncle de l’enfant retrouvé mort, un Français et un Franco-Italien. Des faits de trafic d’organes ou de pédophilie avaient été évoqués par la foule pour justifier les lynchages. L’enfant malgache au coeur de ce drame avait huit ans. Sa famille avait placardé des avis de recherche après sa disparition à la sortie de la mosquée le vendredi précédent. Exaspérée par de vaines recherches, la foule s’en était pris d’abord aux gendarmes, criant à l’enlèvement et réclamant la tête du kidnappeur, avant que le corps sans vie et mutilé du petit ne soit retrouvé.

Une enquête avait été ouverte par le parquet d’Antananarivo immédiatement après le lynchage des trois hommes, puis par le parquet de Bobigny car l’un des deux Français tués, Sébastien Judalet, était originaire de Seine-Saint-Denis. Des experts Français, venus depuis l’Île de La Réunion, sont d’ailleurs arrivés jeudi à Madagascar pour identifier les corps carbonisés des deux Européens morts à Nosy Be, a indiqué le général Randriamaro.


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9-Le Mozambique, nouvel eldorado énergétique

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2013/09/23/20002-20130923ARTFIG00360-le-mozambique-nouvel-eldorado-energetique.php
23/09/2013

Le pays a connu une croissance moyenne de 7,2 % sur la dernière décennie. Son président Armando Guebuza sera reçu par François Hollande vendredi.


Vue nocturne de Maputo avec, en arrière-plan,les immeubles du centre financier

 

En quelques années, Maputo a pris les allures d’une capitale développée: un centre-ville rempli de 4 × 4 rutilants, de grands immeubles modernes, çà et là des boutiques de luxe, des cafés branchés à l’occidental et de grosses bâtisses qui se louent 6000 dollars par mois… L’envers du décor se situe à quelques encablures, immondices jonchant le sol, chemins de terre poussiéreux et bidonvilles. Le contraste est saisissant. C’est l’image d’un développement effréné dans l’un des États les plus pauvres d’Afrique ravagé par vingt ans de guerre civile après l’indépendance de 1975.

Ce «boom» économique, le Mozambique – qui a connu une croissance moyenne de 7,2 % sur la dernière décennie – le doit à ses sols gorgés de ressources naturelles: eau, graphite, phosphate, rubis, essences végétales… et surtout le charbon et le gaz, dopé tout récemment par de gigantesques découvertes. Le pays disposerait des quatrièmes réserves les plus importantes au monde, situées pour l’essentiel en haute mer. Un atout géographique qui facilitera son exportation vers l’Asie. Le gouvernement vise un début d’exploitation à horizon 2020. Mais il faudra investir plus de 20 milliards de dollars pour transformer ce potentiel en richesse sonnante et trébuchante.

Le président Armando Guebuza sera reçu vendredi à Paris par François Hollande. Son objectif est de renforcer les liens politiques et commerciaux. «Notre première priorité est d’attirer les investisseurs», insiste le chef d’État. Accompagné de François Hollande, il se rendra à Cherbourg pour visiter les chantiers navals et entériner l’achat de 30 bateaux (lire encadré). Ce contrat est une bonne nouvelle pour les entreprises françaises qui sont à la traîne au Mozambique.

Mainmise chinoise
Les premiers à s’être rués vers ce nouvel eldorado énergétique sont les grands émergents, l’Inde, la Chine, le voisin d’Afrique du Sud et le grand frère lusophone du Brésil. L’entreprise minière Vale s’est implantée dès 2007 dans la capitale du charbon, à Tete au nord-ouest. Dans la même province, les Sud-Africains viennent se fournir en électricité alimentée par le grand barrage de Cahora Bassa, quand seulement 30 % de la population mozambicaine disposent d’un accès à l’électricité. Cela donne la mesure des défis de développement à venir.

Le pays manque de tout, d’écoles, d’hôpitaux mais aussi de routes, de voies ferrées, d’aéroports, de ports pour exploiter et acheminer toutes les richesses énergétiques. La manne des investissements directs étrangers – qui ont fortement augmenté de 700 millions de dollars en 2009 à 4,9 milliards en 2012 – ne suffit pas à combler l’énorme déficit d’infrastructures.

La géographie du pays, tout en longueur, n’aide pas. «La logistique est un casse-tête. À peine la moitié de la production de charbon de Vale et Rio Tinto arrive aux côtes», illustre André Santos, chef économiste à Maputo de la Banque africaine de développement. Devant le retard accumulé pour l’extension du réseau ferré, les accidents à répétition, Vale et Rio Tinto ont pris en charge les chantiers, alors que les Chinois ont la mainmise sur les grands travaux d’infrastructure.

