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SENEGAL : Me Moustapha Ndoye, avocat à la Cour : « Je ne souhaiterais pas à mon pire ennemi de comparaître devant cette Cour ! »

SENEGAL : Me Moustapha Ndoye, avocat à la Cour : « Je ne souhaiterais pas à mon pire ennemi de comparaître devant cette Cour ! »

« Je ne souhaiterais pas à mon pire ennemi de comparaître devant cette juridiction ! ». Cette juridiction, c’est la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite qui vient d’être réactivée par le président de la République, M. Macky Sall. Et l’auteur de ces propos sait de quoi il parle puisqu’il ne s’agit de personne d’autre que Me Moustapha Ndoye, l’un des meilleurs avocats du Barreau de Dakar. Ce ténor a en effet au à plaider en même temps que son grand-frère, l’ancien ministre de la Justice — et candidat malheureux à la dernière élection présidentielle —  Me Doudou Ndoye devant cette Cour. Il s’agissait alors pour les deux frères de défendre l’ancien directeur général de la Sonafor (Société nationale des Forages), M. Baba Dioum. Un homme accusé d’enrichissement illicite et qui devait donc justifier la provenance de ses biens notamment une villa à Fann Résidence (actuellement occupée par l’ambassadeur d’Israël qui y réside), au Point E et à Hann. Une mission presque impossible. Sans compter la maison de ses parents à Dahra Djolof. Et pourtant, par la grâce de Dieu et grâce à la parfaire connaissance du droit de ses avocats, M. Baba Dioum avait été acquitté. Il a d’ailleurs été le seul à avoir bénéficié d’un acquittement devant cette Cour devant laquelle tous les prévenus étaient présumés non pas innocents, mai coupables. Et non pas de délits, mais de crimes économiques et financiers. Une Cour redoutable avec des procédures tout aussi redoutables, qui impose le renversement de la charge de la preuve et qui bénéficie de moyens d’investigation particulièrement étendus. En effet, en plus des filatures, des vérifications de comptes bancaires, des interrogatoires, elle pouvait aussi procéder à des commissions rogatoires, se faire communiquer toutes pièces et tous justificatifs nécessaires à la manifestation de la vérité. Inutile de dire qu’elle avait largement recours aux dénonciations anonymes.

M. Baba Dioum, par exemple, avait vécu l’enfer. Il avait tout vu, tout vécu. Et non seulement ses comptes bancaires avaient été passés au peigne fin, mais aussi ses propriétés immobilières avaient été évaluées au centime près par toute une nuée d’experts. Ses avocats, notaires, banquiers, ses voisins, ses fréquentations avaient été interrogés. Et même son entrepreneur, feu Richetti, avait été appelé à la barre. Mieux, les enquêteurs étaient remontés jusqu’à son premier salaire, reconstitué tout ce qu’il avait gagné jusqu’au moment de son interpellation pour voir si cela pouvait justifier l’acquisition de son patrimoine. Même ses multiples séjours à l’étranger, les hôtels dans lesquels il avait logé, les restaurants où il avait déjeuné ou dîné… les cadeaux à ses épouses, tout cela il a dû le justifier. Même les « adiya » ou les moutons de tabaski qu’il offrait à son marabout ont fait l’objet d’investigations et le brave homme de Dieu lui-même a dû se prêter aux questions des enquêteurs, policiers et gendarmes. Dans ses différentes maisons, même la vaisselle avait fait l’objet d’évaluation, jusqu’aux cuillères et aux fourchettes. Bref, il n’était resté aucune place où la main des enquêteurs ne soit passée et repassée. Il fallait tout, tout, absolument tout justifier avec des pièces convaincantes. Au terme de plusieurs mois d’enquête, le dossier avait été renvoyé devant la juridiction de jugement. Et au terme d’un procès retentissant au cours duquel le public était constitué en majorité de magistrats curieux de voir comment fonctionnait cette Cour d’exception, M. Baba Dioum avait été acquitté. Il avait été tellement reconnaissant à Me Moustapha Ndoye de l’avoir tiré d’un si mauvais pétrin qu’il lui avait demandé : « Maître, pour tout ce que vous devez pour moi, combien vous dois-je ? » Réponse de l’avocat : « De toute façon, vous ne pourrez jamais me payer financièrement ».

Avant l’ancien directeur général de la Sonafor, M. Bécaye Sène, directeur de la Banque de l’Habitat du Sénégal (BHS) au moment des faits, avait été condamné par la Cour. Après le procès de M. Dioum, les enquêteurs avaient fini de boucler le dossier d’un magistrat dont le train de vie défrayait la chronique à Dakar. L’instruction était terminée et l’ordonnance de renvoi signée. En même temps, l’enquête concernant un vérificateur général des Impôts au moment des faits, et qui disposait de biens évalués à des milliards de francs, était bouclée. Hélas, c’est à ce moment précis que des membres de la Cour ont commencé à mourir de manière mystérieuse. Leurs collègues craignant de subir le même sort ont alors levé le pied. D’aucuns ont demandé une affectation, tandis que d’autres ont tout bonnement refusé de siéger. Et la Cour est morte de sa belle mort… jusqu’à ce que le président Macky Sall la ressuscite.

                                                                                 Mamadou Oumar Ndiaye


LE TEMOIN N°1085- HEBDOMADAIRE  SENEGALAIS –MAI  2012

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