Nous avons été réveillés ce mardi 4 Septembre 2012 par une voix dissonante en provenance de l’Episcopat Ivoirien. Cette voix était celle du ‘’chantre de la responsabilité’’ ; c’était Mgr Salomon qui se faisait de nouveau entendre depuis le pays des hommes intègres (Burkina Faso). Le refrain du cantique n’a pu laisser personne indifférent : « pourquoi j’ai demandé à Gbagbo de quitter le pouvoir » (Nord-Sud du mardi 4 septembre 2012 et La Nouvelle du Samedi 8 sept 2012). Quand j’ai écouté tout le chant, j’ai tellement été choqué que j’ai pris la résolution de donner mon sobre avis sur cette mélodie qui exalte la division et non l’amour. Je suis fils de la grande famille des chrétiens Catholiques et un tel chant si beau soit-il ne pourrait introduire un peuple dans l’univers de la paix. Or tous, nous avons besoin de paix laquelle passe forcément par la retenue, chemin de la sagesse. C’est beau de parler mais il faut être sûr que ce que nous disons est bien dit parce que mû par l’Esprit de Dieu. Un homme de Dieu peut parler à tout moment mais il doit savoir qu’il est le porte parole de Jésus ; ce qu’il proclame engage Jésus et toute l’Eglise s’il le veut ou pas.

De plus, nous sommes à l’heure de la réconciliation et il nous faut inventer des voies nouvelles pour que les Ivoiriens vivent à nouveau comme il y a de cela quelques années. Certes, toute réconciliation est difficile à réaliser mais c’est en conjuguant nos efforts jour après jour dans la vérité évangélique que nous parviendrons à cet idéal.

C’est pendant cette étape ultime que l’Evêque coadjuteur de Yopougon s’est illustré pour semer encore un flou d’une envergure exponentielle dans les esprits des chrétiens et partant de tous les Ivoiriens. Tout mon propos est orienté vers lui par amour de l’Eglise, des Ivoiriens et de la crédibilité de notre Conférence épiscopale.

Qu’il me soit permis de faire trois précisions :

 « …Les conférences épiscopales établies déjà dans plusieurs nations, ont donné des preuves remarquables de fécondité apostolique ; aussi ce saint Synode estime-t-il tout à fait opportun qu’en tous lieux les Evêques d’une nation ou d’une même région constituent une seule assemblée et qu’ils se réunissent à dates fixes pour mettre en commun leurs lumières prudentes et leurs expériences. Ainsi la confrontation des idées permettra-t-il de réaliser une sainte harmonie des forces en vue du bien commun des Eglises. » Décret sur La Charge Pastorale des Evêques ou Christus Dominus 37

 L’Evêque coadjuteur, c’est-à-dire qui est nommé avec droit de succession, doit toujours être fait Vicaire général par l’Evêque diocésain. Dans des cas particuliers, des facultés plus étendues pourront lui être accordées par l’autorité compétente. Pour que le bien présent et futur du diocèse soit assuré au mieux. l’Evêque « co adjuté » et l’Evêque coadjuteur ne manqueront pas de se consulter mutuellement dans les questions plus importantes. Christus Dominus 26

 Un Evêque est certes un citoyen comme tout autre citoyen mais sa fonction épiscopale constitue une vraie lumière dans toutes ses interventions publiques ou mêmes privées. Cela engage même si on veut se le cacher l’Eglise, sa crédibilité.

Ces précisions en notre sens donnent une base solide à tout ce qui va suivre. Excellence Mgr Salomon Lézouthié, Vous êtes Evêque Coadjuteur, donc collaborateur de l’Ordinaire de Yopougon ; Vous n’êtes pas non plus en dehors de la Conférence Episcopale de Côte d’Ivoire. Normalement, vous ne devez rien dire officiellement qui puisse mettre en péril la crédibilité de cette structure puisque vous en débattez déjà à l’interne. Pourtant vous l’avez fait une fois et vous venez de le faire encore pour une seconde fois et certainement vous êtes prêts à refaire surface. Que voulez-vous dire?