«L’autre grand défi est la pénurie de main-d’œuvre qualifiée», ajoute André Santos. Le pays compte plus de 50 % d’analphabètes sur 25 millions d’habitants. Le gouvernement tente d’y remédier en obligeant les entreprises étrangères à former des gens. «Nous investissons beaucoup dans la formation professionnelle, nous développons des centres danstoutesles provinces», insiste pour sa part la ministre du Travail, Helena Taipo. Les autorités cherchent aussi à limiter l’embauche d’étrangers en fixant des quotas. En théorie car les compagnies peuvent obtenir des dérogations auprès du ministère. «Le recrutement d’un cadre mozambicain coûte beaucoup plus cher qu’un étranger, surtout comparé aux Européens», souligne l’économiste de la BAD.

Le Mozambique est devenu une terre d’opportunités pour les nombreux Portugais qui fuient leur pays en crise. Chaque semaine, 150 arrivent à Maputo pour tenter leur chance. «Ils ouvrent des petits négoces, café, salon de coiffure ou travaillent dans la construction, un secteur en plein essor», relate Taciana Lopes, une avocate d’affaires.

Native de Maputo, la jeune femme a grandi au Portugal avant de revenir en Afrique. Taciana s’inquiète pour le futur du pays: «Le gaz est une opportunité unique de développement mais je doute des capacités des autorités à bien gérer cette manne.» Le manque d’expertise, la bureaucratie et la corruption endémique sont autant de freins. «Plusieurs scandales dans la santé et l’éducation ont conduit des pays, Pays-Bas et Finlande notamment, à réduire leur aide», regrette l’avocate. Si le pays a nettement amélioré ses recettes fiscales – 20 % du PIB -, le Mozambique vit encore beaucoup des bailleurs internationaux. L’aide couvre 30 % du budget de 7 milliards de dollars, contre 70 % en 2006.


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10-Les derniers rhinocéros du Mozambique ont été tués

http://www.consoglobe.com/derniers-rhinoceros-mozambique-ont-ete-tues-cg
09/2013

On a du mal à s’habituer à ces tristes nouvelles que le flux de l’AFP crache en continu sur les téléscripteurs… En plein été, celle-ci marque l’aboutissement d’un massacre de longue date : celui des rhinocéros. Seule consolation, on n’en parlera bientôt plus. Et pour cause, il n’y a plus aucun rhino vivant en liberté !



Afrique du Sud: la disparition prévisible des rhinocéros

En Afrique du Sud, malgré 167 braconniers arrêtés depuis le début de l’année, on n’arrive pas à contrecarrer les braconniers qui s’en prennent aux rhinocéros : leur massacre continue avec déjà 587 animaux tués à mi août 2013.
Cette chasse systématique va finir par provoquer le déclin définitif de la population de ces ces grands mammifères à partir de 2016. « Les scientifiques sont inquiets car nous nous approchons de plus en plus du point critique où le nombre de rhinocéros tués sera supérieur au nombre de naissances, et alors la population commencera à décliner« , a expliqué à l’AFP Jo Shaw, un spécialiste des rhinocéros. Sa prédiction fait peur : « Les estimations les plus récentes montrent que cela pourrait intervenir à partir de 2016« .

Chasse au rhinocéros : des chiffres effarants
Le rythme du braconnage ne cesse de s’accélérer ces dernières années: il est passé de 13 animaux abattus en 2007 à 448 en 2011 et 668 en 2012. Depuis le début de l’année 2013, 587 rhinocéros ont été tués dans le pays selon des données publiées jeudi par le ministère de l’Environnement, un chiffre record qui s’approche dangereusement du total enregistré sur l’ensemble de l’année dernière (668). « Si les choses continuent comme cela, on sera proche de 900 à la fin de cette année, un chiffre vraiment choquant« , a commenté Jo Shaw.

