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Alassane Ouattara, un homme deux visions

Alassane Ouattara, un homme deux visions

«Je veux que les Ivoiriens soient jugés en Côte d`Ivoire (…) Ma préférence, c`est de juger nos compatriotes ici (…) Moi, j`ai préféré les juger ici (…), Je veux protéger les Ivoiriens (…). –  Alassane Ouattara, lors d’une interview télévisée avec la Rti1 et Frat-Mat, le 4 avril2012.

«L’ancien président (Laurent Gbagbo ndlr) est à la place qu’il mérite, il est jugé à la Haye car jugé ici cela aurait donné le sentiment que la justice n’aurait pas été équitable, il a été le chef des armées et l’armée a tué plus de 3000 personnes, je ne suis pas le juge ». Alassane Ouattara, 20 mai 2012.

En d’autres circonstances, nous aurions cru  que Monsieur qui prononce ces paroles, n’a pas pris la peine de bien y réfléchir,   mais il s’agit bien d’Alassane Ouattara,  le champion des coups tordus. A y regarder de près, ces propos soulèvent  quelques interrogations auxquelles nous avons bien voulu apporter quelques  réponses.

La première: Pourquoi ce changement  soudain de langage ? Car il était en effet question au tout début de  laisser la justice internationale juger tous les ivoiriens auteurs de crimes  de guerre, crimes contre l’humanité, au détriment de la justice ivoirienne  que l’on a estimée incompétente. La deuxième: Pourquoi, alors que nous savons  tous que des partisans de Ouattara figurent bel et bien sur la ‘’liste  noire’’ de la Cour Pénale Internationale (CPI), ce dernier n’ait pas encore  mis tout en œuvre pour leur arrestation et leur transfèrement à la Haye,  comme ce fut le cas pour Laurent Gbagbo, pour qui Ouattara est allé jusqu’à  affréter son avion présidentiel ? Laurent Gbagbo n’est-il pas lui aussi  ivoirien ?

Les faits sont là, indéniables: aucun de  ses ‘’seigneurs de guerre’’ et complices n’est inquiété jusqu’à aujourd’hui.  Mieux, dans ses propos, lui et celui de ses partisans considèrent cette armée  de rebelles comme des « combattants de la liberté » ou encore comme  des « libérateurs de la Côte d’Ivoire ». Alors en fait, qui donc  Ouattara veut-il protéger en renonçant finalement à faire recours à la  CPI ?

En voici encore une autre: qui sont ceux que Ouattara souhaite protéger,  alors que les agissements de son régime  contribuent à dégrader les  conditions de vie des ivoiriens, les rapprochant ainsi de jour en jour plus  près de la tombe ?

Sachez, pour ce faire, que pendant la guerre post-électorale, toutes les  régions de la Côte d’Ivoire n’ont pas été touchées de la même façon. Un bref  aperçu sur la carte, montre que seules les régions de la zone sud et celles situées  plus à l’ouest ont été gravement atteintes. C’est aussi là que se concentre  le plus grand nombre de crimes, d’exactions, de tueries, de tous genres, et  ce, même après la guerre d’Abidjan, à l’issue de laquelle Ouattara s’est  arrogé le pouvoir. Le génocide de Duékoué en est l’exemple le plus marquant.  Et les témoignages ne manquent pas : des crimes ont été perpétrés par  les Frci, l’armée d’Alassane Ouattara, ce n’est un secret pour personne.  Pire, depuis bientôt plus d’un an qu’il est arrivé au pouvoir, le pays tout  entier est pris dans une spirale de violences et d’insécurité  galopantes ; dans des d’affrontements communautaires, entre les Frci et  les populations civiles…, sans que le mentor du Rdr ne puisse rien y faire,  malgré ses quelques décisions qui au demeurant, restent lettres mortes.  N’a-t-il pas avoué lui-même, au détour de cette interview télévisée, son  impuissance à maitriser ces milliers de combattants enrôlés dans son armée de  Frci ? Une situation sécuritaire alarmante et les propos d’un chef  d’Etat, à mêmes d’inquiéter au plus haut point ses administrés, voilà comment  Ouattara envisage protéger les ivoiriens.

