La guerre fratricide qui a lieu en ce moment entre Jean François Copé et François Fillon, montre bien que la pratique de la démocratie, même après deux cents ans, n’est toujours pas achevée. Le psychodrame auquel on assiste, a pour scène, tenez-vous bien, la France, pays de vieille pratique démocratique. L’Union pour un Mouvement Populaire (UMP) de Nicolas Sarkozy, parti créé il y a maintenant dix ans, est le producteur de ce psychodrame politique extraordinaire, avec comme acteurs principaux, J.F Copé et F. Fillon, dans les rôles respectifs de leaders de la Droite conservatrice (pas loin des thèses de l’Extrême Droite) et de la Droite Républicaine.

Les membres de l’UMP qui sont censés avoir les mêmes intérêts et qui partagent certainement la même idéologie libérale européenne, ont admis, pour la première fois, lors de leur dernier congrès, le 18 Novembre dernier, l’existence officielle de différents courants politiques au sein de leur parti.Cette existence des courants et leur fonctionnement, sont inscrites en lettres d’or, dans le statut de l’UMP (articles 15, 16, 17 et 18). Pour bien comprendre la trame du psychodrame à l’UMP, jetons un regard furtif, sur les courants reconnus par le dernier congrès du parti de Nicolas Sarkozy :

§ Les Humanistes de Jean Pierre Raffarin, ancien Premier Ministre.

§ La Droite Populaire de Thierry Mariani et Lionnel Lucca, tous deux parlementaires.

§ La Droite Moderne de Hervé Novelli, Secrétaire Général de l’UMP.

§ La Droite Sociale de Laurent Wauquier, parlementaire et ancien Ministre.

§ La Droite Forte de Brice Hortefeux (rassemble tous les fidèles de Nicolas Sarkosy).

§ Demain la Droite dirigé par Franck Allisio, Secrétaire National de l’UMP.

§ Les clubs et mouvements gaullistes composés du mouvement « Le Chêne » de Michelle Alliot Marie, ancienne Ministre et ancienne Présidente du RPR et du « Rassemblement des gaullistes » de l’ancien Ministre Roger Karoutchi.

Comme vous pouvez le constater, tout était déjà « mélangé » dans cette formation politique, avec des courants qui rivalisent d’imagination dans leurs appellations. A l’analyse, leur officialisation pose deux problèmes.

Premier problème, l’idée de les instaurer officiellement dans la droite française bonapartiste et aristocratique, qui n’est pas habituée à la démocratie interne, où l’on obéit par conséquent, seulement au chef, ne peut malheureusement prospérer si ces courants n’ont pas une base solide au plan de l’idéologie. Quand on parcourt les « manifestes » de ces courants, on se rend bien compte qu’il n’y pas de différences fondamentales du point de vue idéologique. Ce sont les objectifs qui changent d’un courant à un autre. Depuis longtemps à droite, en France, dans le fond, l’existence des courants s’est toujours tout simplement réduite à la guerre de leadership. En fait à l’UMP, on crée un courant pour tout simplement exister et se faire voir à travers son canal.

Deuxième problème, le départ « prématuré » de Nicolas Sarkozy de l’Elysée. L’ancien « Chef naturel » de l’UMP qui a, en ce moment, des soucis avec la justice, n’a pas su préparer et imposer après lui, un « successeur naturel » d’où la bataille actuel qui, du reste, était inévitable dans la perspective de l’élection présidentielle de 2017. L’élection bâclée du président de l’UMP, du 18 novembre dernier, est surement la conséquence de la lutte interne et de l’importance des enjeux à venir. Le poste de président à l’UMP est un poste important dans le positionnement du candidat de ce parti en 2017.

Au-delà du marketing de positionnement des différents leaders de l’UMP, qui veulent seulement exister, à travers les courants, la guerre entre Copé et Fillon, les deux têtes fortes du pari, après Nicolas Sarkozy, est tout à fait normale. Elle est la résultante d’une coexistence devenue quasiment impossible entre deux grands groupes, on peut le dire, deux vrais courants politiquesune droite républicaineincarnée par François Fillon et une droite de la droite, conservatrice, une « extrême droite » incarnée par Jean François Copé, l’héritier de Nicolas Sarkozy, bonapartiste à mort, qui avait justement tendance à faire un clin d’œil à Marine le Pen. On l’a vu pendant la dernière campagne présidentielle.