Protéger le parc Kruger des braconniers

Les Autorités sud-africaines sont négociation avec celles du Mozambique pour mettre au point un accord prévoyant des actions anti-braconnage communes, notamment pour protéger le fameux et très exposé parc Kruger, à la frontière avec le Mozambique, d’où viennent des braconniers bien armés, organisés et équipés. Car plus de 60% des rhinocéros braconnés en Afrique du Sud le sont dans ce parc, alors que le pays abrite plus de 20.000 rhinocéros, soit près de 80% de la population mondiale. Malgré un luxe de mesures de sécurité, et même l’utilisation de drones, le parc Kruger a déjà perdu 242 rhinocéros depuis le début de l’année. L’Afrique-du-Sud a annoncé vouloir reconstruire la clôture électrifiée que le régime de l’apartheid avait érigé à la frontière entre les deux pays. La nouvelle clôture « sera électrifiée et équipée d’une technologie empêchant les gens de passer« , a précisé à l’AFP Fundisile Mketeni, directeur général adjoint pour la biodiversité et la protection de l’environnement.

Rhinocéros – La situation au Mozambique est encore pire

 



Les 15 derniers rhinocéros qui vivaient encore au Mozambique ont été retrouvés morts sans leurs cornes, victimes d’un massacre de braconniers. Le dernier… Les animaux ont été retrouvés dans le Parc Transfrontalier du Grand Limpopo, une réserve d’animaux sauvages à la frontière sud du Mozambique, là où on comptait des centaines de représentants de l’espèce il y a une dizaine d’années encore. C’est la fin d’une très longue période de cohabitation entre l’homme et le rhino : personne ne sait exactement depuis quand les rhinocéros peuplaient les forêts africaines et les plaines du Mozambique. Le Grand Parc du Limpopo, couvre une zone transfrontalière où les animaux peuvent passer librement d’un pays à l’autre. Le parc avait été inauguré en 2001 par l’ancien président Nelson Mandela et résultait de la fusion des parcs de Gaza (Mozambique), Kruger (Afrique du Sud) et Gonarezhou (Zimbabwe). Cette absence de frontière se retourne désormais contre les animaux en laissant libre passage aux trafiquants et braconniers. Les gardes forestiers, chargés de protéger les animaux en voie d’extinction sont montrés du doigt : corrompus, ils auraient aidé les braconniers. Selon le quotidien The Telegraph, 30 gardes ont été emprisonnés pour être jugés.

Comment sauver les derniers spécimens de rhinocéros ?
Malgré les efforts de préservation de l’espèce, d’autres pays africains pourraient bientôt suivre le mauvais exemple du Mozambique. Certains font pourtant leur possible pour éviter cette fin tragique.  Ainsi le Kenya qui essaie de mieux surveiller ses immenses territoires en installant des caméras : Les services kenyans de protection de la nature (Kenya Wildlife Service, KWS) ont reçu 765 000 dollars de la Société zoologique de Londres (Zoological Society of London) pour aider à protéger les rhinocéros du braconnage.  Des caméras de nouvelle génération seront achetées avec l’espoir de pouvoir sauvegarder l’espèce qui gravement menacée dans ces espaces très étendus, difficiles à surveiller, comme celle de Tsavo ou du Serengeti. La bataille n’est pas gagnée car la demande pour l’ivoire d’éléphant et la corne de rhinocéros ne faiblit pas et alimente le braconnage, notamment au Kenya :  plus de 1 000 rhinocéros ont été tués sur le continent africain au cours des 18 derniers mois. Tout ça pour alimenter des fantasmes de consommateurs asiatiques…. Quel gâchis révoltant !

Lire aussi :
Kenya: des puces électroniques sur les rhinocéros contre le braconnage
http://www.jeuneafrique.com/actu/20131016T143349Z20131016T143253Z/kenya-des-puces-electroniques-sur-les-rhinoceros-contre-le-braconnage.html


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11-Zimbabwe : au moins cent éléphants empoisonnés au cyanure

http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20131016112425/contrebande-ivoire-elephants-parc-nationalzimbabwe-au-moins-cent-elephants-empoisonnes-au-cyanure.html
16/10/2013 à 12:05 Par Jeune Afrique

Au moins cent éléphants, empoisonnés au cyanure, ont été retrouvés morts cette semaine dans le plus grand parc national animalier du Zimbabwe, ont indiqué les autorités de conservation de la vie sauvage, après la découverte de dix nouvelles carcasses.


Une carcasse d’éléphant, tué pour ses défenses, à Samburu, au Kenya en août 2012

 

Les autorités zimbabwéennes de conservation de la vie sauvage ont fait savoir, après une nouvelle découverte macabre, qu’au moins cent éléphants ont été retrouvés morts cette semaine, empoisonnés au cyanure, dans le parc de Hwange, le plus grand parc national animalier du pays.