Excellence Mgr Salomon Lézouthié, vous avez écrit ‘’pour assumer’’. Et vous vous êtes préparé moralement car des risques étaient plausibles à l’époque. De plus, vous dites que ‘’ nous étions dans un moment où il fallait prendre son courage pour dire les choses telles qu’elles étaient. Monseigneur, quelles étaient ces choses-là ? Quelle était la vérité ? Où étiez-vous quand la Conférence épiscopale Catholique produisait sa lettre intitulée : appel à l’apaisement et au Dialogue ? Pourquoi, votre apport critique n’est-il pas passé ? Pouvez-vous avoir encore le courage de dire à la face de la Nation ce que vous savez vraiment de cette élection ? Autrement, quelle est votre conviction Excellence, chanter dans le chœur ou en dehors du chœur ? A cet effet, le Père Jean Claude DJEREKE vous a exhorté à chanter dans le chœur pour le bien de l’Eglise. (JC Djéréké, L’Afrique et le Défi de la Seconde Indépendance, p 111).

Accepteriez-vous qu’un Curé prenne des décisions contraires à vos instructions? Certains Evêques hélas vous dédouanent. Ils disent que vous êtes avant tout un citoyen ; que votre première déclaration officielle était le signe de la beauté de la conférence de Côte d’Ivoire ou encore que vous avez donné une note nouvelle à la structure épiscopale. Ils affirment en filigrane que parler différemment rappellerait l’harmonie de l’arc-en-ciel. (cf, certains propos aux JNJ 2012 à Gagnoa et causeries diverses). C’est le lieu de rappeler que les chrétiens et ceux qui écoutent ces déclarations ne sont pas nés de la dernière pluie du moins ceux qui ont l’esprit critique. Tout le monde voit la disharmonie qui comme une gangrène est en train de souiller toute une corporation. Attention !

Certes, de nombreuses personnes vous ont félicité Excellence et ceux qui ne vous ont pas félicité, les avez-vous comptés aussi? Vous direz sans doute que tout le monde ne peut pas être d’accord à la fois avec vous ; soit ! Mais votre déclaration a-t-elle eu l’aval de Jésus, le Roi de la Vérité et de l’Amour ? Avez-vous pensé au peuple Ivoirien ou à votre conviction personnelle seulement ? Quand il y a un contentieux entre des enfants de la même famille, que fait-on pour régler le différend ? Pour la situation Ivoirienne, telles que les choses se sont présentés au sens commun et après la lettre de la conférence, on aurait dû tout simplement recompter les voix dans la mesure où chacun des deux candidats réclamait la victoire. Saviez-vous qu’on a recompté les voix aux USA en 2000 et les Américains en sont sortis grandis, en Haïti (16 décembre 2010) aussi les voix ont été recomptés et cela n’a jamais été une injure au peuple Haïtien !

Bill Clinton, ex-Président Américain et la France ont proposé le recomptage des voix en Haïti et voilà ce qu’il disait à ce propos : ‘’je pense que cette procédure (recomptage) devrait offrir au peuple Haïtien le meilleur moyen d’accepter le résultat.’’ Je voudrais retenir le bout de phrase : ‘’le meilleur moyen d’accepter le résultat’’. Quelle sagesse ! En Côte d’Ivoire, quand il fallait recompter les voix en vue de vider dans la vérité le contentieux, Young-Jin CHOI, représentant spécial de Ban-Ki-Moon, secrétaire de l’Onu a déclaré au vu et au su de tous le 19 janvier 2011 que le faire constituait une injure au peuple Ivoirien. En quoi ! Personne ne le sait sauf lui et ses suppôts ! Pourtant, on venait de le faire en Haïti un an avant soit en 2010 et cela a permis au peuple d’éviter la mort sauvage des temps ancestraux.

Au lieu de négocier ce scénario salutaire pour tous les Ivoiriens, vous avez plutôt affirmé de façon péremptoire que c’est Alassane Ouattara qui a gagné les élections.

Excusez-moi Excellence, mais pouvez-vous dire aux Ivoiriens comment Youssouf BAKAYOKO, Président de la Commission Electorale Indépendante s’est-il retrouvé à l’Hôtel du Golf ? Comment saviez-vous que c’est Alassane Ouattara qui a gagné les élections puisqu’il n’a pas été proclamé vainqueur par le Conseil Constitutionnel ? Est-ce que vous avez suivi le commentaire relatif aux résultats présidentiels de Côte d’Ivoire sur France 24 (2 Décembre 2011) ? Les journalistes étaient conviés à une conférence de presse organisée par le RHDP (Rassemblement des Houphouetistes pour la Démocratie et la Paix) et subitement ce sont des résultats d’une élection sérieuse en Côte d’Ivoire qu’on a livré dans un hôtel loin des caméras de la RTI. Vous dites que c’est Alassane Ouattara qui a gagné, et que l’ayant dit, vous avez été félicité. Dieu soit loué !

