G7 et impasse des pays ex-riches (I)

G7 et impasse des pays ex-riches (I)

Le 10 mai 2013, un mois avant la rencontre de Bilderberg qui devrait avoir lieu près de Londres, a commencé également dans la ceinture de Londres le sommet du G7. A savoir, une réunion des ministres des Finances de sept pays : Etats-Unis, Canada, Royaume-Uni, France, Allemagne, Italie et Japon. Ce matin, Libération écrivait notamment « G7 Finances: l’austérité européenne sous le feu des critiques américaines », et L’Expansion : « Le débat sur l’austérité européenne à l’honneur lors du G7 ». Vers midi, The Irish Times rapportait « Schäuble signals support for easing of austerity as G7 ministers meet ». Mais qui ose évoquer les causes profondes de cette prétendue « crise » ? Et s’agit-il d’une crise, ou d’une nouvelle étape d’un long processus planifié de longue date ? La réalité est que la notion de « liberté du commerce », assortie de la « libre circulation » de capitaux et marchandises, implique la privatisation progressive de l’économie et, à terme, la faillite des Etats souverains. Sur le plan social, l’issue de ce processus ne peut être qu’un nivellement par le bas des salaires et standards sociaux à l’échelle planétaire, ensemble avec un appauvrissement des pays jadis « riches ». Tel est le processus déclenché depuis une trentaine d’années. Le 10 mai au soir, le Financial Times analyse « G7 in search of direction, avec le sous-titre « Complacency is as likely an outcome as co-ordination »BBC  News souligne « G7 finance ministers meet amid Japan currency questions ».La Dépêche emploie le titre « G7 Finances: l’austérité européenne et le yen au centre des débats ». De son côté, Radio Chine Internationale diffuse une note intitulée « Les ministres des Finances du G7 se réunissent à Londres sur la reprise économique mondiale », Les priorités mises en avant par le ministre des Finances britannique George Osborne y sont résumées : « l’activisme monétaire, la responsabilité budgétaire et des réformes structurelles ». En clair, la casse sociale et institutionnelle se poursuivra. Pendant combien de temps, et jusqu’où ? Le pire est à craindre, quels que soient les discours de circonstance de politiques et « gestionnaires ». L’occasion de rappeler, dans cet article et dans ceux qui suivront, comment cet incroyable processus autodestructeur a été mis en place et progressivement développé. A cet égard, un discours prononcé par Jacques Delors à Londres il y a vingt ans paraît fort éclairant, et ce n ‘est qu’un exemple de ce type d’interventions des « élites » de l’époque.

 

Le sommet du G7 a lieu au milieu d’une grande passivité de la part des organisations syndicales à l’égard de cette réunion. Peut-on vraiment prétendre qu’elles ne sont pas directement concernées par une telle casse économique et sociale ?

Pourtant, dans une situation comme celle-ci, l’action syndicale serait autrement plus pertinente que les discours pseudo-scientifiques sur « la bonne politique économique ». Et qui dénonce clairement devant les citoyens la stratégie adoptée depuis les années 1980 et ses conséquences ?

Quant au débat sur « l’austérité », s’agit-il d’autre chose que de trouver la « meilleure manière de gérer » un processus de déchéance dont aucun ingrédient essentiel n’est mis en cause ?

Suit un extrait de l’intervention de Jacques Delors devant le Royal Institute of International Affaires, Londres, le 7 septembre 1992 avec le titre « La Communauté Européenne et le nouvel ordre mondial ».

Source : site de l’Union Européenne

http://europa.eu/rapid/press-release_SPEECH-92-81_fr.htm

Excellences,

Mesdames, Messieurs,

je n’aurai pas la prétention, devant un public aussi éclairé que le vôtre, de tenir des propos définitifs sur ce “nouvel ordre mondial” que le Président Bush avait évoqué en septembre 90, en pleine crise du Golfe. Certains, évoquant la fin de l’histoire, semblent considérer que ce nouvel ordre est déjà réalité ; d’autres au contraire le relèguent au rang des illusions et préfèrent parler de “nouveau désordre mondial”. Mais c’est négliger, dans les deux cas, le temps nécessaire au dessin du nouveau système international, après 40 années de glaciation.

L’ancien monde était structuré autour de deux forces d’intégration: l’idéologie, mais aussi la dissuasion nucléaire. Le nouveau monde est à la recherche d’autres cadres, d’autres règles du jeu. Les choses deviennent plus incertaines, maintenant que l’évolution est à nouveau ouverte ; mais ces incertitudes ne doivent pas conduire à un pessimisme trop hâtif, car ce monde en mouvement, même chaotique, nous ouvre à nouveau les portes d’un espoir auquel les antagonismes de la guerre froide ne laissaient guère de place.