“Dix carcasses d’éléphants ont été découvertes à Hwange avant-hier, deux suspects ont été arrêtés et 14 pièces d’ivoire saisies”, a indiqué Caroline Washaya-Moyo, une porte-parole de l’autorité gestionnaire des parcs nationaux. De nombreux autres animaux ont aussi succombé à un empoisonnement, selon les autorités qui n’ont pas voulu donner de détails.

Les autorités du parc sont de fait impuissantes à contrer le braconnage. D’une étendue de plus de 14 000 km2 (soit la moitié de la Belgique), le parc de Hwange est patrouillé par seulement une cinquantaine de “rangers”, alors que dix fois plus de patrouilles seraient nécessaires pour bien faire.

Pauvreté
Ces dernières semaines, douze personnes ont été arrêtées, dont trois ont été condamnées le mois dernier à des peines d’au moins 15 ans de prison, assorties d’une lourde amende de 600 000 dollars (440 000 euros). Les autorités ont aussi lancé un ultimatum aux habitants d’un village en bordure du parc accusés de détenir du cyanure.

Les chefs coutumiers de Tsholotsho ont imploré le pardon des autorités nationales en soulignant que si des villageois s’étaient rendus complices de braconnage, c’était à cause de la pauvreté, et non par cupidité.

Le nombre d’éléphants est estimé à plus de 120 000 dans les parcs nationaux du Zimbabwe. Ils sont victimes de réseaux organisés de braconnage, qui arrachent les défenses de leurs proies pour les exporter vers l’Asie et le Moyen-Orient, où l’ivoire se vend à prix d’or. En dépit de son interdiction depuis 1989, ce trafic brasse chaque année environ 10 milliards de dollars selon un expert dans la protection des animaux sauvages. Le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW) pour sa part évalue à entre 25 000 et 35 000 le nombre de pachydermes abattus annuellement. En d’autres termes, un éléphant est tué toutes les quinze minutes en Afrique. Ce symbole du continent pourrait ainsi disparaître d’ici vingt ans <http://www.jeuneafrique.com/Article/JA2741p022.xml0/> .

Lire aussi :
Trafic – Un des plus gros trafiquants d’Ivoire du Togo arrêté
http://www.30millionsdamis.fr/acces-special/actualites/detail/article/6465-un-des-plus-gros-trafiquants-divoire-du-togo-arrete.html


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12-Nigeria : l’eldorado… de demain

http://economie.jeuneafrique.com/index.php?option=com_content&view=article&id=20086 <http://economie.jeuneafrique.com/index.php?option=com_content&amp;view=article&amp;id=20086>
16 Octobre 2013

Tel est le Nigeria : des ressources pétrolières dont l’exploitation est gênée par l’insécurité. Un beau potentiel agricole, mais peu d’infrastructures pour transporter la production. Un vaste marché intérieur, divisé par de profondes inégalités. Richement doté, le pays met la patience des investisseurs à rude épreuve.

 



“Celui qui n’est pas implanté au Nigeria n’est pas implanté en Afrique !” a affirmé Ngozi Okonjo-Iweala, la ministre des Finances, pleine de conviction face aux investisseurs venus la rencontrer mi-septembre. Et son message a été reçu cinq sur cinq par Nicole Bricq, la ministre française du Commerce extérieur, en visite à Abuja et à Lagos. “Le Nigeria joue un rôle de locomotive régionale et nous voulons être l’un de ses partenaires stratégiques”, annonçait celle-ci dès son arrivée dans la capitale fédérale. “On ne peut passer à côté de ce pays, en particulier dans les secteurs du BTP, de la production électrique, de l’agriculture et de l’environnement”, a-t-elle répété aux chefs d’entreprise français, qu’elle souhaite emmener au-delà du “pré carré” francophone.

Pour les prétendants, la fiancée nigériane ne manque pas de charme : ses quelque 170 millions d’habitants – autant de consommateurs en puissance –, sa production pétrolière – près de 95 milliards de dollars (plus de 73 milliards d’euros) de recettes d’exportation en 2011 –, et son potentiel agricole inégalé en Afrique de l’Ouest.

De nombreuses opportunités
Selon la banque d’affaires Renaissance Capital, le pays pourrait même devenir la première économie du continent d’ici à cinq ans, devant l’Afrique du Sud. En 2012, son PIB atteignait 268,7 milliards de dollars (contre 384,3 milliards pour la nation Arc-en-Ciel), mais il pourrait augmenter de 40 % pour peu que le pays mette à jour sa base de calcul en intégrant des variations de prix et de production omises pendant ces vingt dernières années.

