PUIS-JE ETRE ENNEMI ET SUPPÔT DE L’IMPERIALISME A LA FOIS?

PUIS-JE ETRE ENNEMI ET SUPPÔT DE L’IMPERIALISME A LA FOIS?

Le vieux au village

Ô Dieu, père de nous tous, que certains s’attribuent par égoïsme ! Je me trompe. Je commets une erreur en décidant de traiter un problème si sérieux et privé dans la rubrique LE SOURIRE DU WEEKEND. Mais pardonne-moi de porter ma propre honte à la connaissance des lecteurs. Je reconnais l’avoir fait pour un membre de ma famille, mon oncle bien-aimé Saméné Digbeu Zagolé alias Apoh Zagui. Bien sûr, pour la raison qu’il ne peut lire ce que j’écris à son sujet, même si des personnes malintentionnées le lui rapportent. Mais ces délateurs éhontés cesseront sans doute, en voyant que Tonton Apoh Zagui m’aime encore plus qu’avant. Nous, c’est l’arbre et son écorce…

Permettez-moi de vous exposer sans tarder mon problème. Je commence par une question essentielle selon moi : puis-je être ennemi d’une doctrine, d’une politique, d’une philosophie, et en être en même temps un allié ? Puis-je condamner le comportement d’un individu, d’un groupe social, et être celui qui aide ce mal pernicieux à détruire mon monde, à moi, que je prétends défendre ? Puis-je haïr le colonialisme, l’impérialisme, m’ériger en défenseur de mon cher peuple martyrisé, et faciliter par mon comportement, l’action de ces fléaux sur ce même peuple ?Bon, je sais que mes nombreuses questions risquent de vous perdre. Donc laissez-moi me confesser.

Je suis né avec l’amour de ma culture africaine même jusqu’au bout des ongles. Et celui de mon nom typiquement de chez nous est sans égal. Je sens une fierté profonde de l’entendre, dépouillé de toute appellation qui caractérise ma condition de soumis et le lavage bien réussi de mon cerveau. Ma question a toujours été sincère, judicieuse, fondée: « A quoi m’aurait servi un nom étranger ? » Et ma réponse principale est restée la même, ci-dessus. Oui, le prénom étranger établit un lien de soumission au colon, à l’envahisseur. Il ouvre la voie à l’extinction de ma culture et de mon identité réelle.

J’ai résisté à tous les surnoms possibles, quand d’autres se faisaient appeler Voltaire, Loti, Pythagore, Wilson, Chiang Kai Shek, Trésor, Platini, De Gaulle, James Brown, Bill Clinton, Jordan, Christian Dior, etc. J’ai refusé de me dénaturer, car je crois à la réalité, à la vérité que seuls, mon talent et mon sérieux au travail peuvent contribuer à ma réussite. Donc, quelle que soit la renommée de mon rêve, je peux et je dois l’avoir avec mon nom. Il faut que le monde entier s’habitue à mes nom et prénom(s) africains.

Je suis si révolté, si outré, en voyant mes sœurs et mes frères africains raffoler des noms étrangers à notre culture, que je me demande ce qui se passe au juste dans leurs têtes. Et mon plus grand souhait, chaque jour, est qu’ils se décident, par milliers, à rejeter sans hésitation, leurs prénoms impérialistes. C’est une manière très expressive de se libérer d’un joug esclavagiste de plusieurs siècles. Croyez-moi, j’ai toujours terminé mes prières profanes hors des mosquées, des églises, des temples, des salles de séjour ou des sous-sols, par l’expression de ce souhait intime. J’ai même, plus d’une fois, été tenté d’ordonner au Tout-Puissant de permettre l’exaucement de ce vœu.

Je suis si opposé aux effets dévastateurs de l’impérialisme, que je n’ai pas peur de le combattre à visage découvert. Au lieu de tant pis, je dis tant mieux, si ses adorateurs et leurs maîtres m’éliminent physiquement. Je suis décidé, tant que je vivrai, à lutter contre l’expansion de ces prénoms, qui ne sont ni plus beaux ni plus divins que les nôtres. Il n’est pas question que nos jolis prénoms africains disparaissent, pour laisser les prénoms impérialistes être les seuls sur la planète. Alors j’ai d’abord écrit des chansons. Hé ! Ne me demandez de quel genre. Elles sont naturellement contre le colonialisme. Elles sont contre l’impérialisme. Elles sont contre tout ce qui concourt à la négation de l’Afrique. Contre ce qui rejette ses valeurs et fait ses enfants rejeter aussi ses valeurs. (Ô ces enfants ! Leur ignorance et inconscience sont sans bornes. Sans bornes vis-à-vis de notre culture et de notre identité africaine à travers nos vrais prénoms. Ils se disent modernes !)