Comme vous êtes courageux, dites les noms de ceux qui vous ont appelés du monde entier et qui vous ont félicité de cette initiative ‘’louable’’. J’imagine les noms tels que Sarkozy, Obama ou Blaise Compaoré ! Excellence, vous dites que votre intervention a été même un grand soulagement pour l’ensemble des assoiffés de justice. J’ose croire que dans une autre interview, vous expliciterez ce que vous avez voulu dire par assoiffés de justice. Implicitement, vous narguez la conférence épiscopale de Côte d’Ivoire ? Elle était dans le faux, ou encore elle a fait l’apologie de l’injustice. Vous êtes l’homme de Dieu, ami de la justice et de la restauration. C’est ce que vous dites Excellence, n’est-ce-pas ! L’adage affirme à ce propos ‘’qui vivra verra’’. Je n’arrive pas à le croire même pas dans un rêve. J’ai envie de pleurer et même de demander à tous les évêques de Côte d’Ivoire si ce que vous dites-là leur convient. En fait, votre interview donne la grave impression que les Evêques Catholiques de Côte d’Ivoire ont trompé tout le peuple Ivoirien. Sur quel socle devait-on s’appuyer logiquement sans se tromper pour juger si ce n’était que la CONSTITUTION. Les Evêques l’ont affirmé et ils avaient bien fait. Dire le contraire engage seulement ses tenants. Le débat peut être ouvert.

Toutefois, Mgr Salomon invite chaque homme de Dieu à la responsabilité, au courage. Si vous ne parlez pas chers pères évêques et Archevêques le peuple parlera, si vous ne dites rien, c’est que vous avez trompé tout le peuple. Rappelez-vous l’élection de Grégoire que nous avons célébré le 3 Septembre 2012 ; le peuple a crié : Grégoire, Evêque ! Grégoire, Evêque ! Et il l’est devenu. Lisez bien entre les lignes.

Excellence, en parlant du transfert de Gbagbo à la CPI, vous employez le terme ‘’Eglise de Côte d’Ivoire’’ ‘’ qui s’est battue pour qu’il soit jugé ici en Côte d’Ivoire’’ ; je ne sais pas de quelle Eglise vous parlez. L’Eglise en Côte d’Ivoire, vous avez dit. Dites à la Nation Ivoirienne comment elle s’est battue. Je suppose que vous parlez de la Conférence épiscopale Catholique, mais en réalité est-ce que vous vous sentez encore dans cette conférence après votre prise de responsabilité à en croire vos propos ? Après que le monde entier vous ait félicité pour avoir dénigré la Conférence publiquement ; et que vous continuez de le faire comme un électron libre, de quelle Eglise parlez-vous s’il vous plaît ? Vous avez approché qui personnellement pour parler de non transfert de Gbagbo ? Qu’est-ce que ça vous fait s’il est à la CPI ou mort ? Rien, je pense !

Aussi, reconnaissez-vous que ‘’C’est presque la moitié de la population, si on regarde les résultats des votes, qui se réclame de lui. Le fait donc qu’il soit à la Cpi est un paramètre qui joue forcément sur le processus de la réconciliation nationale. On n’a pas besoin d’être politicien pour remarquer cela.’’Pourtant, vous avez géré ce problème comme si Gbagbo était un inconnu sur l’échiquier politique Ivoirien. Excellence, je fais partie de ceux qui vous admiraient profondément. Vous avez été l’ami intime de mon Père spirituel, paix à son âme. Mais aujourd’hui, mon admiration pour vous a pris du plomb dans l’aile ; je me demande si c’est la même personne, orante, toujours joviale, pertinent, concis dans les homélies, de tempérament calme que j’observais depuis les années 1993 quelque part en Côte d’Ivoire.

Vous avez été courageux pour dire officiellement dans un quotidien de la place à Laurent GBAGBO de laisser le pouvoir parce qu’il l’a perdu alors que la Conférence épiscopale demandait de respecter la Constitution et la Souveraineté de la Côte d’Ivoire; et nous savons que le garant de la Constitution d’alors avait proclamé Laurent GBAGBO vainqueur.

Aujourd’hui, c’est Alassane DRAMANE Ouattara qui est là. Il est le chef de l’Etat de Côte d’Ivoire. Depuis la deuxième proclamation du Conseil Constitutionnel, nous prions pour lui et pour ses proches. Et nous demandons au peuple d’aller à la paix, à la réconciliation et au pardon pourvu que chaque Ivoirien apprenne à jouer sa partition dans la vérité et la sincérité. Nous sommes condamnés à le faire : vivre ou mourir, à nous de choisir ! Nous avons choisi la VIE.