Un argument utilisé par les autorités pour renforcer l’image de leur pays auprès des investisseurs, même si sa réputation reste écornée par les problèmes sécuritaires, dans le Nord avec la présence de la secte islamiste Boko Haram (basée dans l’État de Borno), et dans le Sud-Est avec la subsistance des groupes armés dans le Delta du Niger.

“Ce n’est pas un pays facile, mais les occasions ne manquent pas”, assure Massimo De Luca, conseiller commercial de l’Union européenne (UE) à Abuja. “En plus de sa puissance démographique, le Nigeria bénéficie de ses bons fondamentaux macroéconomiques. Avec Ngozi Okonjo-Iweala aux Finances, l’inflation est contenue (autour de 10 %), l’endettement public aussi (à 19 % du PIB), et la croissance tourne autour de 7 % “, ajoute ce diplomate italien, en poste depuis quatre ans et qui voit les missions commerciales occidentales et asiatiques se succéder à Abuja. “Le pays peut aussi se prévaloir de sa stabilité politique, grâce à un subtil équilibre entre le niveau local et le niveau fédéral, et de son attitude ouverte vis-à-vis du secteur privé et des investisseurs étrangers. Ici, il n’y a pas de risque de nationalisations.”

Plusieurs vitesses
Un pays attrayant, donc, mais de quel Nigeria parle-t-on ? Celui des milliardaires comme Aliko Dangote et Tony Elumelu, installés à Victoria Island, le quartier huppé de Lagos ? Ou celui des 70 % de la population qui vivent avec moins de 1 dollar par jour dans les campagnes et les bidonvilles ? Sur un territoire immense (plus de 923 000 km², soit près de trois fois la superficie de la Côte d’Ivoire) coexistent en effet des réalités très contrastées. Le gouverneur de chacun des 36 États fédérés dispose d’un budget conséquent et de larges compétences, couvrant tous les domaines, à l’exception des fonctions régaliennes (défense, justice et monnaie).

Résultat : un paysage économique à plusieurs vitesses. “S’il y a une chose que je retiens de ma visite, notait ainsi Nicole Bricq à la fin de son séjour, c’est la différence majeure entre le nord et le sud du pays ; pas uniquement pour des raisons sécuritaires, mais surtout en termes de richesse et de perspectives économiques.” Et la ministre de s’étonner : “Dans les États du Nord, la croissance n’est que de 1 % par an… quand elle est de 14 % dans ceux du Sud ! L’État de Lagos à lui seul pèse 65 % du PIB non pétrolier du Nigeria, soit davantage que la Côte d’Ivoire, le Cameroun et le Sénégal réunis.”

Les entreprises françaises de sa délégation affichaient d’ailleurs un intérêt plus marqué pour les grandes villes du Sud, en pleine expansion (la population croît de 3 % par an à Lagos). “Dans les technologies de l’information, la finance, la banque, la mode, les médias, l’éducation et les services portuaires, nous sommes incontournables”, se félicite Babatunde Fashola, le gouverneur de Lagos. L’élite du secteur privé, qui avait fui la ville lors du déplacement de la capitale fédérale à Abuja, y est revenue.

Dans le Nord, les perspectives sont moins brillantes, notamment en raison d’un niveau d’éducation plus faible et de l’absence d’industries. Mais là encore, la situation est loin d’être homogène. “L’État de Kano [9,4 millions d’habitants], qui abrite la capitale commerçante haoussa, est dirigé par le gouverneur Rabiu Musa Kwankwaso, qui a réussi à y faire progresser la production agricole [riz, arachide et sucre] et textile, notamment grâce à l’amélioration des infrastructures routières, indique Massimo De Luca. Il a été jusqu’à présent épargné par la menace islamiste, contrairement au nord-est du pays.” Une menace que subit en revanche l’État voisin de Katsina (extrême Nord) : “Là-bas, nous avons dû cesser nos opérations après une attaque islamiste et la prise en otage de l’un de nos salariés”, indique Jérôme Douat, président de l’entreprise française Vergnet, qui y installait une centrale électrique.

