Publicités
Cpi : Guillaume Soro et Shérif Ousmane livrés

Cpi : Guillaume Soro et Shérif Ousmane livrés

civ_guillaume_soro_1_0

L’étau se resserre autour de Guillaume Soro et de Shérif Ousmane qui vont ouvrir le bal, devant la Cpi, des personnes inculpées pour les crimes commis par le camp Ouattara.Lentement mais sûrement, le camp Ouattara se rapproche de la Cour pénale internationale. En dépit des dénégations du pouvoir en place qui laisse croire à ses partisans que «personne ne sera inquiété dans le camp Ouattara» par la justice internationale dans l’affaire des crimes commis en Côte d’Ivoire, l’étau se resserre progressivement autour de Guillaume Soro, l’ex-chef de la rébellion fait récemment président de l’Assemblée nationale, et de Shérif Ousmane, ex-Com Zone qui a fait parler de lui des atrocités sans précédent. Par ordre de gravité des accusations, c’est pour commencer l’ancien chef de guerre devenu «commandant Frci» qui tombe d’abord sous le coup d’une inculpation. Selon des sources confirmées le weekend dernier par Rfi. La Cpi lui aurait enfin signifié, après plusieurs mois de tergiversations, les charges de «crimes de guerre et crimes contre l’humanité» retenues contre les ex-rebelles rebaptisées «Forces pro Ouattara» puis Frci.

Le commandant ex-rebelle, que la rumeur annonçait tantôt dans des manoeuvres militaires au Mali, est le premier mouton du sacrifice livré par Ouattara. Il va devoir faire face aux juges de La Haye, pour s’expliquer sur les atrocités dont l’ex-rébellion dirigée par Guillaume Soro s’est rendue coupable depuis le 19 septembre 2002, date du coup d’Etat manqué qui s’est mué en une rébellion contre le président Laurent Gbagbo. Là-dessus, il est bon de rappeler que les éléments retenus contre le redoutable Shérif Ousmane, «l’homme des expéditions punitives», dit-on, sont accablants. Pour mémoire, le rapport de l’Onu du 25 mai 2004 confirme les faits, en ce qui concerne les massacres collectifs de gendarmes et de membres de leurs familles à Bouaké.

Une carte de visite bien fournie, depuis 2002, pour

Chérif Ousmane

Le document indique que : «Lors de la prise de Bouaké, les rebelles ont arrêté une centaine des gendarmes qu’ils ont détenus à la caserne de la 3e légion de gendarmerie. Quelques jours plus tard et plus précisément le 6 octobre 2002, 131 personnes parmi lesquelles 61 gendarmes, 61 enfants ou neveux desdits gendarmes, ainsi que sept autres personnes civiles ont été froidement exécutées alors qu’elles étaient désarmées et enfermées dans des cellules. La Commission a constaté de visu les impacts de balles encore visibles sur les murs à l’intérieur des cellules. De même, la Commission a pu avoir une idée précise de l’endroit où se trouve la fosse commune où sont enterrées ces personnes, victimes d’une exécution extrajudiciaire et sommaire».

Avant d’ajouter que: «Dans la période du 6 au 9 octobre 2002, un charnier constitué des deux fosses a été signalé dans le cimetière communal de Dar-es-Salam à Bouaké. Des témoins crédibles ont affirmé devant la Commission que ce charnier contiendrait environ quatre vingt dix corps parmi lesquelles quarante huit gendarmes et trente sept membres de leurs familles ainsi que sept autres civils détenus qui ont été abattus par les forces rebelles au cours d’une série d’incidents survenus à la prison du 3e bataillon d’infanterie de Bouaké en octobre 2002». Il y a aussi les tueries commises dans le Nord, à Korhogo, par l’ex-rébellion de Soro qui matait en son temps ses dissidents. Le même rapport onusien est sans appel à ce sujet. Il fait savoir que : «Suite aux représailles et opérations de ratissage menées après les combats de la nuit du dimanche 20 juin au lundi 21 juin 2004, à Korhogo, entre deux factions de la rébellion, trois charniers ont été découverts le samedi 26 juin 2004. Le site le plus important a été localisé à l’ouest de la carrière de Korhogo.