Excellence, malgré ce choix, la situation est morose et vous savez bien pourquoi; Pour la réconciliation, qu’est-ce que vous avez concrètement proposé pour qu’elle soit effective. Gbagbo est en prison, ses plus proches collaborateurs sont en prison ou en exil ; les militants FPI sont traqués foncièrement et déshonorés… l’ouest du pays souffre le martyr physique et foncier, des réfugiés dans leur propre pays (allusion au cri de cœur des Wê relatif au massacre de Duékoué- quotidien Aujourd’hui du Vendredi 07 Septembre 2012) ; toute la forêt classée du Mont Péko est aux mains d’un étranger du nom de Ourémi AMADE (cf, DOUA Gouly, AMADE Ourémi, ce voisin qui dérange, FratMat du 25 Aout 2012), les chasseurs traditionnels ou dozos pullulent les rues et érigent des barrages avec leurs fusils calibre 12 sur les pistes villageoises, ceux qui sont censés avoir les fusils ne les ont pas par manque de confiance…ce sont des soldats de l’ONUCI qui passent souvent sur les grandes voies comme pour nous dire ‘’ vous êtes sous perfusion sécuritaire, restez tranquilles’’ ; les soldats Ivoiriens ne suffisent-ils pas ? Quel est le problème véritable et que fait-on depuis pratiquement deux ans pour y remédier ?

Excellence, dites à cœur ouvert devant ce chapelet de faits avérés ce que vous avez manifestement fait, ce que vous avez dit au Chef de l’Etat Alassane Ouattara. J’ai honte à votre place. Je serais à votre place, je dirais qu’on libère tous les prisonniers politiques ou à la limite qu’ils aient un traitement d’humains. Un mois ne passe sans qu’on n’entende dans les journaux que tel ou tel prisonnier est évacué à la Pisam… Excellence, avez-vous visité quelques prisonniers pour leur porter la compassion de Jésus puisque parmi eux, il y a beaucoup qui font partie de vos brebis, des brebis de Jésus. Et les artisans de la rébellion de 2002, ont-ils fait l’expérience de la Prison ? (cf, la Lettre d’un Rebelle Répenti- fratmat 20 Mars 2003). Pensez-vous que les autorités à l’époque ne pouvaient pas faire payer tous les crimes crapuleux perpétrés par les uns et les autres ? Une amnistie telle une couleuvre fut donnée et acceptée par amour pour la Côte d’ivoire. Certains hommes politiques actuels, hier sans doute amnistiés ont considéré que faire de la libération des prisonniers un préalable n’en valait pas la peine. L’Ivoirien connu pour son humour dira : ‘’c’est pas eux, ils ont réussi’’. Qui peut expliquer une telle dérive ? Le père ou un parent est en prison pour un fait avéré ou pas et on demande au fils de l’oublier et de faire la paix, mais diantre ! Est-ce qu’on aime vraiment la Côte d’Ivoire ?

Je veux bien assumer moi aussi ce que je dis ; ne pensons pas que nos calculs mesquins et nos propos circonstanciels biaisés peuvent donner une quelque paix ou stabilité au pays ; tout le monde fait semblant en Côte d’Ivoire ! Il y a ce qu’il faut réaliser pour avoir la paix et on tergiverse. Les Organisations ‘’non gouvernementales’’ et les ‘’cellules des Droits de l’homme’’, ont-elles encore leur raison d’être sur le terrain ? Elles remuent ciel et terre quand on leur donne gîte et couvert. Mais, pour ‘’assumer’’ comme ‘’Mgr Salomon’’, personne ne les attend ! Rappelez-vous l’embargo sur les médicaments, des malades de tout bord politique sont morts en cascade ; et après, rien ! Aujourd’hui, tout semble aller pour le mieux du moins apparemment mais en réalité la souffrance morale et physique est d’une ampleur indescriptible.