Mais voilà ma nouvelle situation. Une situation grave. Un problème que je semble supporter, mais dont en réalité, je croupis sous le poids. Je vois que ma lutte contre l’impérialisme me permettra aussi de tenter de réaliser mon rêve de célébrité. Quoi, vous n’aviez pas du tout deviné que c’est moi-même qui chanterais mes chansons? Bon, que rient ceux qui connaissent ma voix de crapaud. J’aurai tout de même bravé leur risée sur ce point. Rappelons-nous : John Mayal a commencé sous nos moqueries, parce qu’il ne savait pas danser le Ziglibity comme Loué Dapéa Djédjé Doublay. Nous savons tous aujourd’hui qui est John Yalley… Alors un peu de prudence ! (Ha ! Ha ! Ha !)

Pour l’instant, je vais vous montrer où je vous surprends avec ma conviction subite et idiote, moi le tout premier opposant à l’impérialisme culturel d’où qu’il vienne. J’ai décidé de chanter en jetant mes vrais nom et prénom africains à la poubelle. Et ceci au profit d’un nom américain, qui sonne bien à mes oreilles et qui, selon mon ignorance sans borne, peut me servir d’atout pour atteindre plusieurs objectifs de mes rêves de jeune garçon plein d’ambition. Je veux rendre le nom du blanc encore plus célèbre que le mien.

D’abord, moi, un broussard africain, portant un nom américain, quoi de plus original ! Quoi de plus… hem… de plus… de plus bon (les mots me manquent, je suis en extase). Ce nom me permettra de réussir dans le Showbiz international. Je vois déjà mon producteur-défenseur et mon journaliste, dès l’instant où je deviendrai un artiste avec un nom du plus puissant impérialiste culturel du monde. Ensuite, l’adoption de ces nouveaux nom et prénom m’ouvriront grandes les portes de ce pays. On m’accordera facilement la Carte Verte qui ouvre la voix à la nationalité. Hé ! Vous aussi, ne me tapez pas. Ne tentez pas de me faire revenir du rêve à la réalité. Je crois en ce que je dis. Sans y être déjà allé, je connais les réalités américaines mieux que les émigrés qui y vivent.

Je vous demande seulement de donner vos points de vue sur ma confession. Dites-moi si je peux porter à la fois les deux titres d’ennemi et de suppôt de l’impérialisme. Je hais leur action honteuse de
détruire ma culture et mon identité. Je veux les combattre à mort, les empêcher de réussir leur œuvre destructrice. Mais je veux adopter leurs nom et prénom pour être pris en considération dans mon projet d’artiste. Est-ce possible ?

S’il vous plaît, dites-moi la vérité, la vraie vérité. Je ne suis pas un homme politique pour que vous m’exposiez votre hypocrisie. Je n’ai pas de policiers pour vous punir de m’avoir dit la vérité selon que je la mérite. Je n’ai pas de prison pour vous y jeter. Je suis inoffensif sous tous égards. Alors parlez. Parlez sans retenue. Dites-le moi, si je mérite d’être la cible de critiques les plus acerbes. Les vôtres, je veux dire. Je reconnaîtrai mon tort, si je ne peux me réjouir de ma raison. Je vous remercie de votre aide pour me sortir de mon ignorance et de mon inconséquence. Mais surtout ne l’oubliez pas, j’attends vos réponses. A la semaine prochaine. Dieu nous l’accordera sans exception.

 Nohoré Gbodiallo Guikou Bilet Zafla

likaneyb2@hotmail.com (108)

One Reply to “PUIS-JE ETRE ENNEMI ET SUPPÔT DE L’IMPERIALISME A LA FOIS?”

  1. Ah le paradoxe africain:revendiquer son identité avec ses valeurs culturelles et traditionnelles et s’ouvrir au monde…

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