La fracture politique et même morale, actuelle au sein de l’UMP est irréversible, même si, pour la forme, les dirigeants des deux camps, en conflit, tentent de recoller les morceaux. Le mal est très profond. L’élection de façon démocratique du président de ce parti à l’intérieur duquel, la démocratie, même vertueuse était rare, une vraie révolution. Mais malheureusement, les démons de la fraude sont venus aggraver une situation déjà difficile.

Les inventeurs des grandes technologies électorales expérimentées et réussies en Afrique francophone, ont tout simplement récupéré leur science, avec ses méthodes de bourrages d’urnes et de trucages de toute sorte, de procès-verbaux. Le nombre de votants étant quelque fois largement supérieur au nombre d’inscrits dans les bureaux de vote. Le lien est rapidement fait avec les dernières élections présidentielles au Gabon et en Côte d’Ivoire, où les technologies électorales ont largement contribué à la victoire de dignes représentants des intérêts français en Afrique.

Au Gabon, le fils Bongo a perdu la dernière élection présidentielle, mais il a gagné par la volonté de la France et pourtant, il y a eu beaucoup de fraudes. En Côte d’Ivoire, avec les mêmes anomalies découvertes dans le nord du pays, par le conseil constitutionnel, Gbagbo a gagné l’élection présidentielle de 2010. Mais, au nom des intérêts économiques et géostratégiques français, il a été purement et simplement renversé. Une intervention militaire néocolonialiste énergique, à la hauteur de la haine que les dirigeants français, ont pour Laurent Gbagbo, un nationaliste et panafricaniste incorruptible, est venue montrer aux Africains qu’ils ne sont pas encore indépendants.

Justement, pour pérenniser les intérêts géostratégiques et l’image de la France dans le monde et notamment en Afrique, François Hollande, Chef suprême des armées françaises, devrait installer François Fillon par la force, parce que celui-ci représente la droite républicaine, gaulliste et néocolonialiste. Ce serait vraiment bien pour la France, après lui, dans cinq ans ou peut être dix. En plus, Fillon est le double de l’autre, spécialiste des coups tordus sous les tropiques. Il a beaucoup appris pendant cinq ans, à l’Hôtel Matignon et dans le bois sacré de l’aristocratie française.

François Hollande doit agir maintenant avec les moyens dont il dispose. Il a, pour exemple, à sa disposition la cinquième armée du monde et tout le système des Nations Unies pour l’appuyer avec des résolutions injustes. Ce serait une bonne chose pour l’Elysée dont le locataire actuel est dans une posture de changement dans la continuité. Il suit les yeux fermés, les traces de Nicolas Sarkozy, dans les affaires du monde, intérêts de la France obligent. Comme son prédécesseur l’a fait en Libye, François Hollande a précipitamment reconnu le Conseil National de Transition syrien alors que ses collègues du Conseil de Sécurité notamment Barak Obama, penchent pour une médiation et une transition en douceur.

La Russie et la Chine qui ont été trahies, par Sarkozy dans les crises libyenne et ivoirienne, veillent au grain et ne sont plus prêtes à accepter une intervention en Syrie. Revenons à la crise à l’UMP et soyons plus sérieux. En réalité le locataire de l’Elysée n’a rien à faire dans cette affaire interne à son opposition, comme il n’a rien à faire aussi, dans les élections en Afrique. La constitution de son pays ne lui donne aucun droit pour intervenir dans ce conflit entre ses deux homonymes et dans des contentieux électoraux en dehors de l’Hexagone.

La crise à l’UMP, résultat d’une justice divine, une sorte de Karma pour Sarkozy et ses amis, vient rappeler dans le fond, à la classe dirigeante politique française, qu’un contentieux électoral se vide tout simplement par le recomptage des voix ou encore par la reprise de l’élection litigeuse dans de meilleures conditions de transparence et de justice. C’est une leçon très importante à retenir pour les élections à venir en Afrique francophone.

Aucune injonction ne pourra désormais venir de Paris, parce que le maître, bicentenaire, a les mêmes tares congénitales que l’élève quinquagénaire. Ces tares sont apparues, dans la honte et la confusion, au grand jour. Le maître n’est plus un bon exemple pour l’élève. Dans ces conditions, l’Afrique, notamment francophone, doit prendre son destin en main, de façon générale, et de façon particulière, organiser à partir de maintenant, des élections justes et transparentes avec des institutions nationales fortes et crédibles.


BEN ZAHOUI DEGBOU

Géographe, Journaliste Spécialiste de Géopolitique et de

Médiation Institutionnelle.

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Une pensée sur “AU-DELÀ DE LA GUERRE FRATRICIDE ENTRE COPE ET FILLON POUR LE CONTRÔLE DE l’UMP”

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