Déficits
D’un secteur à l’autre, les situations sont également contrastées. “Contrairement à une idée reçue, la croissance nigériane n’est plus bâtie sur l’or noir, analyse Hervé Boyer, directeur commercial du groupe Standard Bank pour l’Afrique de l’Ouest. En 2013, l’immobilier devrait croître de 7 %, les télécoms de 6 %, l’agriculture de 5 %… et le secteur pétrolier décroître de 1 %.” Pourvoyeur de 80 % des recettes fédérales, ce dernier n’est en effet plus à la fête. Les pertes dues à des fuites dans les oléoducs et à un trafic à grande échelle dans la zone du Delta du Niger, qui échappe en partie au contrôle des autorités, ont atteint un niveau considérable (quelque 400 000 barils par jour en avril), entraînant une baisse de la production de 17 %. Le manque à gagner pour les compagnies et l’État est d’environ 1 milliard de dollars par mois. “Cette baisse a toutefois un côté positif, relativise De Luca. Le gouvernement a moins d’argent à distribuer, ce qui diminue le poids du secteur public au profit du secteur privé et limite les risques de corruption.”

Reste que réussir au Nigeria – quel que soit le secteur ou la région – demande de pallier la défaillance chronique des infrastructures. “Le plus dur est la gestion de la logistique et de l’approvisionnement en électricité”, prévient le patron d’un important groupe industriel occidental, en poste depuis cinq ans. “La corruption gangrène et ralentit la plupart des grands projets”, renchérit le conseiller commercial de l’UE.

En matière énergétique, le déficit est dramatique : “Le pays tout entier ne dispose que de 4 500 mégawatts, contre 40 000 MW pour la seule Afrique du Sud, trois fois moins peuplée”, reconnaît Chinedu Nebo, le ministre de l’Électricité. Le programme de privatisation d’une partie de la production, qui doit augmenter la capacité de 6 000 MW, a connu un beau succès en 2012, attirant des investisseurs locaux sérieux comme Tony Elumelu (Transcorp) ou Femi Otedola (Zenon Petroleum & Gas). Mais leurs centrales n’atteindront pas leur pleine capacité avant… 2020. En attendant, les industriels s’adaptent. “Nous demandons sans succès depuis plusieurs années le raccordement à un pipeline gazier d’une centrale électrique que nous sommes prêts à construire dans l’État d’Ogun (au nord de Lagos) pour alimenter une de nos cimenteries”, s’est plaint Jean-Christophe Barbant, directeur Nigeria de Lafarge lors d’une rencontre avec Chinedu Nebo.

Des partenariats complexes
En ce qui concerne les transports, le réseau routier a été amélioré, notamment dans le centre du pays, mais beaucoup reste à faire : “C’est indispensable pour que l’agriculture décolle réellement, grâce à un meilleur approvisionnement en intrants agricoles, et à une circulation plus aisée des productions de manioc ou de riz”, note Massimo De Luca. Mené par des groupes chinois (dont China Civil Engineering Construction Corporation, CCECC), le chantier de rénovation des voies ferrées est, lui, encore au milieu du gué. La ligne Lagos-Kano a été rénovée, mais les autres grands projets, en particulier à partir de Port Harcourt, n’avancent qu’à petits pas.

Autre écueil, la gestion des partenariats – aussi bien avec les sociétés locales qu’avec les gouvernements – se révèle complexe, notamment en ce qui concerne les importations. “Les mesures censées encourager la production locale sont parfois appliquées “à la tête du client”, notamment dans les secteurs du pétrole, du ciment, des intrants et produits agricoles. Les groupes privés proches des autorités – locales ou fédérales – peuvent parfois bénéficier de passe-droits pour importer, voire transgresser les règles sans être inquiétés”, confie un industriel.

Visé par ces critiques, Aliko Dangote, l’homme le plus riche d’Afrique, justifie les politiques protectionnistes dans les secteurs du ciment et de l’agroalimentaire, où il intervient : “Le Nigeria n’a pas besoin d’entreprises qui veulent seulement exporter leurs produits, mais nous sommes prêts à accueillir ceux qui veulent être nos partenaires pour produire sur place.” Le tycoon de Lagos a su cultiver ses relations avec les présidents Olusegun Obasanjo puis Goodluck Jonathan pour passer du statut d’importateur à celui d’industriel, en bénéficiant d’un quasi-monopole sur ses produits à son démarrage, puis d’un appui dans son expansion.

Investir au Nigeria exige de faire preuve de patience, de jongler avec les différents échelons administratifs et les partenaires locaux. Mais le jeu en vaut la chandelle, en particulier dans le secteur des biens de consommation de base, comme en témoigne le succès des mastodontes de l’agroalimentaire Nestlé et Cadbury. Le géant nigérian ne s’est pas encore complètement éveillé, mais c’est maintenant qu’il faut s’en rapprocher.


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13-Nigeria : l’archevêque anglican kidnappé dans le Sud a été libéré 

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