UNE INTERDEPENDANCE CROISSANTE: PROBLEMES ET INTERROGATIONS

L’interdépendance des nations nous paraît aujourd’hui inéluctable, encore doit-elle être ordonnée ; elle est déjà réalité, mais nous n’en avons pas encore tiré toutes les conséquences pour être en mesure de concevoir les principes et les règles d’un nouvel ordre mondial. Peut-être, tout simplement, parce que nous ne sommes qu’au début d’une évolution. Mais les événements n’attendent pas et nous pressent de trouver des réponses. Parler de l’interdépendance des économies nationales est devenu une banalité. Vous en connaissez les principales manifestations: accroissement considérable du commerce international, supérieur à celui de la production ; intégration des marchés financiers, favorisée par la révolution des technologies de l’information et la dérégulation ; internationalisation des stratégies d’entreprises, avec une croissance des investissements directs à l’étranger de 34% par an dans les années 80 et un commerce intra-firmes qui représente plus de 40% du commerce mondial. Aujourd’hui, certains économistes évoquent le passage à une étape nouvelle, qualitativement différente: celle de la constitution d’un marché global unique. Les signes en sont multiples et, pour le consommateur, la carte universelle de paiement en est l’un des symboles. La mondialisation des problèmes est une tendance de fond tout aussi incontestable, qui gomme les frontières et appelle une approche commune. Nous avons tous conscience que le monde développé dépend de la coopération de nombre de pays du Tiers-Monde pour certains paramètres qui dominent l’agenda politique et ont pour noms: pression démographique, dégradation de l’environnement, prolifération nucléaire et surarmement, trafic de drogue, criminalité organisée ou SIDA.

La diffusion planétaire de l’information permet une circulation rapide des idées, un rapprochement des opinions publiques au point que semble naître une sorte de conscience universelle. Bien sûr, les oppresseurs continuent à opprimer, les persécutés à fuir, les frontières à se multiplier d’un côté quand elles s’ouvrent de l’autre. Mais l’ignorance et l’indifférence, l’hypocrisie et l’impunité sont devenues plus difficiles. La passivité internationale face aux atteintes aux droits de l’homme ne pourra plus prendre longtemps prétexte du caractère intangible et inviolable de la souveraineté nationale. Vous le constatez dans les débats actuels, le devoir d’assistance aux peuples en danger de mort est à l’ordre du jour et pourrait bien passer, malgré les difficultés de mise en oeuvre, dans l’ordre juridique.

A cette vision relativement optimiste, on opposera aisément une autre image, qui met l’accent sur les limites, les ambiguïtés, la fragilité des mouvements bien connus que je viens de décrire.

Limites, ne serait-ce que parce que l’intégration des économies vaut surtout pour les pays qui constituent ce qu’on appelle la triade. Or, celle-ci ne représente que 13,50% de la population mondiale même si elle assure pour le moment les deux tiers de la production mondiale. Au scénario de l’intégration, certains opposent celui de la fragmentation en évoquant la situation d’une partie du monde en développement où la transition démographique tarde à se manifester, où la logique du rattrapage économique est en panne, où les idéologies de rupture sont loin d’être enterrées. A l’heure où l’on parle tant du “village planétaire”, n’y a-t-il pas un paradoxe à voir une partie du Sud sembler presque sortir de l’histoire, se refermant sur elle-même, hostile à toute pénétration étrangère ?

Limites aussi à la naissance de ce que j’ai appelé la “conscience universelle”. La vitesse de circulation des informations, le développement de l’économie ouverte, l’extension de la démocratie n’empêchent pas, loin de là, des cheminements très différents: la montée des intégrismes en est l’exemple le plus frappant.

C’est que le rythme rapide de mondialisation de l’économie est aussi facteur d’angoisse pour des peuples qui veulent dans le même temps renforcer leur sentiment d’appartenance aux collectivités qui leur sont proches, sur lesquelles ils ont prise. Dans des cas extrêmes, nous le voyons aujourd’hui, des revendications peuvent ressurgir qui dressent les uns contre les autres des peuples qui ont pourtant longtemps vécu ensemble – et c’est là une question redoutable puisque le droit à l’autodétermination reste un principe essentiel, aujourd’hui dans l’affranchissement du joug communiste comme hier dans les années de décolonisation.

Ajoutons, pour être bref, que l’intégration des économies, si elle n’est pas accompagnée d’une forte volonté politique, ne suffit pas au renforcement des institutions internationales – et moins encore à l’élaboration de certaines formes de gouvernement mondial. Alors nous comprenons pourquoi, si un nouvel ordre mondial apparaît clairement nécessaire, notre époque reste marquée par des tâtonnements, des erreurs – les plus sévères diront une impuissance à affronter des défis désormais mondiaux. Il nous faut, pour résister aux forces de la fragmentation, du protectionnisme et de l’exclusion, passer du seul constat de l’interdépendance à la gestion de celle-ci, en vue d’objectifs et selon des règles acceptés en commun. La Communauté européenne, née dans un contexte très différent, fait d’hostilité et d’incompréhension, peut-elle fournir aujourd’hui des lignes de référence pour l’élaboration de ce nouvel ordre ?

(…)

(fin de l’extrait)

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