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Philippe Barraud: André Blattmann, une lucidité qui dérange à Bruxelles

Philippe Barraud: André Blattmann, une lucidité qui dérange à Bruxelles

Il semble que le chef de l’armée suisse, le Commandant de corps André Blattmann, ait provoqué quelques aigreurs chez les dirigeants européens lors d’un discours prononcé le 7 novembre à Bruxelles. Cette conférence, tenue à l’invitation de la Chambre de commerce helvétique, est survenue au lendemain d’échanges entre la délégation militaire suisse et l’état-major de l’OTAN, à Mons.

Voici ce que Le Temps rapporte du propos du patron de l’armée: «Son argument: les menaces sur notre sécurité ne doivent jamais être négligées, qu’elles proviennent des zones traditionnelles d’instabilité ou des frontières de la Confédération, en raison de la crise de l’endettement en Europe et de la montée des partis extrémistes, comme l’Aube dorée en Grèce: «C’est pour moi le risque le plus grand», a expliqué le chef de l’armée suisse, faisant au passage un parallèle osé avec l’entre-deux-guerres. «Nous avons déjà vécu cela en Europe. A mon avis, il faut être prêt à réagir.»

Le quotidien rapporte que ces propos, dont chacun peut admettre qu’ils sont marqués au coin du bon sens, ont fait «rager» plusieurs gros bonnets de la Commission européenne, qui se sont répandus en ragots éculés sur la Suisse «toujours prompte à profiter des crises avec ses banques», ce qui est d’une consternante grossièreté.
Comme toujours, la réalité est plus cruelle que les illusions dont les politiques aiment à se bercer. Il est évident que plus la crise en Europe s’aggrave, plus les risques de conflit augmentent, et en cela, André Blattmann n’a rien dit de très original ni de provocant, à la lecture de l’Histoire.

C’est si vrai que, comme le note le rédacteur de Temps à Bruxelles, il n’est pas sûr «qu’André Blattmann n’ait pas dit tout haut ce que d’autres militaires pensent tout bas. À Lucerne le 5 novembre, l’ancien ministre polonais Adam Daniel Rotfeld avait jugé «très sous-estimé» l’impact de la crise sur la sécurité, en cas de faillite grecque. Controversé dans les médias, l’exercice «Stabilo Due» de l’armée suisse en septembre 2012, reposant «sur un scénario supposant l’instabilité d’une partie de l’Europe», a par ailleurs été suivi à l’OTAN. «Le plus étrange, confie un officier de l’Alliance, est que cette inquiétude soit ouvertement exprimée par un pays neutre. Car, entre alliés, nous nous posons aussi ces questions.»

Tiens donc! Voilà qui est bien intéressant – et dans un certain sens rassurant: on se préoccupe de ce qui se passe. Mais cela montre aussi que les militaires européens n’ont pas la liberté de parole dont peut jouir le commandant de l’armée suisse, et c’est regrettable: après tout, s’ils perçoivent un danger dans l’évolution actuelle de l’Europe, ils devraient pouvoir l’exprimer, afin que les dirigeants de l’Union aussi bien que sa population sachent que la paix éternelle qu’on leur promet à longueur de discours n’est pas pour tout de suite.

André Blattmann a eu raison de faire un parallèle avec l’entre-deux guerres, parce que les mêmes causes produisent souvent les mêmes effets. En particulier, les crises économiques offrent un terreau inespéré aux extrémismes, quels qu’ils soient. Et il n’est pas tabou de rappeler ce que la crise née en 1929 a provoqué dix ans plus tard en Europe.

En ce sens, le chef de l’armée a totalement raison de dire que les menaces sur notre sécurité ne doivent jamais être négligées, et encore moins être cachées aux populations. On ajoutera qu’il faut en tirer les conséquences, et donner à notre défense les moyens d’assumer sa tache.

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