Si nous aimons formellement notre pays et pensons que son avenir nous intéresse, c’est maintenant qu’il nous faut prononcer la parole concrète, exacte et susceptible de ramener la paix. Excellence, ayez le courage ou un sursaut d’orgueil pour demander au Président Alassane Ouattara non pas pour quitter le pouvoir mais pour mettre beaucoup d’amour dans la gestion des Ivoiriens ; Dites-lui de copier le modèle Sudafricain qui a eu l’avantage de réunir à nouveau le peuple composite ‘’blanc’’ et ‘’noir’’. Après le temps de l’apartheid, le peuple Sudafricain s’est engagé résolument sur la voie de la justice, du pardon et de la réconciliation. Les uns et les autres avaient été mis en résidence surveillée, toute chose qui a permis des procès équitables débouchant évidemment sur l’amnistie générale. Excellence, qu’attendez-vous pour proposer publiquement une telle voie ? Pour des problèmes réels que les populations vivent quotidiennement, vous vous taisez volontairement. Vous parlez quand ça vous arrange et lorsque c’est le peuple qui doit en bénéficier, vous manifestez un mutisme d’enfer.

Par ailleurs, le journaliste qui vous pose les questions, de quel bord est-il ? Il se trouve que ses préoccupations sont très ciblées ! Il dit : … ne pensez-vous pas que le pouvoir politique aurait dû rééquilibrer les choses en construisant des écoles au Nord, y faire venir de l’eau potable car c’est le même pays ? Il ajoute : C’est ce que dénonçait le Rassemblement des républicains (Rdr) à l’époque. Et vous répondez : évidemment. Savez-vous que cet adverbe signifie ‘’naturellement’’, ‘’certainement’’ ! Donc vous êtes d’accord avec ce qu’il affirme ! Pensez-vous que le Nord soit la seule région où il manque d’écoles, d’eau potable et même d’électricité ? Avez-vous fait un tour à l’ouest, au sud, à l’Est et au centre ? Soyez réalistes et répondez à la question suivante : tous les villages de Jacqueville, chez vous (au sud de la Côte d’Ivoire) sont-ils électrifiés, couverts en eau potable et en école ? Vous savez très bien qu’il y a des villages au sud, au centre… où il n’y a ni eau potable, ni électricité. Partout ailleurs en Côte d’Ivoire, ce problème est récurrent et l’attribuer à une région spécifique ne serait pas convenable.

Vous dites aussi que ‘’Le Nord est carrément défavorisé par rapport au Sud. Là-bas, on a toutes les plantations de café, de cacao de palmier à huile, d’hévéa, d’ananas, la forêt, la mer… Mieux, tout ce qui apporte de la joie au pays’’. Excellence, vous donnez l’impression que Dieu que vous servez est un Dieu injuste ! Il met un peuple quelque part et n’y met pas de mesures d’accompagnement ! Non ! Ne dites pas ça, vous frustrez au lieu d’arranger ; vous blessez au lieu de soigner. Il y a ce qu’il faut au Nord pour être aussi dans la joie ; ce ne sont pas les champs de café ou de cacao qui donnent la joie mais le travail assidu et tous nous savons que nos frères du Nord sont assidus au travail. Ils ont toujours eu ce qu’il leur faut pour vivre convenablement. On n’y cultive le coton, l’anacarde, de l’oignon de l’arachide,… Excellence, vous tenez un discours de politiciens ; ces discours de mauvaise foi ont divisé la Côte d’Ivoire, n’y persistons pas !

Aussi, à vous suivre de près dans le raisonnement, on penserait que les cadres issus du Nord sont insignifiants ; là encore c’est un discours de politicien prétentieux ; il y a beaucoup de cadres issus du Nord et non des moindres ; Ouasséna KONE, Youssouf BAKAYOKO, Joachim Kigbafori Silué (économiste et politologue), Pr Mamadou Coulibaly, Gervais Coulibaly, Abdoudramane Sangaré, Katina KONE, les fils GON…et tous ceux qui font actuellement partie du Gouvernement Ahoussou. Depuis, le Président Houphouet BOIGNY, en passant par Bédié, Guéi, Gbagbo, les frères et sœurs du Nord ont toujours eu leur part à jouer dans la construction de notre Nation. Aujourd’hui, faites un tour panoramique sur le paysage Ivoirien sans parti prix. Peut-on vraiment dire qu’il n’y a pas de Cadres issus du Nord ? Comptez les membres du gouvernement actuel issus du Nord ; comptez ceux qui sont dans les directions générales, centrales, régionales… Faites un tour dans les syndicats toute tendance confondue… Vous verrez les frères et sœurs du nord bien présents. Il faut être de mauvaise foi pour répondre par la négative.