L’Onuci a été informée de la découverte de ce charnier et une mission d’enquête a été dépêchée sur place; elle a constaté que les corps des victimes étaient toujours en place mais enterrés au fond du ravin. Les outils ayant servi à creuser la fosse dont trois pelles portant l’inscription «corve Gis» ont été retrouvés cachés dans le buisson … Avec l’accord des Forces armées des Forces nouvelles, l’exhumation des corps a été faite à partir du 5 juillet 2004 et au total, 99 cadavres seulement ont été retrouvés». Le document précise aussi que : «selon de nombreux témoignages reçus par la mission d’enquête, à la suite des combats, de nombreuses personnes ont été arrêtées illégalement et détenues dans des conditions tout à fait inhumaines et dégradantes, notamment dans des containeurs. Certains détenus étaient sortis par les rebelles pour être exécutés. Une soixantaine de personnes détenues, suite aux événements des 20 et 21 juin 2004, sont mortes par suffocation dans un containeur placé au soleil». Après ce massacres, ‘’La victoire est revenue à la faction de Guillaume Soro» a-t-on indiqué.

Le décompte des 1000 morts de Duékoué

Mais Shérif Ousmane devra aussi s’expliquer sur le génocide commis par les Frci lors des événements postélectoraux. Notamment à Duékoué. Le rapport de mai 2011 d’Amnesty international sur la crise postélectorale, confirmé par la Division des Droits de l’Homme de l’Onu, est bien là pour nous rappeler que : «Dès la matinée du 29 mars 2011, les Frci, accompagnés par les Dozos ont totalement pris le contrôle de Duékoué et, dans les heures et les jours qui ont suivi, des centaines de personnes appartenant à l’ethnie Guéré ont été assassinées délibérément et de manière systématique, à Duékoué et dans certains villages environnants, uniquement en raison de leur appartenance ethnique». Une expédition meurtrière qui a fait près de mille morts, selon le décompte établi. Des observateurs sont convaincus que si le camp Ouattara a fait le choix de lâcher en premier Shérif Ousmane, c’est sans doute parce que le nom de ce chef de guerre est souvent revenu dans les hauts faits de guerre de l’ex-rébellion. Le commandant de l’ex-compagnie Guépard à Bouaké a fait parler de lui dans des opérations kamikazes sanglantes, d’après nos sources. Si bien que ce Com particulièrement redouté était depuis longtemps étiqueté par les rapports des organisations de droit de l’Homme et attendu par la Cpi. On peut dire que ce qui a fait la réputation de Shérif Ousmane hier cause sa perte aujourd’hui. Car, sans en avoir conscience, il a dressé de lui-même, plus que tout autre Com’ zone, le profil du parfait criminel de guerre.

Soro, un «témoin» très spécial devant les juges de La Haye

Quant à Guillaume Soro, le premier responsable de l’ex-rébellion, donc patron de Shérif Ousmane, il comparaîtra comme «témoin». Hillary Clinton, la Secrétaire d’Etat américain, lors de sa visite à Abidjan avait fait cette «nuance» somme toute surprenante. Mme Clinton qui a effectué un séjour de 24 heures, les 16 et 17 janvier 2012 sur les bords de la lagune Ebrié, dans la capitale économique ivoirienne, a souligné que les usa exigeaient que : «Guillaume Soro et les proches de pouvoir qui auraient pu commettre de crime en Côte d’Ivoire comparaissent devant la Cpi». Et a précisé : «même en qualité de simples témoins». Sans doute pour éviter d’effaroucher les suspects du camp Ouattara.

Car, à vrai dire, on voit mal comment des mis en cause dans une affaire de crimes de guerre ne comparaîtrait que comme «simples témoin», alors qu’ils ont commis des crimes. Vraisemblablement, ils rendront témoignage de leurs propres crimes. Ouattara avait, l’on s’en souvient, tenté de «capturer» Guillaume Soro, son Premier ministre d’alors. Sans succès. Les Ivoiriens avaient assisté à une course-poursuite rodéo qui avait amené le premier à se réfugier à Paris et le second à se retrancher dans son fief de Bouaké avec ses chefs de guerre, pour une série de conclaves. Aujourd’hui, le mentor du Rdr pour qui Soro Guillaume et les ex-rebelles «ont pris les armes» s’est, dit-on, décidé à franchir le pas. Mais en adoucissant la voix, pour rassurer Guillaume Soro qui ne devrait pas craindre de se présenter devant la Cpi, à la date indiquée, en tant que «simple témoin». Partie et témoin? Pour témoigner en faveur de qui ou contre qui ? L’on aura tout vu dans l’affaire ivoirienne. Quoi qu’il en soit, les modalités pratiques du transfèrement devraient être arrêtées et les dates de leurs comparutions signifiées, en principe bientôt, par les soins de Fatou Bensouda, qui remplacera, en juin 2012, le procureur Ocampo à la tête de la Cpi.

K. Kouassi Maurice

Source: Le Temps

Publicités

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :