La communauté catholique toujours mal servie

Soyons clairs dès le départ : il n’est nullement dans notre intention de dénoncer une certaine christianophobie, ni créer des cloisons dichotomiques entre deux communautés religieuses – la catholique et la musulmane – fondues dans le moule de la nation et qui ont toujours cohabité harmonieusement, sans avoir exprimé l’une pour l’autre le moindre sentiment de discrimination ou d’exclusion. Même si cette cohabitation a connu des remous so

us le magistère d’Abdoulaye Wade, lequel l’a secouée de temps à autre avec ses déclarations maladroites ou actes balourds, elle a toujours fortement résisté aux maladresses des hommes politiques. Cela dit, il est aussi de notre devoir de dénoncer tout acte d’exclusion ou d’iniquité visant à créer des frustrations dans quelque communauté que ce soit surtout quand il s’agit d’une minorité caractérisé par la brillance de son gratin intellectuel.

Dans le jeu politique sénégalais, il est toujours important de prendre en compte les minorités religieuses, les spécificités régionales. Rares sont les Etats où cette question de groupe — ce dernier étant caractérisé par sa religion, sa langue, son épiderme, ou ses idées politiques — n’est pas prise en compte dans la distribution des postes de responsabilités. Récemment en France, dans le nouveau gouvernement dirigé par Jean Marc Ayrault, tous les courants du Parti socialiste (aubryste, fabusien, ségoléniste, hollandais…) et la diversité (beur, black) ont été pris en compte. Dans notre pays, il est important, en procédant aux nominations à des postes de responsabilité, de prendre en compte les spécificités religieuses. Si la parité a été respectée dans les investitures à la députation à cause de la loi coercitive, cela n’a pas été le cas pour la minorité catholique. Laquelle est mal représentée dans les listes des coalitions politiques représentatives.

Quatre ministres catholiques sur 25, 22 nominations dont une seule Catholique en six conseils de ministres, 8 Catholiques candidats députés mal investis sur les 180 inscrits des listes proportionnelles de Bennoo Bokk Yaakaar, du Pds et de Bokk Gis Gis…

 Dans une récente édition de votre canard (« Le Témoin » n° 1083), notre collaborateur Pape Ndiaye faisait état d’un vent de révolte qui sourd chez la communauté catholique nationale, laquelle s’estime à juste titre lésée par les investitures sur la liste nationale de Bennoo Bokk Yaakaar (BBY). Mais il est à remarquer que le mal (oui, c’est un mal) est beaucoup plus profond si on examine à la loupe les deux autres listes issues de la fracture du Pds, c’est-à-dire le Pds originel d’Abdoulaye Wade et la fraction dissidente dite Coalition Bokk Gis Gis (CBGG) dirigée par le président du Sénat, M. Pape Diop. Si, sur la liste de BBY, on compte sur les 60 investis de la liste nationale, quatre ou cinq Catholiques situés à des places plus ou moins éligibles, pour le Pds c’est carrément pire puisque le candidat de confession chrétienne le mieux placé pointe à… la 59e place ! Ce qui veut simplement dire que, dans le futur groupe de députés du Pds, il n’y aura aucun député catholique. On observe le même cas de figure dans la CBGG où les deux Catholiques investis ne font que compléter une liste qui avait du mal à se remplir. Une chose est sûre : sur les 150 députés que comptera la prochaine Assemblée nationale, on risque de ne pas y compter plus sept députés catholiques. Ce sera à peine mieux que dans la présente législature où l’on en compte que cinq. Même si des voix dans le milieu catholique ne se sont jamais élevées publiquement – discipline ontologique oblige – pour fustiger  ce qui ressemble à une discrimination confessionnelle, la colère est perceptible chez certains intellectuels catholiques. Un membre de Présence chrétienne, qui a requis l’anonymat, dénonce avec amertume cette mise à l’écart des membres de sa communauté qui pourtant s’investissent brillamment dans les partis politiques et dans les mouvements citoyens. Si dans l’actuel gouvernement, on sent une présence catholique acceptable – 5 sur 25 membres –, il n’en est pas de même dans les investitures à la députation. Pis, depuis que le Président Macky Sall a pris fonction, durant les six Conseils des ministres qui ont été tenus,  une seule représentante de la communauté catholique a été nommée à un poste de direction sur les 22 nominations, si l’on met de côté celles opérées récemment dans le commandement territorial.