Pour nous, il est souhaitable de mettre sous l’éteignoir les amalgames et aider notre Pays à amorcer son développement à travers une synergie de ses fils et filles. L’heure n’est pas à la recherche des intérêts étranglés mais plutôt à l’engagement au service d’une Côte d’Ivoire réconciliée avec elle-même. Cela demande des sacrifices à taille humaine : poser des actes qui vont dans le sens de l’intérêt des Ivoiriens. Dire juste ce qu’il faut, au moment où il faut et jamais pour plaire à une tierce personne mais pour plaire à la Côte d’Ivoire donc à Dieu. Les hommes de Dieu en sont les lumières authentiques puisqu’ils sont les intendants de l’espérance proclamée. A leur égard le Pape Jean Paul II de vénérée mémoire a pu dire dans Redemptio missio n°91 : « Dans un monde angoissé et oppressé par tant de problèmes qui est porté au pessimisme celui qui annonce la Bonne Nouvelle doit être un homme qui a trouvé dans le Christ la véritable espérance.

Excellence, unissons nos voix pour proclamer l’Evangile de la Vie car ‘’Malgré les difficultés et les incertitudes, tout homme sincèrement ouvert à la vérité et au bien peut avec la lumière de la raison et sans oublier le travail secret de la grâce, arriver à reconnaître, dans la loi naturelle inscrite dans les cœurs la valeur sacrée de la vie humaine à voir intégralement respecter ce bien qui est pour lui primordial.’’

La nation entière nous regarde et attend de notre part aujourd’hui des proclamations non seulement courageuses mais surtout celles qui obéissent à un minimum de règles élémentaires de la vie communautaire et du respect de la collégialité épiscopale.

Excellence, le Pasteur Congolais KÄ Mana nous aide tous à comprendre notre rôle : « Quand un peuple cesse de se rêver comme un peuple grand, digne, capable de se construire un avenir de dignité, de liberté et de prospérité, on peut le dominer pendant des siècles et des siècles, parce qu’il ne se voit plus avec la grande utopie qui mobilise ses forces intérieures. Il nous est arrivé quelque chose de ce genre, à nous Africains et Africaines : les derniers siècles de notre histoire ont beaucoup détruit notre capacité de croire en nos rêves, d’avoir foi en nos utopies. Face à cette faillite de notre imagination créatrice, Jésus montre la voie à suivre. Il a réagi au système de l’empire, aux puissances de la violence et de la torture en proposant la plus grande des utopies : la vie doit vaincre la mort, des nouveaux cieux et une terre nouvelle sont l’horizon absolu et ultime de notre existence. A partir du moment où on a mis cela dans la tête des disciples, la face du monde a changé. Nous sommes des héritiers de cette immense espérance qui doit nous pousser à nous battre pour changer le monde, contre tous les systèmes tortionnaires pour la dignité humaine. C’est là notre devoir » KÄ Mana, ‘’Evangile, culture et société dans la lutte contre la torture en Afrique’’, 2002, PP 116-117

Excellence, merci de lire attentivement ce cri de cœur d’un de vos admirateurs d’hier. Je suis un optimiste pour le Bonheur de l’Africain et tant que Jésus me donnera la force, je serai toujours là où l’on murmure des paroles de paix par la justice et l’amour ; je serai là où l’on parle de bonheur de l’homme, de tout l’homme et de tout homme. Je serai surtout là où les Ivoiriens dans leur diversité apprennent à s’aimer, à se pardonner et à construire une Nation forte à l’instar des autres Nations ‘’développées’’.

Excellence, vous êtes Ivoirien comme moi, ainsi que les membres de la société dite civile, les militants du PDCI, du RDR, du FPI,… alors qu’est ce qui nous sépare de l’amour de la Côte d’Ivoire ? Le pouvoir ? L’argent ? Le pouvoir passera, l’argent aussi. Seul l’AMOUR restera car c’est l’AMOUR (DIEU) qui a créé le monde. Méditons par amour pour la Côte d’Ivoire.

Côte d’Ivoire, 08 septembre 2012 en la célébration de la Nativité de la Vierge Marie

Source: PERE JULES FEGBO

Prêtre catholique Ivoirien

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2 pensées sur “Monseigneur Salomon LEZOUTHIE : Le Chantre de la Responsabilité !”

  1. Merci père Jules c’est avec satisfaction que j’ai parcouru votre article. Suis en admiration et ne vous étonnez pas si les chrétiens catholiques ne visitent plus nos églises à cause de ces grands hommes qui n’ont aucune personnalité, ne mettent au devant la force spirituelle acquise pour faire du dialogue père de tout acte.

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