Rédigé par Stephane Trano

« Dévastatrice » pour le Washington Post, « terrible » pour CNN: la déclaration de Barack Obama sur l’économie américaine provoque un tollé aux Etats-Unis et fait vaciller sa campagne.

Viédo: samedi soir, la chaine CNN consacre un reportage à l' »horrible semaine de Barack Obama ».

C’est ce que l’on appelle un « hard landing » ou atterrissage brutal. Mais c’est aussi ce que leWashington Post qualifie de déclaration « dévastatrice ». Et l’équipe de presse de la Maison Blanche a vite compris que l’opération qu’elle avait montée en cette fin de semaine pour sortir de l’une des semaines les plus noires du mandat présidentiel s’était non seulement soldée par un fiasco mais également par une victoire par K.O face aux adversaires Républicains.

Il est déjà assez inhabituel que le président des Etats-Unis donne une conférence de presse la veille de son intervention hebdomadaire sur la radio nationale américaine. Il faut pour cela qu’un événement survienne. Or, rien de tel à l’horizon. Pourtant, jeudi tard dans la soirée jusqu’à vendredi à l’aube, la presse accréditée à la Maison Blanche a été soudainement invitée à venir le rencontrer à 9 heures. Sujet principal: la crise économique. Pourquoi ne pas en parler ce samedi, pourquoi ne pas attendre lundi? L’explication est simple: la position du président est devenue intenable depuis quelques jours et jette une ombre très noire sur sa campagne.

C’est donc dans une ambiance studieuse mais tendue, comme son visage, que Barack Obama s’est exprimé longuement sur la situation du moment. Celle de la crise européenne. Puis, dans un exercice un peu aventureux, il a repris son cheval de bataille pour fustiger l’attitude du Congrès qui serait, selon lui, coupable de la crise aux Etats-Unis. C’est alors qu’il a commis l’irréparable. Nous allons y revenir.

DES DISCUSSIONS POSITIVES AVEC MERKEL ET HOLLANDE

L’administration Obama ne parvient plus à cacher son inquiétude face à l’impact de la crise de la zone euro, encore moins à nier une évidence, à savoir que la reprise économique américaine est fragile.

La situation en Europe « n’est pas simplement une crise de la dette » a donc expliqué le président lors de sa conférence de presse. Selui lui, le peuple grec doit « reconnaître que ses difficultés seront probablement pires s’il abandonn la monnaie unique européenne ». Il estime important que l’Europe injecte des capitaux dans les banques en difficulté et renforce sa coopération sur les budgets et sur la politique bancaire, tout en développant de nouvelles stratégies pour stimuler les économies respectives du continent.

Obama a dit qu’il a eu des discussions « positives » à ce sujet avec les dirigeants de l’UE, en particulier avec la chancelière allemande Angela Merkel et le nouveau président français, François Hollande. Pour lui, « les décisions requises sont durs, mais l’Europe a la capacité de les faire. Et ils ont le soutien de l’Amérique ». « Leur réussite est bénéfique pour nous, et plus tôt ils agiront et prendront des décisions décisives et concrètes, plus tôt les peuples et les marchés retrouveront une certaine confiance » a-t-il insisté.

L’ÉNORMITÉ PROFÉRÉE AU COURS DE LA CONFÉRENCE DE PRESSE

Vidéo: Extrait de la conférence de presse de Barack Obama le vendredi 8 juin 2012 – « Le secteur privé va bien ».

Mais face à la situation européenne et au ralentissement en Asie, Obama n’a pas pu se contenter de désigner la seule Europe comme clé de sortie de la crise. Il a du également refaire feu contre le Congrès à majorité Républicaine, qui a rejeté la plupart de ses propositions faite à ‘automne dernier pour stimuler l’économie américaine. Blâmant le Congrès, il explique qu’un million d’emplois auraient été gagnés si son plan avait été adopté l’an dernier.

Mais il a fort affaire face à une opposition Républicaine qui monte en puissance et que les inquiétudes qui réapparaissent à l’horizon commence à crédibiliser aux yeux de l’opinion très inquiète. Les Républicains lui reprochent sa politique de hausse d’impôts, de règlementation excessive, de manque de maîtrise des dépenses. « Nous avons créé 4,3 millions d’emplois au cours des 27 derniers mois, plus de 800.000 rien que cette année » a rétorqué Obama, assurant que « le secteur privé se porte bien ».

Immédiatement, le candidat Républicain Mitt Romney s’est emparé de ce discours en assénant: « Les 23 millions d’Américains qui luttent pour leur travail ne vont pas bien. Les créateurs d’emploi et les petites entreprises ne vont pas bien. La classe moyenne ne va pas bien. » « On ne peut nier, a affirmé le porte-parole de Mitt Romney, Ryan Williams, que le président Obama a été fondamentalement hostile aux créateurs d’emploi et que ses politiques ont empêché notre économie de rebondir. L’Amérique a besoin d’un président qui comprenne l’économie ».

Obama est désormais le dos au mur. Il n’a pu qu’exhorter publiquement une fois de plus le Congrès à reconsidérer les éléments du dispositif emplois qu’il a proposé en septembre dernier. Evoquant finalement les « vents contraires » auxquels les Etats-Unis sont confrontés en ce moment, il a fustigé les Républicains qui, selon lui, ont poussé les mêmes types de politiques d’austérité qui ont échoué en Europe. « Les recettes dont ils font la promotion sont essentiellement celles des types de politiques qui ajoutent de la faiblesse à l’économie » a dit Obama.