Le cas douloureux d’Hélène Tine…

  C’est ici le lieu de déplorer l’absence de Mme Hélène Tine non seulement du nouveau gouvernement mais aussi de la liste des députés de BBY. En effet, si l’encore responsable de l’Alliance des forces de progrès (Afp) de Thiès a intégré la liste « Bess du Niakk » de Serigne Mansour Sy Djamil, c’est parce qu’elle a senti que sa carrière politique est compromise après avoir été zappée deux fois par son leader, M. Moustapha Niasse. Pourtant, à l’annonce de la formation d’un gouvernement d’ouverture aux partis ayant soutenu le candidat Macky Sall au second tour de la dernière présidentielle, les Sénégalais espéraient fortement voir cette brillante Sérère none et intellectuelle fortement nourrie de valeurs catholiques occuper un maroquin prestigieux. A l’arrivée, Moustapha Niasse, le secrétaire général de l’Afp, lui a préféré l’ex- éléphante socialiste et has-been Mme Mata Sy Diallo, qui a transhumé à l’Afp en 2002 après la défaite électorale du Ps en 2000. On pensait que l’erreur allait être rectifiée avec les investitures à la députation. Que nenni ! Celle qui a préféré quitter en 2002, pour des raisons éthiques, la Coopération canadienne où elle servait pour mieux mener à bien son engagement politique au sein de l’Afp dont elle est une militante de première heure est sacrifiée sur l’autel du copinage politicien. Jusqu’à présent, contrairement à beaucoup d’autres responsables politiques non ou mal investis dans leur parti ou coalition, la « Lionne » progressiste de Thiès est restée digne et stoïque devant cette mise à l’écart injuste et injustifiée. Laquelle prend les allures d’un complot visant à signer son acte de décès politique. Depuis que Mme Mata Sy Diallo dirige les femmes de l’Afp, Mme Hélène Tine ne fait qu’avaler des couleuvres. Et ce alors qu’elle est toujours montée au  créneau pour défendre avec courage et intelligence son parti. Et ce en toutes circonstances. En sus, c’est un secret de Polichinelle que le président Wade lui a toujours fait miroiter un poste ministériel avec avantages pécuniaires conséquents si elle acceptait de démissionner de l’Afp et prendre part à la bataille contre M. Idrissa Seck à Thiès. Mais la transhumance allant à l’antipode de ses convictions et engagements politiques, la progressiste a toujours décliné les offres alléchantes de Wade. Au sein de l’Afp, on s’est toujours demandé pourquoi M. Moustapha Niasse lui a toujours préféré la vieille Mme Mata Sy Diallo promue présidente du mouvement des femmes progressistes. D’ailleurs si la machine de cette structure s’est grippée depuis son érection, c’est à cause de la mollesse de l’ancienne présidente du conseil régional de Kaffrine qui n’a plus la niaque pour se battre sur le champ politique. Personne n’a souvenance d’un combat sur le terrain ou d’un vrai débat politique mené avec brio – à l’instar de ceux que mènent les socialistes comme Mmes Aminata Mbengue Ndiaye, Aïssata Tall Sall, la libérale Aïda Mbodj, ou la progressiste Hélène Tine – par la responsable des femmes progressistes depuis sa transhumance à l’Afp. Si Moustapha Niasse a casé Mme Mata Sy Diallo dans l’actuel gouvernement, c’est dans le souci de lui trouver un strapontin de consolation après son échec aux élections régionales de Kaffrine.

