Sako Boga Gervais

MONSIEUR LE PRESIDENT,

Devant le chaos qui menace notre pays La Côte d’Ivoire ces jours-ci, il me paraît urgent de vous exhorter, vous et votre gouvernement,  à changer radicalement de politique, afin d’éviter le pire.

D’abord, dès vos premiers pas à la tête du pays, quoique contestant la manière par laquelle vous avez accédé au pouvoir, je fais partie de ceux qui ont salué et applaudi la création de la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation ; même si j’ai toujours désapprouvé comme beaucoup d’Ivoiriens, la désignation de son président, l’ex-premier ministre Charles Konan Banny, qui noie la présence de personnalités plus crédibles, telles qu’un homme religieux et un chef traditionnel postés à ses côtés pour faire bien.

Ensuite, parce que toute la Côte d’Ivoire était en droit d’aspirer enfin la paix, après tant de mois d’enfer vécus depuis le 28 novembre 2010, j’ai vu dans les trois jours de Deuil national qu’il vous a plu de décréter au mois de mai 2011 avant votre investiture à Yamoussoukro, le signe de votre humilité, de la reconnaissance de votre part de responsabilité dans la crise et du repentir de la république en renouvellement. Ce sont ces raisons qui m’ont amené à accepter de répondre présent à l’invitation que votre cabinet m’avait adressé pour me rendre à l’ouverture de ces journées au Palais présidentiel.

Enfin, alors que beaucoup de vos proches, les « va-t-en guerre », vous poussaient à « éradiquer » le parti de M. Laurent GBAGBO, le Front populaire ivoirien (FPI), dont les membres sont traités par votre famille politique « d’arrogants et de méprisants », je vous ai plutôt vu essayer de leur reconnaître le droit d’exister, conformément à la Constitution de notre pays et au nom de la démocratie. Car vous aviez certainement en mémoire la grave erreur commise à l’époque par votre gouvernement en tentant d’interdire la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI), au début des années 1990, lorsque que vous étiez le Premier ministre de Félix Houphouët BOIGNY.

Malgré ces quelques efforts superficiels, le principal défi de votre avènement au pouvoir, préalable à un vrai succès, mais que vous ne paraissez pas en mesure de relever depuis, reste votre volonté réelle à pardonner à vos prédécesseurs avec qui vous avez fait la guerre. Vous semblez plutôt vouloir leur faire payer ce que vous et les vôtres leur reprochez. Et vous espérez que la Justice les écrouera tous, à défaut de les éliminer physiquement. Ainsi, dès que votre régime subit des revers d’une attaque, comme ce fut le cas à la veille du 7 août dernier dans le grand camp militaire d’Akouedo et dans plusieurs localités ces jours-ci, avec ou sans preuves, vous accusez les dirigeants encore libres du FPI. Vous les traquez, vous les faites malmener et vous les faites enfermer. Les arrestations récentes des Ministres Moïse Lida Kouassi, Alphonse Douaty, Koné Katina et de M. Laurent Akoun en sont des illustrations.

Monsieur le Président, où conduisez-vous la Côte d’Ivoire, avec cette politique de chasse aux sorcières ? Jusqu’où comptez-vous arriver avant de faire demi-tour ?

Outre votre handicap personnel et celui de vos proches de vouloir coûte que coûte vous venger des autres ou leur régler leurs comptes, les Ivoiriens souffrent en même temps de l’épineuse question de la sécurité dans le pays. Les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) que vous avez créées le 17 mars 2011 par votre ordonnance pré-constitutionnelle prise à l’Hôtel du Golf, qui vous ont porté au pouvoir grâce au soutien inestimable de l’armée française et qui ne sont composées principalement que des ex-rebelles et des dozos, constituent aujourd’hui le cauchemar des populations ; le vôtre aussi !

Alors que vous ambitionniez reconstruire notre pays, comme vous l’aviez promis dans votre campagne, les FRCI détruisent tout sur votre passage. Elles sont entrain de devenir l’image de votre passage à la présidence de la Côte d’Ivoire. Par leur zèle, ces éléments nous donnent l’impression d’échapper totalement à votre contrôle, parce qu’elles vous ont installé au pouvoir avec l’aide de la France. Qu’est-ce qui prouve alors que les présentes attaques ne sont pas une expression des chantages de leur part ?