Malheureusement, l’ascension des Républicains semble, pour le moment, irrésistible. Et surtout, le pays se souvient que McCain, candidat en 2008, avait commis la même erreur que celle qu’Obama vient de commettre au sujet du secteur privé américain. On connait la suite.

Ce vendredi soir, au terme d’une journée où ses propos ont causé plus de remous qu’il n’en fallait pour le faire vaciller, le président a cherché à clarifier ses commentaires sur la force de l’économie américaine, indiquant qu’il est «absolument clair» que l’économie américaine ne va « pas très bien ». La suite était inaudible. Il s’agissait d’une énième mise en cause de ses opposants. Lesquels, sont désormais vent debout et plus unis que jamais.

ROMNEY: « OBMA EST HORS-JEU »

MAIS OÙ EN SONT LES ETATS-UNIS EXACTEMENT?

1. L’EMPLOI

C’est presque un cliché que de dire que la force ou la faiblesse du marché du travail est le plus important indicateur économique aux États-Unis. Mais pour l’économie des États-Unis, les dépenses de consommation représentent environ les deux tiers de l’activité économique. Cela signifie que les gens doivent dépenser. Ce qui n’arrive pas s’ils n’ont pas d’argent. Et ils n’ont pas d’argent si ils n’ont pas d’emploi.

Or, la situation de l’emploi est lamentable. L’économie américaine n’a produit que 69 000 emplois en mai, tandis que le taux de chômage américain a légèrement augmenté à 8,2%. La crise de 2008 a entraîné un énorme problème structurel pour la plus grande économie du monde. Cette fois-ci, le plus grand obstacle à la reprise économique est la dette. Les consommateurs se sont endettés dans des proportions gigantesques – grâce à des années d’accumulation de dettes hypothécaires géantes, d’énormes utilisations des cartes de crédit et d’une longue liste d’autres obligations financières. Ainsi, au lieu d’acheter des choses qui aident à propulser la croissance économique, de nombreux consommateurs d’aujourd’hui sont – logiquement – concentrés sur le remboursement de leurs dettes, en les restructurant, voire en déclarant une faillite personnelle.

Tout cela est mauvais pour le marché du travail aux États-Unis. Le comportement économe et prudent des consommateurs en ce moment endommage le secteur privé, ce qui signifie que les entreprises ont moins d’argent, et moins de confiance pour embaucher plus de travailleurs. Cela signifie aussi que la véritable reprise économique aux États-Unis est susceptible d’être un processus long, lent et douloureux.

2. L’EUROPE

La dette de l’Europe et la crise économique ont mis du temps à être expliquées aux Américains, qui ont encore bien du mal à s’y retrouver. Mais ils ont compris au cours des dernières semaines que ce qui se passe en Europe ne reste pas en Europe. Ils savent que l’Union européenne est la plus grande entité économique de la planète. Ils comprennent que c’est un marché important pour les entreprises américaines comme Ford, General Electric, Coca-Cola et bien d’autres. Ils ont entendu l’OCDE et une myriade d’analystes dans leurs journaux et sur leurs écrans expliquer que la crise de l’euro représente le plus grand risque pour l’économie mondiale. Surtout, le mot « banques » suffit désormais à les effrayer. Le risque grave pour le système financier mondial que les grandes banques détenant de la dette européenne encourent les liquéfie. Car les Américains ont vécu de manière absolumet dramatique la crise mondiale du crédit en 2008. Ils savent que la crise de l’Europe a le potentiel d’être encore pire.

3. LA CHINE

Enfin, il y a la Chine. Sa faiblesse économique fait peur et Washington ne fait rien pour apaiser les craintes de sa population.Les chiffres économiques – croissance du PIB ralentit, faiblesse des prêts bancaires, baisse de la production d’électricité, baisse des ventes de produits de luxe, sont autant de signaux qui alarment les Américains. Plus inquiétant encore, le secteur manufacturier de la Chine a diminué pendant sept mois consécutifs. Cette semaine, Pékin réduit les taux d’intérêt dans une tentative de stimuler la croissance, la première fois depuis 2008. Et tot ce qui ressemble à 2008 les poussent au bord de la panique.

Peut-être pour la première fois de leur Histoire, les Américains réalisent que leur sort n’est plus décidé seulement à Washington, mais également à Bruxelles et à Pékin.

TABLEAU DE BORD AU SAMEDI 9 JUIN 2012

  1. Population américaine: 313 706 400
  2. Nombre de contribuables: 113 740 138
  3. Chômeurs: 22 942 382
  4. Travailleurs: 142 275 690
  5. Retraités: 67 308 514
  6. Bénéficiaires de bons alimentaires: 46 320 000 
  7. Dette publique américaine: 15 769 172 000 000 dollars
  8. Dette par habitant: 50 2655 dollars
  9. Dette par contribuable: 138 642 dollars
  10. Dépenses fédérales américaines: 3 650 213 800 000 dollars
  11. Déficit budgétaire fédéral: 1 348 480 000 000 dollars
  12. Intérêts dus par les Etats-Unis: 3 824 180 000 000
  13. Intérêts dus par habitant: 12 190 dollars
  14. Dette totale des Etats-Unis: 56 902 714 000 000
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Publié dans : USA

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