Cette exclusion – dont on cherche encore les raisons profondes – de l’impavide « Lionne » progressiste, qui a toujours défié l’autorité préfectorale de Thiès qui interdisait certaines marches du M23, a commencé bien avant la campagne électorale. En atteste sa mise en quarantaine lorsque les leaders de l’opposition, s’insurgeant contre la candidature de Wade, étaient venus à Thiès pour assister au méga meeting électoral de Idrissa Seck. Si le ministre des Sports, M. Malick Gakou, a eu le toupet de soutenir dans une émission de la RFM qu’il n’y a pas de « cas Hélène Tine » et que cette dernière demeure toujours membre de l’Afp, c’est, à tout le moins, une contre-vérité. Si la porte-parole de l’Afp a rejoint le marabout Moustapha Sy Djamil sur la liste « Bess du Niakk », il serait incongru de dire qu’elle est toujours membre officielle de l’Afp alors que cette formation politique à laquelle elle a tout donné ne consent pas à valoriser sa carrière politique engagée au sein de  cette formation depuis 14 ans. Ce même Malick Gakou, qui joue aujourd’hui au fidèle de Moustapha Niasse, avait quasiment mis en veilleuse ses activités politiques à quelques encablures de la présidentielle au point que beaucoup le soupçonnaient de vouloir quitter le navire progressiste dont les perspectives de voir son leader triompher au scrutin du 26 février devenaient de plus en plus hypothétiques. Pour preuve, l’ancien président du conseil régional de Dakar, et actuel numéro 2 de l’Afp, n’a jamais pris part de manière active aux chaudes manifs du M23. Ses supposées accointances avec M. Karim Wade commençaient à alimenter les débats au sein de l’Afp.

Cet ostracisme dont fait l’objet Mme Hélène Tine est d’autant plus surprenant que M. Moustapha Niasse est le leader politique qui a le plus bénéficié du soutien politique de la communauté catholique au point que des libéraux comme M. Farba Senghor ont  déclaré publiquement qu’il avait bénéficié d’un « ndigël » de l’Eglise. L’association Présence chrétienne dirigée par M. Théodore Ndiaye n’a jamais caché ses sympathies pour le pontife progressiste. De manière ingrate, pourtant, ce dernier n’a daigné envoyer ni au gouvernement, ni investir sur la liste BBY un seul Catholique. Et pourtant, encore une fois, cette communauté n’a jamais ménagé sa peine pour le soutenir. Les Sénégalais se rappellent encore qu’en 1998, dans une remarquable interview accordée à l’hebdomadaire « Jeune Afrique », le défunt cardinal Hyacinthe Thiandoum lui avait mis le pied à l’étrier pour qu’il format un parti politique. Le saint homme, ayant senti que seul M. Niasse pouvait hâter cette alternance à laquelle aspiraient les Sénégalais fatigués du régime d’Abdou Diouf, lui avait recommandé de prendre en main son destin présidentiel. On subodorait que l’alors ministre des Affaires étrangères devait quitter le Ps de Diouf et se frayer une voie nouvelle porteuse d’espoir. Et l’Appel du 18 juin 1999 accoucha de l’Alliance des forces de progrès, principal vecteur de l’Alternance de 2000.

… Et celui de Soham El Wardini

  A côté du cas Hélène Tine, on peut citer celui de la Catholique Soham El Wardini, la présidente départementale des femmes progressistes de Dakar, elle aussi victime de l’ingratitude du leader de l’Afp. En lutte contre le docteur Malick Diop, maire de la commune d’arrondissement de Fann – Point E-Amitié, pour l’investiture sur la liste départementale de Dakar, l’adjointe au maire de Dakar chargée de la culture et du tourisme et présidente du Comité des arts a été écartée par M. Moustapha Niasse au profit de Zator Mbaye. Pour rappel, c’est cette même Soham El Wardini qui avait été victime des manœuvres discriminatoires de Bennoo Siggil Senegaal lors de l’élection du maire de Sicap-Mermoz-Sacré Cœur. Finalement, c’est un jeune Catholique… socialiste, en la personne de M. Barthelémy Dias, qui avait été élu maire.

C’est dire que le vent de la deuxième alternance n’a pas encore soufflé dans les formations politiques où les Catholiques, au nom d’une discrimination injustifiable, souffrent encore le martyre pour avoir le droit d’être élus ou d’occuper des postes de responsabilité au niveau national.

Serigne Saliou GUEYE


LE TEMOIN N°1085- HEBDOMADAIRE SENEGALAIS –MAI  2012

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