En terminant, Monsieur le Président, je voudrais vous assurez que beaucoup d’Ivoiriens vous reprochent exactement les mêmes défauts, erreurs et dérives que vous reprochez au Président GBAGBO et avant lui au Président BEDIE ; si ce n’est davantage.

Alors je vous prie de pardonner.

Pardonnez-leur, sincèrement, ce que vous leur reprochez. Ainsi, les Ivoiriens pourraient vous pardonnez aussi demain. Car, comme le dit l’adage, « à vouloir trop tirer sur la corde, elle finit par se casser ! »

Vous pourriez alors exprimer publiquement votre pardon dans une adresse à la nation.

Vous pourriez soumettre au Parlement un projet de loi d’amnistie, pour tous les pro-GBAGBO, comme l’avait fait votre prédécesseur pour la rébellion, au retour de Linas Marcoussis en 2003.

Vous pourriez libérer, sans condition aucune, l’ex-première dame Simone Ehivet GBAGBO, le brillant universitaire Aké N’Gbo, l’universitaire Michel GBAGBO, MM. Affi N’Guessan, Aboudramane Sangaré, Jean-Jaques Béchio, Mme Broh Grébé, le vaillant syndicaliste Basile Mahan Gahié…, tous les prisonniers politiques.

Vous pourriez même écrire à la Cour pénale internationale (CPI), lui demandant de sursoir au procès de M. Laurent GBAGBO, parce que l’état de Côte d’Ivoire retire sa plainte au motif qu’elle dispose de moyens et de compétences pour juger ses propres ressortissants.

Vous pourriez permettre à tous les exilés, à tous ces cadres et étudiants, mais aussi aux corps habillés en cavale, de rentrer au pays dans la dignité et l’honneur.

Si vous le faisiez, Monsieur le Président, vous ne seriez peut-être pas le Président ivoirien le plus aimé, certes ; mais vous seriez sans doute reconnu comme un grand homme politique, qui aurait su se faire pardonner par son peuple en désarmant tous ses adversaires politiques. Et aucune des victimes de cette longue crise ne vous en blâmerait. Et il n’y aurait plus d’attaques contre votre régime jusqu’aux élections de 2015.

Bien au contraire, la Côte d’Ivoire et tous les Ivoiriens vous en seraient infiniment reconnaissants d’avoir fait vivre la Réconciliation et renaitre l’Espoir.

Je vous prie sincèrement, Monsieur le Président Alassane OUATTARA, d’opter pour la Paix et la stabilité retrouvées en Côte d’Ivoire en changeant radicalement de politique, plutôt que de perdurer dans la violence et le chaos qui pourraient vous emporter.

POUR LA RENAISSANCE DE LA CÔTE D’IVOIRE !

 

Dr BOGA Sako Gervais

  • · Enseignant-Chercheur à l’Université de Côte d’Ivoire ;
  • · Membre de la Commission Nationale des Droits de l’Homme de Côte d’Ivoire (CNDHCI) ;
  • · Président de la Fondation Ivoirienne pour Les Droits de l’Homme et la vie Politique (FIDHOP) ;
  • Auteur du livre publié à L’Harmattan en 2007 : « Les Droits de l’Homme à l’épreuve: cas de la crise ivoirienne du 19 septembre 2002 » et de « LA GUERRE D’ABIDJAN n’aurait jamais dû avoir lieu », avec pour sous-titre : « Et si M. Sarkozy avait trompé le monde entier sur la crise ivoirienne de 2010 ? » paru en Italie en 2012.   
  • En EXIL en Europe.

 Téléchargez la version PDF LETTRE OUVERTE A DRAMANE OUATTARA

Source: Infodabidjan.net

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Une pensée sur “LETTRE OUVERTE AU PRESIDENT ALASSANE OUATTARA”

  1. GBAGBO, a pendant dix ans cherché la paix mais n’a pas pu la trouver et nous a ainsi maintenu dans la frayeur et l’animosité .Un tel personnage qui ne se soucie même pas de la tranquillité du peuple, pensant à lui seul et à ses proches avec des festins de cinq repas copieux par jour .Que peut on attendre d’un tel individu?

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