En marge de la question sécuritaire, il existe aussi la question sociale.  Elle aussi non moins préoccupante. Ouattara veut protéger les ivoiriens, mais  de quels ivoiriens s’agit-il ? Lorsqu’on lui pose la question de savoir  pourquoi, depuis son arrivée au pouvoir, il ne fait que la promotion des gens  du nord, l’homme répond : « Ce n’est qu’un rattrapage (…) ».  Ici, le rattrapage ethnique s’entend bien sûr, privilégier un certain groupe  ethnique au détriment des 59 autres ethnies que regorge la Côte d’Ivoire.

Qui d’autre protège-t-il, sinon ses ministres et collaborateurs trempés  dans des scandales financiers et des bévues administratives et qu’il se  complait à reconduire et à rétribuer sur le dos  des contribuables  ivoiriens, pendant que nous assistons au calvaire des fonctionnaires  ivoiriens qui voient du jour au lendemain leurs salaires diminuer de près de  5000 F CFA, du fait d’une décision unilatérale d’augmenter l’âge de départ à  la retraite, lorsque parallèlement, le coût de la vie, lui ne fait que  grimper ? Ces fonctionnaires qui ne peuvent nier la nette différence du  temps de Laurent Gbagbo, avec qui ils ont connus des augmentations  significatives de salaires et la revalorisation de leurs emplois, n’aurons  certainement, avec Ouattara, que leurs yeux pour pleurer !

Qui protège-t-il enfin, quand les enfants des plus nantis continuent  allègrement leurs études universitaires à l’étranger et quand plusieurs  générations de nos jeunes sœurs et frères étudiants sont laissés pour  compte ?

Dans ce contexte très amer, nous nous étonnons quelques fois du silence des syndicats, de la société civile et des organisations des droits  de l’homme. Des structures naguères si promptes à soulever la hache de  guerre ! Aujourd’hui, comment interpréter cette léthargie ?  Plusieurs rasions peuvent être évoquées: soit, les ivoiriens n’ont pas  encore pris la pleine mesure de ce qui se trame, soit ils approuvent  entièrement les conditions qu’ils subissent, soit ils sont tout simplement  habités par la peur.

La dernière nous semble la plus plausible, au regard des machinations du  régime Ouattara. Pour un régime installé au forceps des armes françaises,  ayant du coup foulé au pied la légitimité du peuple ivoirien, Ouattara cherche visiblement et par-dessus tout, à protéger son régime et donc à le ‘’verrouiller’’. Avec toutes ces arrestations arbitraires, ces  emprisonnements, ces enlèvements, qui sont désormais monnaies courantes; et l’injonction faite ces derniers temps, à tous ceux qui  possèdent une connexion internet ou une carte Sim sur le territoire ivoirien, de se faire formellement identifier, les risques que les libertés individuelles  soient menacées s’accentuent, bien plus qu’elles ne le sont déjà. Un tel  régime qui a fait de la Direction de la Surveillance Territoriale (DST), une  agence toute-puissante et omniprésente, n’est ni plus, ni moins qu’un régime  totalitaire, avec un président tout aussi dictateur. C’est pourquoi, à  entendre de la bouche d’Alassane Ouattara qu’il veut « protéger les  ivoiriens », cela n’empêche pas certains qui ne connaissent que trop  bien l’individu, de sourire, mais de ces sourires qui en disent long,  vraiment long.

Pour tout dire, première vision : Alassane Ouattara désire d’abord  et avant tout, se protéger, lui et son régime, se faisant passer pour l’innocent  dans toute cette histoire. Ensuite, il veut protéger ses partisans et complices coupables de basses besognes. Deuxième vision : quant aux  ivoiriens de seconde zone, ceux qui ne font pas partie du rayon de ses proches amis, ils peuvent aller voir ailleurs.

Marc Micael

Infodabidjan.net

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