Syrie Des agitateurs djihadistes harcellent une minorité chrétienne

Comment des agitateurs djihadistes harcellent une minorité chrétienne ancienne de la Syrie de Bachar el Assad

Mark Field, The Independent 14 octobre 2012

Un membre conservateur du Parlement dit que l’Occident a abandonné ses amis Chrétiens à un régime brutal. En 1945, ma mère, trop jeune même pour aller à l’école, en compagnie de millions d’autres Allemands, quittait Breslau et fuyait vers l’ouest, l’Armée Rouge avançant. Mes ancêtres avaient vécu dans cette région de Silésie (allemande depuis 1242) pendant au moins neuf générations à ce que je sais. L’expatriation forcée – un processus que l’on nomme aujourd’hui nettoyage ethnique – de la famille de ma mère et de millions d’autres civils de groupes dont la nationalité serait plus tard inévitablement rattachée à leur appartenance ethnique, était largement ignorée dans l’euphorie qui avait balayé le monde à la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

Ils ne sont jamais retournés

A présent, nous assistons à une autre vague de déplacement de civils au Moyen Orient, avec des centaines de milliers de Chrétiens forcés de fuir, étant bannis des terres sur lesquelles ils vivaient depuis 2000 ans, dans la remarquable remontée en puissance des peuples arabes à laquelle nous assistons. Leur sort a été largement oublié, l’attention des media du monde s’est déplacée d’Egypte et de Lybie pour s’installer en Syrie pour rendre compte des terribles bains de sang à Damas, Houla, Alep et Homs. Des personnes innocentes de toutes les parties endurent des souffrances terribles, la mort et la torture ; la guerre civile ne fait aucune différence entre les jeunes et les vieux, les riches et les pauvres, dans l’horrible saignée que nous voyons sous nos yeux, personne n’est apparemment à l’abri d’une mort soudaine et de la destruction de ses biens.

Désespoir

Il en va ainsi pour plus de deux millions de Syriens adeptes de la foi du Christ, et dont la présence remonte à 2000 ans, au premier siècle après J.C., lorsque Saint Paul y prêchait le christianisme,Nettoyage ethnique, une expression laide, mais qui décrit exactement ce que subissent en ce moment les Chrétiens de Syrie. C’est à présent l’indicible vérité : les importantes communautés chrétiennes de la Syrie déchirée par la guerre, sont plus que jamais, sur les terres de leurs ancêtres, sous la menace d’un nettoyage ethnique – souvent le fait de ceux qui se qualifient eux-mêmes de combattants de la liberté tellement loués par la presse occidentale.

Ces combattants, de plus en plus souvent des agitateurs djihadistes sans liens réels avec les affaires de Damas, ne voient pas les Chrétiens dans leurs enclaves comme de bons voisins aux côtés desquels ils ont vécu pendant des siècles, comme de nombreux Syriens rebelles les considèrent. C’est vrai, les minorités religieuses trouvent souvent la protection la plus efficace sous les régimes dictatoriaux. Il n’y a rien à gagner à changer le statu quo. Mais user de cet argument pour les attaquer, pour détruire les églises anciennes, et les tenir en otages apparaît comme un prétexte de circonstance. Les Djihadistes les voient simplement comme représentant une foi infidèle et les considèrent d’une façon rarement admise par les rebelles syriens du début. Les Chrétiens de Syrie, qui forment moins de dix pourcent d’une population estimée à 23 millions, sont des Orthodoxes grecs, des Orthodoxes syriaques, des Maronites et des Melkites grecs de foi catholique. Des milliers s’en sont déjà allés, éléments de la grande marée de Syriens déplacés, fuyant un conflit dans lequel, disent les groupes d’opposition, 27 000 personnes sont mortes. Dans la région d’Homs, 80 000 se sont enfuis, les églises et les centres des communautés ont été prises pour cibles, défigurés et leurs icones religieuses volées. S’il est vrai que quelques Chrétiens ont tenu du temps d’Assad des postes en vue, il y en a eu certains qui ont tenu des rôles de chefs d’opposition à Assad, comme George Sabra, qui postula au poste de président du Conseil National Syrien d’opposition, clairement anti-Assad.

L’exemple irakien

Ces Chrétiens sont à présent à l’étranger, accueillis par des amis, dans les jardins ou dans les églises au Liban, en Turquie, loin de la ligne de feu. Quelques uns ont résolu de prendre les armes et de se battre du côté du Gouvernement, un acte anathème pour eux à travers leur histoire. Ce que les Chrétiens syriens de ma circonscription craignent le plus, c’est qu’une fois partis, il n’y aura plus de retour. Une victoire rebelle et l’installation d’un régime islamique plus dur pourraient bien interdire le retour d’une société pluraliste, avec des Chrétiens vivant parmi les Musulmans chiites et sunnites comme cela était le cas depuis des temps bibliques.

Les événements en Iraq fournissent un exemple opportun. Au milieu d’une effusion de sang sauvage entre Sunnites et Chiites au lendemain de l’invasion de l’Iraq dirigée par les USA en 2003, l’histoire des populations chrétiennes fait partie de celles dont on parle rarement. Mais depuis l’invasion, on estime à la moitié le nombre de ceux qui ont dû, désespérés, quitter le pays.

Quelques 330 000 Chrétiens irakiens ont fui vers la seule Syrie dans la décennie passée – et ils doivent fuir à nouveau. D’autres ont trouvé refuge en Jordanie et naturellement d’autres sont venus jusque sur nos rivages, y compris sur ceux de ma circonscription, les Cités de Londres et de Westminster. Sous Saddam Hussein, quelques Chrétiens se sont élevés au sommet de la politique, comme Tarek Aziz, le Vice – Premier Ministre d’ Hussein. Mais depuis la chute du dictateur, la violence contre la minorité chrétienne, souvent associée aux “ croisés envahisseurs “, se traduit par des enlèvements, la décapitation d’un prêtre, la destruction à l’explosif d’églises anciennes et le conversion forcée à l’Islam.

Telle est la toile de fond du sort qui je le crains attend dans la décennie à venir la population chrétienne établie dans cette région depuis longtemps. L’Occident doit agir maintenant pour protéger les Chrétiens de Syrie, d’Egypte et d’Iraq et assurer la liberté de religion des Chrétiens qui seront soumis aux lois de tout nouveau régime futur si nous voulons éviter que le bannissement de leurs terres de Chrétiens d’Orient au cours des années qui viennent ne soit pas un avatar du soulèvement du Moyen – Orient.

mercredi 17 octobre 2012,
Jean Eckian ©armenews.com
Traduction Gilbert Béguian pour Armenews

D´autres informations disponibles : sur The Independent
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