Interview – Alain CAPPEAU, Conseiller Spécial du Président Laurent Gbagbo: « Gbagbo sera forcément libéré »

Interview – Alain CAPPEAU, Conseiller Spécial du Président Laurent Gbagbo: « Gbagbo sera forcément libéré »

 

Par Le Nouveau Courrier – Ce qui va peser en faveur du Président Gbagbo. Restons mobilisé.

Alain CAPPEAU, Conseiller Spécial du Président Laurent Gbagbo et un des visiteurs réguliers à la prison de Scheveningen à La Haye (Il s’y rendra une fois encore fin Juin) analyse dans cette entrevue accordée au Nouveau Courrier, la récente décision des juges de la Chambre préliminaire N°1 de la Cour Pénale Internationale et laisse entrevoir des perspectives de libération de l’ex Président Ivoirien.

La décision des juges de la chambre préliminaire I dans l’affaire « Le procureur contre Laurent Gbagbo » qui a été rendue lundi 3 juin 2013. Quel commentaires en faites-vous ? Etes-vous surpris ou déçu ?

J’ai lu et relu entre les lignes le « Dissenting opinion of judge Silvia Fernandez de Gurmendi » en date du 3 juin 2013, (ICC-02/11-01/11-432-Anx) et je dois dire qu’il faut être un initié pour essayer d’en faire une explication de texte qui tienne la route. En effet nulle part il n’est dit explicitement dans cette profession de foi prononcée par ce magistrat, Présidente de surcroit, que sa position dissidente suppose qu’elle se soit prononcée pour la confirmation ou pour l’infirmation des charges, dans la procédure en question. Les thaumaturges de la syntaxe y verront suivant ce qu’ils veulent y voir, pour ce qui me concerne je préfère raisonner d’une manière déductive. Si l’on se réfère, à tout le moins, à l’article 51 du dissenting opinion évoqué ci-dessus, on lit « que la chambre préliminaire n’est pas une chambre d’investigation et en conséquence n’est pas habilitée à diriger les investigations du procureur ». Le Magistrat dit en filigrane, vous n’avez pas assez de preuves, vous en demandez d’avantage au procureur alors que nous ne sommes pas habilités à la faire. Si vous n’avez pas assez de preuve, le mode opératoire commande d’abandonner les poursuites et donc d’infirmer les charges. On appelle cette technique oratoire un syllogisme qui met en adéquation la chose et l’intellect (adequatio rei et intellectus). En d’autres termes le magistrat sous-entend des propos, il est dans une logique de pensées.
Personnellement je ne suis pas surpris et je dois dire que je suis même favorablement étonné par la position dissidente de madame la Présidente, ce qui signifie que quelque part un écho alternatif s’est prononcé, il appartient maintenant à la défense d’exploiter cet écho, qui dit peu pour sous-entendre beaucoup ! L’objection de madame la Présidente n’a reposé moins sur le droit que sur la psychologie appliquée du droit en prenant en considération la mobilisation mondiale en faveur du Président Laurent Gbagbo, et si j’en juge par les écrits alarmistes que je découvre dans la presse, je constate que la peur a changé de camp, car le camp d’en face a également fait la même analyse que moi. Il convient maintenant d’intégrer le nouveau calendrier inhérent au fonctionnement de la CPI. En conclusion je m’attendais au pire et j’ai découvert une position intermédiaire conflictuelle, si je ne suis pas satisfait je ne suis pas totalement déçu, c’est une maigre récompense, mais ! Restons en alerte.

Quelle lecture faites-vous de la suite de la procédure ?

Forcément la position de madame la Présidente à fait bouger les lignes, je dirais il était temps. Elle a secoué le code de procédures et sa position, en tant que Présidente n’est ni neutre ni anodine, donc possiblement sujette à rebondissements. Cette dame ayant du caractère elle aura du mal à accepter que le bureau du procureur revienne « les mains vides » ou pire les mains à nouveau souillées par des inventions de vérités, cette dame semble connaitre une vérité par son raisonnement mais également par son cœur. Je considère que cet ajournement, est en quelque sorte « reculer pour mieux sauter ». Nous allons maintenant attendre une décision de mise en liberté provisoire du Président Laurent Gbagbo qui devrait être prononcée en juillet. Etant donné que dans les faits rien n’a changé, concernant les arguments pour ou contre cette liberté, la décision ne devrait pas non plus changer, en revanche la sortie dissidente de madame la Présidente devrait peser sur la décision à venir. Dans toutes juridictions tout est toujours « donnant-donnant », pour apaiser les susceptibilités des uns et des autres, en sachant que d’après l’opinion supposée du collègue chacun change un peu la sienne, c’est tristement humain.

Croyez-vous toujours que nous sommes en présence d’une procédure plus politique que judiciaire ?

Je répondrai par l’affirmative. Pourquoi le concept changerait-il ? Cependant il a été un peu écorné par cette attitude schismatique de madame la Présidente. Soit elle va en payer le prix si les lobbies politiques se mettent en marche, soit son esprit de rebelle de plume va faire des émules, c’est une partie d’échec et souvent la reine (douairière ou pas) l’emporte. Madame vient de mobiliser et d’éveiller les consciences, ce qui va peut-être nous permettre de nettoyer les écuries d’Augias !

En tant que proche collaborateur du Président Laurent Gbagbo, qu’est-ce qui fonde votre conviction qu’il sera libéré ?

Il sera forcément libéré, la question est de savoir quand. On dit toujours que le droit est ce qui rend les hommes méchants, alors espérons que les bonnes fois et les collusions vont s’empiéger dans le cénacle de Scheveningen pour nous réserver une bonne surprise. Je reviens à nouveau sur l’attitude de réfutation de madame la Présidente (Gurmendi, ndlr) pour affirmer que toute opposition égare le jugement de celui avec qui on s’oppose, parce que le souci de persuader d’un côté et l’ardeur de contredire de l’autre vont contre toutes les règles de l’investigation. Il va donc y avoir d’une certaine façon quelques remue-ménage et règlements de comptes entre amis à la CPI qui pourront peser en faveur du Président Laurent Gbagbo.

Fatou Bensouda, renvoyée à sa copie et invitée à approfondir ses enquêtes sur toutes les forces armées en présence dans la crise. Pensez-vous que la CPI tente de réparer une certaine injustice de départ ?

Non seulement cette dame est transparente depuis le début de la procédure, mais de surcroit elle s’enferre dans l’erreur, elle n’a jamais su développer son esprit de discernement, on ne peut pas trop lui en vouloir dans la mesure où elle s’est vue confier un « bâton merdeux » de la part de son prédécesseur. La CPI ne cherche rien à réparer, elle colle au plus près de ses procédures ou tout est mécaniquement bien huilé. Je crois et j’espère que madame la Présidente qui subit la règle de la majorité avec humeur mais qui l’exerce avec sérénité nous libérera avec sa rhétorique, si tel était le cas nous pourrions alors nous féliciter de notre acharnement à faire que le droit juste s’exprime.
Platon disait que « l’amour de la justice en la plupart des hommes n’était que la crainte de subir l’injustice » ! Probablement que les trois juges de la chambre préliminaire I auront cette maxime à l’esprit et que chacun va maintenant chercher à sauver sa légitimité ! Mais n’anticipons pas.

Propos recueillis par Frank TOTI.

 

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